Archive pour 3 novembre, 2012

Ch. Darwin et le Jeu du Tao

Charles Robert Darwin est né en 1809 et mort en 1882. Le plus célèbre des naturalistes anglais, auteur de la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle (plus couramment désignée sous les termes de « théorie de l’évolution »), à laquelle s’est rallié l’ensemble de la pensée transformiste moderne, naquit à Shrewsbury (Shropshire) dans une famille aisée, cinquième enfant de Robert Waring Darwin, médecin connu, et de Susannah Wedgwood, fille de Josiah Wedgwood, céramiste renommé et patron d’industrie.

Ch. Darwin et le Jeu du Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO darwin1-180x300Son grand-père, Erasmus Darwin, médecin, naturaliste et poète, était l’auteur d’une œuvre originale (dont la fameuse Zoonomia), trop souvent réduite à ses aspects insolites, où se trouvaient pour la première fois exposées des idées transformistes assez voisines de celles que le Français Lamarck allait soutenir avec un grand courage et assez peu de succès à partir de l’année 1800. Après de pénibles études de médecine à Édimbourg, puis de théologie à Cambridge où il s’adonne à sa passion des Insectes et devient le disciple et l’ami du botaniste John Stevens Henslow, qui l’introduit dans le monde, le jeune Charles est reçu bachelor of Arts en 1831, et part explorer le nord du Pays de Galles en compagnie du géologue Adam Sedgwick, également professeur à Cambridge.

À son retour, grâce à la protection de Henslow, il s’embarque pour un voyage autour du monde, le 27 décembre, en qualité de naturaliste non appointé, à bord du vaisseau le Beagle, commandé par le jeune capitaine FitzRoy. Il emporte avec lui une bibliothèque naturaliste comportant le premier volume des Principles of Geology du géologue uniformitariste (c’est-à-dire partisan de l’uniformité globale des causes des transformations physiques du globe, dans le passé comme dans le présent) Charles Lyell. Il explore ainsi l’archipel du Cap-Vert (où il vérifie le bien-fondé des théories de Lyell appliquées à l’observation des îles volcaniques), les côtes de l’Amérique du Sud (où ses recherches paléontologiques le conduisent à mettre en évidence de plus en plus nettement la ressemblance entre représentants fossiles et vivants de certains types de Mammifères), la Terre de Feu, les îles Falkland, l’île Chiloé, la Cordillère des Andes, les îles Galápagos (où il a l’intuition précise des processus qui conduisent à la distribution géographique des organismes et examine certaines modalités de ce qui lui apparaîtra bientôt comme étant la naissance d’espèces nouvelles à partir de formes souches), Tahiti (où il observe un récif de corail et réfléchit au processus de sa formation), la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Tasmanie, l’île Maurice, Le Cap. Au Brésil, il a éprouvé un sentiment de violente révolte devant l’esclavage des Noirs, qu’il ne cessera jamais de dénoncer comme une souillure indigne de certaines nations « civilisées ». Il rapporte de ce voyage qui a duré presque cinq ans (jusqu’au 2 octobre 1836) un Journal of Researches qui contient la plupart des observations et des matériaux propres à l’élaboration de sa future théorie. Sa publication en 1839 s’accompagnera, sur une durée plus longue, de celle des documents géologiques, paléontologiques et zoologiques confiés par Darwin à l’expertise de différents spécialistes (Richard Owen pour les Mammifères fossiles, George Robert Waterhouse pour les Mammifères, John Gould pour les Oiseaux, Leonard Jenyns pour les Poissons, Thomas Bell pour les Reptiles) ou réservés à différentes monographies qu’il exécutera lui-même.

Dès 1837, les progrès de l’investigation sur les résultats de voyage (celle de Gould en particulier) accélèrent la mise en place des idées de Darwin. En juillet, il ouvre son premier carnet de notes (Notebook) sur la transmutation des espèces. En septembre 1838, la lecture du l’Essai sur le principe de population de Thomas Robert Malthus (1798) fixe ses idées en leur fournissant un élément de modélisation mathématique (le rapport tensionnel entre la croissance géométrique de la population et l’augmentation simplement arithmétique des ressources, impliquant compétition et élimination), et le conduit à donner forme à ce qui constituera l’élément central de sa théorie (la sélection naturelle résultant de la lutte pour l’existence).En 1839, Darwin devient membre de la Royal Society de Londres, épouse sa cousine Emma Wedgwood (avec laquelle il s’installera trois ans plus tard à Down, au sud-est de Londres), et entreprend une enquête par questionnaire sur l’élevage. En 1842, il publie son ouvrage sur les récifs de corail, The Structure and Distribution of Coral Reefs, et termine la première ébauche manuscrite de la présentation de sa théorie de la transformation des espèces. Il travaille en même temps à un ouvrage sur les îles volcaniques, dont il poursuivra la rédaction l’année suivante, et qui formera en 1844 le second volume de la Geology du Voyage, d’orientation uniformitariste. Au cours de cette même année, il achève un Essay sur l’ascendance commune des espèces et leur formation progressive par modifications sélectionnées (seconde ébauche, qui ne sera publiée qu’en 1909 par Francis Darwin sous le titre The Foundations of the Origin of Species), qu’il recommande aux soins de son ami le botaniste John Dalton Hooker, craignant que sa mauvaise santé ne l’empêche d’aller plus loin. Son ouvrage sur la géologie de l’Amérique du Sud paraît en 1846. Il entreprend ensuite la rédaction d’une monographie sur les Crustacés Cirripèdes, qui l’occupera jusqu’à sa publication (1851-1854, 2 vol.). En 1855 et 1856, il se concentre sur la distribution géographique des organismes, en même temps qu’un naturaliste plus jeune, Alfred Russel Wallace (1823-1913), dont les idées convergent de plus en plus nettement avec les siennes. Préoccupé par le risque de voir son ami dépouillé de la paternité de sa découverte, Lyell intervient pour convaincre Darwin de publier sa théorie. Darwin entreprend alors la réalisation d’un immense ouvrage qui deviendra, après allégement, L’Origine des espèces. Ayant reçu un manuscrit de Wallace où se trouve développée l’idée d’une transformation des espèces par le jeu de la sélection naturelle, Darwin, conscient de sa réelle antériorité et stimulé par l’amitié de Lyell, Huxley et Hooker, accepte que Lyell organise devant la Linnean Society de Londres une communication commune avec Wallace, alors en Malaisie (« On the Tendency of Species to form Varieties, and on the Perpetuation of Varieties by Natural Means of Selection »), qui a lieu le 1er juillet 1858. Darwin résume ensuite son manuscrit et le publie enfin sous le titre On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or The Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, le 24 novembre 1859. La première édition est épuisée sitôt parue. Prudemment, Darwin introduit dans la deuxième (1860) la mention expresse du Créateur, mais sa pensée s’est déjà détachée sans retour du conformisme religieux et de la théologie naturelle qui ont régné sur ses années d’apprentissage. L’idée providentialiste est congédiée à jamais, au profit d’une explication naturelle des équilibres et des dynamiques qui régissent le devenir du monde vivant.

darwin-251x300 dans RESSOURCES et Savoirs en TAODès l’année suivante (1861), il commence un ouvrage sur la variation des organismes. En 1862, il publie un livre sur la fécondation des Orchidées, puis, en 1863, travaille sur le dimorphisme floral, sur le mimétisme, de nouveau sur la fécondation des Orchidées, sur la génération spontanée et sur la sélection naturelle, sans abandonner pour autant la géologie. En 1864, il rédige une étude sur les plantes grimpantes qui sera publiée l’année suivante, et obtient la médaille Copley de la Royal Society of London. En 1868, il publie The Variation of Animals and Plants under Domestication, vaste illustration des thèses de L’Origine qui contient dans son dernier chapitre une « hypothèse provisoire » sur la génération assez sensiblement inspirée par la tradition newtonienne (Buffon, Maupertuis), la théorie de la « pangenèse », et commence à travailler à The Descent of Man, and Selection in relation to Sex, ouvrage majeur qui paraîtra en 1871. En 1872 paraissent la 6e édition (regardée comme définitive) de The Origin, et The Expression of the Emotions in Man and Animals, qui jouera un rôle dans l’inspiration théorique de la psychologie comparée et de l’éthologie modernes. En 1875 paraissent Insectivorous Plants et l’édition en volume du travail sur les plantes grimpantes, On the Movement and Habits of Climbing Plants.En 1876, The Effects of Cross and Self Fertilisation in the Vegetable Kingdom. En 1877, The Different Forms of Flowers on Plants of the same Species. En 1880, The Power of Movement in Plants. En 1881, The Formation of Vegetable Mould, through the Action of Worms. Le 19 avril 1882, Darwin s’éteint à Down, laissant une immense correspondance, des notes inédites et une Autobiographie rédigée en 1876 à l’intention de ses enfants, que le souci de respectabilité d’Emma Darwin – au regard des convictions exprimées en matière de religion et des jugements portés sur des personnes encore vivantes – amputera pour un temps de certains de ses plus intéressants passages. La dépouille de Darwin, accompagnée par des personnalités éminentes, sera inhumée une semaine plus tard, au terme d’un cérémonial imposant, dans le « Panthéon anglais » de l’Abbaye de Westminster.

L’actualité permanente de la pensée darwinienne (toujours en débat à l’intérieur comme à l’extérieur de son champ d’application strictement naturaliste) est le signe de la constance et de la force exceptionnelles de ses enjeux. Si la résurgence périodique et multiforme du créationnisme (théorie biblique, plus ou moins adaptée selon les circonstances et les courants, de la création séparée des espèces par un dieu personnel omniscient), en dépit des réajustements récents de l’Église catholique reconnaissant le fait de l’évolution tout en essayant encore d’écarter ses conséquences théoriques légitimes, répète à l’identique la structure des premières résistances et objections opposées (par les créationnistes fixistes ou certains « évolutionnistes » finalistes) au transformisme darwinien, d’autres stratégies (comme celles mises en œuvre par la sociobiologie américaine dans ses applications les plus brutales à la vie des sociétés humaines) visent au contraire à tirer d’une référence radicale, exclusive et sommaire aux concepts fondateurs de la théorie sélective des conséquences illégitimes et contraires à la logique expressément développée par Darwin au fil de sa réflexion biologique et anthropologique. Ces débats perpétuellement renaissants reposent le plus souvent sur une méconnaissance foncière des textes et de la rationalité propre à la théorie darwinienne saisie dans la totalité de ses dimensions.

 

L’Origine des espèces (1859) et la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle.

Les altérations du darwinisme à l’époque victorienne

La persistance extraordinairement tenace d’erreurs d’interprétation concernant le versant anthropologique de la pensée darwinienne s’enracine dans le moment précis qui sépare la publication en 1859 de L’Origine des espèces et celle, en 1871, de La Filiation de l’Homme. Cette décennie décisive, au cours de laquelle les partisans de Darwin – lesquels étaient pour la plupart loin d’être « darwiniens » – incitèrent sans relâche ce dernier à étendre à l’Homme son propos transformiste dans un livre qui, pour avoir été trop longtemps attendu, ne sera pratiquement jamais lu dans sa littéralité ni entendu dans sa logique, a vu en effet se développer le « système de l’évolution » du philosophe Herbert Spencer et son « darwinisme social », application impitoyable du principe de l’élimination des moins aptes au sein d’une concurrence sociale généralisée. Elle a vu également, à partir de 1865, la naissance de l’eugénisme de Francis Galton, recommandant l’application compensatoire d’une sélection artificielle aux membres du groupe social pour lutter contre la dégénérescence issue de l’affaiblissement du rôle de la sélection naturelle en milieu de civilisation. Ces discours – parfois inconciliables dans leurs principes mais convergents dans leurs effets – développaient ensemble une référence également réductrice à la théorie darwinienne de la sélection, dans un accord global avec les tendances dominantes de la société industrielle anglaise emportée par l’ivresse de sa métamorphose libérale. Aucune de ces deux « déviations » n’a reçu l’aval de Darwin, qui a pris position dans l’ouvrage de 1871 contre les positions et recommandations sociales et politiques qui en émanaient. Mais la confusion était née, soutenue par un système de pensée et ancrée dans le vocabulaire théorique, de sorte qu’aujourd’hui encore, un travail idéologique incessant s’obstine, contre l’évidence historique, logique et textuelle qui ressort de l’examen approfondi de l’œuvre darwinienne, à parer du nom et du prestige de Darwin – le plus souvent au moyen de montages citationnels – des doctrines ou des pratiques, telles que l’anti-interventionnisme social radical, l’impérialisme, le racisme, le « sexisme » ou l’eugénique négative, qu’il a toujours expressément combattues.

Livres :

- C. DARWIN, 1809-1882, The Autobiography, edited by Nora Barlow, New York, Londres, Norton & C°, 1993 ;

- C. DARWIN, L’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la lutte pour l’existence dans la nature, trad. J.-J. Moulinié (d’après les 5e et 6e éditions anglaises), Verviers, Gérard & C°, Marabout-Université, 1973 ;

- C. DARWIN, La Filiation de l’Homme et la sélection liée au sexe, Paris, Syllepse, 1999 ; P. TORT,

- La Pensée hiérarchique et l’évolution, Paris, Aubier, 1983 ; P. TORT (dir.),

- Darwinisme et société, Paris, PUF, 1992 ; P. TORT (dir.),

- Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, Paris, PUF, 1996, 3 vol. ; P. TORT,

- Spencer et l’évolutionnisme philosophique, Paris, PUF, « Que sais-je ? » n° 3214, 1996 (épuisé) ; P. TORT (dir.),

- Pour Darwin, Paris, PUF, 1997 ; P. TORT,

- Darwin et la science de l’évolution, Paris, Gallimard « Découvertes », 2000 ; P. TORT,

- La seconde révolution darwinienne, Paris, Kimé, 2002.

- P. Tort, Darwin et la philosophie, Kimé.

 

Le Jeu du Tao et Paul DIEL

 

 

Le Jeu du Tao et Paul DIEL dans RESSOURCES et Savoirs en TAOPaul Diel (Vienne, 11 juillet 1893 – Paris, 5 janvier 1972) est un psychothérapeute français d’origine autrichienne, philosophe de formation.

Notamment connu pour avoir fondé la psychologie de la motivation, qui est une théorie psychologique complète, il travailla beaucoup sur le symbolisme dans la mythologie grecque et les textes bibliques mais aussi sur l’éducation. Allant à contre-courant de la psychologie officielle de son époque, Diel réhabilitera l’introspection en montrant qu’elle est une fonction naturelle dont la maturation donne son sens à l’évolution humaine (La peur et l’angoisse).

Il est acteur, romancier et poète avant de se tourner définitivement vers la psychologie. Il étudiera notamment les travaux de Freud et d’Adler. En philosophie, son terrain de prédilection, il sera influencé par Kant et Spinoza. Il s’intéressera de près aux sciences, notamment à la physique, à la biologie et aux théories de l’évolution.

Ses travaux sont remarqués dès 1935 notamment par Einstein qui lui écrira : « Je tiens pour une maladie à la mode la tendance à camoufler l’introspection comme source principale du savoir psychologique. » Dès 1937, il ajoutera : « J’admire la puissance et la conséquence de votre pensée. Votre œuvre, tendant à ramener l’ensemble de la vie de l’esprit humain, y compris les phénomènes pathologiques, à des phénomènes biologiques élémentaires, nous propose une nouvelle conception unifiante du sens de la vie et elle est à ce titre un remède à l’instabilité de notre époque sur le plan éthique. »

À cause de l’Anschluss, Diel va se réfugier en France en 1938 où il sera par la suite interné dans le camp de Gurs au Sud de la France en raison de sa nationalité étrangère. Après la libération en1945, grâce aux recommandations d’Einstein et d’Irène Joliot-Curie, il entrera au CNRS comme psychothérapeute dans le Laboratoire de Psychobiologie de l’enfant dirigé par le psychologue Henri Wallon. Ce dernier le classera, en raison de ses succès thérapeutiques incontestables, « dans la lignée de Freud, d’Adler et de Jung » et souligne « le mérite de ce fouilleur profond de la conscience, qui ne se borne pas à l’intuitionnisme pur mais montre la progression qui peut mener de l’instinct à la raison. »

L’étude du fonctionnement psychique l’amène à travailler sur l’élucidation du sens caché des symboles dans les mythologies, les textes bibliques, les rêves et les symptômes psychopathiques.Gaston Bachelard, dans sa préface au Symbolisme dans la mythologie grecque (1954), témoigne de l’apport décisif de Diel à la compréhension du langage symbolique et en souligne les conséquences : « Quand on aura suivi Paul Diel dans ses traductions psychologiques minutieuses et profondes, on comprendra que le mythe couvre toute l’étendue du psychisme mise au jour par la psychologie moderne. C’est tout le problème de la destinée morale qui est engagé dans cette étude. »

Diel meurt le 5 janvier 1972 à Paris. Ses travaux sont actuellement poursuivis par l’Association de la Psychologie de la Motivation créée par Paul Diel en 1964 et par l’Association de Psychanalyse Introspective créée en 1994 par Jeanine Solotareff et Jacques de Saint-Georges.

Sur Paul Diel 

DES LIENS à compulser :

 

Le Jeu du Tao et Taisen Deshimaru

 

Yasuo Deshimaru (29 novembre 1914 — 30 avril 1982), en religion Mōkudo Taisen, plus connu comme Taisen Deshimaru , était un maître bouddhiste zen japonais de l’école Sōtō. Il est le fondateur et le principal inspirateur d’une multitude de dojos et de groupes zen en Occident et plus particulièrement en Europe.

Le Jeu du Tao et Taisen Deshimaru dans RESSOURCES et Savoirs en TAO zazenDes1 Né dans la préfecture de Saga, sur l’île de Kyūshū, Deshimaru fut élevé par son grand-père, un ancien samouraï, et par sa mère, une fervente disciple du Jōdo shinshū, une école amidiste japonaise. Par curiosité, il s’éloigne des pratiques spirituelles bouddhiques pour étudier le christianisme sous la direction d’un pasteur protestant. Il revient ensuite au bouddhisme, suit l’enseignement de l’école Rinzai, dont il s’éloigne également.

Il rencontre alors le grand maître du sōtō Zen Kodo Sawaki, dont il suit souvent les enseignements. Il se consacrera désormais entièrement à la pratique du Shikantaza.

Deshimaru reçoit l’ordination monastique peu de temps avant que son maître Sawaki tombe gravement malade. Celui-ci lui fait part de son souhait de voir le Zen se répandre dans le monde et lui demande de se rendre en Europe pour cela.

Suivant le vœu de son maître, Deshimaru se rend en France en 1967 par le Transsibérien. Arrivé à Paris, il travaille dans un magasin d’alimentation macrobiotique. Alors qu’il ne parle qu’un anglais rudimentaire, il pratique zazen dans l’arrière-boutique, ce qui attire à lui progressivement des disciples qu’il initie ainsi au Zen.

En 1975, alors qu’il enseignait au dojo qu’il avait fondé à Paris rue Pernety, Deshimaru reçut le shiho officiel de Yamada Zenji, abbé de Eihei-ji. En 1985Niwa Zenji, abbé de ce même temple, lui conféra à titre posthume la dignité de zenji.

Deshimaru a fondé plus de 200 dojos en Europe, en Afrique du Nord et au Canada, ainsi que le temple de La Gendronnière (Association Zen Internationale ou AZI) dans la vallée de la Loire, qui devient le premier et le plus grand temple zen de toute l’Europe. D’après les registres du temple, il a ordonné plus 500 moines et nonnes, et plus de 20 000 personnes ont, un jour ou l’autre, pratiqué à ses côtés. Le premier moine ordonné en France par Deshimaru fut Taigen René Joly (Prajñānanda).

Deshimaru est mort en 1982 au Japon d’un cancer du pancréas. Une partie de son corps est enterré au temple de La Gendronnière.

Deshimaru dans RESSOURCES et Savoirs en TAOAprès sa mort, trois de ses plus proches disciples ont été certifiés maîtres dans la tradition du zen soto, par Niwa Zenji, la plus haute autorité du zen à cette époque. Il s’agit de Stéphane « Kosen » Thibaut, Etienne « Mokusho » Zeisler (Décédé) et Roland « Yuno » Rech.

 

Taisen Deshimaru est un phénomène culturel. Entre son arrivée en France en 1967 et sa disparition en 1982, il a formé des milliers de personnes à la pratique du zen et publié une vingtaine d’ouvrages couramment réédités.

Doué d’un extraordinaire charisme, il était le bon sens incarné, curieux de tout ce qui pourrait faire avancer le dialogue entre les religions et entre les êtres humains, pratiquant la méditation zen dans des monastères dominicains ou avec des musulmans et des juifs.

Si son enseignement s’enracinait dans sa tradition, il se voulait ouvert sur la psychologie et les avancées scientifiques : il servit ainsi de cobaye, dans des laboratoires en France et au Japon, pour prouver les effets biologiques de la méditation.

Il aimait citer cette phrase du maître chinois du IXe siècle, Tozan : « Ne cherchez pas la voie [de l’éveil] chez les autres dans un endroit éloigné, la voie existe sous nos pieds ! » A nous de nous réapproprier son message de rigueur et de liberté, en n’oubliant pas l’humour qui lui était cher, dont son ami Maurice Béjart a dit : « Je ne savais pas ce qu’était le rire avant d’avoir connu Deshimaru ! »

Pensées de Taisen Deshimaru

La méditation

Taisen Deshimaru rappelait que le zen est une philosophie de vie qui se fonde sur une pratique. « Zen » signifie d’ailleurs « méditation ». A propos du zazen – méditation assise sur un coussin, préconisée par le Bouddha –, il disait : « Le secret du zen consiste à s’asseoir, simplement, sans but, ni esprit de profit, dans cette posture de grande concentration. »

 

La respiration consciente

44920479La pratique de la méditation se base sur un entraînement particulier de la respiration. Il s’agit de porter l’attention sur une expiration profonde qui pénètre jusque dans l’abdomen sous le nombril, vers cette zone que les Japonais appellent le « hara », et qui est non seulement le centre de gravité de l’être humain, mais aussi le siège du « ki », de l’énergie qui nous anime. Cette façon de respirer – inusitée en Occident, où nous respirons mal, de façon superficielle et du haut des poumons – se révèle être un puissant moyen de rééquilibrage psychosomatique. « La respiration consciente est comme un vent qui chasse nos nuages intérieurs », expliquait Deshimaru.

L’impermanence

Tout bouge, tout se transforme, ce qui paraît stable s’avère instable, le monde tel que nous le percevons est une illusion. Même cette table sur laquelle je m’appuie est composée d’atomes en mouvement. Loin d’être désespérant, ce fait reconnu par le zen comme par la science actuelle fonde une véritable philosophie de l’impermanence qui force l’ego, ce petit moi superficiel, vaniteux et agité, à l’humilité. Ce qui ne contredit pas l’action, mais la met en perspective. « Dans le chaos qui nous environne, en définitive seule compte la concentration sur l’instant présent », rappelait le maître.

 

Le silence en soi

On parle beaucoup des pollutions physiques de notre environnement et de nos organismes, mais on oublie que la pollution psychique à laquelle nous sommes soumis s’avère d’une incroyable intensité : trop-plein d’informations, de bruits, d’images, de rythmes de vie frénétiques, d’angoisses existentielles, de soucis multiples dans le travail, la famille, les rapports humains en général. En cela, Deshimaru rappelait que le zen est une école d’écologie intérieure. Le fait de méditer aide à calmer le cinéma émotionnel et fantasmatique que l’on se fait de la réalité.

 

L’éveil juste

Maître Deshimaru raillait les Occidentaux, et les Français en particulier, dans leur façon de considérer le « satori », l’éveil cher à la philosophie du zen. « Vous cherchez l’illumination, façon feu d’artifice ou son et lumière au château de Versailles. Vous rêvez au nirvana béat et absolu. Vous ne parlez que d’atteindre le satori comme si c’était une porte à franchir pour que tous les problèmes soient réglés à jamais.

Mais si vous y prenez garde, vous pourrez vous rendre compte que l’on a des satoris quotidiens : de petits satoris [mimés avec un espace entre le pouce et l’index], de grands satoris [il écarte les bras grands ouverts] ; en effet, tous les jours, à la suite d’une phrase entendue, d’une chose vue, d’un sourire, d’un événement particulier, vous passez par des prises de conscience : ce sont là des satoris. » « Et, concluait-il, la pratique du zen est satori. »

 

Son Œuvre

  • « Zen et arts martiaux »,Maître et Mystiques vivants collection dirigée par Marc de Smedt,ed.SEGHERS,1977.
  • L’anneau de la Voie, Maître Taisen Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, ISBN 2-226-06352-8
  • L’autre rive, Textes fondamentaux du Zen commentés par Maître Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, ISBN 2-226-03302-5
  • L’esprit du Ch’an,Aux sources chinoises du Zen, Maître Taisen Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, ISBN 2-226-11429-7
  • La Pratique du zen, Taïsen Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, 1981, ISBN 2-226-01287-7
  • Le bol et le bâton, 120 contes Zen racontés par Maître Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, ISBN 2-226-02684-3
  • Le Trésor du zen, Taïsen Deshimaru, Albin Michel : Spiritualités vivantes, 2003, ISBN 2-226-13872-2
  • Vrai Zen, Maître Taisen Deshimaru, Introduction au Shobogenzo, Edition AZI, ISBN 2-901844-13-8
  • Zen et Vie quotidienne : La Pratique de la concentration, Taïsen Deshimaru, préface d’Evelyne de Smedt, Albin Michel : Spiritualités vivantes, 1985, 314 pages, ISBN 2-226-02247-3

Des petits sous, toujours d... |
Collectif ICI Ensemble |
Vivrecolo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Demediatisation
| Quality blog
| Conseilfemmes