Archive pour 16 janvier, 2013

Saut de Conscience

CENTIEME SINGE

            SINGES ET PATATES DOUCES

 

Saut de Conscience dans MEDITATIONS du JEU du TAO 11-215x300Tout changement dans une société nécessite deux clés : la conscience et la masse critique. Des scientifiques japonais l’ont mis en évidence en observant des macaques locaux (macaca fuscata) à l’état sauvage, sur une période de 30 ans, sur l’île de Koshima. Les singes de Koshima n’avaient aucun contact avec les hommes et chaque semaine, des hélicoptères déversaient sur l’île des tonnes de nourriture – dont des patates douces, que les singes appréciaient comme des friandises. Par contre, ils aimaient moins la terre qui s’incrustait dans la peau des fruits à l’occasion de leur projection brutale sur le sol. Aussi passaient-ils beaucoup de temps à les éplucher avec leurs doigts. Jusqu’au jour où l’une d’entre eux (c’était une guenon) eut l’idée d’aller laver sa patate douce dans l’eau de mer proche. Un curieux phénomène s’est alors produit. Les observateurs notèrent que les premiers à suivre l’exemple de la guenon furent les jeunes singes – au fil des jours de plus en plus nombreux -, puis les autres femelles. Les vieux singes, rivés à leurs habitudes, se montraient les plus réticents et observaient ce manège avec force grimaces réprobatrices. À l’automne 1958, un certain nombre de singes de Koshima lavaient leurs patates douces – leur nombre exact demeure inconnu.

            SAUT DE CONSCIENCE

Supposons que lorsque le soleil se leva un matin, il y avait 99 singes sur l’île de Koshima qui avaient appris à laver leurs patates douces. Supposons encore qu’un peu plus tard ce-matin là, un centième singe apprit à laver les patates. Alors, quelque chose d’étonnant se produisit ! Ce soir-là, presque tous les singes de la tribu se mirent à laver leurs patates douces avant de les manger. Un peu comme si l’énergie additionnelle de ce centième singe créait une sorte de “percée scientifique” ! Mais ce n’est pas tout : la chose la plus surprenante observée par ces scientifiques fut le fait que l’habitude de laver les patates douces se transmit de façon inexpliquée et simultanée à des colonies de singes habitant d’autres îles, ainsi qu’à la troupe de singes de Takasakiyama sur le continent, qui commencèrent aussi à laver leurs patates douces.

Cette expérience, qui fit l’objet de plusieurs articles dans la revue Primates (2:43-60, 6:1-30) et d’un livre (The Hundredth Monkey de Ken Keyes), te montre que pour qu’un changement s’opère, il faut en premier lieu un petit groupe de pionniers non coercitifs donnant l’exemple de l’accession à une conscience plus élevée. Dans un second temps, lorsque le nombre de ces pionniers atteint une masse critique, le changement devient soudainement une partie intégrante de la conscience de l’ensemble de la communauté. Au niveau individuel, c’est la prise de conscience qui est la clé. Au niveau collectif, c’est le nombre. Entre les deux, la masse critique est la solution. Le reste se fera naturellement. Chaque personne qui change est donc primordiale pour changer le monde car chacun d’entre nous peut être le 100e singe. Veux-tu en faire partie ?

La colère

 

La colère dans MEDITATIONS du JEU du TAO fourmi-nebuleuseS’il faut savoir tempérer un caractère colérique, il faut aussi savoir en reconnaître l’origine, qui a souvent à voir avec l’éducation. Tout nouveau-né est partagé entre des moments de bien-être (la satiété par exemple), et des périodes de malaise (faim, colique, etc…). Il répond à ces sensations désagréables, voire douloureuses, par des réactions d’agitation pouvant aller jusqu’à la rage. Ses cris et ses mouvements sont à comprendre comme des tentatives pour mettre hors de lui le mauvais dont il veut se débarrasser. Les manifestations de colère d’un tout-petit sont donc un mécanisme sain de protection : le rejet de ce qui est perçu comme agressant, venant du monde extérieur ou de l’intérieur de lui-même. Dans le cas où les choses se passent globalement bien, c’est à dire quand les frustrations sont correctement dosées, le bébé vit suffisamment d’expériences positives. Sa perception du monde reste alors assez bonne pour qu’il continue à vouloir communiquer avec confiance. Mais si les expériences frustrantes sont trop fréquentes ou trop intenses, le bébé aura la perception d’un monde menaçant dont il faut se méfier. S’installera alors en lui un besoin d’agression, qu’on peut envisager comme un potentiel de violence, et son corollaire, la peur de l’agression venant de l’extérieur.

Dans cette dynamique, la réaction des adultes est un élément important. Un bébé paisible, heureux, reçoit volontiers des feedbacks positifs qui réalimentent son bien-être et sa confiance. Par contre, un bébé qui pleure beaucoup, qui est « difficile », suscitera des réactions d’inquiétude, d’agacement, voire d’agressivité de la part du parent le mieux attentionné. De ce fait, l’émotion colère devient pour le petit connotée de négativité. Souvent même les adultes parlent de « méchanceté », ce qui risque d’entraîner par la suite le cercle vicieux que certains parents et éducateurs connaissent bien : plus l’enfant est grondé, plus on essaie de le « dresser », de lui faire taire ses colères, plus il se sent rejeté, proteste, s’agite, refuse, etc… Ou bien, pour se protéger du rejet, il devient soumis et conforme, mais c’est alors au détriment de son épanouissement. Une éducation qui ne condamne pas la colère ou l’agressivité, qui permet à l’enfant d’exister sans répression émotionnelle, n’implique pas de lui donner le droit de tout faire;  par rapport aux actes les limites sont indispensables. Il s’agit de l’autoriser à dire ce qu’il pense et ressent, y compris sa colère, ses refus, sans être considéré comme  méchant. Les émotions ne se jugent pas ! Si l’adulte respecte l’enfant, celui-ci apprendra aussi à respecter l’autre. Par contre, celui qui aura du réprimer sa colère, ravaler ses larmes, taire ses peurs, n’aura pas appris le respect de lui-même et de l’autre. Paradoxalement, il sera d’autant plus enclin à se montrer coléreux une fois son seuil de tolérance franchi.

 

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