Archive pour 22 janvier, 2013

Stephen Jourdain et le Jeu du Tao

 

Stephen Jourdain, né le 8 janvier 1931 et mort le 19 février 2009, est un écrivain français, auteur d’ouvrages sur le thème de l’éveil spirituel.

 

Enseignement

Stephen Jourdain et le Jeu du Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO stephen-jourdain-284x300Le thème principal de ses ouvrages gravite autour de ce qu’il appelle un geste intérieur qu’il nomme également « l’éveil » :

« Je suis resté une heure ou deux éveillé, dans l’obscurité, œuvrant « l’éveil », grattant l’allumette et provoquant la flamme – qui était une même chose que le geste par lequel je la faisais brûler – et jouant un peu avec cela, je crois, avec émerveillement. Le lendemain matin, ma première pensée a été « l’éveil », et savais-je toujours faire le geste ? J’ai découvert que oui, je savais, que cette chose miraculeuse était toujours là, et qu’elle serait présente jusqu’à ma mort, car je n’oublierai jamais le geste. »

Ce témoignage se présente donc également comme un enseignement, selon l’écrivain Roger Quesnoy qui le qualifiait d’« Indiana Jones de la traque métaphysique » :

« un témoignage qui nous apprend à naître à nous-mêmes, à ne jamais nous perdre dans un pseudo-réel illusoire ou fictif que nous prenons pour la réalité quotidienne. Il nous enseigne surtout la possibilité d’être inaltérablement en recul par rapport à notre identité, sans pour autant récuser les couleurs de la vie. C’est paradoxalement de cette distance à soi que jaillit la personne humaine dans sa plénitude suprême. La « bonne nouvelle » qu’il délivre exige à la fois un regard d’enfant et une vigilance de tous les instants. Il est impératif de « veiller », de laisser brûler le « je suis » fondamental sans l’abandonner jamais dans les cendres de ses attributs ».

Bien que son orientation littéraire le classe parmi les auteurs de spiritualité contemporaine (proche de la non-dualité occidentale), il a toujours affiché une distance par rapport à cette catégorie : « L’engouement actuel pour la spiritualité comporte beaucoup de naïveté — au début, cette innocence est sympathique —, mais c’est du pré-pensé, du pré-fabriqué. J’aurais tendance à faire comme mon arrière-grand-père avec l’art : liquider la spiritualité officielle. C’est la désobéissance ultime… ». Son style et une façon provocatrice de témoigner de son expérience (il fume et boit sans arrêt du café pendant ses conférences) caractérisent sa démarche rebelle qu’il dit tenir en partie de ses ancêtres.

Biographie

Petit-fils de Frantz Jourdain et fils de Francis Jourdain, Stephen Jourdain commence sa production littéraire à partir d’une expérience d’éveil spirituel qu’il dit avoir eue à l’âge de 16 ans. Jean Paulhan lui propose de publier ses textes au début des années 1960 à La Nouvelle Revue française.

Il côtoie le groupe Tel Quel, est un temps agent immobilier à Paris 14e avant d’aller vivre en Corse, à Vizzavona, où il tient un gîte rural pendant plusieurs années.

Il a reçu le Prix Fénéon en 1962 pour « Cette vie m’aime »

 

  • 36815507 dans RESSOURCES et Savoirs en TAOAllégresse du premier jour (introduction de Roger Godel) in Synthèses N° 155 – avril 1959
  • Tout remue in NRF N° 107 – novembre 1961
  • D’authentiques nuages de campagne in NRF n° 116 – août 1962
  • Cette vie m’aime (postface Jean PaulhanPrix Fénéon - Le chemin, Gallimard - 1962 .
  • L’Étoile soi in Tel Quel (Le Seuil) N° 13 – printemps 1963
  • Une unique expérience in Tel Quel (le Seuil) N° 21 – printemps 1965 .
  • Deux sentiers abrupts vers un déclic in L’Homme et la Connaissance, Le Courrier du Livre – 1965 .
  • La vie à l’endroit in L’Homme et la Connaissance, Le Courrier du Livre – 1965
  • Histoire à veiller debout in La Traverse no 4 – printemps 1971
  • Il n’y a pas il n’y a pas in La Traverse no 5 – automne/hiver 1972
  • Quelqu’un in Les Cahiers du Chemin (Gallimard) no 18 – avril 1973
  • Inventaire in La Traverse no 7 – automne/hiver 1973
  • Eveil in Port-des-Singes no 7 – automne 1979
  • Eveil éditions Le Temps qu’il fait - 1985
  • La Flèche de talc (précédé d’une lettre de Jean Paulhan) Le Temps qu’il fait – 1986
  • Cette vie m’aime (réédition) Le Temps qu’il fait – 1987
  • Première personne (préface de Raymond Oillet) Les Deux Océans - 1990
  • L’Irrévérence de l’Eveil (co-auteur Gilles Farcet) Les Éditions du Relié - 1992
  • Tout et le reste est littérature (en guise de postface au livre de Gilles Farcet: La ferveur du Quotidien) – 1993 .

Pierre Teilhard de Chardin et le Jeu du Tao

 

 

Pierre Teilhard de Chardin  ( 1er mai 1881, Orcines - 10 avril 1955, New York) était un jésuite, chercheur,théologien, paléontologue et philosophe français.

Pierre Teilhard de Chardin et le Jeu du Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO 220px-pierre_teilhard_de_chardin_01-182x300Scientifique de renommée internationale, Pierre Teilhard de Chardin fut à la fois géologue spécialiste du Pléistocène et paléontologiste spécialiste des vertébrés du Cénozoïque. Considéré comme l’un des théoriciens de l’évolution les plus remarquables de son époque, l’étendue de ses connaissances lui permet de comparer les premiers hominidés, tout juste découverts, aux autres mammifères, en constatant l’encéphalisation propre à la lignée des primates paléoanthropologues .

Dans le Phénomène humain, il trace une Histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et thermodynamique, ajoutant aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, constatant l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux verticalisé. Avec Teilhard, matière et esprit ne sont plus que deux facettes d’une même réalité, ce qui lui permet, en tant que prêtre de la Compagnie de Jésus, de donner un sens à sa foi en l’incarnation du Christ, à la dimension de la cosmogenèse et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne biblique.

Noosphère, Christ cosmique et point Oméga

La théorie de l’évolution de Charles Darwin, la géologie de Vernadsky et la théodicée chrétienne sont unifiées par Teilhard de Chardin en une approcheholiste. Pour lui, le « phénomène humain » doit être pensé comme constituant -à un moment donné- une étape de l’évolution qui conduit au déploiement de la noosphère, laquelle prépare l’avènement de la figure dite du « Christ Cosmique ».

Le « point Oméga » représente le pôle de convergence de l’évolution. Le « Christ Cosmique » manifeste l’avènement d’une ère d’harmonisation des consciences fondé sur le principe de la « coalescence des centres » : chaque centre, ou conscience individuelle, est amené à entrer en collaboration toujours plus étroite avec les consciences avec lesquelles il communique, celles-ci devenant à terme un tout noosphérique. L’identification non homogénéisante du tout au sujet le percevant, entraîne un accroissement de conscience, dont l’Oméga forme en quelque sorte le pôle d’attraction en jeu à l’échelle individuelle autant qu’au plan collectif. La multiplication des centres comme images relatives de l’ensemble des centres harmonisés participe à l’avènement de la résurrection spirituelle ou théophanie du Christ Cosmique.

Annonçant la planétisation que nous connaissons aujourd’hui, Teilhard développe la notion de «noosphère» qu’il emprunte à Vernadsky pourconceptualiser une « pellicule de pensée enveloppant la Terre, formée des communications humaines ».

Par ailleurs, en situant la création en un « point Alpha » du temps, l’Homme doit, selon lui, rejoindre Dieu en un « point Oméga » de parfaite spiritualité.

Le terme de « point Oméga » a été repris par le physicien américain Frank Tipler, apparemment sans allusion au nom de Teilhard (sans qu’on puisse dire si c’est délibéré, ou par ignorance de son origine, ou plus simplement parce que « cela va de soi »).

Hominisation et humanisation

Teilhard pense également identifier parallèlement à l’évolution biologique une évolution de type moral : l’affection pour la progéniture se rencontre chez les mammifères et non chez les reptiles apparus de façon plus précoce. L’espèce humaine, malgré ses accès de violence sporadique, s’efforce de développer des réseaux de solidarité de plus en plus élaborés (Croix-Rouge de DunantSécurité sociale de Bismarck… ) : l’évolution physique qui a débouché sur l’« hominisation » se double d’après lui d’une évolution spirituelle qu’il nomme « humanisation ». Se demandant d’où vient ce surcroît de conscience, il l’attribue à la croissance de la complexité des structures nerveuses : le cerveau des mammifères est plus complexe que celui des reptiles et celui des humains se trouve être plus complexe que celui des souris.
Il s’émerveille également de l’interfécondité de toutes les populations humaines sur la planète, à laquelle il ne voit pas de vraie correspondance dans les espèces animales : l’isolement géographique chez l’animal se traduit à terme par des spéciations :

« D’une part, ces rameaux se distinguent de tous les autres antérieurement parus sur l’arbre de la vie par la dominance, reconnaissable en eux, des qualités spirituelles sur les qualités corporelles (c’est-à-dire du psychique sur le somatique). D’autre part, ils manifestent, sans diminution sensible, jusqu’à grande distance, un extraordinaire pouvoir de se rejoindre et de s’inter-féconder. »

— Écrits scientifiques, page 203

Cette particularité de l’espèce humaine sera relevée plus tard aussi par Jacques Ruffié, professeur d’anthropologie physique au Collège de France.

Position du Saint-Siège sur les travaux de Teilhard

Les idées de Teilhard confortent l’idée de « plan divin » souvent évoquée par l’Église depuis saint Augustin (La cité de Dieu). Par ailleurs, l’idée de l’évolution est admise comme possible « hypothèse » (il faudra attendre le pontificat de Jean-Paul II pour qu’elle soit considérée en 1996 comme « davantage qu’une hypothèse  »).

220px-St_Maur_-_Facade_Lycee_Teilhard_de_Chardin dans RESSOURCES et Savoirs en TAOCependant, le Vatican identifie rapidement deux problèmes graves :

  1. D’une part l’idée selon laquelle « l’esprit de l’homme, son intelligence et sa volonté libre, puisse apparaître par une simple évolution déterministe de la matière » s’oppose au dogme catholique issu de la Genèse. Ce point fait difficulté car il semble remettre en cause la nature spirituelle de l’âme humaine. Par contre les opinions de Teilhard sur l’origine évolutive du corps de l’homme sont laissées à la libre recherche de la biologie.
  2. Un autre point relève de la discussion théologique :

L’un des deux moteurs de la sélection naturelle est l’élimination systématique, à chaque génération, des individus en surnombre pour les ressources existantes (élimination signalée par Malthus).

Cet écrasement se fait dans l’indifférence cruelle qui terrifie déjà Darwin en son temps et lui fait perdre la foi. Ce point n’est pas contesté. La cruauté de la marâtre nature est connue depuis la nuit des temps. En revanche, on la rattachait au classique problème du mal. Mais la considérer comme faisant partie du plan divin, s’il existe, constitue un total changement de paradigme, aux antipodes de l’idée même de providence. Cette préparation du bonheur des successeurs par la souffrance des prédécesseurs semble certes proche des idées admises de rédemption et de communion des saints, mais le monde qui en découle paraît cependant bien trop écarté des valeurs évangéliques et de l’idée de bonté divine pour être accepté tel quel.

Le Saint-Siège demande donc à Teilhard de suspendre ses publications (non ses recherches). Ce qui avait déjà été imprimé fut inscrit à l’Index « jusqu’à plus ample informé » .
En 1962, un monitum du Saint-Office met en garde contre ses idées hétérodoxes : « Certaines œuvres du P. Pierre Teilhard de Chardin, même des œuvres posthumes, sont publiées et rencontrent une faveur qui n’est pas négligeable. Indépendamment du jugement porté sur ce qui relève des sciences positives, en matières de philosophie et de théologie, il apparaît clairement que les œuvres ci-dessus rappelées fourmillent de telles ambiguïtés et même d’erreurs si graves qu’elles offensent la doctrine catholique. Aussi les EEm. et RRv Pères de la Sacrée Congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d’Instituts religieux, les Recteurs de Séminaires et les Présidents d’Université à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du P. Teilhard de Chardin et de ses disciples ».

Teilhard est mort en 1955, et ses ouvrages pour la plupart publiés de façon posthume. Ils connaissent un certain succès dans les années 1960, puis retombent dans l’ombre, même si son nom est cité de temps à autre. Depuis que l’Internet a touché le grand public, son concept de noosphère semble redevenir d’actualité.

 

Œuvres de Teilhard

De 1955 à 1976, son œuvre est publiée à titre posthume par Jeanne Mortier dont il a fait son héritière éditoriale quant à son œuvre dite non scientifique. Celle-ci occupe treize volumes :

  1. Le Phénomène humain, (1955)
  2. L’Apparition de l’homme, (1956)
  3. La Vision du passé, (1957)
  4. Le Milieu divin, 1957
  5. L’Avenir de l’homme, (1959)
  6. L’Énergie humaine, (1962)
  7. L’Activation de l’énergie, (1963)
  8. La Place de l’homme dans la nature, (1965) ; Albin Michel, Coll. Espaces libres, 1996
  9. Science et Christ, 1965

10. Comment je crois, (1969)

11. Les Directions de l’avenir, (1973)

12. Écrits du temps de la guerre, (1975)

13. Le Cœur de la matière, (1976)

Hanna Dallos et le Jeu du Tao

 

 

Hanna Dallos fut la voix des Dialogues avec l’ange. En Hongrie, en pleine guerre, ce fut elle qui transmit cet enseignement spirituel, avant de disparaître, happée par la Shoah. C’était une femme vivante et drôle, intelligente et profonde, s’interrogeant sans cesse sur les grandes questions de l’existence, et aussi une pédagogue exceptionnelle.

Hanna Dallos, née le 14 juin 1907, grandit dans une famille chaleureuse de « juifs réformés (1) ». Son père, directeur d’un collège de garçons, était un homme très ouvert. Sa mère, d’une infinie douceur, une vraie mama juive (SB, Chap. II/1). Hanna a aussi un frère aîné, Joseph, ophtalmologue brillant, qui travaillera à l’amélioration des premières  lentilles de contact.

 

Hanna Dallos et le Jeu du Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO hanna_dallos_joseph_kreutzer-249x300Mariée à vingt ans à un cousin germain, Joseph Kreutzer (3), juif lui aussi, Hanna est graphiste, graveur et peintre, tandis que son mari dessine et fabrique des meubles. Leurs  études terminées, le couple s’installe en 1928 dans un grand atelier sur les hauteurs de Buda, d’où l’on voit le Danube. Agnostique, ancien sympathisant du mouvement révolutionnaire de Béla Kun en 1919, Joseph était un grand maigre moustachu, calme et pensif, doté d’une grande capacité de silence dans laquelle Hanna se ressourçait (SB, Chap. II/3). 
Hanna est très liée à une jeune austro-hongroise, Gitta Mallasz, qu’elle a connue à l’école des Arts décoratifs. Après une parenthèse sportive qui la rendra célèbre comme  championne de natation, elle se remet au dessin et rejoint l’atelier du couple.                                                                                                                           

 Et comme l’antisémitisme renait au début des années 30, c’est elle qui va chercher les commandes pour faire vivre l’entreprise.

L’enseignement

 

Hanna est l’âme de l’atelier. Selon Gitta, « elle avait un don de concentration remarquable et pouvait jauger d’un coup d’œil l’essentiel d’un projet, sur le plan de la conception aussi bien que de la réalisation » (DA 1990, p.19). En même temps, elle peut très facilement résoudre le problème le plus trivial. Pour Vera Székely, qui fut son élève, « elle considérait l’expression plastique – même s’il s’agissait d’une banale publicité – comme reflétant l’état intérieur de son auteur » (SB, Chap. II/4). En fait, ses élèves la considèrent plus comme un Maître (4) que comme un professeur. Car pour elle, les préoccupations spirituelles sont primordiales. Non seulement le Tao Te King, les Upanishad, la Bhagavad-Gîtâ, les écrits de maître Eckart figurent parmi ses livres de chevet, mais elle les  prête  à ses élèves et les commente avec eux (SB, Chap. II/4). Seuls quelques-uns  purent supporter cette exigence et cette intensité, selon Vera Székely. Les autres quittèrent ses cours (DA 1976, p.12).
Mais Hanna sait aussi rire. Elle aime faire des farces et imiter les gens. Déguisée en paysanne traditionnelle avec une multitude de jupons empesés, elle joue le rôle d’une innocente mal dégrossie accompagnant sa patronne (Gitta) dans les cafés littéraires de Budapest et se livre à une parodie cinglante du microcosme qu’elle côtoie (VM,  p.31). 
L’inspiration

La finesse et la sensibilité hors norme d’Hanna vont bientôt s’exprimer d’une façon très inhabituelle, bien que pour Gitta qui l’a vécu il s’agisse là de quelque chose de très naturel.
Cela se passe le 25 juin 1943 à 15 heures, dans une petite maison sans confort à Budaliget, non loin de Budapest, où se sont installés Hanna, Joseph et Gitta pour fuir l’atmosphère délétère de la capitale. Les y rejoint le week-end, Lili Strausz, juive elle aussi, professeur d’expression corporelle, qu’a rencontrée Gitta dans sa période sportive. Taraudés par une grande exigence intérieure, les quatre amis ont pris l’habitude de « chauffer » des sujets pour y voir plus clair en ces temps chahutés où s’épanouissent tous les totalitarismes. Cet après midi là, Gitta débite un fatras de lieux communs sur un problème qui la concerne personnellement, lorsque Hanna a une vision aveuglante : elle voit deux mains arracher les écrits de son amie, les déchirer et les jeter par terre avec rage. Elle prévient alors : « Attention, ce n’est plus moi qui parle ». Par la voix de Hanna, quelqu’un met sévèrement Gitta en garde sur son attitude inconséquente (DA 1990, p.23).

A ce moment là, Gitta entend la voix de Hanna, tout en sachant que son amie n’est qu’un instrument. Hanna, elle, est « consciente de la présence de celui qui s’adresse à Gitta ». Mais en même temps elle se sent réellement présente : elle assiste aux paroles qui se forment en elle « avec surprise et émerveillement » (SB,  Chap. IV/1).  D’où viennent ces messages et qui les envoie ? Les quatre amis appelleront ces voix venues d’ailleurs les « Messagers », avant que ceux-ci ne se qualifient eux mêmes d’anges.                 

Ces entretiens dureront dix sept mois, au cours desquels les anges les exhorteront à une transformation radicale, annonçant des temps nouveaux : un message de feu toujours actuel, dont Hanna est la médiatrice.
Au début  des « Dialogues » Hanna perçoit le sens du message et le traduit en mots. Puis, l’enseignement devenant plus pressant, et plus rythmé, elle ne fait que répéter ce qu’elle entend en elle, voire transmettre des paroles dont elle ignore le sens ou des mots d’une langue qui n‘est pas la sienne. Ainsi un jour, alors qu’elle travaille à une publicité, Hanna dépose soudainement son pinceau et dit à Gitta : « J’entends des mots allemands, ils sont destinés à X. Note les ». Hanna parlait l’allemand, mais n’en connaissait pas tous les subtilités. Ce fut Gitta qui lui traduisit en hongrois les mots inconnus en approfondissant leur signification (SB, annexe 1 ; AE,  p. 150 ; Morgen).
 Au fur et à mesure de ces rencontres, Hanna développe une sensibilité hors du commun : réceptive à la vibration des anges, elle ressent avec la même acuité la souffrance humaine(DA 1990, p.74). Des douleurs lancinantes au cœur qui la faisaient souffrir (DA 1990, p.59, 281), elle disait simplement : « Ces douleurs ne viennent pas du corps. Je sens que les gens n’ont peut-être jamais autant ressenti de souffrances qu’en ce moment » (AE, p.219). Au cours d’une conférence à Zurich à la Paulus Akademie le 9 novembre 1985, Gitta Mallasz disait d’elle : « Sa capacité de concentration était exceptionnelle. Hanna était simultanément dans le monde créé ET dans le monde créateur. Elle nous donnait accès à une autre dimension. Elle portait en elle les qualités du nouvel homme, de celui qui se trouve au milieu, de celui qui lie le monde terrestre au monde spirituel. Pour nous, elle en était le modèle ».

Le 19 mars 1944, l’Allemagne envahit la Hongrie et la déportation des juifs commence. Il faut rentrer à Budapest. Le 3 juin, Joseph part vers une destination inconnue, laissant Hanna inconsolable (DA 1990, p.285). Peu de temps après, un prêtre de bonne volonté, le père Klinda, demande à Gitta de prendre la direction d’un atelier de confection militaire avec comme ouvrières, une centaine de juives. Gitta accepte à condition que Hanna et Lili soient admises, elles aussi, à Katalin (DA 1990, p.289). 

Sources
(AE) Die Antwort der Engel, édition allemande des Dialogues avec l’ange, Daimon Verlag, Einsiedeln, 1981 (Die Antwort der Engel sur Google Books)

  • (DA) Dialogues avec l’ange. Les quatre messagers, Aubier-Montaigne, Paris, 1976
  • (DA) Dialogues avec l’ange. Édition intégrale, Aubier, Paris, 1990
  • (DC) Eva Langley-Dános, Le dernier convoi, Albin Michel, 2012 
  • (DV) Gitta Mallasz avec Françoise Maupin, Les Dialogues tels que je les ai vécus, Aubier, Paris, 1984
  • (SB) Patrice Van Eersel, La source blanche. L’étonnante histoire des Dialogues avec l’Ange, Grasset, Paris, 1996 et Livre de poche
  • (VM) Bernard Montaud, Patricia Montaud, et Lydia Müller, La vie et la mort de Gitta Mallasz, Dervy, Paris, 2001

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