Archive pour 14 février, 2013

Epiménide le Crétois

Epiménide le Crétois dans RESSOURCES et Savoirs en TAO images-8Épiménide ou Épiménide de Knossos, poète et chaman crétois, actif vers 556 av. J.-C. selon Platon (Lois, I, 642d) ou sous Solon, vers 595 av. J.-C. selon Aristote (Politique des Athéniens, 1). Il a longtemps été considéré comme un personnage mythique.

 La plupart des histoires concernant Épiménide sont consignées par Diogène Laërce (I, 110). Épiménide est originaire de Cnossos, en Crète.

Plutarque :

« Mandé par eux [en -595] vint de Crète Épiménide de Phaestos, considéré comme le septième des Sages par certains de ceux qui ne reconnaissaient pas Périandre. De plus, sa réputation était celle d’un homme cher aux dieux et savant dans les choses divines, dans la connaissance inspirée et initiatique. »

Selon la tradition, il naît dans une famille de bergers, habitant à l’ombre du palais du roi légendaire Minos. Alors qu’il cherche un mouton égaré, il trouve une caverne dans laquelle il tombe endormi pendant 57 ans. C’est, en fait, la grotte d’un dieu à Mystères, qui lui donne pendant son sommeil la connaissance de la nature et de l’organisme humain, et lui accorde le don de divination. L’épisode inspire à Goethe le poème Le Réveil d’Épiménide (Des Epimenides Erwachen, 1815).

Revenu dans le monde des hommes, il se fait connaître par sa sagesse et ses connaissances occultes. Adepte du jeûne, il se nourrit uniquement d’une substance végétale, qu’il conserve dans un sabot de bœuf. Il peut séparer son âme de son corps, et voyager ainsi par l’esprit.

À cause de sa sagesse, il est invité par Solon vers 595 (46e olympiade) à Athènes, afin de purifier la ville du sacrilège commis par les Alcméonides (profanation du droit d’asile). Athénée (XIII, 602 c-d) rapporte qu’il purifie l’Attique par un sacrifice humain et la consécration d’un temps aux Érinyes. En récompense de ses services, il n’accepte qu’un rameau de l’olivier sacré, dédié à Athéna.

Devin, Épiménide prédit, dix ans à l’avance, la guerre contre les Perses (Lois, 642d) (Cyrus le Grand soumit l’Ionie en -546).

De retour en Crète, il meurt à l’âge de 157 ans (ou 299, selon les sources). Par la suite, Sparte prétendra également abriter le tombeau du sage.

On trouve son corps couvert de tatouages — pratique inconnue en Grèce antique sauf pour le marquage des esclaves — ce qui le rattache à la tradition thrace du chamanisme. L’expression « la peau d’Épiménide » est ensuite utilisée pour désigner une chose cachée.

images-9 dans RESSOURCES et Savoirs en TAOOn qualifie d’ « hyperboréens » ou d’ « apolliniens » un groupe de penseurs ou de mages ou de chamans antérieurs à Socrate et même au premier des présocratiques (Thalès) : Aristée de Proconnèse (vers 650 av. J.-C. ?), Épiménide de Crète (vers 595 av. J.-C.), Phérécyde de Syros (vers 550 av. J.-C.), Abaris le Scythe (vers 560 av. J.-C. ?), Hermotime de Clazomènes (vers 500 av. J.-C.). Les Grecs en faisaient une école, qui anticipait le pythagorisme : pour Apollonios Dyscole, « À Épiménide, Aristée, Hermotime, Abaris et Phérécyde a succédé Pythagore (…) qui ne voulut jamais renoncer à l’art de faiseur de miracles. » Ce sont à la fois des chamanes et des penseurs ou même des philosophes. Le premier à noter l’aspect chamanique fut Meuli. Épiménide est un personnage très apollinien et chamane. Il est originaire de Cnossos, où Apollon avait un sanctuaire, et il pratique la divination, une des fonctions d’Apollon : « Platon nous renseigne : outre qu’il prononce lui-même, en proie au délire, des paroles oraculaires, Épiménide est aussi un interprète. (…) C’est, en effet, chez Épiménide que l’on peut saisir pour la première fois les deux aspects de la sagesse individuelle archaïque de source apollinienne : l’extase divinatoire et l’interprétation directe de la parole oraculaire du dieu. Le premier aspect est déjà repérable chez Abaris et Aristée. (…) Épiménide laisse paraitre une anomalie : nous savons de bonne source que son excellence divinatoire s’exerçait, non pas sur le futur, mais sur le passé. D’autres renseignements sur Épiménide en donnent une représentation chamanique qui est à mettre en relation avec Apollon Hyperboréen. Dans ce cadre prennent place sa vie ascétique, sa diète végétarienne, voir son fabuleux détachement vis-à-vis de la nécessité de se nourrir. Il ne racontait pas des histoires sur les dieux, mais vivait avec les dieux. Son sommeil, qui a duré 57 années n’a pas d’autre signification » (G. Colli).

Sur cette « anomalie » (qu’on appelle rétrocognition en parapsychologie): Aristote :

« Épiménide le Crétois ne devinait point les choses futures, mais celles du passé qui étaient inconnues. »

Sur son sommeil de 57 ans : Diogène Laërce :

« Épiménide, un jour que son père l’avait envoyé aux champs pour rechercher une brebis, s’endormit dans une grotte, et y resta en sommeil durant cinquante-sept années. Et, s’étant réveillé après ce temps, il se remit à la recherche de la brebis, croyant avoir dormi juste un peu. Une fois qu’il fut rentré dans sa maison, il y trouva des gens qui lui demandèrent qui il était, jusqu’à ce qu’il eut retrouvé son frère cadet, devenu entre-temps un vieillard, dont il apprit toute la vérité. Une fois reconnu, se répandit chez les Grecs l’opinion qu’il était très cher aux dieux. »

Évidemment, des éléments fantastiques et littéraires se mêlent à des idées chamaniques, celles du sommeil, du rêve, de l’initiation dans une grotte.

Œuvre

À lire la Souda, « Épiménide a écrit de nombreuses oeuvres en vers, et en prose quelques doctrines mystiques, des purifications et d’autres oeuvres énigmatiques. » Selon la tradition, il est l’auteur d’une Théogonie (Γένεσις καί Θεογονία / Genesis kai theogonia), des Argonautiques et de plusieurs traités religieux en vers, comme les Rites de purification (Καθαρμοί / Katharmoí). Il est cependant probable que ces traités aient été forgés par la suite par des adeptes de l’orphisme.

Quelques fragments attribués à Épiménide ont été retrouvés.

Selon H. Diels, les fragments d’Épiménide « proviendraient d’un recueil poétique d’oracles composé dans un contexte d’inspiration orphique, entre la fin du VIe et le début du Ve s. av. J.-C., et attribué dès cette époque à Épiménide, un devin qui avait vécu en réalité environ un siècle plus tôt. Cette opinion dérive de la tentative d’accorder entre eux les renseignements biographiques, contradictoires et même extravagants, concernant Épiménide. Ces fragments poétiques sont anciens, en raison justement de leur affinité avec la poésie orphique primitive. L’entreprise d’unification et d’ordonnance canonique de la tradition orphique par Onomacrite (date) de la fin du VIe s. av. J.-C. » (Colli). Colli : « Je ne suis pas Diels, en revanche, lorsqu’il crée un double Épiménide, en supposant à la fin du VIe s. av. J.-C. l’apparition de la composition orphique d’un faux Épiménide, à l’époque de la chute des Pisistratides [510 av. J.-C., avec Hippias], un siècle après la présence à Athènes [595 av. J.-C.] du véritable Épiménide. »

Logique : le paradoxe du menteur

Un des fragments d’Épiménide figure dans l’épître à Tite, l’un des livres du Nouveau TestamentPaul de Tarse y écrit :

« Quelqu’un d’entre eux [les Crétois], leur propre prophète [Épiménide le Crétois], a dit : ‘Les Crétois sont toujours menteurs, de méchantes bêtes, des ventres paresseux.’ « 
(I, 12, trad. J.N. Darby)

Diogène Laërce et beaucoup d’historiens attribuent la réflexion sur le paradoxe à Euboulide de Milet, logicien vers 350 av. J.-C., à partir d’un vers d’Épiménide.

images-10« Les Crétois [sont] toujours menteurs. » Krêtes aeì pseûstai Le Crétois dit que les Crétois mentent toujours. Par quelle méthode juger de la valeur de cette dernière phrase ? D’un côté, Épiménide est crétois, donc il ment, mais s’il ment il dit effectivement la vérité. D’un autre côté, il dit une vérité, à savoir que les Crétois mentent toujours, de sorte qu’il ment. L’énoncé est vrai et faux, donc contradictoire, ce qui est intolérable en logique. Ment-il ou ne ment-il pas, vrai ou faux ? Indécidable, ce qui est insupportable pour l’esprit. Au désespoir de ne pas trouver de solution, le logicien Philatos de Cos se suicide vers ~ 330. Pour avancer un peu, les philosophes, ensemble, avec méthode, mettent une étiquette, titre et qualification : ce sera l’antinomie du Menteur. Antinomie parce que la phrase aboutit à deux thèses contradictoires qui aboutissent l’une comme l’autre à une contradiction. Puis chaque philosophe, avec sa méthode, cherche la clef de l’énigme. Il faudra patienter 2500 ans !

Bertrand Russell, qui regarde moins le contenu ou la forme que l’utilisation logique faite de la langue, crée en 1910 la théorie ramifiée des types logiques, c’est-à-dire de la hiérarchie des ordres de propositions. Épiménide, remarque-t-il, se mentionne lui-même. « Auto-référence ». Il masque une incorrection logique sous la correction grammaticale, il confond une totalité avec un membre de celle-ci, puisqu’il mêle deux niveaux logico-linguistiques, le discours (« Les Crétois mentent toujours ») et le discours sur le discours (« Cette proposition est fausse »). Voilà l’erreur décelée. Voici la correction proposée. Épiménide aurait dû dire : « Je soutiens une proposition de premier ordre qui est fausse. » Russell tranche par la règle interdisant le cercle vicieux : « Aucune proposition ne peut exprimer quelque chose au sujet d’elle-même, parce que le signe propositionnel [la phrase] ne peut être contenu en lui-même » (Principia Mathematica, 1910-1927, chap. 2, § 8 ; La philosophie de l’atomisme logique, 1918-1919, chap. 7).

Autre approche. Le sophisme ici provient de ce qu’on ignore que le contradictoire universel de « (Tous) les Crétois mentent toujours » n’est pas : « (Tous) les Crétois disent toujours la vérité » (qui, en ce cas, n’en est que le contraire universel), mais : ‘(Quelques) des Crétois disent quelquefois la vérité ». (François Le Lionnais, Les grands courants de la pensée mathématique, Hermann, 1948, p. 357).

Morale

  • Les passions: il ne faut pas les anéantir, mais les surveiller sans y apporter trop de contention. Il classe les passions selon deux catégories: agréables et pénibles. Pour lui, l’homme ne doit pas rechercher l’ataraxie, l’absence de passion, sinon ce serait un mortel repos. Il enseigne toutefois à prévenir l’excès. Ainsi il ne condamne pas la colère: c’est un mouvement naturel, que la Nature nous a donné dans sa sagesse; mais nous empêchons que la colère ne nous fasse faire des actions mauvaises et irréparables. La colère est bonne, puisqu’elle est un puissant ressort de la Nature, pour repousser sa propre destruction. De même la jalousie est bonne, la haine, etc. Ces passions sont bonnes dans une certaine mesure, il ne faut pas qu’elles blessent autrui ou soi-même. L’effet de la morale, relativement aux passions est d’aider les hommes à être hommes.

Bibliographie

voir « un répertoire des sources philosophiques antiques »

 Die Fragmente der griechischen Historiker, éd. F. Jacoby, Berlin puis Leyde, depuis 1923, 16 vol.

J.Yves Leloup et le Jeu du Tao

J.Yves Leloup et le Jeu du Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO images-6Jean-Yves Leloup est un écrivain, philosophe, théologien et prêtre orthodoxe français né en 1950. Malgré son engagement dans sa tradition religieuse, Jean-Yves Leloup milite pour une ouverture aux autres spiritualités, le bouddhisme, l’hindouisme, le judaïsme et l’islam. Il attache une importance particulière aux pratiques corporelles ainsi qu’à la méditation et la prière du cœur (dite hésychasme). Il s’intéresse également à la part du féminin dans la spiritualité.

Jean-Yves Leloup est né le 24 janvier 1950 à Angers en France. Athée dans sa jeunesse, il se convertit à Istanbul au christianisme oriental suite à une expérience le laissant pour cliniquement mort. Plus tard, il recherche ses racines occidentales et devient moine dominicain catholique à la Sainte-Baume. Au sein de cet ordre, il dit se consacrer à une quête intellectuelle rigoureuse qu’il met au service de sa foi. Il s’intéresse notamment à Maître Eckhart. Après quinze ans de vie monastique catholique, il revient à l’orthodoxie qu’il considère comme le patrimoine commun des Églises.

Aujourd’hui, il parcourt le monde en tant que conférencier.

Jean-Yves Leloup est l’auteur de nombreux ouvrages traitant essentiellement de spiritualité chrétienne. Il a notamment traduit et commenté les Évangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie de Magdala. Il a également fourni un commentaire de l’Évangile canonique de Saint-Jean. Il présente son travail comme une mise en lumière des traditions primitives de l’Église.

À ce titre, il s’est intéressé à l’enseignement des Pères de l’Église, notamment des Pères du désert (Paroles d’ermites : les pères du désert. Introductions aux « vrais philosophes » : les Pères grecs, un continent oublié de la pensée occidentale).

Jean-Yves Leloup a également traité des traditions méditatives et monastiques de l’Église orthodoxe à laquelle il appartient (Paroles du Mont AthosÉcrits sur l’Hésychasme).

Comme autre sujet d’intérêt, il a écrit sur l’ouverture spirituelle aux autres traditions (L’Enracinement et l’OuvertureLes Livres de morts tibétain, égyptien et chrétienLa Montagne dans l’océan : méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme).

Jean-Yves Leloup prend position sur la part du féminin, de la relation homme-femme dans la spiritualité et dans la vie de Jésus-Christ (Évangile de ThomasÉvangile de MarieUne femme innombrable).

Il a écrit sur de nombreux autres sujets religieux et philosophiques. Olivier Germain-Thomas dans un entretien qu’il lui a accordé, dit de lui  : « Impossible de vous classer selon les catégories anciennes et c’est en cela, je pense que vous symbolisez la spiritualité de demain » (Dialogue avec Olivier Germain-Thomas, 2002).

 Bibliographie

  • L’Évangile de Thomas, 1986
  • L’Évangile de JeanAlbin Michel, 1989
  • L’Enracinement et l’Ouverture, 1989
  • Écrits sur l’Hésychasme, une tradition contemplative oubliée, Albin Michel, 1990
  • L’Absurde et la Grâce, 1991
  • Un et nu, Albin Michel, 1991
  • Paroles du mont Athos, 1992
  • Jean Cassien, 1992
  • Evagre le Pontique, 1992
  • Praxis et Gnosis, ou la Guérison de l’esprit, Albin Michel, 1992images-7 dans RESSOURCES et Savoirs en TAO
  • Jean Chrysostome, 1993
  • Grégoire de Nysse, 1993
  • Prendre soin de l’Être. Les Thérapeutes selon Philon d’Alexandrie, 1993
  • Manque et plénitude. Éléments pour une mémoire de l’Essentiel, 1994
  • Paroles de Jésus, Albin Michel, 1994
  • Jean de la Croix ou La nuit habitée, 1994
  • La Vie de Jésus racontée par un arbre, 1995
  • L’ Enracinement et l’Ouverture, Albin Michel, 1995
  • Désert, déserts, Albin Michel, 1996
  • L’Évangile de Marie. Myriam de Magdala, 1997
  • Les Livres des morts tibétain, égyptien et chrétien, Albin Michel, 1997, rééd. 2009
  • Introduction aux « vrais philosophes ». Les Pères grecs : un continent oublié de la pensée occidentale, Albin Michel, 1998
  • Sectes, Églises et religions, Albin Michel, 1998
  • Prendre soin de l’être, Albin Michel, 1999
  • Paroles d’ermites : les pères du désert, Albin Michel, 2000
  • La Montagne dans l’océan : méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme, Albin Michel, 2000
  • L’ Évangile de Marie, Albin Michel, 2000
  • L’icône une école du regard ,2000
  • Manque et plénitude, ALbin Michel, 2001
  • L’ Absurde et la Grâce, Albin Michel, 2001
  • Guérir l’esprit. Le colloque de Bodhgaya, Albin Michel, 2001
  • Un art de l’attention, Albin Michel, 2002
  • L’Évangile de Thomas, réédition ? 2002
  • Une femme innombrable, Albin Michel, 2002
  • L’Évangile de Philippe, Albin Michel, 2003
  • Guérir l’esprit, Albin Michel, 2004
  • « Tout est pur pour celui qui est pur », Albin Michel, 2004
  • Qui aime quand je t’aime, Albin Michel, 2005
  • La Grâce de solitude, Albin Michel, 2006
  • Aimer désespérément, Albin Michel, 2006ekzistado.jeanyves.leloup-300x235
  • Un Homme trahi, Albin Michel, 2006
  • Paroles du Mont Athos, Albin Michel, 2006
  • Les Profondeurs oubliées du Christianisme, 2007
  • Mont Athos – chemins sur l’Infini, 2007 (prix Spiritualités d’aujourd’hui 2008)
  • Le Notre Père, Albin Michel, 2007
  • Innocence et culpabilité, Albin Michel, 2007
  • La Montagne dans l’océan, Albin Michel, 2007
  • Lettres à un ami athée, 2008
  • Apprendre à être heureuxAlbin Michel, 2008
  • Jésus, Marie Madeleine et l’Incarnation, Albin Michel, 2008
  • Une femme innombrable, Le Roman de Marie Madeleine, Albin Michel, 2009
  • L’assise et la marche, Albin Michel, 2011

 

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