Archive pour 18 février, 2013

Lao-Tseu

Lao-Tseu dans Le Livre des Mutations 180px-daodetianzun-169x300De Lao-tseu (Lao Zi), on sait peu de choses, sinon rien. Selon la légende, sa mère l’a porté pendant 8 ou 80 ans et il est né avec des cheveux blancs, d’où son nom de « vieil enfant » (ou « vieux maître »1). À l’age mûr, lassé des hommes, il aurait quitté son pays par l’Ouest, chevauchant un buffle, et aurait dicté au gardien de la passe Yin Si qui l’en priait les cinq mille caractères (environ) de cet ouvrage. Le taoïsme religieux, confronté au IIIe s. à l’arrivée du bouddhisme en Chine, a tenté un rapprochement audacieux entre ce personnage parti en pays barbare et le Bouddha. Plus sérieusement, certains érudits chinois ont proposés différentes identifications historiques. Cependant, Mencius (Meng Zi), grand continuateur de Confucius avec Xun Zi, ne mentionne pas Lao-tseu dans ses diatribes contre les excès des mohistes et des taoïstes (les uns prônant un pacifisme ascétique et militaire, les autres un détachement radical de la société des hommes), ce qui laisse penser que Lao-tseu ne serait pas un personnage historique, mais plutôt une figure légendaire ou semi-légendaire. Pour donner du poids à son œuvre, le compilateur du Livre de la Voie et de la vertu l’aurait signé du nom de ce sage reclus auprès duquel Confucius, le premier maître de la Chine2, serait allé demander conseil.

1. En chinois classique, le caractère zi signifie, en autre, maître et enfant.

2. C’est ainsi que le qualifie Fong Yeou-Lan dans son Précis d’histoire de la Philosophie chinoise (traduit par G. Dunstheimer d’après le texte anglais édité par Derk bodde, Éd. Le Mail).

L’image la plus courante de Lao Tseu en fait un personnage extraordinaire. Conçu miraculeusement par le passage d’une comète ou l’ingestion par sa mère d’une prune (li, nom de famille qui lui est généralement attribué) magique, il naît avec des cheveux blancs et une barbe, d’où son surnom d’ancien (lao), et des oreilles aux lobes très longs, signe de sagesse. Archiviste à la cour des Zhou et contemporain de Confucius qui le reconnaît comme un maître et un être extraordinaire, il finit par quitter le pays âgé d’au moins 160 ans, lassé des dissensions politiques. Il part vers l’ouest monté sur un buffle ; arrivé à la passe qui marque la frontière, il rédige le Livre de la Voie et de la Vertu à la demande du gardien Yin Xi puis continue son voyage. Personne ne sait alors ce qu’il devient, mais certains pensent qu’il ne meurt pas ou qu’il se réincarne, reparaissant sous différentes formes pour transmettre le Dao.

Le sens du nom Lao est débattu : l’interprétation littérale de « vieux » ou « ancien », évoquant la sagesse, est tentante. Certains prennent le suffixe zi au sens littéral d’« enfant » et en font « le vieil enfant », appellation mystique ou symbolique, d’autres estiment que ce surnom lui vient du fait qu’il serait né avec des cheveux blancs ou que sa mère l’aurait eu sur le tard. D’autres encore estiment qu’il s’agit tout simplement de son nom de famille, l’existence de familles Lao à l’époque des Royaumes combattants étant attestée.

Par ailleurs, les caractères Li (prune) et Er (oreille) – ses nom de famille et prénom selon Sima Qian – ont inspiré l’imagination. « Prune » viendrait du fait que sa mère l’aurait conçu en apercevant une comète ou un dragon volant alors qu’elle était assise sous un prunier, ou bien en consommant un fruit magique. Ge Xuan pensait pour sa part que Lao Tseu aurait désigné du doigt un prunier à sa naissance, mais proposait aussi qu’il pourrait s’agir du nom de famille de sa mère. Le prénom « Oreille » est en général expliqué par leur taille particulièrement développée, surtout les lobes, caractéristique souvent prêtée aux sages.

Théories sur le personnage 

180px-lao_tzu_-_project_gutenberg_etext_15250 dans Le Livre des MutationsDans sa pensée, n’oublions pas que le sage reste en retrait, comme debout dans la pénombre. En suivant cette logique, on serait en droit d’estimer qu’il aurait pu changer de nom à plusieurs reprises, dans le but délibéré de jeter une confusion permanente sur son existence. Selon l’endroit où il se trouvait, il pouvait y être connu sous un ou plusieurs noms différents. Ce qui, aujourd’hui, bien sûr, met un voile d’obscurité sur l’historicité du personnage, les sources citant divers noms pour, probablement sans le savoir, la même personne. L’usage de plusieurs noms pour une même personne, en Chine, étant à l’époque une pratique généralisée et même traditionnelle. Il y a le nom à la naissance, le prénom social, le «Hao», l’interdiction d’appeler un aîné par son prénom à la naissance. L’introduction de particule devant le nom, par exemple, si quelqu’un semble être plus âgé que quarante ans, on doit placer «Lao» soit devant le nom de famille, soit devant le prénom social ou encore le «Hao». En admettant que le prénom social de Lao Tseu soit Dan, et qu’il semblait à l’époque avoir plus de quarante ans, on devrait donc dire «Lao Dan», et il pourrait s’agir du même personnage dont le nom personnel, qui à cause de son âge devenu tabou, soit effectivement Li Er, et les noms «Laolaizi» et « Lao Zi » (possiblement un diminutif de Laolaizi) aurait pu être le nom que lui affublaient ses disciples directs. Comme prononcer le nom personnel d’un aîné était tabou, on peut convenir ignorer comment le nom Li Er est venu aux «oreilles» de Sima Qian.

L’époque des Tang

L’époque des Tang

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« L’époque des Tang marque l’apogée de la poésie chinoise, dont la production fut alors extrêmement abondante. Il serait vain de se perdre ici dans une énumération de noms: on se bornera aux plus illustres. Après le « formalisme » de la période précédente, on assiste au début de la dynastie à une rénovation par un retour à la simplicité antique. Trois poètes ont entre tous glorifié avec éclat le règne de Xuanzong. Li Bo (ou Li Taibo, 701-762) est l’inspiré taoïste, ivre de nature, dans la tradition des Sept Sages de la forêt de bambous, adonné au vin et aux femmes, génie spontané, libre et sauvage; on le qualifie généralement de l’épithète de romantique. Du Fu (712-770) est au contraire un méditatif, d’inclination confucianiste, grave, travaillant en profondeur, très préoccupé des malheurs qui menacent la dynastie et la patrie ainsi que des vicissitudes qui accablent l’humble peuple. Sa poésie est caractérisée par le réalisme – qualité qui, jointe à son patriotisme, lui vaut de bénéficier d’une particulière estime dans la Chine communiste – et, d’autre part, par la perfection de la forme. Wang Wei (699-759), qui fut aussi un peintre célèbre, est surtout bouddhiste; il a d’exquises rêveries sur la nature, de purs recueillements mis en vers. Au siècle suivant, alors que la décadence politique s’accentue, Bo Juyi (772-846), bien qu’attiré aussi par le bouddhisme, est très différent de Wang Wei. C’est une nature vive qui n’hésita pas à fustiger les vices de la Cour dans une série célèbre de ballades satiriques, inspirées des ballades populaires de l’époque, dont le poète adoptait la langue simple et directe. Un autre grand poète du dernier siècle de la dynastie, Li Shangyin (813-858), est un auteur difficile chez qui se cache, derrière la luxuriance des images et des allusions, un symbolisme ambigu mais riche de résonances.

La poésie des Tang a un caractère éminemment classique. C’est un art ferme, compact, équilibré. Elle excelle dans les vers réguliers (shi), ordonnés en quatrains soit isolés, soit doublés en séquences de huit vers, soit encore multipliés en séquences plus longues, mais sans que jamais l’ensemble du poème s’allonge outre mesure. Les Tang fixèrent définitivement la prosodie de cette poésie régulière, qui repose sur un balancement d’oppositions toniques. La poésie régulière des Tang exploite aussi la symétrie sémantique, les mots se répondant les uns aux autres, dans chaque paire de vers, par leur sens ou par leur valeur grammaticale. Ce procédé, si bien adapté au monosyllabisme de la langue, est pratiqué par les meilleurs poètes des Tang avec tant d’art et de justesse qu’il aboutit souvent à de parfaites réussites. La poésie des Tang, comme toute poésie chinoise, est essentiellement impressionniste. Le ton épique, le ton oratoire lui sont étrangers; et c’est, pourrait-on dire, en agissant directement sur le système nerveux qu’elle éveille de sourdes et puissantes résonances dans les centres de la sensibilité esthétique. » Cf. Encyclopædia Unvisersalis, article sur la Littérature Chinoise.

Sun ZI – l’art de la guerre

Sun Zi  – L’Art de la guerre

Sun ZI - l'art de la guerre dans Le Livre des Mutations 200px-enchoen27n3200-199x300L’art de la guerre est le premier traité de stratégie au monde. Rédigé vers le Vème siècle avant J.-C., il développe des thèses originales, qui s’inspirent de la philosophie chinoise ancienne. Considérant la guerre comme une réalité inévitable, il montre comment la réflexion peut mener à la victoire, comment l’analyse des faiblesses de l’ennemi peut fonder une tactique, si l’on sait les exploiter, et même les aggraver ; il met l’accent sur la dimension psy­cho­logique du combat, sur le rôle de la ruse et de la fuite. Ses idées, ignorées dans les époques de guerre totale et de conflits frontaux, ont retrouvé une actualité en inspirant les grandes guérillas anti-coloniales chinoises et vietnamiennes, notamment, et sont aujourd’hui reprises par les stratèges asiatiques et américains de la guerre économique.

Qu’il y ait un « art » de la guerre peut étonner ; plus encore un « art » de la guerre chinois, alors qu’on a longtemps cru ce peuple bien trop poli pour prendre les armes. La Chine des philosophes, des calligraphes, des poètes et des peintres ne doit pourtant pas faire oublier celle des généraux, des « Seigneurs de la Guerre » et surtout, à l’époque de Sun Zi, celle des « Royaumes combattants ». Elles n’ont rien d’incompatible et on compte des stratèges consommés qui furent aussi grands poètes ou peintres raffinés.

La plupart des études sinologiques semblent avoir répugné un peu à se pencher sur le domaine militaire, suivant peut-être l’inclination des Lettrés, pour qui les préoccupations guerrières se sauraient être nobles. Pourtant, l’étude de cet Art de la guerre est utile à plus d’un titre. Ceux qui cherchent les recettes de gouvernement qui ont permis à la Chine de conserver sa continuité depuis plus de vingt siècles, apprendront ici que la guerre est une question vitale pour tout pays, comment l’éviter, et comment la gagner quand on n’a pas d’autres choix que de prendre les armes. Ceux qui cherchent à comprendre certaines particularités de l’« esprit chinois » comme sa remarquable faculté d’atteindre indirectement son but, y trouveront des considérations tactiques sur les fins et les moyens d’y parvenir. Enfin, dans un contexte actuel de guerre économique mondiale où la Chine joue un rôle croissant, ce petit et très ancien livre peut aider à comprendre comment le « grand dragon » joue de ses atouts et sait masquer ses points faibles. Pour une entreprise internationale, s’engager en Chine est à la fois nécessaire et périlleux, et il faut commencer par « se connaître et connaître l’adversaire », nous dit Sun Zi.

Pour le lecteur intéressé par la culture chinoise ancienne, le manuel de Sun Zi montre une application concrète d’une idée centrale au taoïsme : la fluidité de l’eau l’emporte sur la solidité de la pierre. L’armée qui est plus mobile a plus de chances de vaincre, et celle qui se laisse fixer perd sa puissance. Eviter les sièges, les engagements frontaux et les longues campagnes semble être le leitmotiv de l’Art de la guerre. Règle pour la victoire : n’attaquer qu’après avoir gagné la bataille, qui se joue en amont sur le front de l’information et de la désinformation, afin de saper le moral de l’adversaire, de lui faire perdre ses moyens. Le général capable est celui qui gagne sans verser de sang ; toutes ses opérations visent à ce que l’ennemi s’effondre de lui-même. Aussi est-il indifférent aux honneurs récompensant une victoire arrachée in extremis par une hécatombe dans les deux camps. Il est comme l’eau dont l’action térébrante et insensible finit par désagréger les plus solides fortifications.

Sun Zi est loin d’être un idéaliste se contentant de grands principes et de règles abstraites. En homme expérimenté, il a le souci du détail et donne des conseils précis sur l’usage du feu, des espions, sur les différentes configuration du terrain et sur la gestion du temps. Il préconise la justice et la rigueur dans l’usage des récompenses et des châtiments, défend qu’un général doit parfois contrevenir aux ordres du souverain, que les règles de l’art (de la guerre) doivent être adaptées aux circonstances. Il sait qu’une guerre ne peut se gagner avec des soldats sans foi ni loi, qu’une armée qui saigne l’Etat ne sera pas soutenue, qu’il est essentiel de se concilier le peuple de l’adversaire. Le succès durable de son livre est aussi bien dû à l’importance des principes généraux édictés qu’à son caractère pratique de manuel militaire à l’usage du général en campagne.

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