Archive pour 4 mai, 2013

Déformation du désir

L’envie et la déformation du désir
Courtney A. Behm
(Traduction par Alexandra Jacquemart)

ENVIE (n. f.) – Sentiment de mécontentement, de ressentiment ou de convoitise à propos des avantages, des succès ou des possessions d’autrui. Désir intense de posséder quelque chose que quelqu’un d’autre a reçu ou réussi.
Dictionnaire intégral WEBSTER

Déformation du désir dans TAO et le Maître 5

Un des douteux bénéfices d’être un 4 est que je sais ce qu’est l’envie. J’en connais le goût, l’odeur, la taille, le poids, les sensations physiques, le coût émotionnel et les implications spirituelles. Dans mon ordinateur personnel, l’envie est un virus. Elle a creusé une faiblesse dans mon caractère qui est à la fois d’une évidence flagrante et d’une subtilité infinie. De temps en temps, l’envie produit des réponses physiques et émotionnelles puissantes, mais parfois elle se cache dans l’obscurité de mon psychisme et orchestre les décisions que je crois prendre par moi-même. Douze ans d’études de l’Ennéagramme m’ont permis de faire des progrès considérables dans l’identification et le dépassement de mes réponses automatiques. Je peux apprécier ce que j’ai et être honnêtement contente des succès des autres. Mais le plus souvent, j’agis ainsi par décision consciente. Dans le domaine de l’envie, je suis comme une alcoolique qui peut rester sobre, mais qui gardera toujours une certaine tentation pour l’ancienne habitude. C’est un effort de chaque jour et dans chaque interaction personnelle.

« L’envie, c’est l’art de compter les bénédictions des autres au lieu des nôtres« 
Harold Coffin

Les expressions manifestes de l’envie sont les plus faciles à repousser. Leurs manières grossières et bruyantes déclenchent toutes mes sonneries d’alarme internes. J’ai des amis qui ont bénéficié récemment des largesses financières de la Nouvelle Economie. Ils étaient ravis de cette bonne fortune inattendue. Ils se demandaient quelle part de leur gain ils devaient donner aux bonnes œuvres. Ils ont acheté de nouvelles maisons et des voiliers. Ils ont pris soin de leurs parents vieillissants. Ils sont allés faire des photos en Nouvelle Zélande. Ils ont bâti des plans pour prendre une retraite anticipée. Comme ils sont généreux et ont des valeurs élevées, ils n’ont jamais été superficiels, ni arrogants, mais ils sont riches, d’une manière assez évidente. Et je ne l’étais pas. Je ne pouvais pas discuter de portefeuille boursier, ni faire des plans pour ma retraite. J’ai fait des choix différents et j’étais juste en train de démarrer une entreprise personnelle, alors qu’ils glanaient les récompenses d’années dédiées à une seule voie. Je leur enviais leur richesse, leur liberté par rapport aux soucis financiers et leur capacité à donner aux autres.

Mais parce que je suis une droguée de l’envie, ce n’était pas suffisant de seulement vouloir ce qu’ils avaient. Je les enviais tellement que ça me faisait mal. Et je me sentais profondément nulle. C’était comme si je disparaissais doucement, comme si je devenais grise pendant qu’ils restaient en couleurs. Je ne pouvais pas me rappeler mes propres dons et talents ; je commençais à croire qu’ils m’accueillaient par tolérance parce qu’ils étaient gentils, mais que je n’étais pas réellement la bienvenue. Heureusement, il y avait une partie de moi suffisamment consciente qui savait que tout ceci n’était que foutaises. Je me suis rappelé de respirer, de me connecter à mon corps et de dresser la liste de tout ce qui était positif dans ma vie. J’ai répété mon mantra, encore et encore : « Ces gens sont tes amis. Ils t’aiment. Tu les aimes. Tu es contente de leur bonne fortune. Tu es heureuse d’une manière différente. Tu ne voudrais pas être quelqu’un d’autre que toi. » Et j’ai souri chaudement, je me suis assise calmement sur mon siège, j’ai ouvert mon cœur et je suis resté reliée à ces gens qui étaient importants pour moi pour tellement de raisons. Mais il y a eu des nuits où je rentrais chez moi épuisée par cet effort.

ENVIE (n. f.) : Emulation des médiocres.
FELICITATIONS (n. f.) : Politesse de l’envie.
Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable

Aussi désagréable que ce soit d’être assaillie brutalement par votre passion, au moins vous pouvez la voir venir et choisir votre réponse. Il m’a été autrement plus difficile de neutraliser l’impact de l’envie quand elle est plus modérée, plus insidieuse. J’ai récemment étudié une pratique spirituelle que des amis et collègues avaient adoptée et dont ils tiraient de grandes satisfactions et de grands bénéfices. Mais lorsque j’ai commencé à m’y impliquer, j’ai constaté, à ma grande tristesse, que je étais mal à l’aise et insatisfaite. Cela m’a pris du temps pour démêler la confusion des émotions qui surgissaient. « Ca doit être moi. Ca doit être eux. Pourquoi ai-je de la peine quand d’autres trouvent ça satisfaisant ? Est-ce que cette difficulté serait un signe que j’ai besoin de travailler plus dans cette direction ? Je ne veux pas être perçue comme quelqu’un qui laisse tomber, mais je veux en sortir ! » Cela m’a pris des mois pour être capable de dire : « Je ne veux pas faire ça. Ce n’est pas le bon chemin pour moi. » Mon ami Paul m’a suggéré que peut-être mon désir initial de m’impliquer dans cette voie venait de l’envie, de ma convoitise de la satisfaction spirituelle que d’autres personnes expérimentaient, plutôt que d’un désir sincère de participer. Eh bien, Courtney Ann… grosse surprise ! Pendant tout ce temps, je n’avais pas pu en prendre conscience. Ce n’était simplement pas assez évident.

Je soupçonne avoir ce genre de réaction bien plus souvent que ce qui est acceptable. L’envie m’a beaucoup appris sur le désir. Je peux identifier et convoiter les choses que les personnes ont et qui les rendent heureux. Je peux fantasmer sur la vie merveilleuse que j’aurais si seulement elles étaient à moi. Maintenant, en portant attention au problème, je peux gérer cette réaction, me souvenir de ce que j’ai actuellement et redescendre dans la réalité et dans la gratitude que j’éprouve de mes nombreux talents. Mais l’attention m’a aussi aidée à réaliser que malgré tout ce que j’ai compris et tous les progrès que j’ai faits, j’ai une capacité limitée à avoir un désir clair et en conséquence, j’ai des difficultés à savoir ce que je veux. Pour être précise, je ne suis pas sûre de savoir COMMENT vouloir.

Le plus précieux, nous devons l’avoir. Nous le voulons, nous le voulons, nous le voulons !
Gollum, dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien.

Bien que le désir soit souvent défini comme de la convoitise et que certainement la convoitise soit une forme de désir, je crois qu’il y a une profonde différence entre les deux. Le Webster dit que la convoitise consiste à souhaiter intensément quelque chose qui est momentanément hors de portée, alors que le désir est un sentiment fort qui nous pousse à atteindre quelque chose qui semble accessible. Donc si l’objet du désir est potentiellement atteignable et l’objet de la convoitise hors de portée, alors la convoitise porte en elle les germes de l’insatisfaction alors que le désir nous offre au moins une chance de contentement.

De plus, le désir peut être doux et même innocent. Nous pouvons désirer quelque chose hors de tout intérêt ou de toute curiosité. Nous pouvons désirer quelque chose hors de tout caprice ou de toute mode. Nous désirons pour satisfaire de simples besoins physiques comme la faim ou la soif. Le désir peut nous faire progresser. Si je désire être une meilleure personne, alors je fais ce que je peux pour y arriver. Mais si je meurs d’envie d’être une meilleure personne ou que j’envie les progrès d’un autre, je me sens faible, vide, impuissante et sans espoir. Dans l’instant de convoitise, j’ai placé mon objectif hors de portée. Et parce que cet objectif est hors de portée, j’en ai besoin pour remplir le vide de mon âme et je perds l’équilibre dans une tentative désespérée de l’attraper et de le faire mien.

Mon plus grand défi en termes de développement personnel a été de passer de l’avidité à l’équanimité et d’atteindre une stabilité flexible qui n’est pas facilement rompue ; je trouve de plus en plus facile de maintenir mon équilibre en face d’une provocation significative. Avec gratitude et un brin d’amusement, j’accepte que les gens pensent de moi que je suis stable (Dieu me garde !) et objective. Mais même si je peux m’en sortir dans des situations pénibles, je trouve toujours difficile de définir une direction ou d’énoncer un désir. Dès que je commence à vouloir quelque chose, je commence à osciller comme un funambule inexpérimenté et je dois donc m’arrêter jusqu’à ce que je retrouve mon équilibre durement gagné. C’est une énigme que je n’ai pas encore décodée. Je sais que pour créer une vie riche et satisfaisante, je dois être capable de définir une vision génératrice de possibilités et d’accomplissement et de m’y tenir. Mais parce que l’envie s’attache à mon désir et que les rêves et les visions sont des manifestations du désir, je me sens obligée d’aller doucement, de mesurer mes mots et mes actions pour rester en sécurité sur mon fil personnel là-haut. Et alors peut-être que l’occasion se présentera. Ou la décision ne pourra être prise. Ou le rêve restera sans espoir.

Je pense que, d’une manière ou d’une autre, nous luttons tous avec ce dilemme. L’envie est mon démon personnel mais c’est un démon volage…Il couche avec n’importe qui. La structure interpersonnelle de notre espèce est étroitement liée à l’envie, depuis des formes relativement bénignes jusqu’à d’autres pleines de haine virulente. A travers les âges, la littérature a souligné la difficulté de se réjouir pleinement du succès d’autrui sans vivre la douleur de le vouloir pour soi-même. Bouddha a dit que « celui qui envie les autres ne trouve pas la paix de l’esprit ». La Bible nous dit que l’envie raccourcit la vie. Dans le Dhammapada, nous lisons que si les racines de l’envie ne sont pas complètement éradiquées, la tristesse reviendra encore et toujours. Et pendant que nous portons tant d’attention à ce qu’ont les autres, il se peut que nous perdions de vue les désirs de notre coeur.

L’acheteuse-spectatrice est censée s’envier elle-même de ce qu’elle deviendra si elle achète le produit. Elle est censée s’imaginer transformée par le produit en un objet d’envie pour les autres, une envie qui justifiera alors le fait qu’elle s’aime.
John Berger

Une société de consommation s’épanouit sur l’envie, en dépend, nous y incite. L’envie anime le produit. La publicité est conçue pour créer une profonde insatisfaction de ce que nous avons et pour nous pousser à acheter ce qui semble rendre la vie des autres plus riche, plus heureuse, plus facile, plus remplie que la nôtre. Nous restons ainsi dans notre classe sociale et sommes donc perçus comme des gens y ayant leur place et faisant partie de ceux qui savent ce qui est bon et ont les moyens de le rapporter à la maison. Nous remplissons nos armoires et nos placards et nos garages parce que l’acte d’acheter nous fait nous sentir mieux à propos de nous-mêmes. Une nouvelle voiture va certainement nous apporter un compagnon attirant, une vie pleine de sexe et une foule d’amis joyeux et admiratifs. Nous voulons être le premier gamin de l’immeuble à posséder l’anneau décodeur magique. Nous voulons être cool. Au moment de l’achat, nous nous voyons comme nous aimerions être vus : en pleine réussite, riche, beau, puissant, éternellement jeune, digne d’amour. Mais si nous ne possédons pas cet objet, nous sommes des laissés pour compte, nous ne participons pas, indubitablement nous ne sommes PAS cool.

L’ennui, c’est que dès que nous avons déballé la boîte et retiré le papier, on nous propose le tout dernier modèle suivant, la chose la plus tendance du moment. Alors la joie de notre récente acquisition commence à s’affaiblir un peu. Nous avons le nouvel appareil photo dans nos mains, il prend des photos fabuleuses, mais maintenant, le tout nouveau a deux fois plus de mégapixels pour la moitié du prix et nous ne nous sentons plus aussi chic, ni aussi calé, ni faisant partie de l’élite. Et peut-être que nous sortons de notre transe pendant un moment pour nous demander pourquoi il était si important d’avoir cette chose précise à ce moment précis et de qui venait vraiment l’idée de son acquisition. En publicité et en marketing, on dit que les gens satisfaits de ce qu’ils ont et d’avec qui ils sont, font des consommateurs nuls. Ils sont l’enfer des segments de marché. Les meilleurs consommateurs sont soit guidés par leur dépendance à l’achat, soit prisonniers d’un cycle sans fin d’envie.

Le glamour ne peut pas exister si l’envie sociale personnelle n’est pas une émotion commune et largement répandue.
John Berger

Je crois que l’énergie produite par des émotions puissantes a un impact sur une large communauté. Je me sens tranquille et en paix en présence de gens expérimentés en méditation et je suis tourmentée en présence de la haine et de la colère. Donc cette dynamique me perturbe de manière significative. Ma relation intime avec l’envie m’a montré qu’il ne fallait pas la traiter à la légère. Manipuler l’envie d’une population pour vendre des produits, c’est comme jouer à la balle avec une mine qui n’a pas explosé. L’envie interdit la satisfaction. Elle crée une énergie qui bloque activement notre accomplissement. Comment cette amplification par la société de l’envie affecte-t-elle notre capacité individuelle à être satisfait ? Je soupçonne que nous entendons la réponse à cette question depuis longtemps et pas seulement ici aux Etats-Unis. Nous sommes maintenant une communauté mondiale ; l’ubiquité de la télévision et du cinéma a permis au monde de voir la manière de vivre des Américains, bien que l’information soit reçue et interprétée d’une manière qu’en tant que société, nous avons été incapable d’anticiper. Il y a aux Etats-Unis une masse de gens généreux qui apprécient la valeur de l’amitié, de la famille, du travail dur, de la gentillesse, du dévouement spirituel, mais nos citoyens les plus visibles sont ceux que nos media exportent : incroyablement minces, incroyablement riches, pleins de désir sexuels, excessivement violents et obsessionnellement propres. Dans des pays n’ayant pas nos moyens matériels, accablés par la guerre, la pauvreté ou la maladie, dans des cultures dont les valeurs divergent fortement de celles qu’ils voient jouées dans nos médias, nous ne nous présentons pas sous notre meilleur jour. Et parce que les messages sont si soigneusement fabriqués pour créer l’envie, ils la créent vraiment, mais avec des résultats imprévisibles.

La haine est active et l’envie est une aversion passive. Il n’y a qu’un pas entre l’envie et la haine.
Goethe

Nos contes de fées, nos mythes et enseignements religieux sont emplis d’histoires où l’envie se transforme en haine. Dans la Bible, Joseph inspire tant d’envie avec son manteau coloré que ses frères complotent sa mort. Dans Blanche-Neige et les sept nains, la méchante reine est mue par l’envie de la beauté de Blanche-Neige jusqu’à vouloir la détruire : « Dès qu’elle regardait Blanche-Neige, son coeur se soulevait dans sa poitrine, elle détestait tellement cette fille. Et l’envie a grandi de plus en plus dans son coeur comme une mauvaise herbe, jusqu’à qu’elle ne connusse plus la paix de jour comme de nuit. » La Reine essaye trois fois de tuer Blanche-Neige, sans succès. Finalement, elle fait un vœu : « Blanche-Neige doit mourir, même si ça doit me coûter la vie ! » Et lorsqu’elle croit que Blanche-Neige est bien empoisonnée par la pomme, « son coeur envieux se reposa, autant qu’un coeur envieux puisse se reposer. »

Ceci seul peut me satisfaire, mes moyens peuvent mentir.
Trop faibles pour l’envie, trop élevés pour le mépris.

Abraham Crowley

Après le 11 septembre, beaucoup de gens, ici, aux Etats-Unis se sont demandés : « Pourquoi nous détestent-ils ? » Nous sommes habituellement les premiers à offrir de l’aide dès qu’il y a un désastre quelque part. Nous accueillons sans compter les nouveaux arrivants du monde entier et nous leur donnons l’occasion de vivre une nouvelle vie. Nous avons clairement affirmé, bien qu’elles n’aient pas toujours été observées, des valeurs de démocratie, d’équité, de liberté et de justice. C’est difficile de faire le lien entre cette réalité et « le Grand Satan », mais en fait, trop de personnes dans le monde voient les Etats-Unis sous un jour peu flatteur. Bien que je ne veuille pas proposer une réponse simple à un problème si compliqué, je crois que l’envie est un des nombreux facteurs qui contribuent à la prédominance des intentions anti-américaines. Dans notre culture 3, il est difficile de comprendre que les signes visibles du succès ne nous apportent pas toujours de l’amour. Alors nous travaillons plus dur et nous montrons plus de signes visibles de succès et sommes déconcertés d’être souvent encore plus détestés.

Nous pouvons tous lutter contre l’envie, qu’elle émane de nous ou de la société. Il existe des antidotes. L’humilité. La conscience de soi. La compassion. La gratitude. L’humour. Les bonnes manières. L’équanimité. Le contentement. La discrétion. Notre défi est de découvrir en nous ces qualités et de leur permettre de se manifester dans le monde ; il est d’apprendre la vraie nature de nos désirs et d’agir sur eux dans notre meilleur intérêt et dans celui des autres. Plus je continue d’apprendre qui je suis et quelle est ma place dans ce monde, plus je trouve facile de faire confiance à ma voix intérieure pour parler haut et fort pour moi et plus je crois que je saurai un jour exprimer mon désir sans effort et avec autant de satisfaction qu’on a à étancher sa soif un jour de canicule.

Qui est pauvre ? Celui qui n’est pas contenté.
Comment le Paradis est-il atteint ? On atteint le paradis en se libérant de la convoitise.
Qu’est-ce qui détruit la convoitise ? Réaliser son Soi véritable.

Shankara

L’Ordre de l’Inter-être

Les 14 entraînements de l’Ordre de L’’Inter-être

 

Les enseignements du Bouddha et les « entraînements » sont des moyens qui nous guident et nous aident à pratiquer le regard profond et à développer ainsi notre compréhension et notre compassion.

Par Thich Nhat Hanh 

L'Ordre de l'Inter-être dans TAO et le Maître 18

Premier entraînement

Conscients de la souffrance provoquée par le fanatisme et l’intolérance, nous sommes déterminés à ne pas faire preuve d’idolâtrie ni à nous attacher à une doctrine, théorie ou idéologie, même bouddhiste.

Les enseignements bouddhistes sont des moyens qui nous guident et nous aident à pratiquer le regard profond et à développer ainsi notre compréhension etnotre compassion. Ce ne sont pas des doctrines pour lesquelles nous nous battrons, nous nous tuerons et nous allons nous sacrifier.

Deuxième entraînement

Conscients de la souffrance provoquée par l’attachement aux opinions et aux perceptions erronées, nous sommes déterminés à ne pas être bornés ni à nous attacher à nos idées actuelles.

Nous apprendrons et pratiquerons le non-attachement aux opinions afin d’avoir l’esprit ouvert aux expériences et aux visions profondes d’autrui. Nous sommes conscients du fait que notre connaissance actuelle n’est pas la vérité absolue et n’est pas immuable. La vérité est à trouver dans la vie et nous observerons la vie en nous et autour de nous à chaque instant, tout au long de notre vie.

Troisième entraînement

Conscients de la souffrance provoquée quand nous imposons nos opinions à autrui, nous sommes déterminés à ne forcer personne, y compris nos enfants, à penser comme nous, que ce soit en ayant recours à l’autorité, à la menace, à l’argent, à la propagande ou à l’endoctrinement.

Nous respecterons le droit d’autrui à être différent, à avoir ses propres croyances et à prendre des décisions. Nous aiderons néanmoins les autres à renoncer au fanatisme et à l’esprit borné par un dialogue compatissant.

Quatrième entraînement

Conscients du fait que le regard profond sur la nature de la souffrance peut nous aider à développer notre compassion et à développer le chemin menant à la cessation de la souffrance, nous sommes déterminés à ne pas éviter la souffrance ni à fermer les yeux dessus.

Nous nous engageons à trouver tous les moyens, notamment le contact personnel, les images, les sons, pour être avec ceux qui souffrent, ceci afin de pouvoir vraiment comprendre leur situation et les aider à transformer leur souffrance en compassion, en paix et en joie.

Cinquième entraînement

Conscients du fait que le vrai bonheur est enraciné dans la paix, la solidité, la liberté et la compassion ; et non dans la richesse ou la célébrité, nous sommes déterminés à ne pas vivre dans le but d’acquérir une célébrité, des profits, des richesses ou des plaisirs sensuels, ni à nous enrichir pendant que des millions de gens meurent de faim.

Nous nous engageons à mener une vie simple et à partager notre temps, notre énergie et nos ressources matérielles avec ceux qui en ont besoin. Nous pratiquerons la consommation attentive sans prendre d’alcool, de drogues ou d’autres produits toxiques pour notre corps et notre conscience, ou pour le corps et la conscience collective.

Sixième entraînement

Conscients du fait que la colère bloque la communication et crée de la souffrance, nous sommes déterminés à prendre soin de l’énergie de colère quand elle surgit et à reconnaître et à transformer les semences de colère qui sont profondément enfouies dans notre conscience.

Quand la colère survient nous sommes déterminés à ne rien dire et à ne rien faire, sinon pratiquer la respiration consciente ou la marche méditative, à reconnaître, à embrasser et à regarder profondément notre colère. Nous sommes aussi déterminés à apprendre à regarder avec compassion les personnes que nous pensons être à l’origine de notre colère.

Septième entraînement

Conscients du fait que la vie n’est accessible que dans le moment présent et qu’il est possible de vivre heureux dans l’ici et le maintenant, nous nous engageons à vivre pleinement chaque moment de notre vie quotidienne.

Nous ne nous laisserons pas entraîner par les regrets du passé, les soucis du futur ou la colère, l’avidité et la jalousie du présent. Nous sommes déterminés à apprendre l’art de vivre en pleine conscience en touchant les éléments merveilleux, rafraîchissant et porteurs de guérison qui sont en nous et autour de nous, et en cultivant les semences de joie, de paix, d’amour et de compréhension en nous-mêmes afin de faciliter le travail de transformation et de guérison dans notre conscience profonde.

Huitième entraînement

Conscients du fait que le manque de communication mène toujours à la division et à la souffrance, nous nous engageons à nous entraîner à la pratique de l’écoute compatissante et de la parole aimante.

Nous apprendrons à écouter attentivement sans juger ni réagir, et à nous abstenir de dire tout ce qui pourrait créer un désaccord ou une rupture dans la communauté. Nous ferons de notre mieux pour garder la communication ouverte, pour se réconcilier et résoudre tous les conflits, aussi petits soient-ils.

Neuvième entraînement

Conscients du fait que les paroles peuvent créer de la souffrance comme du bonheur, nous nous engageons à apprendre à dire la vérité et à n’utiliser que des mots constructifs inspirant l’espoir et la confiance.

Nous sommes déterminés à ne pas dire de mensonges dans notre intérêt personnel ou pour impressionner les gens, ni à dire quelque chose susceptible de causer la division ou la haine. Nous ne répandrons aucun bruit sans en être surs, et nous nous abstiendrons de critiquer ou de condamner ce dont nous ne sommes pas certains. Nous ferons tout notre possible pour parler ouvertement des situations injustes, même si cela menace notre sécurité.

Dixième entraînement

Conscients du fait que l’essence et le but d’une communauté, c’est la pratique de la compréhension et de la compassion, nous sommes déterminés à ne pas utiliser la communauté bouddhiste pour notre gain ou notre profit personnels, et à ne pas transformer notre communauté en un instrument politique.

Une communauté spirituelle doit cependant prendre clairement position contre l’oppression et l’injustice, et devrait faire son possible pour changer cette situation sans s’engager dans des conflits partisans.

Onzième entraînement

Conscients du fait que notre environnement et notre société ont subi une grande violence et une grande injustice, nous nous engageons à ne pas avoir de moyens d’existence qui nuisent aux êtres vivants ou à la nature.

Nous ferons tout notre possible pour choisir des moyens d’existence qui servent à réaliser notre idéal de compréhension et de compassion. Conscients de la réalité mondiale de l’économie, de la politique et de la société, nous nous comporterons avec responsabilité en tant que consommateurs et citoyens. Nous n’investirons pas dans des sociétés privant les autres de leur chance de vie.

Douzième entraînement

Conscients du fait que la guerre et les conflits mènent à beaucoup de souffrances, nous sommes déterminés à cultiver la non-violence, la compréhension et la compassion dans notre vie quotidienne, à promouvoir l’éducation à la paix, la médiation en Pleine conscience et la réconciliation dans les familles, les communautés, les pays et le monde.

Nous sommes déterminés à ne pas tuer et à ne pas laisser les autres tuer. Nous pratiquerons le regard profond sans relâche avec notre Sangha pour voir quels sont les meilleurs moyens de protéger la vie et d’empêcher la guerre.

Treizième entraînement

Conscients du fait que l’exploitation, l’injustice sociale, le vol et l’oppression causent la souffrance, nous nous engageons à cultiver l’amour bienveillant et à apprendre comment œuvrer pour le bien-être d’autrui, des animaux, des plantes et des minéraux.

Nous pratiquerons la générosité en partageant notre temps, nos énergies et nos ressources matérielles avec ceux qui en ont réellement besoin. Nous sommes déterminés à ne pas prendre possession de ce qui ne nous appartient pas. Nous respecterons les biens d’autrui et essaierons d’empêcher les autres de tirer avantage de la souffrance des êtres humains et autres êtres vivants.

Quatorzième entraînement

Conscients que les relations sexuelles motivées par le désir ne peuvent pas dissiper nos sentiments de solitude mais engendrent des souffrances futures, de la frustration et peuvent causer la séparation ; nous sommes déterminés à avoir des rapports sexuels accompagnés de compréhension mutuelle, d’amour et d’un engagement à long terme.

Nous savons que le respect des droits et des devoirs d’autrui est la source de notre bonheur et du sien. Nous ferons tout ce qui est possible pour protéger les enfants des abus sexuels et pour empêcher les couples et les familles de se briser à cause de comportements sexuels inappropriés. Soyons conscients de nos responsabilités et de l’état du monde lorsque nous contribuons à l’apparition de nouvelles vies. Nous sommes déterminés à ne pas maltraiter notre corps, à apprendre à le traiter avec respect et à ne pas le considérer seulement comme un instrument. Nous sommes déterminés à préserver les énergies vitales (sexe, respiration et esprit) pour atteindre notre idéal de Bodhisattva.

Thich Nhat Hanh : Son site

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