Archive pour 25 juillet, 2013

VIVRE LE TAO


 VIVRE LE TAO dans TAO et le Maître yellow_river_-_a._holdrinet-201x300A mi chemin entre une pensée religieuse et philosophique, le taoïsme constitue un syncrétisme complexe qui s’est développé en Chine au VIe siècle av. J.-C. Il est devenu, avec le bouddhisme, l’une des deux grandes religions chinoises. Le taoïsme se montre davantage préoccupé de l’individu, de sa conscience et de sa vie spirituelle, voire spéculative, dans sa recherche d’une harmonie avec la nature et l’univers. Vers le IVe ou le IIIe siècle av. J.-C., s’élabore un double courant matérialiste, explicatif de l’Univers et de ses mécanismes. 
 D’abord l’école du yin et du yang, mentionnée pour la première fois dans un ouvrage intitulé Discours des États et qui faisait état de deux forces fondamentales du cosmos : d’une part le yang, qui représente l’énergie solaire, la lumière, la chaleur, la force mâle, le positif, d’autre part le yin, qui est lunaire, obscurité, froideur, énergie féminine, passivité. De l’interaction de ces deux notions, de leur équilibre et de leur alternance naissent tous les phénomènes de la nature. Ensuite, complétant le concept précédent, un autre courant, exposé dans le Livre des Documents, interprète la structure de l’Univers par la présence des Cinq Éléments (eau, bois, feu, métal, terre), qui ont leur correspondance dans les saisons, les points cardinaux ou les fonctions biologiques (les Cinq Viscères : cœur, poumons, reins, foie, rate).
 De ces courants de pensée spiritualistes ou matérialistes naquit, au IIe siècle apr. J.-C., la véritable religion taoïste. Ainsi l’idéal du véritable taoïste doit-il être le choix d’une existence empreinte de modestie et qui se garde de désobéir à l’ordre naturel des choses, à la Nature. La parole, la pensée même sont inutiles parce que accessoires et illusoires. L’homme, ce microcosme, doit se fondre dans l’Univers, ce macrocosme.

 Les principes de la pensée taoïste – Tout d’abord la pensée chinoise s’appuie sur cet axiome : l’univers, c’est l’oscillation des deux forces Yang et Yin, et leurs vicissitudes. Il n’y a pas de Dieu créateur à l’origine de la vie. Il existe d’emblée une force positive, qu’ils appellent « Yang », et une force contraire, négative, qu’ils appellent « Yin ». Ces deux forces agissent constamment l’une sur l’autre, s’attirent et se repoussent continuellement. Lorsque l’une croît, l’autre décroît dans les mêmes proportions. Ce sont les interactions infinies entre le Yang et le Yin qui donnent naissance à l’Univers et génèrent l’Énergie Cosmique. Graphiquement, le Yang est représenté par une ligne continue et le Yin par une ligne brisée. 
 Le second axe de la pensée taoïste repose sur l’axiome que l’être humain fait corps avec l’Univers : c’est un microcosme au sein du Macrocosme. Contrairement aux Occidentaux, les Chinois ne conçoivent pas l’être humain comme une entité destinée à vaincre et à dominer l’Univers, mais à s’y soumettre. Pour eux, l’être humain est une parcelle de l’Univers et porte en lui toutes les caractéristiques de celui-ci. C’est en se conformant aux lois de l’Univers que l’être humain trouve son salut et son bonheur. Par contre, il devient malheureux et court à sa perte dès qu’il viole ces lois. 
 L’Univers est en évolution permanente, et cette évolution se fait par cycles. Sur ce troisième point, la pensée occidentale et la pensée chinoise s’accordent pour reconnaître que l’Univers est en perpétuelle évolution : dans la Nature, il n’y a que le changement qui est permanent. Mais si la première stipule que l’Univers évolue de façon irréversible, suivant une direction linéaire, pour la dernière, au contraire, tout n’est que recommencement sans fin, et les évolutions de l’Univers tout entier se caractérisent par leur cyclicité.

 

 Le Tao te king – Appelé également de façon éponyme « Livre de lao-tseu », le Tao te king remonte à l’an 600 avant notre ère. Selon la légende, Lao-tseu fut pressé de coucher par écrit toute sa sagesse avant de se retirer dans les montagnes de l’Ouest. Aujourd’hui, Le Tao te king, qui est un quasi-défi pour les métaphysiciens et les traducteurs, est devenu le fondement et le canon officiel du taoïsme. 
 Le Tao et le Te, La voie et la vertu. Le Te, mot qu’on traduit généralement par vertu, désigne l’équité et tout ce qui est en conformité avec le Tao, ou Voie. En un sens le Te, c’est le Tao manifesté, la révélation de la vraie nature du Tao. Dans le contexte taoïste, la notion de vertu ne sous-tend aucune tonalité moralisatrice. Elle est une qualité interne émanent du Tao. Tchouang tseu la définit comme la « parfaite réalisation de l’harmonie », et ajoute « rien n’est plus funeste que la vertu délibérément cultivée qui est toute entière tournée vers le monde extérieure ». Certains prétendent que le taoïsme est dépourvu de morale mais le sage qui est l’incarnation vivante du te, n’a que faire de la morale. Son sens de l’équité et son harmonie avec le monde on atteint un tel degré de perfection, qu’il agit dans la spontanéité la plus totale. Ainsi il est dit : après la perte du Tao, vient la vertu, après la perte de la vertu , vient la bonté ; après la perte de bonté, vient la justice  ; après la perte de la justice vient le rite.

 Morale taoïste – Vouloir définir le sens du Tao par mots et raisonnements reviendrait à l’amputer de son caractère insaisissable. Le concept de Tao ne peut être compris par la seule raison et nécessite une faculté qui la transcende. Toutefois, en aucun cas le Tao ne saurait être assimilable à Dieu. De fait, le taoïsme est un mode de pensée non théiste. Précisons seulement que son dessein est de dépasser l’expérience sensible et l’expérience humaine par le biais d’une harmonisation totale vis-à-vis des lois de la nature. En outre l’expérience du Tao n’est compréhensible que dans l’expérience. Aucune école de pensée n’est capable d’enseigner sa nature vu qu’elle ne repose sur aucun dogme. A ses yeux, les mots entraînent avec eux la confusion, les malentendus et les interprétations sans fins. « Ne mesure pas l’immesurable avec des mots. N’essaie pas de t’élever par la pensée aux régions insondables. »
 On ne trouve, dans le taoïsme, aucune doctrine du pêché. Pour lui la moralité est inséparable de la spiritualité et, de ce fait, il n’y a aucun idéogramme chinois qui rendrait la conception occidentale du péché et du sentiment de culpabilité. Le péché c’est l’ignorance, la bêtise, la déraison : aucun être sensé n’agirait sciemment dans un sens ou dans un autre, sachant qu’au bout l’attendent le châtiment et la souffrance. L’infraction des lois naturelles entraîne inévitablement des sanctions. Pécher signifie déranger l’ordre cosmique, d’où, il résulte un déséquilibre qui introduit l’agitation dans l’esprit individuel d’abord, dans la société par la suite. L’ignorance est à l’origine du mal-être spirituel de l’homme. Les règles sévères et rigides, le taoïsme les condamne, parce qu’elles détruisent la spontanéité dans l’homme. Tout code moral donne un faux sens de sécurité. On le suit et tout semble pour le mieux. Mais, devant les situations toujours changeantes de l’existence, toute rigidité est synonyme de mort. 
tao dans TAO et le MaîtreLes lignes toutes tracées de l’habitude font croire à l’homme que tout est bien dans le meilleur des mondes. Cela est vrai en apparence, mais pas en profondeur. Au regard de l’homme sage, la moralité est une norme interne. « L’homme sage ne connaît pas le péché ; il a cessé de faire le mal et, par sa sagesse, il annule tous les maux de sa précédente vie . » 

 Le tao engendre dans le monde incarné des opposés à interaction réciproque, le yin et le yang, comme le montre le puissant symbole du Tai Ji. Yin et yang sont les deux pôles du monde phénoménal. Ils s’attirent mais se repoussent aussi mutuellement. Tous les phénomènes sont éphémères, leurs proportions yin et yang variant constamment. Rien n’est totalement yin, rien n’est totalement yang. Le yin a pour caractéristiques la douceur, la passivité, la féminité, les ténèbres, la vallée, le pôle négatif, le non-être. Le yang a pour caractéristiques la dureté, la masculinité, la lumière, la montagne, l’activité, le pôle positif, l’être. Toute énergie est manifestée dans cette dualité, en tant que modulation particulière du QI, énergie primordiale de l’univers.
 Ce principe binaire est présent dans tous les domaines : amour, guerre, finance, et bien sûr santé. « Le Yin/Yang est la loi générale de l’univers. » dit le Su Wen. En médecine traditionnelle chinoise, la loi du Yin/Yang guide le médecin à tous les niveaux : prévention, diagnostic, thérapie. Rester en bonne santé, c’est être en harmonie avec les lois de l’univers. Dans le domaine de la morale, il guide aussi nos pas. Car le comportement juste implique qu’on respect les lois de la Nature et pratique la Vertu ; qu’on vive en conformité et en harmonie avec elles. Sans quoi, on attire à soi des sanctions, proportionnelles à la gravité de la désobéissance : manque d’harmonie, isolement et affliction. Et le Ciel n’échappe pas à ces règles, puisque dans l’univers toutes les choses sont interdépendantes. 
 Le taoïsme exclut tout autant des notions comme la consécration, les demandes en pardon ou la prière faite en vue d’exaucer des voeux personnels. Quand l’homme conçoit le péché comme une marque d’ignorance, non point comme une désobéissance au commandement divin, il échappe par-là au complexe de culpabilité, qui tourmente tant l’esprit des Occidentaux. Selon la philosophie du yin et yang, celui-ci se lève par suite d’une concentration trop exclusive sur le bien. Voulant exclure le mal, on provoque un déséquilibre entre les forces yin et yang. Le souci du monde chrétien d’ignorer l’aspect obscur des choses est une aberration aux yeux du taoïsme. Le taoïsme originel est tout à fait exempt de concepts comme l’enfer, le diable, les ténèbres éternelles, les forces du mal, en opposition direct avec un Dieu lumineux et bon. De fait, rien dans l’univers n’y est conçu comme intrinsèquement mauvais.

Le Tao ou sagesse infinie


 

Le Tao ou sagesse infinie  dans TAO et le Maître yinxu-1930Le Tao est la plus ancienne science que l’on connaisse. Il date de 6,000 ans et il précède les traditions de la Mésopotamie, de l’Égypte ancienne, de l’Inde et de la Grèce. Il s’agit d’un système de connaissances dans tous les domaines, incluant la philosophie, l’alimentation équilibrée, les méthodes de guérison, les exercices, la sexologie, la réussite, etc. Grâce au Tao, les anciens espéraient exploiter les pleins potentiels de l’être humain, allant de l’éveil spirituel, à l’auto-guérison, au renouvellement de l’énergie de l’organisme, ainsi qu’au défi des ravages du temps.

Contrairement aux religions qui se fondent uniquement sur la foi et la prière, le Tao accorde beaucoup d’importance à la pratique active. Les taoïstes estiment que la connaissance et la discipline conduisent à la maîtrise des méthodes de communication directe avec Dieu. Le Tao peut aider n’importe qui à mener une vie plus heureuse et plus saine et à connaître la sagesse et la longévité. Traiter le Taoïsme comme s’il s’agissait d’une théorie ou d’une philosophie n’est pas exact. Le Taoïsme va au-delà de cette définition et constitue un moyen de connaître la santé, le bien-être physique et mental ainsi qu’une longue vie.

Le Tao est l’essence de toute chose, l’origine de toute existence, la source, avant même que n’intervienne l’acte créateur. Son mode d’expression est d’être. Le Tao s’exprime dans la nature. Pour s’harmoniser avec le Tao, il faut s’harmoniser avec la nature et l’univers. Le Tao couvre le ciel et la terre et se dispense dans le « sans-forme ».

Les huit piliers de l’épanouissement personnel

Le Tao comprend huit piliers d’épanouissement personnel qui sont :

Le Tao de la philosophie
Le Tao de la revitalisation
Le tao de l’alimentation équilibrée
Le Tao des aliments oubliés
Le Tao de l’art de guérison
Le Tao de la sagesse sexuelle
Le Tao de la maîtrise parfaite
Le Tao du succès

Le principe est qu’en marchant dans la voie de Dieu, une personne peut maîtriser totalement sa condition humaine. Elle peut surmonter les attaques de la maladie, du stress, du chagrin ; progresser de manière évolutive et incarner les forces éternelles de la vie et de l’harmonie.

Le Tao de la philosophie

Le Tao de la philosophie nous révèle la logique qui sous-entend le déroulement de la vie. Il représente les lignes directives que nous pouvons utiliser pour nous élever spirituellement. Fondé sur les lois universelles, Le Tao de la philosophie nous donne les renseignements détaillés pour orienter et stimuler le développement social et le bien-être individuel.

Le Tao de la revitalisation

Le Tao de la revitalisation constitue un système d’exercices en vue de guérir les glandes et les organes internes du corps. Les exercices internes sont tout le contraire des exercices physiques comme la natation, la course, etc. Si les exercices externes servent à modeler le corps, ils minent souvent l’énergie des organes internes, nous exposant à la maladie et au vieillissement prématuré. Les exercices internes sont conçus pour donner de l’énergie à l’organisme tout entier. Ils comprennent également des méditations et touchers sur les méridiens en vue d’équilibrer le niveau d’énergie, de même que des exercices de respiration en vue d’établir un lien avec l’énergie qui baigne l’univers.

Le Tao de l’alimentation équilibrée

Les exercices ne suffisant pas pour obtenir une bonne santé, il faut un régime alimentaire équilibré. Dans tout régime alimentaire, l’équilibre entre l’acidité et l’alcalinité est très important, car les aliments qui ont un PH équilibré s’altèrent beaucoup moins rapidement, Lorsque les aliments n’ont pas un PH équilibré, ils s’altèrent dès qu’ils pénètrent dans le système digestif et dégagent des toxines qui causent diverses maladies. La méthode taoïste comprend des conseils pratiques sur la façon d’éliminer de l’alimentation, les produits chimiques qui nuisent à une bonne santé.

Le Tao des aliments oubliés

Les aliments que nous avons l’habitude de consommer ne nous procurent pas suffisamment de substances nutritives. Il faut donc leur ajouter des aliments puissants comme les herbes. Celles-ci possèdent de nombreuses propriétés que la science moderne n’a pas encore découvertes. Il existe, dans le monde, un million de variétés de plantes et seule une infime partie a fait l’objet d’un examen approfondi. Les taoïstes ont passé des siècles à étudier les propriétés curatives des herbes, dont le ginseng. Les aliments achetés au supermarché sont les plus faibles que nous puissions consommer, car on n’y retrouve pas les aliments forts qui permettraient de nous renforcir. Ces aliments forts sont désignés sous le terme d’¨oubliés¨, car ils furent progressivement retirés de l’alimentation, étant considérés peu appétissants en raison de leur apparence, de leur odeur ou de leur goût. Les propriétés nettoyantes et purifiantes qui permettent aux herbes de se conserver pendant des années, sans le moindre signe de putréfaction, représentent pour nous, les plus grands bienfaits que nous puissions tirer d’une alimentation équilibrée.

Le Tao de la guérison

Le Tao de la guérison est un art utilisé pour guérir les autres. Il permet de régler, équilibrer et élever l’énergie vitale. Il s’agit, entre autres, d’une technique de massage corporel qui permet de suivre les méridiens ou circuits énergétiques du corps pour en régler les fonctions vitales. L’acupuncture en fait partie.

Le Tao de la sagesse sexuelle

Ce Tao enseigne comment utiliser le sexe et l’énergie sexuelle pour améliorer notre santé, rendre nos relations plus harmonieuses et faire progresser notre épanouissement spirituel, à travers la sexualité.

Le Tao de la maîtrise parfaite

Ce Tao nous fournit les instruments généralement peu connus dont nous avons besoin pour apprendre à mieux nous connaître et mieux connaître les autres ; à adapter les énergies qui nous entourent, à notre nature et à notre dessein, et enfin, à devenir maître de nous-même.

Le Tao du succès

Ce Tao dévoile les mécanismes précis qui régissent les plus grands évènements de la vie et les forces qui façonnent tous les évènements. Il aide les gens à régler leurs activités de tous les jours selon la loi universelle, ce qui leur permet de rendre leur vie plus agréable.

Les huit paliers du Tao couvrent tous les aspects de notre vie quotidienne. Ils ont été conçus pour combler entièrement nos besoins physiques fondamentaux, d’une manière qui nous permette de progresser lentement mais sûrement dans la vie. Les anciens taoïstes ont commencé, il y a plus de 6000 ans, à étudier les moyens permettant d’accroître la longévité. Ils ne recherchaient pas de moyens artificiels, comme les injections ou les implants, car ils savaient que toute matière étrangère au corps peut causer des problèmes majeurs et mener à un décès prématuré. Au contraire, ils cherchaient à prolonger la vie par des moyens naturels efficaces et pratiques. C’est ainsi qu’ils mirent au point des méthodes permettant de mieux vivre et d’évoluer spirituellement.

À lire sur le Tao :

Baudouin, B., Le taoïsme : un principe d’harmonie. Paris : De Vecchi, 1997, 127 p. (cote : 299.514 B341t)

Chang, S.T. Le Tao de la sexualité.

Dictionnaire de la sagesse orientale. Paris : Robert Laffont.

Lambert, M.-T., Le Tao. Paris : Seghers, c1988, 107 p. (cote : 181.09514 L222t)

Le Livre du tao d’aujourd’hui : être, aimer, diriger, créer. [Paris] : Solar, 1992, 357 p. (cote : 299.514 L788)

Scott Littleton, C. La Sagesse Orientale. Éditions Duncan Baird.

Simpkins, Alexander et Annellen. Le Petit Livre du Tao. Éditions de la Table Ronde.

Tremblay, Nicole, Le tao de l’alimentation : un art de la santé. Outremont : Quebecor, c2002, 281 p. (cote : 613.2 T789t)

le Yi Jing ou Livre des Transformations

 

 le Yi Jing ou Livre des Transformations dans Le Livre des Mutations 350px-yin-yang-and-bagua-near-nanning

Le Yi Jing , également orthographié Yi King ou Yi-King), prononcé en français i ting est un manuel chinois dont le titre peut se traduire par « Classique des changements » ou « Traité canonique des mutations ». Il s’agit d’un système de signes binaires utilisé pour faire des divinations. Le Yi Jing s’appelle aussi Zhou Yi c’est-à-dire « changements de Zhou » pour la raison suivante.

Son élaboration date du premier millénaire avant l’ère chrétienne, époque des Zhou (-1027,-256 av JC). Il occupe une place fondamentale dans l’histoire de la pensée chinoise et peut être considéré comme un traité unique en son genre dont la finalité est de décrire les états du monde et leurs évolutions. Il est le premier des cinq classiques et donc considéré comme le plus ancien texte chinois.

Le Yi Jing est le fruit d’une recherche spéculative et cosmogonique élaborée, dont les articulations ont informé durablement la pensée chinoise. Sa structure mathématique a impressionné Leibniz qui y aurait vu la première formulation de l’arithmétique binaire. De fait, partant d’une opposition/complémentarité entre les principes d’engendrement Yin et Yang (yin // réceptif // lune // femelle // passif alors que yang // créatif // soleil // mâle // actif) et subdivisant cette dualité de façon systématique (adret = côté au Soleil alors qu’ubac = côté à l’ombre ; vents favorables opposés aux nuages contraires), le Yi Jing arrive à la série des 64 figures qui peuvent interpréter toutes les transformations possibles.

« Le Yi-King ou Livre des transformations de l’archaïque magie chinoise apporte l’image la plus exemplaire de l’identité du Génésique et du Génétique. La boucle circulaire est un cercle cosmogonique symboliquement tourbillonnaire par le S intérieur qui à la fois sépare et unit le Yin et le Yang. La figure se forme non à partir du centre mais de la périphérie et naît de la rencontre de mouvements de directions opposés. Le Yin et le Yang sont intimement épousés l’un dans l’autre, mais distincts, ils sont à la fois complémentaires, concurrents, antagonistes. La figure primordiale du Yi-King est donc une figure d’ordre, d’harmonie, mais portant en elle l’idée tourbillonnaire et le principe d’antagonisme. C’est une figure de complexité. »

— Edgar MorinLa Méthode 1. La Nature de la Nature, p. 228, Seuil, Paris, 1977.

 

Origine selon la tradition 

L’origine du Yi Jing est censée provenir de l’observation de la nature. La tradition chinoise fait remonter le Livre des mutations à l’invention des trigrammes par Fuxi, considéré comme le saint dont parle une phrase du commentaire Shiyi (Zhouyi Xici) : « Du Fleuve [jaune] est sortie une image et de la [rivière] Luo un livre, un saint les a imités. » 

Yu le Grand, fondateur de la dynastie Xia, est parfois aussi identifié au saint ; c’est à son époque que les 64 hexagrammes au grand complet sont rassemblés dans le Lian Shan  (succession de montagnes). Il s’agit du premier des trois livres des mutations mentionnés par le Zhouli . Il commençait par l’hexagramme montagne (gèn), qui représenterait deux montagnes superposées, d’où son nom.

Fuxi et Yu sont censés avoir reçu leur inspiration d’hexagrammes dessinés sur une tortue ou un cheval (Fuxi, image du Fleuve jaune) et d’un livre porté par une tortue (Yu, livre de la Luo).

L’avènement de la dynastie Shang fut l’occasion d’une nouvelle lecture des hexagrammes concrétisée dans le deuxième livre des mutations, le Gui Cang  (retour et engrangement) débutant par l’hexagramme terre (kūn), que le nom du livre évoque.

Lors du règne du dernier des Shang, le roi Wen de Zhou tira les hexagrammes et aboutit à un classement qui mettait l’hexagramme ciel ( qián) en tête : c’était l’annonce d’un changement dynastique. Il rédigea une explication pour chaque hexagramme, les guaci . Zhou Gong, frère du roi Wu, acheva l’ouvrage en rédigeant les yaoci , explications ligne par ligne des différents hexagrammes. Le Yi Jing est le troisième et le seul restant des livres des mutations cités par le Zhouli, les deux premiers avaient déjà disparu sous les Han.

On attribue à Confucius de la période des Printemps et des Automnes le commentaire Shiyi  (dix ailes), aussi appelé Yizhuan  (« commentaire du Yi Jing ») à partir de Han Wudi. LeYi Jing et le Shiyi, inséparables en Chine, forment le Zhou Yi  . Il a fait l’objet de nombreux commentaires secondaires, que l’on peut ranger en deux grandes catégories : abstraites (ex:Wang Bi, Cheng Yi  1033-1107) et concrètes (ex : Jing Fang  des Han occidentaux, Shao Yong 1011-1077).

Le Zhou Yi aurait échappé à l’autodafé ordonné par Qin Shihuang grâce à Li Si qui l’aurait classé par ruse dans les livres de médecine et de divination. Cette explication, qui cherche à atténuer son aspect utilitaire, représente l’opinion des lettrés voulant avant tout y voir un ouvrage philosophique et confucéen. Le Yi Jing a d’ailleurs été inclus dans les cinq classiques constituant la base de l’éducation des lettrés.

Explorer le Yi Jing suppose la compréhension d’un système de signes et de symboles, organisés et interprétés, dont la lecture permet toujours une seconde lecture, par définition, comme il en va de tout texte. Le charme de cette lecture provient d’une interrogation qui subsiste sur le sens, appliqué à une situation aléatoire, et supposé fournir une réponse, adaptée ou adaptable. Nous sommes en présence d’un texte ésotérique et pragmatique, philosophique et moral, présumé comporter une certaine sagesse.

Si l’on oublie la dimension magique et primitive du texte originel, il reste une recherche poétique et naturaliste, qui ne manque pas d’intérêt. Si l’on préfère interroger la dimension divinatoire de ce texte, qui fonctionne alors comme un jeu, il reste à découvrir la relation qui se noue autour d’un devinant et d’un deviné, d’un signifiant et d’un signifié, à partir d’une spéculation ludique quant à la nature du monde, des énergies et des formes, qui le constituent.

Consulter le Yi Jing est une pratique, antique et singulière, qui a traversé les siècles, et même les millénaires, et cette pérennité suggère la permanence des questions, à travers le temps, sans garantir pour autant la validité des réponses. Au contraire, il semble que la variabilité des réponses offre toujours au consultant la possibilité de reformuler sa question, d’en préciser le contour, et partant, d’adapter son point de vue au texte, tel qu’il est traduit. Car le Yi Jing envisage des tendances envisagées dans un ensemble, et non des « acteurs »/facteurs causalistes: si ce n’est pas un facteur qui l’emporte, un autre prendra la relève, mais la tendance de fond perdure.

Consulter le Yi Jing

Consulter le Yi Jing dans Le Livre des Mutations taiji-trigrammes

On retrouve sur cette image la construction des huit trigrammes

Le Yi Jing propose des pistes sur l’état actuel du monde et ses évolutions possibles, jouant le rôle d’un oracle qu’on consulte avant de prendre une décision sur une question difficile.

La méthode la plus populaire pour interroger le Yi Jing ne nécessite que trois pièces de monnaie. On attribue la valeur « 2 » à pile et la valeur « 3 » à face. (Il ne s’agit que d’une convention ; l’inverse est tout à fait possible.) Selon que les trois pièces tombent sur pile ou face, on obtient une somme comprise entre 6 et 9.

6 correspond au Yin mutant (ou vieux Yin)

7 correspond au Yang naissant (ou jeune Yang)

8 correspond au Yin naissant (ou jeune Yin)

9 correspond au Yang mutant (ou vieux Yang)

Les traits se notent dans l’ordre, de bas en haut. Au bout de six jets, on obtient un hexagramme complet.

  • Il suffit alors de se reporter à la table des hexagrammes pour connaître le nom de l’hexagramme et les conseils de conduite relatifs à la question que l’on avait préalablement pris soin de poser par écrit.
  • La présence éventuelle de traits mutants (vieux Yin ou vieux Yang) définit un nouvel hexagramme (en remplaçant chaque Yin mutant par un Yang et chaque Yang mutant par un Yin) donnant donnant des conseils supplémentaires relatifs à un changement en cours.

La méthode originelle, l’achilléomancie, pour interroger l’oracle, est préférée par certains amateurs en ce sens qu’elle est censée conduire à une concentration plus grande de la personne qui interroge, ainsi que du médium (parfois le même). De plus, les probabilités de résultat du tirage divergent un peu selon la technique utilisée. Elle fait appel à un groupe de 50 tiges d’achillée mille-feuilles (Achillea millefolium), dont on retire une tige, puis que l’on sépare successivement, à dix-huit reprises (trois fois pour chacun des six traits de l’hexagramme), en deux groupes d’importance non déterminée, en comptant à chaque fois le nombre de tiges restantes après retrait de groupes de 4 tiges. L’ensemble des computations formant à chaque fois un trait de l’hexagramme.

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