Archive pour 26 juillet, 2013

Le Tao Te King – ch 3

 

CHAPITRE 3

Le Tao Te King - ch 3 dans TAO et le Maître images-31

 

De toute la philosophie chinoise, c’est sans doute le principe du yin et du yang qui est le plus familier à l’esprit occidental. Il figure d’une part les deux Forces de la Nature, c’est-à-dire le principe de dualité qui imprègne tout entier le monde des manifestations ; d’autre part l’Ordre cosmique puisqu’il opère sous la dictée du Tao. La représentation graphique du principe yin-yang figure les deux grandes forces de l’univers : clair-obscur, négatif-positif, mâle-femelle, dans une égalité et un équilibre parfaits. On distingue un point noir dans la partie blanche, et un point blanc dans la partie noire. Ce n’est nullement un hasard. Au contraire, c’est un détail vital du symbolisme qui rappelle que tout élément mâle comporte nécessairement un principe femelle et que tout élément femelle comporte nécessairement  un principe mâle.

Les forces yin et yang sont totalement interdépendantes. Elles ne peuvent exister l’une sans l’autre et elles se complètent mutuellement. Cependant, elles ne sont pas radicalement dualistes car, si elles président à l’apparition de tous les phénomènes dans le monde, elles président aussi à leur résorption dans l’unité du Tao. Les forces opposées ne sont pas autre chose que des aspects d’une seule et même réalité ; elles sont un facteur de multiplication mais aussi de réunion.
L’équilibre dans lequel elles se tiennent provient de l’harmonie de leur interaction, et non pas d’une lutte.

Le yin et le yang ne sont ni des substances ni des entités ; ils représentent un principe inhérent à l’ensemble du monde de la manifestation.
L’action de ces deux forces règle tout entière la vie de l’homme, ainsi que celle du règne animal et végétal. Elle pénètre tous les plans de l’existence; elle est présente partout dans l’immensité de l’univers, mais aussi dans l’intimité du cadre familial.

La sagesse chinoise s’exprima à travers deux philosophies distincts qui contribuèrent chacune à régler la vie du peuple et à la maintenir en équilibre. Le taoïsme insuffla à la culture chinoise son goût pour les arts, la créativité et le mysticisme, tandis que le confucianisme lui inculqua son désir de l’ordre, du décorum et des rites. Le taoïsme se fondait sur l’aspect rythmé et mouvant de l’univers, sur le naturel et la spontanéité ; il se voulait libre de tout conformisme et détaché des choses terrestres. Le confucianisme était tout entier occupé à la stabilité et l’ordre social, au convenances et à l’administration des affaires de ce monde. Le taoïsme était idéaliste, le confucianisme réaliste, mais ensemble ils se parachevaient. Chacun tendant à modérer les excès de l’autre, ils barraient la route à la fois au libéralisme outrancier et au classicisme aride et rigide.

Le sage taoïste est l’exemple parfait de l’équilibre des forces yin et yang. « Immobile, il communie au mode yin, agissant il communie au mode yang. » En lui esprit et coeur, intellect et sentiments, intelligence et instincts s’équilibrent. N’étant ni négatif ni positif, il se tient dans l’invariable milieu, l’axe central.
Le mental qui toujours critique, rationalise et analyse est, par nature, un facteur de multiplicité. Il dénomme, définit et délimite.

Confondant la lettre et l’esprit, il se croit volontiers omniscient et d’une sagesse achevée. Souvent prédomine un intellectualisme desséché et un attrait démesuré pour les plaisirs des sens chez ceux qui sont victimes du déséquilibre.
Le yin et le yang constituent les modes inséparables de la passivité et de l’activité qui sans cesse se suscitent l’un l’autre. Ils sont les pôles de la force créatrice primordiale qui, à travers eux, agit partout dans l’univers manifesté, provoquant ses changements incessants. Mais ces forces ne représentent pas seulement la dualité immanente au monde, elles figurent aussi l’accomplissement et l’intégralité.

Quand on envisage les forces yin et yang en termes de lumière et de ténèbres, il faut se garder de leur accorder le sens occidental de « bien » et de « mal » et, par-là, de vouloir retenir l’un et rejeter l’autre. Car, « vouloir le bien sans le mal, la raison sans le tort, l’ordre sans le désordre, c’est montrer qu’on ne comprend rien aux lois de l’univers ; c’est rêver un ciel sans terre, un yang sans yin, le positif sans le négatif…
Dire qu’une chose est bonne ou mauvaise simplement parce qu’elle l’est ainsi à nos yeux, revient à dire qu’il n’est rien qui ne soit pas bon ni rien qui ne soit pas mauvais ». A la lueur de ces vues, on s’aperçoit combien profond est le déséquilibre dont souffre le mode de pensée occidental qui s’emploie à éliminer l’un pour ne conserver que l’autre. L’appropriation entre les circonstances et le comportement est un facteur à ne pas négliger dans ce monde où tout est soumis aux règles de la relativité. Ce qui est bon  pour l’un est parfois franchement mauvais pour l’autre.

La loi universelle du changement par l’interaction du yin et yang entraîne avec elle celle de la réversibilité. Le Tao est immuable, absolument pur mais, dans le monde delà dualité, un bien peut devenir un mal et un mal un bien. Chaque élément croît jusqu’à son apogée puis décline, révélant au fur et à mesure son opposé. Il n’y a rien qui soit absolu dans le monde phénoménal.
L’homme est responsable de la plupart des maux qui l’accablent. C’est pourquoi, lui seul peut s’en guérir. Certaines calamités, dont il prétend à la légère qu’elles sont « naturelles », entendant par-là qu’il abdique tout espèce de responsabilité à leur égard, le deviendront au plein sens du terme quand il aura réalisé leur causes véritables.

Le naturel TAOISTE


Le naturel TAOISTE dans TAO et le Maître images-2La notion de naturel dans la philosophie taoïste ne doit pas s’entendre au sens d’un simple retour à la nature. Il serait absurde en effet de vouloir retourner vers ce que, à la réalité, nous sommes déjà. Le naturel implique de découvrir sa véritable nature, d’abandonner les couches de l’artifice, afin d’amener à la lumière les choses enfouies. La nature concrète, c’est l’infinie variété des manifestations de cette  extraordinaire force qui, du reste,  se confond avec la Nature dans son acceptation taoïste. En d’autres termes, la nature c’est le paradis où l’homme est bon, parfaitement équilibré et, partant, en harmonie avec l’univers. Cette état paradisiaque le taoïste l’appel l’illumination.

L’homme n’est pas sur cette terre un étranger mais un voyageur dont le but est de comprendre les choses alentour et de s’unir à elles. Le naturel implique qu’on observe le monde fini car pour découvrir les vérités spirituelles, il nous faut d’abord obéir aux lois de ce monde. Le naturel consiste dans le respect des rapports de convenance.

Le naturel, c’est ce qui nous fait pleinement coopérer avec la vie. L’homme d’aujourd’hui préfère, pour une grande part, l’observation à la participation. Il pense qu’il peut se tenir à l’écart de la vie et l’observer avec l’oeil de l’analyste, ou pire, avec l’oeil errant du curieux. Seulement on ne peut pas être en harmonie avec un monde qu’ on considère comme tout à fait extérieur à soi. Un tel esprit dénote une personnalité divisée, une personnalité souffrant de cette forme particulière de schizophrénie qui caractérise le monde moderne.

L’observation analytique crée la séparation, les distinctions, elle introduit la notion de valeur, tandis que l’observation intuitive nous fait pénétrer dans la nature même des choses. Elle nous fait apprécier les choses telles qu’elles sont, non pas d’après les normes de l ’utilité. C’est uniquement comme ceci qu’on parvient à transcender la nature animale.

Le seul moyen de « tuer » le temps, c’est d’échapper à son emprise. On peut citer à ce propos le passage d’un livre de Lin Yutang où ironise sur les défauts américains, défauts dont souffre du reste le monde occidental dans son ensemble. « Les trois grands défauts des Américains sont l’efficacité, la ponctualité, le souci de l’action et de la réussite. Ils les rendent nerveux, leur volent leur droit à la flânerie, les privent de beaucoup de soirées qu’ils pourraient passer pour une délicieuse oisiveté. Le tempo de  vie de l’ère industrielle  proscrit les flâneries exquises. Pire, il nous impose un temps mesuré par des horloges qui, au bout du compte, transforme en horloge l’homme lui-même .»

Le sage vivait en contact étroit avec la nature ; il était en complète harmonie avec elle. Souvent sa vie se déroulait dans la solitude, parfois il était même ermite. La retraite du sage n’est pas assimilable à un ascétisme quel qu’il soit. Quand bien même celui qui vivait le tao décidait de vivre en marge des affaires terrestres, il attirait très vite à lui des disciples. Les sages, les artistes et les poètes qui résidaient en des lieux sauvages semblaient posséder le don singulier de se faire des amis avec qui ils partageaient leur sagesse ou leur art. Ils appréciaient pareillement la compagnie et la solitude, de sorte que, leur vie s’écoulait dans l’équilibre yin-yang, entre l’extériorité et l’intériorité.
Cependant, le propos de leurs échanges ne portait aucunement sur des subtilités de raisonnement. Car, ils considéraient, avec Tchouang-tseu, la connaissance discursive comme une source de mots sans fins.

Par l’étude, on acquiert et retient une masse d’informations sans vie, qui appartiennent au passé, c’est à dire à l’histoire.
« Le passé est un poids mort, tandis que le présent est vivant. Tenter de saisir les faits vivants à travers le passé qui est mort, conduit forcément à un échec. » Pour aboutir à la sagesse, l’esprit doit être souple. Alors seulement il pourra comprendre la vie dans son intégralité et son dynamisme. La connaissance sans la sagesse produit le pédagogue desséché, à qui il manque la vraie compréhension et qui, de surcroît, est souvent orgueilleux de son savoir.

Le sage ne diffuse pas de connaissances ; il prêche par l’exemple. Le sage  « a un verbe sans paroles » et son pouvoir qui nous atteint, il l’exerce inévitablement, mais sans le vouloir. Il ne ressent pas le besoin d’influencer les autres qui viennent alors à lui naturellement.

Critiquer le savoir académique et l’histoire ne signifie pas toutefois qu’il faille dédaigner tout savoir et toute tradition.
La force de l’exemple devrait aussi être le souci de nos gouvernants.
La politique de non-ingérence ne doit cependant pas être confondue avec l’anarchie. Elle se fonde sur la sagesse et, bien qu’elle ignore les normes sociales, les codes de morale et l’autoritarisme, elle n’encourage aucunement la dissolution des moeurs. Tout au contraire, elle pousse à adopter un mode de vie naturel et responsable.

TCHOUANG TSEU

 

Tchouang-tseu (Zhuang Zi)

Dans ses écrits, Tchouang-tseu a su admirablement combiner l’inspiration philosophique et l’inspiration poétique.TCHOUANG TSEU dans TAO et le Maître images-1

Les incertitudes qui entourent l’origine du Tao te king rendent d ’autant plus précieuses la propagation et l’interprétation qu’a faites Tchouang-tseu de l’enseignement de Lao-tseu,  son maître. Les écrits de Tchouang-tseu nous livrent l’image d’un taoïsme dans sa pleine maturité. A travers eux transparaissent non seulement le raffinement et l’esthétique de la pensée chinoise, mais aussi le goût âcre de l’esprit critique et la saveur du scepticisme.

Dans son incomparable style, Oscar wilde a écrit :
« Tchouang-tseu, dont il faut prononcer le nom avec précaution, puisqu’il n’est pas écrit, est un écrivain très dangereux. Et la publication de son ouvrage en anglais deux mille ans après sa mort est à l’évidence prématurée, elle risque de causer beaucoup de peine à nombre de gens actifs et profondément respectables. Sans doute un idéal qui pousse au développement et à la culture de soi, ce à quoi tendent du reste ses vues philosophiques, est-il passablement nécessaire au temps que nous vivons, où la plupart des gens prennent tant à coeur l’éducation de leur prochain, que le temps leur manque pour faire la leur. Mais, est-il prudent de l’avouer ? A mon sens, si nous admettions le pouvoir destructeur de certaines des critiques de Tchouang-tseu, il nous faudrait aussi réviser quelque peu cette habitude nationale qui est de sans cesse nous glorifier. Car, ce qui toujours console l’homme de ses stupidités, ce sont les éloges dont il se couvre après qu’il les a faites. »

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