nouvelle alliance entre l’homme, l’animal et le tao

 

nouvelle alliance entre l'homme, l'animal et le tao dans TAO en INTERVIEWS telechargement-9Par Bobby Lœwenstein

Par les temps à la fois magnifiques et épouvantables, bourrés d’espoir et pleins de danger que nous traversons en ce début de millénaire, il est un enseignement de base auquel il vaut toujours la peine de retourner : celui de la nature. L’homme moderne sent bien, dans ce qui lui reste d’instinct, qu’il s’est trop éloigné de la Terre et qu’il lui faut d’urgence renouer contact avec cette matrice primordiale. C’est une question de vie ou de mort. Il arrive que cette “ Mère Nature ” nous semble singulièrement froide, mystérieuse et muette – sous le visage de cataclysmes de toutes sortes, que le petit moi, logique et mental, du citoyen urbain moderne a aujourd’hui plus de mal que jamais à comprendre…
Heureusement, parfois, au contraire, la grande Mama nous parle avec infiniment de chaleur et d’amour – davantage même que nous ne saurions en rêver. Ainsi en va-t-il quand elle prend le visage de ces animaux parfaits que sont les cétacés.

“ Trop beau pour être vrai ! ” serait-on tenté de penser. À l’heure où la civilisation industrielle achève de saccager les derniers restes planétaires de nature pré-humaine, avoir la possibilité de contempler, ou mieux, de nager, mine de rien, avec ce que cette nature avait créé de plus enchanteur, de plus abouti, de plus beau, après des milliards d’années d’incessante créativité, est une aubaine, un luxe, une chance à peine croyables !
Une fois cette prise de conscience, sinon effectuée, du moins entamée (et alors seulement), il devient possible d’entendre ce que Mère Nature peut avoir à nous dire et à nous enseigner, par l’intermédiaire de ses messagers les plus extrêmes.

Cet enseignement s’adresse à nous de multiples manières :

appel à la simplicité,

appel à l’émerveillement,

appel au jeu,

appel à la gratuité

appel à la grâce dans le moindre geste,

appel à la danse,

appel à l’écoute permanente de l’autre,

appel à la solidarité fulgurante…

Sur tous ces plans, les cétacés s’avèrent, pour qui sait les entendre, d’incomparables enseignants. Moyennant quoi, ils sont en droit d’attendre de nous, élèves-humains :

  • au minimum, une humble tentative d’imitation,
  • au maximum, quelques-unes de ces prouesses

auxquelles nous seuls avons accès : création artistique, vision scientifique, expérience mystique… en réponse résonnante et harmonieuse aux appels en question.
On peut, bien-sûr, imaginer sans difficulté la critique que les humains delphiniens risquent de rencontrer sur leur route : « Vous délirez ! », « Cet engouement pour l’animal vous fait oublier l’homme ! », « Les nazis aussi aimaient les animaux ! », « Tout ceci ressemble à un désir de régression thalassale », etc.

Les amis de Nouvelles Clés sont a priori des voyageurs avides d’aventures et de contacts concrets. Soyons donc concrets, nous aussi.

La delphinophilie peut se comprendre à plusieurs niveaux :
physique (on pourrait dire biosphérique) et symbolique. Entrons par la porte biosphérique. Depuis la nuit des temps, l’homme a passé alliance avec toutes sortes d’animaux (généralement des mammifères). Sur ces alliances se sont édifiées des civilisations – pensons au chien, au cheval, au chameau, au buffle, au mouton… Nous voilà à l’aube du troisième millénaire, à l’ère des élevages industriels de vaches, de porcs, de poulets… L’humanité hésite entre la fierté de disposer de moyens technologiques époustouflants et la crainte de voir, à cause de ces derniers, de grands dérèglements écologiques et mentaux emporter toute la biosphère dans un chaos vertigineux. À cette même époque, un animal très particulier frappe à notre porte. Le dauphin. Qui propose implicitement une nouvelle alliance, susceptible de fonder une civilisation d’un nouveau type, pour nous aider à nous arracher au vertige… Non pas une domestication de plus. Non, une alliance d’un genre essentiellement nouveau, à la mesure des défis que nous devons aujourd’hui relever.
Au cas où vous en douteriez, posez la question autour de vous, surtout chez les plus jeunes : le dauphin est devenu l’animal-totem de ce début de millénaire. A l’heure où l’intelligence artificielle des réseaux planétaires paraît défier la création tout entière, voilà un être résolument naturel et non technologique (nu comme un ver il ne dispose même pas de main), dont l’intelligence s’est toute entière tournée vers le jeu et la relation aux autres. Sa curiosité, son sens de la solidarité, son humour frappent de stupeur tous ceux qui l’approchent…

La symbolique du dauphin est puissante. Ses irruptions dans la culture humaine suivent un cycle long. On la trouve par exemple en Grèce, cinq cents ans avant notre ère, quand le poète Aryon, jeté à la mer par des pirates, est sauvé par une troupe de dauphins, charmés par sa lyre. Puis elle disparaît, pour resurgir au Moyen-âge, dans le bestiaire du Christ et dans la descendance première des rois de France, chrétiennement baptisés depuis Clovis . Elle disparaît ensuite à nouveau…

Son dernier retour ne date que du milieu du XX° siècle, quand nos contemporains s’émerveillèrent à nouveau du fait qu’au fil de l’évolution, un mammifère terrestre ait pu, il y a plus de cinquante millions d’années, retourner à l’océan originel et y engendrer plusieurs centaines d’espèces fantastiques – du petit marsouin à la gigantesque baleine bleue -, sans perdre ses acquis de départ, bien au contraire. Que les cétacés aient un néocortex à peu près aussi sophistiqué que le nôtre et soient d’une intelligence supérieure aux grands singes, voilà qui intrigue les humains post-modernes, à une époque où les bains de mer sont devenus une pratique commune et les questions écologiques une inquiétude générale. Cela nous intrigue d’autant plus que les cétacés n’ont pas de mains et ne fabriquent rien ; or, nous avons tendance à expliquer notre propre développement cortical exceptionnel par l’effet d’une spirale main-bouche-cerveau : en devenant bipèdes, nos ancêtres ont libéré leurs mains, qui ont pu fabriquer des choses, que leurs bouches et cordes vocales ont su décrire, poussant ainsi leurs néocortex à fonctionner plus fort, ce qui a permis à leurs mains d’inventer des objets plus sophistiqués, etc. Les cétacés n’entrent pas dans cette boucle-là. Pas de main, pas d’objets, par de gamberges objectives. Comment se fait-il alors qu’ils aient d’aussi gros cerveaux ? Ça leur sert à quoi ? Ne répondez pas que ça ne leur sert à rien. La nature est certes une artiste totalement surréaliste et allumée, mais les organes ne poussent pas pour rien. Parmi les quelques rares réponses à cette énigmatique question figurent celles d’un certain nombre de poètes de la mer (autrement dit, des gens qui utilisent les mots de façon précise) pour imaginer que les gros cerveaux des cétacés leur servent à communiquer entre eux et à prendre du plaisir. À communiquer de façon incroyablement riche. À jouir de façon inimaginablement raffinée.
Anthropomorphisme ? Certainement. Toujours est-il que, poussés par une intuition ou un flair plus ou moins conscients, des humains de l’époque post-moderne, des contemporains, donc, sont tombés sur cette piste et l’ont suivie avec fièvre, follement désireux de pouvoir participer à cette communication et à cette jouissance…

Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit de bien plus que d’un mouvement de mode. Coincée au fond de ses impasses industrielles, l’humanité se trouve aujourd’hui contrainte à repenser tous ses rapports à la biosphère terrestre. Curieusement (du moins pour ceux qui n’ont jamais pratiqué ce genre de “sport”) le contact avec les princes des mers s’avère particulièrement utile pour nous remettre en résonnance avec notre mère nature.

Je dis “princes”, je pourrais dire “rois”, ou “parrains” ou encore “régent”. Je vois les dauphins comme des aînés et des guides dans notre accomplissement biosphérique. Il y a plusieurs dizaines de millions d’années, ces ex-mammifères terrestres sont devenus aptes à régner sur les mers. Ils « connaissent » bien mieux la planète que nous ! Comme disait le grand anthropologue Gregory Bateson, la manière dont les humains enseignent des tours de cirque aux dauphins est indigne et ridicule. En réalité, ce sont les dauphins qui devraient nous enseigner! Et la seule manière de le faire est de les rejoindre sur leur terrain : plonger dans l’eau avec eux.

Le champion de natation Matt Biondi (huit médailles d’or olympiques) l’a compris – sous nos yeux ! – sitôt qu’il s’est mis à l’eau en compagnie de dauphins tâchetés (ça se passait au Belize) : brusquement, lui, l’imbattable, s’est retrouvé tel un pauvre débutant, que les dauphins pouvaient écraser en un tour de nageoire. Et pourtant, ces derniers n’en firent rien. Ils ne pensaient qu’à jouer avec lui, faisant preuve d’une incroyable maîtrise du souffle et du geste. Depuis ce jour, Matt Biondi est devenu un activiste des contacts humains-dauphins. Il est persuadé qu’il sortira de cette connexion une révolution écologique, mieux : une métamorphose.

Il est vrai que, dès que l’on parle de métamorphose, s’impose un grand mystère sur lequel toute la grande science évolutionniste darwinienne a finalement échoué. Nul ne sait, au fond, comment il a pu se faire qu’un poisson devienne un jour un batracien, ni par quel processus un reptile a pu devenir un oiseau, ni comment le peuple des singes a enfanté l’humain. La science, raisonnablement fondée sur le répétable, ne pourra jamais saisir le processus de création, dont jaillit, par définition, l’unique. Quand on contemple le grand fleuve, à la fois continu et discontinu, de la vie sur terre, on est obligé d’admettre qu’à chaque passage, à chaque métamorphose, chaque fois qu’une nouvelle forme est apparue, tout s’est passé comme si une poussée venue d’ailleurs était intervenue. Venue d’où? Qui peut le dire? D’en dehors, dirait-on, de l’espace et du temps, d’un domaine où le passé, le présent et l’avenir se télescopent, et qui ressemble à l’imaginaire (certains savants des univers intérieurs préfèreraient le terme imaginal). Un royaume où l’on peut entrer par les symboles.
Le dauphin, la baleine peuvent également être compris ainsi : comme de puissants symboles. Symboles de quoi ? Qu’on me permette ici de laisser la parole au romancier fou d’Égypte qu’est Christian Jacq…

« Le dauphin est un guide ; c’est le guide des âmes. Tous les anciens Égyptiens l’ont dit, particulièrement des naufragés : lorsqu’ils étaient complètement perdus, un dauphin leur montrait le chemin du rivage. » Cela s’entendait au propre comme au figuré : « Au moment où l’on est au fond du gouffre, disait-on, si l’on est sincère, le dauphin apparaît. » Christian Jacq s’interroge : « Notre société est à la recherche de guides. Les guides ne sont plus ni dans l’Église, ni dans l’État, ni à l’Université, ni dans les syndicats… où sont les guides ? Sûrement pas chez les gourous sectaires ! »

Au moment où l’on est au fond du gouffre, le dauphin apparaît. Faut-il que nous ayons plongé profond, alors, pour qu’il apparaisse aussi souvent et à tant de gens, par les temps qui courent. Fulgurants messagers du chemin vers la surface.

source : Magazine Nouvelle CLE.

 


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