Avant d’apprendre à déjouer ses pièges intérieurs

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Avant d’apprendre à déjouer ses pièges intérieurs, à « désamorcer ses métaprogrammes négatifs » – pour déboucher ensuite sur des espaces prodigieux de clarté, où il connaitra d’ineffables extases – John Lilly va d’abord manquer mourir, de très peu.

Une sorte de tentative de suicide inconsciente, en 1964 – mise en route par qui sait quel programme ?

Une NDE (near death experience, ou expérience de mort imminente). Aux portes de la mort, un contact fulgurant avec une certaine « réalité ultime ». Contact pouvant conduire à ce que les sages de l’Inde appellent le samadhi, ceux du Japon le satori, ceux de l’Occident l’union mystique avec Dieu… Phénomène aussi vieux que l’humanité, mais qui, longtemps considéré comme réservé à une élite spirituelle, semble se manifester de plus en plus souvent depuis que, gréce au formidable perfectionnement des techniques de réanimation, les « rescapés de la la mort » des Unités de Soins Intensifs des grands hopitaux modernes se comptent
par millions.

Notre homme a donc connu, en 1964, « l’ineffable sensation de plonger dans un pur soleil d’amour et de connaissance »… D’abord, il avait longuement flotté dans un vide infini, d’une obscurité totale. Une zone qu’il connaissait par coeur, depuis des années, et qu’il avait baptisé « Point Zéro Absolu » – c’est là qu’il avait peu à peu appris à venir se repositionner, quand il se sentait menacé par quelques « fauves intérieurs ». Comme toujours, l’obscurité avait ensuite peu à peu cédé la place à un « paysage ».

Mais tout de suite, il avait senti quelque-chose de vertigineusement neuf. En fait, il n’y avait aucun paysage. Juste de la lumière. Une lumière d’or extraordinaire, « toute irradiante d’amour ».

John n’avait plus de corps. Il se sentait réduit à un simple point. Toute sa conscience semblait pourtant présente, toute sa mémoire, ainsi que la sensation de voir, d’entendre, de sentir… Justement, voilà qu’il sentait qu’on s’approchait de lui. Cela venait de l’horizon. Il finit par distinguer deux autres « points de conscience », deux… entités. Plus elles s’approchaient, plus John sentait qu’elles dégageaient quelque-chose d’incroyable, une chaleur comme il n’en avait jamais ressenti de sa vie. A la fin la sensation était devenue si forte qu’il eut l’impression qu’elle l’anéantirait si les deux entités s’approchaient davantage. Son « moi » se fondait littéralement en elles. Elles s’arrêtèrent à l’extrème limite de sa résistance à « l’anéantissement dans l’un, le Rien absolu ».

Leur long échange fut pour lui une extase. Il sut qu’il ne pourrait en conserver qu’une partie
en mémoire.

« A la fin, elles me dirent que c’était moi qui les séparais en deux, que c’était ma façon de les percevoir, mais qu’en réalité elles n’étaient qu’un dans l’espace où je me trouvais alors moi-même. (…) Elles dirent aussi qu’elles étaient mes gardiens, qu’elles veillaient sur moi bien avant cette expérience, en fait depuis toujours, mais que je ne me trouvais généralement pas en état de les percevoir. »

Plus tard, John se rendit compte qu’il avait déjà rencontré ses « guides » à trois reprises dans sa vie. Chaque fois, cela s’était produit alors qu’il se trouvait au plus mal : à sept ans, lors d’une ablation des amygdales; à dix ans, une tuberculose l’ayant à moitié tué; à vingt-trois ans, l’arrachage de toutes ses dents de sagesse ayant nécessité une anesthésie générale.
Les trois premières fois, il avait oublié jusqu’à la rencontre elle-même. La quatrième lui laissa un souvenir indélébile.

Rejoindre la dimension où il pourrait retrouver ses guides devint un objectif essentiel. Il y parvint encore deux ou trois fois, par hasard. Puis sa technique de « pilotage intérieur » s’améliora à un point tel qu’il sut s’y rendre à volonté.

Lors de leur avant-dernière rencontre « par hasard », les deux guides laissèrent entendre à John qu’il lui faudrait radicalement changer de vie. Tout était à revoir, disaient-ils, à la lumière de l’ancienne règle d’or, ainsi reformulée par le psychiatre Erik Erikson : « Fais/ne fais pas aux autres ce que tu voudrais que les autres te fassent/ne te fassent pas; les autres comprenant les autres espèces/entités/êtres de cet univers. »

Pour commencer, suggérent donc ses « guides », John devrait laisser les dauphins tranquilles.

En un mot, abandonner toute sa recherche delphinienne.

L’idée le laisse d’abord perplexe.

Mais voilà que, peu de temps après, cinq des huit dauphins prisonniers dans ses bassins des Iles Vierges (voir Le 5° Rêve), se suicident, à quelques jours d’intervalle – en refusant de se nourrir ou en se précipitant contre les murs.

Une monstrueuse hécatombe. En captivité, tous les dauphins meurent jeunes (plus tard, Lilly reconnaitra que les chiffres présentés par les delphinariums, pour prouver la « longue espérance de vie des dauphins en captivité », sont généralement truqués). Mais là… c’est trop fou.
Toute l’équipe est en deuil.

Pour John, il ne peut s’agir d’une coïncidence. « Si j’avais écouté le conseil de mes guides, se dit-il, le drame aurait pu être évité. » Alors il n’hésite plus. Les trois dauphins survivants sont rapidement sortis de leur bassin et emmenés au large, dans un gros hors-bord, puis remis à l’océan d’où on les a arrachés l’année précédente, Les deux plus jeunes (entre trois et cinq ans) ne comprennent pas. Il sortent sans cesse la tàte de l’eau, désirant rejoindre les hommes. Heureusement, le troisième a plus d’expérience (une vingtaine d’années) : il leur donne des coups de rostre, pour les obliger à rester sous la surface (autrement, les pêcheurs finiraient par les tuer). Finalement, les trois cétacés disparaissent. Et John Lilly se retrouve tout d’un coup très seul.
Il réalise à peine ce qu’il vient de faire.

D’un point de vue professionnel, l’évènement tombe mal. John vient juste de recevoir des crédits inespérés, de la Navy et de plusieurs autres organismes, pour son centre humain-dauphin.

Que va-t-il dire à ses commanditaires? Que des voix intérieures ui ordonnent de tout stopper ? C’est ce qu’il fait. En y mettant à peine les formes. Du jour au lendemain, sa réputation est faite : ce type est cinglé.
Grand crac dans la vie du chercheur.

Après avoir rendu à l’administration tout le matériel, en particulier le gros ordinateur avec lequel il a vainement tenté de créer une passerelle linguistique entre humains et dauphins, John négocie la réintégration, dans divers services de la Santé Publique, de la trentaine de personnes dépendant de lui, sur l’åle et ailleurs, Puis il publie, dans le Journal de la Société Accoustique, un dernier article, intitulé « Reprogrammer les productions sonores du dauphin Tursiops »,
où il explique qu’au lieu d’utiliser la grille psychologique limitée des réflexes conditionnés et du système punition/récompense, on ferait mieux de comprendre que le dauphin peut, gràce
à son très grand biocomputer, se reprogrammer lui-même, une fois entré en interaction continue avec l’homme.
Et cette fois, c’est bien fini. Sa femme le quitte. Plus question de prendre du LSD : devant l’ampleur du phénomène « psychédélique », l’administration américaine interdit tout usage du redoutable acide. Une nouvelle vie commence pour John. Que faire ?

Il s’interroge longuement sur l’avenir de la recherche fondamentale. Comment définir le mot fondamentale ?

« La recherche, écrit-il, est de plus en plus liées aux applications immédiates. Pourtant, quand vous les interrogez des scientifiques sur leurs motivations profondes, vous découvrez, derrière leurs railleries ou leurs baillements génés, que la plupart sont mûs d’abord par le respect, la stupeur, l’adoration émerveillée du réel. Nous devrions beaucoup nous préoccuper des motivations profondes et des valeurs morales des jeunes gens interessés par les sciences.

Sans le respect et même, pourrait-on dire, l’adoration de l’inconnu, ils peuvent devenir des monstres. Il faut avoir vécu, expérimenté, les forces colossales qui gisent hors de nous et en nous, pour devenir sages.

« Mais notre mental évolue de façon terriblement arbitraire. Les postulats de la science actuelle se sont ordonnés accidentellement au cours de l’histoire. John von Neumann disait que notre arithmétique addition-soustraction-multiplication-division reposait sur des découvertes purement aléatoires. Si nous avions trouvé autre chose de plus fort, comme par exemple la mathématique de notre propre cerveau, nous serions aujourd’hui beaucoup plus avancés ».

Comment explorer mathématiquement notre cerveau ? Voilà à quoi pense le nouveau chômeur-célibataire John Lilly. Mais, tandis qu’il erre, d’amis en amis, à travers les Etats-unis, une autre question l’obsède : comment voyager dans ses univers intérieurs sans drogue ?

 

Ecrit par Patrice van Eersel (auteur de le Jeu du Tao) Extrait du « Cinquième Rêve »,

 

 

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