Alfred Wallace et le Tao

 

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Alfred Russel Wallace (8 janvier 1823 – 7 novembre 1913), est un naturaliste, géographe, explorateur, anthropologue et biologiste britannique. Il est le codécouvreur de la théorie de l’évolution par la sélection naturelle avec Charles Darwin.

Il fit tout d’abord d’amples recherches sur le bassin fluvial de l’Amazone, puis dans l’archipel malais, où il identifia la ligne séparant la faune australienne de celle de l’Asie, qui fut appelée « ligne Wallace » en sa mémoire. Cependant il est plus connu pour avoir proposé une théorie sur la sélection naturelle qui a incité Charles Darwin à publier sa propre théorie plus tôt que prévu. Wallace fut également l’un des principaux penseurs évolutionnistes du xixe siècle, contribuant au développement de la théorie de l’évolution grâce notamment au concept de couleurs d’avertissement chez les animaux ou à celui d’effet Wallace. Il est aussi considéré comme un expert en matière de répartition géographique des espèces animales et est parfois appelé le « père de la biogéographie ».

Wallace fut fortement attiré par les idées radicales. Sa défense du spiritisme et sa croyance en une origine immatérielle pour les plus hautes facultés mentales de l’être humain mit à mal ses relations avec le monde scientifique, tout spécialement avec les précurseurs de l’évolutionnisme. Il fut en outre critique vis-à-vis du système économique et social britannique du xixe siècle qu’il estimait injuste et fut l’un des premiers grands scientifiques à s’inquiéter des conséquences de l’activité humaine sur l’environnement.

Ses travaux lui valurent, entre autres, la Royal Medal en 1868, la médaille linnéenne en 1892 et la médaille d’or Darwin-Wallace en 1908.

Wallace naquit dans le village de Llanbadoc, près d’Usk, dans le Pays de Galles. Il était le huitième des neuf enfants qu’eurent ensemble Thomas Vere Wallace et Mary Anne Greenell. Sa mère était issue d’une respectable famille anglaise de classe moyenne de Hertford. Son père, quant à lui, était d’ascendance écossaise et sa famille, comme beaucoup de Wallace écossais, affirmait être de la même lignée que William Wallace, le chef de l’insurrection contre l’Angleterre au xiiie siècle. Bien qu’il ait été diplômé en droit, Thomas Wallace ne fut jamais homme de loi. Il hérita de terres rentables, mais de malencontreux investissements, ainsi qu’une mauvaise gestion, détériorèrent la situation financière de la famille1.

À l’âge de cinq ans, Wallace déménagea avec sa famille à Hertford, au nord de Londres ; il fit ses études à la Hertford Grammar School jusqu’à ce que des difficultés financières contraignent sa famille à le retirer de l’école en 1836. Wallace s’installa alors chez son frère John, âgé de 19 ans et apprenti dans le bâtiment, et travailla avec lui à Londres. C’était une solution provisoire en attendant que William, son frère aîné soit prêt à le prendre comme apprenti géomètre. C’est à cette époque qu’il se rendit à des conférences ou lut des ouvrages à la London Mechanics Institute, et qu’il prit connaissance des idées politiques radicales de réformateurs sociaux tels que Robert Owen etThomas Paine. Il quitta Londres en 1837, emménagea chez William et devint son apprenti pendant six ans. Il déménagea à Kington fin 1839, près de la frontière galloise, pour finalement s’installer à Neath dans le comté de Glamorgan. Wallace exécuta des travaux d’arpentage dans l’ouest de l’Angleterre et au Pays de Galles de 1840 à 1843. Mais vers la fin de cette année-là, l’activité de l’entreprise de William déclina suite à des conditions économiques difficiles et Wallace partit en janvier.

Après une brève période de chômage, il obtint un poste de professeur au collège de Leicester où il enseigna le dessin, la cartographie et la topographie. Wallace passa beaucoup de temps à la bibliothèque de Leicester, il y lut Essai sur le principe de population de Thomas Malthus et y rencontra un soir l’entomologiste Henry Bates. Celui-ci n’avait que 19 ans et avait déjà publié un article sur les scarabées dans le journal Zoologist. Ils devinrent amis et Bates l’initia à la collecte d’insectes. Lorsque William mourut en mars 1845, Wallace démissionna afin de prendre en charge la gestion du cabinet de son frère à Neath mais malgré l’aide de son frère John, il ne parvint pas à faire marcher les affaires. Après quelques mois, Wallace trouva donc un nouveau travail et devint ingénieur pour une société proche qui travaillait sur un projet de chemin de fer dans la vallée de Neath. La participation de Wallace à ce projet impliquait qu’il passe beaucoup de temps à l’extérieur, ce qui lui permit de satisfaire sa nouvelle passion : la collection d’insectes. Il réussit à persuader John de se joindre à lui pour créer une nouvelle société de génie civil, laquelle réalisa plusieurs projets dont le dessin des plans d’un bâtiment pour le Mechanics Institute de Neath. William Jevons, le fondateur de l’institut, fut impressionné par Wallace et le persuada d’y donner des conférences sur la science et la technologie. À l’automne 1846, les deux frères purent acheter une maison près de Neath, puis ils y emménagèrent avec leur mère et leur sœur Fanny (leur père était mort en 1843). Durant cette période, il lut avec avidité, correspondant par la suite avec Bates sur le traité évolutionniste publié anonymement Vestiges of the Natural History of CreationLe Voyage du Beagle de Charles Darwin et Principes de géologie de Charles Lyell.

Wallace mourut le 7 novembre 1913 à Old Orchard, la maison de campagne qu’il avait fait construire une dizaine d’années auparavant. Il avait 90 ans. Sa mort a été largement annoncée dans la presse ; le New York Times dit ainsi de lui qu’il était « le dernier des géants appartenant à ce merveilleux groupe d’intellectuels qui incluait, parmi tant d’autres, Darwin, Huxley, Spencer, Lyell et Owen, dont les recherches avant-gardistes révolutionnèrent et firent évoluer la pensée du siècle ». Dans la même édition, un autre journaliste disait aussi : « Nulle excuse ne doit être faite pour les quelques erreurs littéraires ou scientifiques de l’auteur de ce formidable livre sur l’archipel Malais ». Quelques-uns de ses amis suggérèrent qu’il soit enterré à l’abbaye de Westminster, mais sa femme exauça son vœu de reposer dans le petit cimetière de Broadstone dans le Dorset. Plusieurs scientifiques britanniques de renom formèrent un comité pour qu’un médaillon de Wallace soit placé dans l’abbaye de Westminster près de celui de Darwin. L’inauguration du médaillon eut lieu le 1er novembre 1915.

Vivement intéressé par la phrénologie, Wallace expérimenta très tôt l’hypnose, alors connue sous la forme du mesmérisme. Il fit participer, avec un succès considérable, certains de ses étudiants à Leicester comme sujets. Quand il commença ses expériences sur le mesmérisme, le thème était très controversé et les expérimentateurs de la première heure, tels que John Elliotson, avaient été durement critiqués par les institutions médicales et scientifiques. Wallace établit un lien entre ses expériences sur le mesmérisme et ses recherches ultérieures sur le spiritisme. Il écrivait en 1893 :

« J’ai ainsi appris ma première grande leçon dans l’enquête sur ces domaines obscurs du savoir, ne jamais accepter l’incrédulité de grands hommes ou leurs accusations d’imposture ou d’imbécillité, comme ayant du poids quand elles sont opposées à l’observation répétée de faits par d’autres hommes, de l’aveu de tous sains et honnêtes. L’histoire entière de la science nous montre que chaque fois que des hommes savants et instruits de tout âge ont nié les faits ou d’autres chercheurs pour raison a priori d’absurdité ou d’impossibilité, les négateurs ont toujours eu tort. »

Wallace commença à étudier le spiritisme durant l’été 1865, probablement suite à l’insistance de sa sœur aînée Fanny Sims qui s’y intéressait depuis un certain temps déjà. Après avoir examiné les écrits sur ce sujet et tenté d’évaluer les phénomènes dont il avait été le témoin pendant des séances, il en vint à accepter que la croyance était liée à une réalité naturelle. Il demeura convaincu tout au long de sa vie qu’au moins quelques séances étaient authentiques, peu importe le nombre d’accusations de fraudes de la part des sceptiques, ou le nombre de preuves de supercherie apportées. Un de ses biographes a suggéré que le choc émotionnel qu’il avait reçu quelques mois plus tôt, lorsque sa première fiancée avait rompu les fiançailles, avait contribué à le rendre réceptif au spiritisme. D’autres spécialistes ont plutôt préféré faire valoir le désir de Wallace de trouver des explications rationnelles et scientifiques à tous les phénomènes de la nature et la société humaine, qu’ils soient matériels ou immatériels.

Le spiritisme attirait beaucoup de personnes instruites de l’époque victorienne qui ne trouvaient plus acceptable la doctrine religieuse traditionnelle comme celle de l’Église d’Angleterre, et qui étaient insatisfaites par la vision entièrement matérialiste et mécanique du monde qui émergeait de plus en plus de la science du xixe siècle. Certains universitaires qui ont étudié en profondeur les théories de Wallace pensent cependant que le spiritisme était plus pour lui une question de science et de philosophie qu’une question de croyance religieuse. Mis à part Wallace, d’autres grands intellectuels au xixe siècle s’intéressèrent au spiritisme dont le réformateur social Robert Owen, l’une des premières idoles de Wallace, les physiciens William Crookes et Lord Rayleigh, le mathématicien Augustus De Morgan ou l’éditeur écossais Robert Chambers.

La grande publicité qu’il fit au spiritisme dans les années 1870 et la défense répétée de médiums contre des allégations de fraude endommagèrent sa réputation scientifique. Ses rapports avec ses anciens amis Henry Bates, Thomas Huxley et même Darwin qui pensait qu’il était excessivement crédule, s’en ressentirent. D’autres, tels que le physiologiste William Benjamin Carpenter et le zoologiste Edwin Ray Lankester firent ouvertement et publiquement preuve d’hostilité à son égard. Wallace ainsi que certains scientifiques qui défendaient le spiritisme, notamment William Crookes, furent l’objet de beaucoup de critiques de la part de la presse, The Lancet, principale revue médicale anglaise à l’époque, se montrant particulièrement virulent. La controverse mit à mal la perception qu’avait le public des travaux de Wallace pour le restant de ses jours. Lorsqu’en 1879, Darwin tenta de rallier du soutien parmi les naturalistes pour obtenir une pension à Wallace, Joseph Hooker répondit :

Alfred Wallace et le Tao dans RESSOURCES et Savoirs en TAO 220px-Alfred_Russel_Wallace_%281912%29« Wallace a considérablement déchu, non seulement par son adhésion au spiritisme mais par le fait qu’il ait délibérément et contre l’avis unanime du comité de sa section de la British Association, provoqué une discussion sur le spiritisme à l’une des réunions de section. L’on dit qu’il l’a fait d’une manière sournoise, et je me rappelle fort bien l’indignation que cela a suscité au conseil de la B.A. »

Hooker se laissa finalement fléchir et accepta de soutenir la demande de pension.

Wallace, en raison de ses écrits, fut considéré pendant des années comme une personnalité notoire de la science ou de l’activisme, recherché par des journalistes ou d’autres personnes pour ses avis. Des doctorats honorifiques ainsi qu’un certain nombre d’honneurs professionnels lui furent décernés tels que l’élection à la Royal Society, la médaille Copley ou l’ordre du Mérite de la part du gouvernement britannique. C’est par-dessus tout son rôle de codécouvreur de la sélection naturelle et son travail sur la zoogéographie qui en ont fait un personnage d’exception. Il était sans nul doute l’un des plus grands explorateurs de l’histoire naturelle. Cependant, après sa mort, sa célébrité s’estompa rapidement et il fut considéré pendant longtemps comme une figure relativement obscure dans l’histoire des sciences. Un certain nombre de raisons ont été avancées dont sa modestie, sa volonté de soutenir des causes impopulaires sans se préoccuper de sa réputation, ainsi que la gêne de la communauté scientifique face à quelques-unes de ses idées non-conventionnelles. Il est récemment sorti de l’oubli grâce à la publication de plusieurs biographies sur sa vie et d’anthologies de ses écrits, et à la création d’un site internet qui lui est consacré. Un critique littéraire du New Yorker observa qu’au moins cinq de ces biographies et deux de ces anthologies avaient été publiées depuis l’an 2000.

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