Je ne crois pas en Dieu, mais je fais l’expérience du divin

 

Par Pascale Senk

images (43)Sommes-nous sur le point de devenir des mystiques sauvages ? Tels les Navis bleus d’ Avatar, cherchons-nous plus que jamais à nous relier à la Grande Source du vivant ? Et, que nous l’appelions Tao, énergie cosmique, ou Puissance Supérieure comme chez les Alcooliques Anonymes , celle-ci nous semble-t-elle plus accessible qu’un Dieu défini par les dogmes? A écouter nos contemporains, c’est bien d’une telle évolution qu’il s’agit. Les fervents, comme Christian Bobin : « J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont c’était le métier d’en parler » . Et ceux qui perçoivent Dieu comme « un asservissement », tel François Barouin, ministre du Budget, qui reconnaît cependant « avoir accès à une certaine espérance sous forme de lumière » .

Avant, le monde se divisait entre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas en Dieu. Aujourd’hui, ce terreau de la croyance est devenu plus fertile mais aussi plus mouvant : nous pouvons bricoler notre credo personnel, en puisant « au choix » dans différentes spiritualités. Aussi le divin ne se résume-il plus au Dieu barbu et tout-puissant qui jusque là vivait dans le ciel, nous adressant cadeaux ou punitions mérités. Son image s’est, pour beaucoup, peu à peu effacée ( Frédéric Lenoir en parle bien dans « Dieu », son livre d’entretien avec Marie Drucker, paru chez Robert Laffont en 2011 ).

Reste l’expérience. La sensation, le plus souvent inattendue, voire inespérée, de se retrouver connecté avec un grand « Autre ». De faire venir le Divin jusqu’à soi. En soi, même.

Des ravissements inattendus

Ce point de contact, basculement vers une autre dimension de la réalité, peut se rencontrer dans le quotidien le plus banal. Pour Pierre, un moment d’intimité avec son fils nouveau-né l’a amené à percevoir une dimension sacrée qui était jusque là absente de sa vie. « Je ne sais plus ce qui s’est passé. J’ai plongé dans les yeux sombres, encore aveugles de Samuel et j’ai « décollé » intérieurement ». Sabine, la première fois où elle a fait l’amour avec celui qui partage sa vie aujourd’hui, a elle aussi vécu un ravissement sans précédent. Bien loin de l’orgasme vécu comme une « petite mort » selon Georges Bataille, elles se sent soudain étonnamment vivante : « Tout devenait bleu autour de moi, de nous, et lui et moi étions totalement fusionnés et nimbés d’une indéfinissable énergie, pris dans un espace que je n’avais jamais traversé jusque là »

Ce « trip » sans Mescaline qu’un Allen Ginsberg ou un Jack Kerouac auraient sans doute adoré a été qualifié d’ extase laïque par le philosophe Michel Hulin qui s’est intéressé au sentiment de l’infini touchant parfois les sujets les moins portés sur le fait religieux. Pour lui, ces expériences simples, toujours spontanées, véritable « défi à la pensée philosophique et religieuse », apparaissent souvent « dans les périodes où les codes se brouillent ». Elles s’immiscent dans nos existences quand nos mécanismes d’adaptation au monde, nos systèmes de pensée pris entre bien et mal, favorable ou défavorable etc, se suspendent soudainement, quand nous « déposons le fardeau » sans même savoir comment. Elles nous laissent alors entrevoir une pure joie non réactive, la joie d’être, dans son essence brute.

L’immersion dans des espaces sauvages, la communion avec la nature sont des conductrices puissantes de telles expériences, et les écrivains – voyants notamment, parce qu’ils approchent l’indicible, y trouvent des sources d’inspiration intarissables. Marguerite Duras, de sa fenêtre des Roches Noires à Trouville d’où elle surplombait l’océan : « Regarder la mer, c’est regarder le Tout ». 

Les fruits d’une recherche

Mais ces contacts avec une instance qu’on ne sait nommer peuvent aussi, et plus fréquemment, surgir comme les fruits d’une longue recherche. Nathalie, qui médite régulièrement depuis 7 ans, en témoigne : « Je rencontre le divin dans l’espace que je contacte dans la méditation : Une ouverture du cœur totale et inconditionnelle face à tout ce qui se présente, un même amour pour le chat du voisin, les arbres d’une forêt, une étoile dans le ciel et pour chaque être humain. Pour faire cette expérience, le mental doit se taire car il obstrue le canal vers le divin qui existe en chacun de nous : nous sommes tous des parcelles vivantes de cet amour divin. Quand je suis imprégnée par la lumière de cette conscience, tout est alors d’une grande clarté et d’une grande perfection. Il n’y a rien à changer. C’est une expérience d’unité et d’éternité ».

Pour Catherine, la rencontre avec cette autre dimension est arrivée « de surcroît », à l’insu de longues heures de pratique du Gospel. Au départ, la jeune femme à qui Dieu semblait « trop haut, lointain », se met à pratiquer cet art si fervent simplement « parce que les chants étaient beaux ». Au bout de quelques mois cependant, elle se met à s’intéresser aux textes des chansons. Et se rend compte qu’elle a envie d’être soliste pour « transmettre la force de ses paroles d’âmes seules, abandonnées de tous, qui disent juste « j’ai froid, j’ai peur ». Un jour, pendant un concert, Catherine se rend compte d’un « frémissement dans tout son corps, comme si elle brûlait de l’intérieur ». A la sortie, la jeune femme se sent happée par « autre chose » : « J’ai ressenti une force incroyable, avec l’impression d’être sous une cascade d’eau fraîche». D’où venait cette énergie ? Qu’est-ce qui l’avait guidée jusque là ? Depuis, Catherine est devenue professeur de Gospel, s’est plongée dans l’étude de …..

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