Archive pour 1 janvier, 2014

La longue histoire de la production du feu

article paru sur http://www.hominides.com

 

Quand l’homme a-t-il maîtrisé le feu ? Pour l’heure, la seule preuve acceptable de la domestication du feu est la découverte de véritables foyers aménagés. Alors que les premiers outils en pierre remontent à 2,5 millions d’années, les plus anciennes structures de combustion datent d’environ 450 000 ans. La grotte de Menez-Dregan, dans le Finistère, a livré plusieurs foyers dont le plus ancien remonterait à cette époque. Dans le gisement de Terra Amata (Alpes-Maritimes), plusieurs foyers (datés de 380 000 ans) étaient aménagés dans de petites fosses ou sur des dallages de galets.
A partir de 350 000 ans, les traces de domestication du feu sont de plus en plus probantes et nombreuses. Par la suite, la fréquence des foyers augmente encore nettement, à tel point que, dans les habitats bien conservés, c’est leur absence qui paraît étonnante…
H. de Lumley / Musée de Terra Amata / Ville de Nice
 
Foyer de Terra Amata . H. de Lumley / Musée de Terra Amata / Ville de Nice

La friction du bois

Production du feu par frictionLe principe général de toutes les techniques de production du feu par friction du bois est très simple. Le frottement de deux pièces de bois entraîne la formation de sciure et un dégagement de chaleur. Si la friction est suffisamment intense, l’augmentation de la température permet l’embrasement de la sciure et une petite braise apparaît. Celle-ci est alors
placée dans des herbes bien sèches puis, grâce à l’air apporté en soufflant, une flamme surgit.
A partir de ce principe très simple, l’homme a développé de nombreuses modalités de friction. Parmi celles-ci, la friction par rotation est certainement la technique traditionnelle de production du feu la plus présente dans notre imaginaire collectif. Elle consiste à faire tourner un foret (ou drille) sur une planchette de bois. Le mode d’entraînement et la forme du foret peuvent varier. Dans tous les cas, il est nécessaire d’aménager une gouttière permettant l’évacuation de la sciure produite par le frottement. Grâce à elle, la zone de contact est alimentée par l’oxygène. Sinon, sans air pas de feu ! C’est dans cette gouttière que la sciure rencontrera la chaleur produite par la friction et pourra ainsi se transformer en braise.
Le foret tourne rapidement entre les mains de l’opérateur. Avec le foret à main, une braise peut être produite en une cinquantaine de secondes (cliché : B. Roussel).

La percussion de la pierre

La production du feu par percussion de deux pierres s’incarne dans un geste extrêmement simple : « taper » une pierre contre une autre. Il est donc très facile d’allumer le feu en percutant deux pierres à condition de bien les choisir. Pour Production du feu par percussionsusciter des étincelles efficaces, il est nécessaire d’employer un sulfure naturel de fer dont il existe deux formes : la pyrite et la marcassite. Ces deux minéraux percutés par une roche dure, comme le silex ou le quartzite, produisent de belles étincelles. Pour obtenir une braise, il suffit de les diriger sur une matière sèche et très combustible que l’on désigne par le terme « initiateur ». Dès qu’il reçoit une étincelle, ce matériau s’embrase. Quelques herbes bien sèches et un peu d’air permettent alors de passer de cette petite braise à une véritable flamme.
Ce moyen d’allumer le feu était connu au moins dès le Paléolithique supérieur. On trouve des restes de sulfures de fer portant des traces de percussion dans différents gisements (couche aurignacienne de la grotte de Vogelheard en Allemagne, grotte magdalénienne du Trou du Chaleux en Belgique). Au Néolithique, les restes de sulfures de fer, plus nombreux, sont parfois associés à des pièces de silex présentant des traces de percussion qui ont pu être utilisées pour produire les étincelles.
La production du feu par percussion de la pierre semble encore connue durant l’Antiquité, comme le suggèrent des textes d’Aristote, Pline ou Nonnos de Panopolis ainsi que quelques découvertes archéologiques.
Production du feu par percussion d’un éclat de silex sur un morceau de marcassite. Les étincelles produites embrasent facilement un morceau d’amadou (cliché : B. Roussel).

Le briquet à silex et la percussion de l’acier

Briquet à silex
A partir du deuxième Age du Fer, un nouveau mode de production du feu apparaît en Europe : le briquet à silex. Cet objet, quasiment oublié aujourd’hui, a pourtant été le principal moyen d’allumage du feu durant la plus grande partie de notre histoire. En effet, la percussion d’un morceau d’acier contre le tranchant d’une roche dure, par exemple du silex, génère des étincelles susceptibles d’embraser une matière bien sèche, comme l’amadou.

Par souci d’esthétique mais aussi d’ergonomie (l’objet doit bien tenir en main lors de la percussion), la forme du briquet a beaucoup varié selon les régions et les périodes. Les plus sommaires ressemblent à une lame dont une seule extrémité est repliée. D’autres présentent l’aspect d’un D ou d’un B. Les plus beaux exemplaires s’ornent d’une poignée en bronze ou en argent décorée de motifs finement ouvragés. Dans certains cas, le briquet était associé à d’autres outils (pince à braise, lame de couteau, etc.) sur le principe de nos couteaux suisses.

Rapidement, une étincelle produite par la percussion du briquet d’acier sur l’éclat de silex tombe sur l’amadou et celui-ci s’embrase (cliché : B. Roussel). Dès le XVIe siècle, des systèmes mécaniques sont également mis au point pour automatiser le geste de percussion, comme le briquet à rouet et le briquet-pistolet.

Outre l’éclat de silex, deux éléments sont nécessaires au fonctionnement du briquet : l’amadou et l’allumette.
L’amadou est une matière ouatinée qui se trouve à l’intérieur d’un champignon nommé l’amadouvier. Il s’embrase facilement au contact des étincelles du briquet. Toutefois, pour être utilisable, il doit être conservé à l’abri de l’humidité. Des cornes ou des boîtes à amadou étaient spécialement dédiées à sa conservation. L’amadou ne fournit qu’une braise. Pour obtenir une véritable flamme, on utilisait, au moins depuis l’époque romaine, des « allumettes » ou « chènevottes ». Il s’agissait de petits bâtonnets de bois aux extrémités enduites de soufre qui ne s’enflammaient qu’au contact d’un
morceau d’amadou incandescent. Le mot « allumette » sera repris au XIXe siècle pour désigner les allumettes chimiques que nous utilisons encore aujourd’hui.

Le bambou, l’air et la lumière

Parmi les techniques traditionnelles de production du feu, l’une des plus originales reste la percussion d’un bambou contre une roche dure ou un morceau de céramique. Ce mode d’allumage du feu est pourtant bien attesté dans certaines régions d’Asie du Sud-Est. C’est le célèbre naturaliste Alfred Russel Wallace qui a le premier signalé cet étonnant briquet en 1869. Par la suite, plusieurs ethnographes et voyageurs de la fin du XIXe et du XXe siècle ont observé ce mode d’allumage du feu. L’aire de répartition de cette technique semble circonscrite à certaines zones restreintes du sud-est asiatique. On la rencontre aux Philippines, dans la partie malaise de Bornéo et en plusieurs points de l’Indonésie.

Une autre surprenante méthode d’allumage du feu, le briquet pneumatique ou adiabatique, est fondée sur l’augmentation de température induite par la compression de l’air. Le fonctionnement du briquet pneumatique relève d’une loi physique bien connue de toute personne ayant gonflé une roue de vélo : la compression d’un gaz entraîne son échauffement. A l’image d’une petite pompe à vélo, le briquet est composé d’un cylindre étanche, clos à une extrémité, et d’un piston parfaitement ajusté afin d’éviter que l’air ne s’échappe. Il suffit de placer au bout du piston (ou au fond du tube), une matière s’embrasant facilement, comme l’amadou, et de comprimer brutalement l’air contenu dans le cylindre.

Briquet asiatique pneumatique

Briquet pneumatique asiatique en bois (cliché : B. Roussel).

Le briquet pneumatique semble avoir eu deux foyers d’apparition : l’un en Asie du Sud-Est, l’autre en Europe.
La concentration de la lumière du soleil permet d’obtenir une chaleur très intense au niveau du foyer de convergence des rayons. Cette technique nécessite l’utilisation d’un miroir concave ou d’un objet jouant le rôle de lentille.
Durant l’Antiquité classique, la concentration des rayons lumineux du soleil a servi notamment pour l’allumage des feux rituels. De même, cette technique était connue en Amérique du Sud et en Amérique centrale ainsi qu’en Chine et en Europe. Dans les années 1970 et 1980, des briquets solaires en plastique connurent une certaine mode et différents
modèles furent commercialisés.

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La domestication du feu

L’homme maîtrise le feu : Paru sur le site http://www.hominides.com

Comment faire et maîtriser le feu à la préhistoireLa maîtrise du feu est importante dans l’évolution humaine. C’est l’une des premières preuves de notre humanité. En effet, l’homme est le seul animal qui a non seulement domestiqué le feu, mais qui a aussi été capable de le reproduire à volonté. 
« Aux environs de 400 000 ans, avec l’apparition des premiers foyers aménagés, se développe vraisemblablement autour du feu une vie sociale plus organisée. Le feu a été un formidable moteur d’hominisation. Il éclaire et prolonge le jour aux dépens de la nuit ; il a permis à l’homme de pénétrer dans les cavernes. Il réchauffe et allonge l’été aux dépens de l’hiver ; il a permis à l’homme d’envahir les zones tempérées froides de la planète. Il permet de cuire la nourriture et, en conséquence, de faire reculer les parasitoses. Il améliore la fabrication des outils en permettant de durcir au feu la pointe des épieux. Mais c’est surtout un facteur de convivialité ». Henry de Lumley 2004. 

Premières traces de foyer

Zhoukoudian : un foyer chinois de 400 000 ans 
Les découvreurs du site de ZhoukoudianLes premières traces de feu entretenues sont datées de 
- 400 000 ans à Zhoukoudian en Chine. On y a retrouvé de nombreuses pièces en os et des pointes de bois de cerfs, toutes durcies au feu. Ces différents vestiges prouvent que les Sinanthopes ont maîtrisé et entretenu des foyers sur le site. 
Cela représente une hauteur totale de 6 mètres de cendres, en 4 couches superposées, qui contenaient des charbons, des pierres brûlées et même quelques ossements humains.

D’autres feux entretenus 

D’autres sites présentant des traces de foyers ont également été repertoriés, principalement en Europe : Vertesszöllös (Hongrie), Terra Amata (Nice – France), Lunel Viel (France), Achenheim (Bas Rhin) et à Menez-Dregan (Bretagne- France).
D’une manière générale on estime que l’utilisation du feu s’est généralisée en Europe il y a environ – 400 000 ans. 
Le site de Prezletice (République Tchèque) présente également des traces de foyers estimées à – 650 000 ans… mais sans preuve que ce feu est été intentionnellement allumé. 

Et l’Afrique ? 
Quelques sites sur le continent africain présentent également des traces de combustions anciennes (1.5 Ma) mais certainement dues à des incendies naturels : Chesowanja et Gadeb (Ethiopie), Bodo (Kenya). 


Pourquoi faire du feu ? 
Retrouver d’anciennes traces de foyers ne donne pas forcément leurs fonctions !
Les restes calcinés comme les ossements, les morceaux de bois ou encore les pierres n’indiquent pas la finalité du foyer. Les anthracologues peuvent identifier les restes de combustion, les essences de bois, mais il ne peuvent, dans la majorité des cas, qu’imaginer le but poursuivi par nos ancêtres.

La production de chaleurL'homme maîtrise le feu
Neige, pluies et longues périodes de froid, nos ancêtres ont rapidement du préférer la proximité d’un foyer aux rigueurs du climat. Positionné à l’entrée d’une grotte, le feu permettait de chauffer rapidement l’espace. Les hommes pouvait donc se regrouper et profiter d’un environnement plus hospitalier. 

Protection
Comme indiqué en début d’article, l’homme est le seul animal a avoir domestiqué le feu, et surtout la peur qu’il exerce! Un feu entretenu, ou une simple torche enflammée suffisent à effrayer ou éloigner les animaux sauvages. Cette défense passive a du donner un net avantage aux tribus qui maîtrisaient son utilisation. 

Cuisson des aliments
Hasard, accident, on ignore comment nos ancêtres ont pu découvrir la cuisson des aliments… Ce que l’on peut imaginer c’est les avantages immédiats qu’ils ont pu en tirer : mastication plus aisée, digestion facilitée, goût plus agréable. Les nombreux restes d’os d’animaux retrouvés dans les foyers démontrent que la pratique s’est rapidement développée.

Comment faire du feu ? 
Contrairement à une idée reçue, nos ancêtres ne frottaient pas 2 silex pour allumer un feu… cela ne sert à rien ! Tout simplement parce que percuter 2 silexs ensemble ne produit que des étincelles qui ne s’éjectent pas… et donc sans aucune chance d’allumer une quelconque brindille !
Seuls deux moyens « simples » ont été recencés pour allumer un feu…

La Percussion
Faire du feu par percussionTrois éléments sont nécessaires pour allumer un feu par percussion : du silex, un minerai de fer (de la pyrite ou de la marcassite ) et un initiateur (un végétal ou un champignon). La percussion du silex sur le minerai de fer (comme avec un briquet) éjecte des étincelles sur l’initiateur et durent pendant 2 secondes. C’est un temps suffisant pour provoquer des braises qui seront entrenues avec des herbes sèches.
Le plus vieux briquet ?
C’est dans la grotte de Chaleux (Belgique) qu’un nodule de pyrite a été découvert… 
Il est daté de 13 000 ans BP.
Outre ce briquet le site a délivré une grande dalle de psammite représentant des aurochs.
     
Le silex
La marcassite
Brindilles enflammées
Le silex : véritable briquet de la préhistoire…
La marcassite, pour génerer des étincelles…
Des brindilles pour entretenir les braises

La Friction 
Faire du feu par frictionCette méthode ne nécessite que deux morceaux de bois. Le frottement de l’un sur l’autre génère un tas de sciure échauffé. Ce « nid » de chaleur va générer quelques braises… qui permettront d’allumer des brindilles sèches…
Le principal problème consiste à bien choisir les essences de bois en fonction du but recherché. 
Cette méthode a laissé peu de traces anciennes (le bois ne se conserve que dans certaines conditions).

Nos ancêtres qui avaient la maîtrise du feu 
Scientifiquement prouvé, la maîtrise du feu est relativement récente (-400 000 ans). D’autres découvertes pourront peut-être, dans le futur, faire reculer cette date. Ceci explique que seul un petit nombre de nos ancêtres soit reconnu comme ayant domestiqué le feu.

Homo erectus
Homo erectus
Tautavel
Homo floresiensis
Homo sapiens
Homo sapiens
Cro-magnon
Homo
neanderthalensis
Homo erectus
Homme de Tautavel
Homo floresiensis
Homo sapiens
Homme de Cro-Magnon
Homo neanderthalensis

Les traces de foyers laissées par nos ancêtres 
Les archéologues explorant les sites doivent déterminer si les traces de carbonisation dans les couches stratigraphiques sont réellement issues d’un foyer ou proviennent d’un simple incendie. 
Pour identifier un foyer fabriqué par l’homme, plusieurs indices sont possibles 
- si une ou plusieurs couches de cendres se sont déposées (indiquant par là même que le foyer a été utilisé et réutilisé), 
- la présence de pierres ou galets délimitant la zone du foyer 
- la présence d’ossements carbonisés démontrant la cuisson de morceaux de viandes…

Foyer de Terra Amata
Foyer de Laugerie-Basse
Foyer de Menez-Dregan
Terra Amata
reconstitution d’un foyer 
Expo « Les premiers habitants de l’Europe« 
Laugerie-Basse
Couche brune de foyer
Menez-Dregan
reconstitution d’un foyer 
Expo « Les premiers habitants de l’Europe« 

Pour aller plus loin : La longue histoire de la production du feu 

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