Archive pour 7 janvier, 2014

Le Tao de la puissance chinoise

 

Par Bernard NADOULEK

images (4)La non-pensée, c’est «avoir l’esprit comme un lac», faire le vide, s’oublier, se distancier du volontarisme et de ses illusions pour que l’esprit puisse refléter la réalité sans préjugés ou idées préconçues. Pour le gouvernement chinois, il s’agit de ne pas se laisser aveugler par l’idéologie communiste  ou capitaliste, mais de suivre l’alternance de la baisse et de la hausse du marché mondial avec l’objectivité du miroir, au détriment d’une politique rigide, de ses limites et de ses illusions.  Le non-soi, c’est «avoir le corps comme un rocher» qui suit naturellement la ligne de pente, c’est se fier à l’intuition créatrice, à la  spontanéité, à l’immédiateté des réactions sensorielles. Le non-soi c’est une présence intuitive et globale, liée à l’action, une conscience débarrassée de l’illusion  des fins et concentrée sur les moyens, une présence permettant de faire corps avec les situations. C’est la synthèse de la détermination totale et de la liberté absolue. C’est ainsi qu’opère, consciemment ou non, le gouvernement chinois qui chevauche les évènements avec pragmatisme avec pour seul principe de servir la montée en puissance de son économie et de la Chine tout entière. Car, le non-soi, c’est aussi l’obligation pour l’individu de se conformer à l’exigence communautaire du groupe familial, social, ethnique ou national, souvent même à ses dépens, tant il est vrai qu’en Asie, l’individu existe moins par l’exercice de ses droits que par l’accomplissement de ses devoirs.

Ainsi, c’est en suivant l’alternance du Yin et du Yang que nous allons suivre la politique chinoise et sa philosophie du non-agir, qui lui a permis en moins d’un an de passer si brillamment de la crise au retour de la croissance.

 

L’unité, la dualité et la multiplicité

 

images (3)Le taoïsme est une philosophie de l’unité de l’univers, où l’ordre cosmique se superpose à l’ordre humain dans un jeu continuel d’interactions cycliques. La vision taoïste du changement repose sur le Tao, la «voie», symbole dynamique de l’unité cosmique. 

Comment ce changement s’opère-t-il ? Le Tao se divise en deux forces qui s’opposent et se complètent. Le Yin : le négatif, le féminin, le froid, l’intelligence intuitive, la mort. Le Yang, le positif, le masculin, le chaud, l’intelligence rationnelle, la vie. Ces deux forces s’interpénètrent, elles contiennent chacune le germe de son contraire et elles alternent sans cesse dans la spirale du temps. Par exemple, la Chine est un pays communiste qui met régulièrement en œuvre des réformes capitalistes. En Occident, face à deux doctrines, le capitalisme et le communisme, aussi radicalement opposées, notre logique nous commande d’en choisir une et de nous y tenir. Au contraire, la Chine moderne continue d’appliquer ces deux doctrines en les faisant alterner : il y a un an, au démarrage de la crise, l’Etat chinois a pris des mesures capitalistes de manière très communiste : en « ordonnant », par exemple, à ses banques de prêter aux entreprises et aux particuliers. Un an après, face à la surchauffe de son économie, il prend des mesures communistes de manière très capitaliste : en ordonnant à ses banques de ralentir le crédit pour éviter le phénomène des bulles financières.

Les forces du Yin et du Yang sont présentes dans toutes les manifestations de la vie et forment d’innombrables combinaisons. Les combinaisons de ces forces (rapport du Yin et du Yang, du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin), produisent la diversité des «dix mille êtres», multiplicité des phénomènes vivants pris dans le jeu du changement.

De l’unité naît la dualité ; et les innombrables combinaisons de la dualité dans le temps créent la diversité. Mais cette diversité est aussi le produit d’une illusion, reflet de l’agitation stérile de l’homme qui a perdu le sens de son unité avec l’univers. L’homme doit échapper à cette illusion pour retrouver la sérénité dans l’accord entre la nature humaine et l’ordre cosmique.  Comment ? Grâce à la non-action.

Les créateurs du troisième millénaire et Tao

 

images (1)Car ils vivaient tous dans un monde dont la course folle allait devoir changer. L’avenir annoncé était effrayant : troubles politiques et sociaux ne pouvaient que naître d’injustices économiques devenues trop criantes, et des désastres environnementaux finiraient par résulter de l’exploitation effrénée de la nature.

Depuis quelques années, pourtant, certains sentaient les prémices d’autres valeurs, plus féminines peut-être, si l’on accorde cet adjectif au souci pour l’avenir de la Terre que ces valeurs partageaient. Dans le même temps, d’ailleurs, la maîtrise de la procréation aidant, une révolution des mœurs avait lieu, remettant en question les différences sexuelles établies. De vieux carcans comportementaux tombaient. Des communautés cherchaient à se créer pour influencer le cours de l’histoire et rester libres.

Ils devinaient confusément que les changements à venir mettraient en action les valeurs culturelles liées aux problèmes écologiques et aux symptômes sociaux. Ce dont le monde allait vraiment avoir besoin, c’était d’une transformation culturelle radicale, permettant de mettre fin aux contradictions dans lesquelles, pour la plupart, tous vivaient. On pourrait résumer ces contradictions ainsi : pour garantir son avenir individuel immédiat et celui de ses proches, chacun était conduit à participer, tantôt comme consommateur tantôt comme producteur, à une vaste entreprise de destruction visant la nature autant que les rapports entre les hommes ; entreprise contre laquelle sa conscience s’insurgeait mais qui semblait inscrite dans un inexorable déroulement. Cette schizophrénie et ce sentiment d’impuissance n’allaient pas sans générer de nombreux maux, que le confort, les divertissements ou les tranquillisants ne résolvaient pas tous, loin de là.

L’un aurait aimé, par exemple, que les rapports soient plus conviviaux et moins tendus dans sa vie professionnelle, mais la « réalité » qu’il pressentait (les structures de pouvoir, la compétition économique) l’obligeait à se comporter à l’encontre de ses aspirations. Comment, pour celui qui y croit, respecter les Dix Commandements dans un monde de l’entreprise où mentir, exploiter, trahir et voler sont devenues des lois ? En slalomant péniblement entre morale, peur et intérêt ?

L’autre sacrifiait sa vie familiale à son travail, alors même qu’il croyait agir pour le bien de son foyer. Les enfants ne comptent-ils pas plus que tout ? Mais comment le manifester ?

Un troisième, engagé corps et âme dans le progrès technique, aurait souhaité que la course au profit ne le rende pas si mortifère.

Un autre enfin, croyant tirer son épingle de cette botte de foin, cultivait en public le cynisme mondain convenant à l’époque, le temps d’oublier que, seul, il aurait bien aimé jouer plus et moins se divertir.

Et tous connaissaient parfois, aux moments les plus tendres, cet élan de compassion que provoque l’indécent spectacle de la misère du monde ; ou celui, plus joyeux, que sait procurer l’espoir.

À mesure que les contradictions approchaient de leur point de rupture, les malaises devenaient des maux : crise du couple, des valeurs, des institutions, crise écologique, économique, psychologique, politique et morale. Le nouveau millénaire s’annonçait dans le chaos. Il imposait de choisir entre :

- Fermer les yeux et se plonger dans le confort de la cécité pour tout oublier ;

- Regarder monter frustrations et troubles psychologiques, sans rien dire, en attendant une inexorable explosion ;

- Rester vigilant, poser des questions, chercher des réponses, ensemble, et se retrouver alors propulsé hors du nid douillet de l’habitude, pour entrer dans la tourmente d’un p,assage obligé procurant à tous alternativement le sentiment de l’angoisse, du vide et du doute, mais aussi l’intuition optimiste qu’en réfléchissant un peu, collectivement, ils pourraient s’en sortir pour aller vers un monde meilleur.

Un monde sans tracé ni carte, qu’on ne pouvait approcher par aucune religion ni pensée préconçue. Où l’on ne pouvait entrer qu’en suivant sa propre source intérieure, sa propre autorité – s’obligeant pourtant à coopérer avec les autres hommes…

Certains y furent propulsés sans l’avoir choisi : rencontre bénéfique – comme pour notre voyageur -, mais plus souvent : maladie grave, perte d’un être cher, revers de fortune, guerre. D’autres y entrèrent parce qu’ils cherchaient quelque chose de plus profond que tout ce que qu’ils avaient vécu jusqu’alors, et notamment de plus libérateur que les idéologies, religions, drogues ou sectes. Dans un cas comme dans l’autre, il convenait de laisser le processus se dérouler à son propre rythme, de redécouvrir un don humain fondamental : la confiance dans l’inconnu. Cette confiance qui permet de se perdre pour se refondre, de se donner d’abord pour ne recevoir que la seule joie d’avoir donné. Ne pas fuir, être capable d’affronter de face la perte de ce qu’ils croyaient être leur essence même, voilà ce que collectivement ils allaient devoir faire. Pour que le millénaire réussisse, il leur fallait trouver de nouvelles sagesses et fabriquer eux-mêmes les nouveaux guides qui pourraient les porter, les garder, les transmettre.

L’enjeu était d’importance. Les créateurs du troisième millénaire se devaient d’effectuer un véritable travail sur eux-mêmes, une action spirituelle en profondeur, tout autant qu’ils devaient mener des actions concrètes dans le monde… Seuls en seraient capables ceux qui auraient vécu eux-mêmes des bouleversements, qui auraient réussi à changer leur propre cœur.

Chacun perdu dans la masse, se sentant isolé, ils cherchaient des outils.

Et c’est ainsi que fut retrouvée la Légende.

Ainsi que ressuscita le Jeu des Jeux.

Et que naquit le Jeu du Tao.

Par Patrice van Eersel

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