Archive pour 12 janvier, 2014

Pourquoi tant de Murs ? (esprit Tao)

 

par Alexandre Adler

A la chute du mur de Berlin en 1989, on les a cru révolus. Les murailles, barrières et autres infranchissables édifices de barbelés renaissent pourtant, comme en Israël ou aux Etats-Unis. Censés la protéger, ils fragilisent l’humanité qui semble ne pas pouvoir s’en passer.

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De tout temps, l’Humanité a cherché à limiter, à définir les espaces qu’elle occupe. Dans l’Anatolie ancienne, qui fut de -8000 à -5000 le creuset de la civilisation, les premières barrières matérielles que l’on érige sont liées à la religion naissante et non à la civilisation matérielle. Avant de déboucher sur le conflit des sédentaires agriculteurs et des éleveurs nomades pour le contrôle de l’espace, les villes-temples enceintes de leurs systèmes de défense ont largement suffi, laissant les campagnes ouvertes à la guerre sans doute, mais aussi au commerce de plus en plus florissant. Seules les récoltes sont mises à l’abri et stockées dans la ville qui préexiste en fait à l’agriculture elle-même. Quant aux champs, ils demeurent non clos.

Certaines sociétés se sont mieux protégées que d’autres. L’Egypte ne sera longtemps guère accessible qu’à des raids sans lendemain des nomades berbères de la Libye ou des tribus africaines de Nubie, l’actuel Soudan. A ces menaces, il sera répondu très tôt par des bases avancées qui surveillent le pays hostile, sans pourtant le soumettre. Mais la vallée du Nil est bien défendue par les déserts qui l’environnent. Un seul point de vulnérabilité demeure, dans l’isthme de Suez qui donne immédiatement accès au riche Delta du Nil. Là, pour la première fois, on verra les Egyptiens devenir tout d’un coup prudents et édifier une muraille limitée composée de fortins reliés les uns aux autres. L’idée de la muraille défensive était née et allait, sur ce modèle, connaître de nouveaux développements dans des sociétés aux traits historiques voisins.

Pourquoi cette « muraille de Maginot » pharaonique correspond-elle à l’idée que les Egyptiens se font du monde ? Pénétrée du sentiment de sa supériorité culturelle, elle-même gagée sur un système d’écriture complexe, l’Egypte ancienne introduit une différence radicale entre le monde civilisé – son monde – et les marches barbares que la conquête militaire ne vise jamais à assimiler, mais seulement à réduire et à rendre inoffensives. La muraille, naturelle ou artificielle, visera donc à protéger, voire à séparer l’Egypte des impuretés du monde environnant.

On ne s’étonnera donc pas de rencontrer le même projet de muraille protectrice dans la Chine ancienne, peu de temps après que l’Etat égyptien classique eut définitivement disparu. Les mêmes causes tendent à produire les mêmes effets : après une longue période d’anarchie créatrice, les « royaumes combattants » ont peu à peu été soumis à une autorité unique sise en Chine du Nord, qui instaure un ordre impérial très proche de celui des pharaons. Une langue homogène, le mandarin, se substitue à la multiplicité des dialectes. Plus systématiques que les Egyptiens qui ne connaissaient que des peuples voisins, les Chinois ont rapidement unifié « l’autre » sous le terme de « barbare ». Mais à mesure que le pouvoir impérial ressent la vulnérabilité de ses vastes ressources agricoles indispensables à l’alimentation d’une population déjà pléthorique, la nécessité d’une défensive stratégique s’impose, tout autant qu’aux Egyptiens la fortification de l’isthme de Péluse. C’est ainsi que naît la Grande Muraille de Chine. Certes, on nous objectera à juste titre que l’actuelle Grande Muraille ne sera achevée que sous les Ming au xve siècle, et que sa première version antique n’est en réalité qu’un obstacle tout théorique, visant davantage à contenir un flot d’immigrants potentiels en provenance des steppes nomades qu’à arrêter une invasion militaire en bonne et due forme. Du reste, la protection de cette artère jugulaire de l’économie chinoise ne sera jamais assurée que par des troupes mobiles et quelques fortins isolés. Mais la Muraille synthétise en revanche un sentiment d’identité très fort et la volonté de tracer un trait de séparation artificiel avec des sociétés nomades dont on craint et récuse la logique prédatrice.

Nous avons donc compris la genèse des « grandes murailles » dans l’Antiquité. Sous l’apparence d’une conquête militaire, elles expriment en réalité la profonde inquiétude de sociétés sédentaires et lettrées parvenues à leur acmé, et profondément timorées devant la diversité hostile de certaines organisations voisines. Lorsque Rome à son tour se mettra à édifier un « limes », sorte de grande muraille d’Occident au rabais, ce seul geste signifiera la fin de son ambition conquérante. On comprend dès lors que les entités politiques du Moyen Age, héritières du dynamisme des barbares germaniques qui réduisirent à néant le limes, aient répugné à tout enfermement permanent.

La renaissance du mur aux temps modernes n’est donc que la réapparition de conceptions dont les ambitions ne sont pas essentiellement militaires, mais politiques et culturelles. Prenons, en France, le « pré carré ». Lorsque Vauban en impose la réalisation à un Louis xiv réticent, il s’agit bien pour le ministre réformateur et encore très écouté, de faire prévaloir la conception d’une France saturée de conquêtes et qui n’aspire qu’à défendre son chez-soi, au profit de la paix et de la prospérité de ses habitants. C’est ensuite la petite France vaincue de 1815 qui assure la réfection de ses places frontalières, lesquelles atteindront leur apogée avec ce complément de « la ligne bleue des Vosges » qui s’appuie sur les ouvrages de Verdun et de Belfort au temps du brave général Serré de Rivière dans les années 1880. Après la saignée de 1914, ce barrage de forteresses deviendra, dans la même lignée conceptuelle systématisée, la tristement célèbre ligne Maginot qui installera le primat absolu de la défensive par la création d’une ligne de tranchées. En elle et son faux prestige militaire se combinent la fierté déjà craintive des nationalistes en proie au doute existentiel et le pacifisme invétéré des instituteurs, qui y voient la concrétisation de leur refus de toute nouvelle guerre manœuvrée.

Mais aujourd’hui, les murailles n’ont plus de prétexte militaire qui tienne. La transsubstantiation de la puissance de feu par l’arme nucléaire rendait parfaitement vaine une muraille défensive de guerre froide, même si l’Union soviétique déjà déclinante des premières années 1970 en esquissera une ébauche face à la Chine maoïste ; mais sans lendemain. Les murs aujourd’hui ne procèdent donc plus de la défense des cultures – aux deux sens, agricole et intellectuel, du terme – mais excipent au contraire de menaces barbares, dont il faut limiter l’extension. Première menace barbare, après la mort de Staline et les miracles économiques de l’Occident européen, la contamination capitaliste des sociétés de l’Europe de l’Est réputées purifiées moralement. Peu à peu s’édifie ainsi un mur de barbelés en Hongrie et en Tchécoslovaquie, relayé par des obstacles plus spectaculaires encore entre les deux Allemagnes. Puis, ce sera l’extraordinaire mur de Berlin érigé en 1961, non plus pour encercler l’enclave capitaliste de l’Ouest, mais tout simplement pour enrayer l’hémorragie des populations allemandes de l’Est vers celle-ci. Récemment, de semblables obstacles ont vu le jour aux Etats-Unis et en Israël. Sous leur apparente identité, il s’agit en réalité de deux notions différentes : face au vaste mouvement migratoire mexicain, une certaine Amérique s’efforce d’enrayer par tous les moyens l’immigration illégale, sans pourtant y parvenir. Elle ignore combien le repeuplement de tout le vaste espace situé entre la Californie et la côte est dépend déjà de cette vaste immigration « latino » qui ne s’insère pas plus mal que naguère à Chicago les paysans siciliens et les précaires napolitains.

Tout autre, le cas israélien : ce qui choquait profondément les Arabes et de nombreux Européens depuis 1967, notamment sur les cartes officielles, c’était l’effacement de toute délimitation administrative, depuis la Méditerranée jusqu’au Jourdain, présageant une annexion progressive des territoires palestiniens. En matérialisant tout d’un coup une frontière véritable, point trop différente de « la ligne verte » et toujours irrésolue à Jérusalem, Ariel Sharon venait enfin de reconnaître la nécessité impérative de deux Etats séparés et d’abandonner de facto à leur sort le plus grand nombre d’implantations juives en Cisjordanie et à Gaza. Mais cette révolution conceptuelle, au total positive, d’Israël, ne fut possible que par la généralisation des attentats-suicides qui avaient rendu, pour un temps, cette frontière immatérielle impossible à défendre. Ce « limes » israélien représente donc l’authentique victoire stratégique d’une intifada palestinienne qui a obtenu la délimitation virtuelle de son futur Etat, sans la moindre concession au point de vue israélien. Mais il est vrai que dans la course actuelle à la nucléarisation du Moyen-Orient, ces blocs de parpaing seront bientôt un peu dérisoires par rapport aux enjeux réels qui s’annoncent.

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J’affronte le versant le plus noir de l’humanité

 

par Tirana Hasan

Pour défendre les droits humains, la jeune femme se rend au cœur des zones de conflit. Elle ne joue pas les héroïnes, reconnaît que son engagement a un « coût psychologique énorme ». Pour tenir, elle s’accroche à l’enjeu de sa mission.

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Huit ans que cette jeune femme arpente les zones de conflit les plus noires pour secourir les femmes et les enfants comme pour dénoncer les exactions. Tirana Hassan tient bon dans cet enfer où elle se sent utile. « Ce n’est pas un choix, mais une nécessité », dit-elle.  

A regarder son visage angélique empreint de sérénité, on imagine mal Tirana Hassan assister à l’exécution de l’un de ses confrères dans une embuscade au Darfour ou accomplir les rites funéraires d’une femme tuée par balle sur un check point à Bahreïn. L’horreur fait partie de son quotidien. Elle ne s’en accommodera jamais. Et c’est précisément pour la combattre qu’elle a choisi le terrain. De Maluku en Indonésie, où elle débute avec Save the Children, à la Somalie, sa dernière mission pour Human Rights Watch (HRW), Tirana Hassan côtoie la violence des conflits inter-ethniques ou religieux avec la mission périlleuse d’en dénoncer les crimes et de protéger les victimes. Comment bascule-t-on dans une telle croisade ? La jolie brune de 36 ans n’a rien d’une tête brûlée. Elle admet la peur, avoue ses cauchemars. Elle réfute l’étiquette dont s’auréolent ses pairs, celle du héros que rien n’affecte. « L’engagement humanitaire a un coût psychologique énorme. » Qu’elle est pourtant prête à payer.  

Sa vocation germe dans une enfance ouverte au monde. Née à Singapour de l’union métissée d’un Pakistanais et d’une Malaise, éduquée en Australie, la future diplômée d’Oxford jongle avec toutes les religions de ses ascendants, musulmane, hindoue, chrétienne. Au gré des missions de son père sociologue, elle voyage dans toute l’Asie. Tirana se souvient des conversations familiales, très peu domestiques, plutôt tournées vers l’actualité planétaire. Le frère et la sœur sont élevés dans la conscience des autres. Son projet de carrière ? Assistante sociale. Tandis qu’elle débute dans un centre pour adolescents sans abri, elle décide de se former au droit, pour mieux les défendre. A l’université d’Adélaïde, l’un de ses professeurs la sensibilise à la désespérance de milliers de réfugiés afghans et irakiens parqués dans un camp de détention, au beau milieu du désert, à Woomera. L’étudiante rallie le collectif de l’avocat Jeremy Moore qui a entrepris de les défendre. Elle est profondément choquée par l’hostilité des Australiens. « Un jour que je me rendais au camp, un fermier m’a violemment prise à parti : “Comment pouvez-vous épauler ces terroristes ?” » La novice est frustrée aussi par l’attitude du gouvernement : « A chaque fois que je me présentais à la cour pour plaider leur cause, on m’opposait une nouvelle loi.  » Tirana veut être utile, vraiment utile. L’humanitaire lui offre sa place : « Là où sont les victimes et où je suis sûre de pouvoir les aider. » 

« Réagir avec son cœur »

Dans l’apocalypse où ses missions la conduisent, Tirana ne part jamais seule ni sans être préparée. Briefings d’experts sur la situation du pays, jeux de rôle sur la sécurité où tous les scénarios, y compris l’éventualité d’une attaque, sont étudiés. Mais point de formation psychologique. « On n’apprend pas à tenir la main d’une femme violée, enceinte de son tortionnaire. On réagit avec son cœur  », explique-t-elle en ajoutant pudiquement : « Finalement, ce à quoi j’étais le moins préparée, c’est la force des gens qui souffrent. » Pour elle, le plus dur n’est pas de se retrouver dans le feu de l’action mais de quitter le pays. Plutôt que de culpabiliser, Tirana s’accroche à l’enjeu du retour : témoigner de l’horreur, médiatiser la violation des droits, inciter les plus hautes instances à réagir. « C’est cela qui fait sens et qui me permet de tenir. »D’ailleurs, quand elle rentre chez elle, à Bruxelles depuis un an, en Afrique précédemment, la missionnaire ne s’accorde pas de répit. Elle rédige son rapport. Ce n’est qu’après l’écriture qu’elle se sent apaisée. Ensuite, elle peut renouer avec son quotidien, savourer le bonheur simple de cuisiner pour les gens qu’elle aime ou de promener son chien, « mon pôle de stabilité dans une vie chaotique ».

 

Débriefing et thérapie 

Sur le terrain, la jeune femme endure l’épreuve physique. Les nuits spartiates à dormir sur la terre battue comme les repas frugaux. Tirana Hassan se souvient des quatre jours où elle s’est contentée de barres chocolatées opportunément achetées à l’aéroport de Monrovia au Liberia. Elle a appris à voyager léger et découvert l’hospitalité. « Au beau milieu de la barbarie, il y a toujours quelqu’un pour vous offrir une tasse de thé. » Et puis, elle est une femme et joue habilement de cet atout. Dans les pays où subsiste la ségrégation des genres, comme au Pakistan, en Libye ou en Somalie, elle n’est pas cantonnée à rencontrer le chef du village. On l’invite dans les maisons, les femmes se confient. Au passage des check points, on la prend pour une touriste et on la laisse passer. « Outrageant d’un point de vue féministe mais précieux pour mon investigation ! » , s’amuse-t-elle. Non, la souffrance n’est pas physique. Elle est émotionnelle. Et quand des larmes viennent, elle ne les retient pas. Elles sont le signe de son humanité.

Quand elle a trop vu d’atrocités, Tirana éprouve surtout le besoin de parler, de dire l’indescriptible. La seule façon pour elle d’exorciser ses peurs. Elle n’a pas honte de recourir à la cellule de débriefing de HRW. Elle avoue même avoir suivi une thérapie après une mission particulièrement éprouvante. Son équilibre, elle le puise dans sa famille : « La confiance de mes parents est indis-pensable à mon bien-être. » Son confident de prédilection reste son compagnon, un Français de Médecins sans frontières qu’elle a rencontré au Darfour. « Entre nous, il n’y a pas de tabous. » Lui, comme les amis qui exercent ce métier, comprend le traumatisme lié aux atrocités de la guerre. « Devant les autres, on ne dit rien » , précise-t-elle, comme pour mieux souligner le fossé qui la sépare des gens ordinaires. « Ce que je fais n’est pas normal. J’affronte le versant le plus sombre de l’humanité. » Et pourtant, elle n’a jamais eu envie d’arrêter. 

Issu du site http://www.cles.com

le plus fort, c’est le faible : esprit Tao

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Personne ne sait, en fait, si Lao Zi a vraiment existé. Beaucoup d’historiens pensent que c’est le nom d’un fondateur mythique, non d’un personnage réel. Mais le livre qu’on lui attribue, celui qu’il aurait dicté avant de disparaître, le Tao Te King, existe bel et bien. C’est un des piliers de la culture chinoise, un texte culte de la sagesse universelle. Il se pourrait qu’il ait eu plusieurs auteurs, et qu’il n’y ait pas eu de Lao Zi… Mais ne le dites pas aux Chinois ! Ce sage fondateur est pour eux si présent, sa silhouette est si connue, les scènes de son existence, notamment sa rencontre conflictuelle avec Confucius, sont si célèbres qu’ils ont du mal à admettre qu’il soit légendaire. 

La sagesse, pour Lao Zi ? Suivre le Tao, terme qui signifie à la fois le chemin, la voie, la méthode et le principe des choses. Des bibliothèques entières sont consacrées au taoïsme, mais on pourrait en condenser l’esprit en une phrase : vivre comme le vent. Il faudrait devenir faible et invisible comme le vent, qui est pourtant capable d’éroder les montagnes comme de renverser les arbres. Vivre comme le vent, ce serait aussi agir comme il souffle : sans intention, sans plan, sans but – devenir un mouvement imprévisible et instable, mais incessant, inépuisable, immortel.

Et comme le vent n’a pas de bord, de limite ni de contour, les mots ne peuvent jamais vraiment l’enfermer ni le décrire. 

Le principe le plus puissant n’est pas dans la force qui s’impose. Il réside dans ce qui est le plus faible (souffle du vent, goutte d’eau, nouveau-né), dans ce qui se tient au plus bas. L’action la plus efficace ne consiste pas à concrétiser un projet préétabli en maîtrisant tout ce qui se présente. Au contraire, paradoxalement, c’est en se retirant, en s’abstenant, qu’à terme on agit le plus puissamment. Il faut d’abord accepter de laisser faire la nature, le vent et l’eau, tous les processus à la fois infimes et surpuissants. Tel est le point de départ, celui où « les paroles vraies semblent être des paradoxes ». 

Quelle utilité pour aujourd’hui ?  

Pas question pour nous, concrètement, de tout quitter pour vivre en ermite ou en mendiant. Malgré tout, les préceptes de Lao Zi peuvent nous être utiles au quotidien. Apprendre à laisser les situations mûrir d’elles-mêmes, comprendre que nous ne sommes pas toujours efficaces en étant actifs, discerner très tôt les métamorphoses qui vont s’amplifier et savoir s’insérer dans leur courant, ne jamais oublier que nous sommes une infime partie d’un grand Tout, voilà quelques leçons du Vieux Maître applicables par tous.

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