Archive pour 15 janvier, 2014

L’HOMME MACHINE : réflexion Tao

 

images (13)Technologies, nature, travail… Partis à la rencontre de chercheurs du monde entier, Monique Atlan et Roger Pol-Droit définissent les contours d’un monde en évolution accélérée. Extraits.

Connaissez-vous le Yi King ? Avant d’être un manuel de divination, l’ancestral « Livre des mutations » chinois est surtout une réflexion sur les changements et les lois qui les régissent. Roger-Pol Droit et Monique Atlan, lui philosophe et elle journaliste, mari et femme, auraient pu, admettent-ils, nommer ainsi leur « Humain », si le titre n’avait été déjà pris depuis pas mal de siècles.

En tout cas, la recette y est : celle du voya­ge philosophique, décryptage du présent mâtiné de prospection et de velléités de divination des grandes tendances, des flux majeurs qui nous embarquent vers demain. Mais la réflexion est ici conjuguée avec de vrais déplacements aux quatre coins du monde pour rencontrer la crème des chercheurs et des prospectivistes. Du MIT à Stanford, de l’Ecole normale supérieure à l’Arizona University d’Australie, notre couple s’attelle à cerner « le propre de l’homme » du XXIe siècle dans un monde transformé en vaste chantier. A la manière des grands voyageurs des siècles derniers, ils racontent leur quête, tiennent le journal de leurs rencontres, confrontent les disciplines et les points de vue, s’étonnent, s’émerveillent, réfléchissent. Internet et Twitter, les nouvelles machines, le temps, le sexe, la nature, la guerre, les autres : leur champ d’investigation est large, à la mesure de tous les changements qui font notre siècle. Leur somme aurait pu être magistrale. Elle l’est, certes. Mais elle se lit comme un roman.

L’homme-machine
 

« En parlant aujourd’hui d’homme-machine, certains rêvent d’un humain artificiel, produit par la technologie. Ils ont en tête un cyborg, mixte de cybernétique et d’organisme biologique, ou carrément une machine devenue intelligente, consciente, parlante – quels que soient les moyens par lesquels on l’obtient. Dans les machines, ils voient pour l’humain un horizon supérieur, un monde qui le dépasse et pourrait le faire échapper à la décrépitude et à la mort.

A l’évidence, ce ne sont plus les mêmes machines qu’autrefois. Intelligentes, traitant des informations et non des forces mécaniques, elles sont miniatures, en réseau, évolutives. Mais, comme l’ont montré Hannah Arendt, Günther Anders, ou Jean-Pierre Dupuy à leur suite, ce n’est pas non plus le même humain. Il rêve désormais de devenir “réellement” machine, voit dans cette métamorphose le moyen de ne plus mourir, d’accroître indéfiniment sa puissance. Cet humain s’est constitué en deux temps : d’abord désarroi, ensuite démesure. Le désarroi, il l’a éprouvé en voyant combien il est dépassé par les nouvelles machines. Elles calculent des millions de fois plus vite que lui, stockent sans perte des milliards d’informations, les trient, les synthétisent, les comparent avec une fulgurance et une fiabilité qu’il ne peut plus songer à approcher. Du coup, par comparaison, il se sent imparfait, mal conçu, irrégulier, exposé à tous les aléas du vivant, lui qui est né par hasard.

Devenir “réellement” une machine représenterait alors un état meilleur, plus fiable. Rationnellement conçu, le nouvel humain serait plus régulier, plus performant. Le désarroi fait place à la démesure : les machines deviennent des instruments de notre salut, de notre toute-puissance, de notre immortalité. En se fondant dans ce nouvel univers qui le dépasse, l’humain franchirait enfin les bornes que lui imposait la nature. »

Un penseur-clé en cinq citations

 

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Laurent Gounelle s’est replongé dans l’oeuvre du stoïcien et y a puisé des conseils pour vivre dans le monde d’aujourd’hui, des « concepts applicables par chacun dans sa vie ». Une philosophie du bonheur qu’il décrypte pour CLES en cinq citations.

« Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les évaluations prononcées sur les choses. »

 

Notre réaction aux événements est en grande partie guidée par nos filtres, nos croyances, notre ego. Nous interprétons les faits, les étiquetons, leur donnons un sens subjectif. C’est donc souvent notre évaluation qui est responsable de ce que l’on ressent, plus que la chose évaluée. Nous affirmons qu’il ne fait pas beau, alors que la pluie, en soi, est neutre.  Pour Epictète, notre énergie doit être au service de l’élévation de notre raison : si l’on ne peut contrôler les événements, on peut apprendre à choisir notre réaction. Et si cet apprentissage passait par une phase d’acceptation ? C’est parce que j’accepte les choses que je cesse de les juger compulsivement.

« Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux. »

 

Un des éléments-clés de la philosophie d’Epictète repose sur la nécessaire distinction entre ce qui est de notre ressort (le jugement, l’impulsion, le désir…) et ce qui ne l’est pas (l’avoir, la réputation, le pouvoir…). Quand les événements ne se déroulent pas comme on l’aurait souhaité, accepter ce qui survient, sans résignation ni regret, permet de rester centré, en phase avec l’instant présent, sans s’abîmer dans la colère, l’amertume ou le pénible sentiment d’impuissance. L’ancien proactif que j’étais a découvert un certain plaisir à se laisser aller à accepter ce qui arrive sans chercher à reprendre en main les rênes d’un destin qui, pour une part au moins, nous échappe. Se glisser dans le flot de la vie et accueillir ce qu’elle nous donne…
 

« Combien de temps différeras-tu encore de te juger toi-même digne du meilleur, et de ne transgresser en rien ce que décide la raison ? […] Quel maître attends-tu donc encore pour lui confier le soin d’accomplir ta propre correction ? »

 

Ces questions m’interpelèrent, il y a des années, alors que je parcourais le monde à la rencontre de sages, de mentors et de maîtres spirituels. Elles furent un choc. Ce que je recherchais avidement à l’extérieur, c’était à l’intérieur de moi-même que je pouvais le trouver. La sagesse devait émerger du tréfonds de mon âme. « Fouille au-­dedans », conseillait Marc Aurèle, lui-même profondément influencé par la pensée d’Epictète. L’empereur philosophe affirmait : « Il est absolument évident qu’il n’y a dans la vie nulle situation plus propice à la philosophie que celle où tu te trouves maintenant ! » Une phrase qui me vient souvent à l’esprit quand je dois affronter une situation désagréable…

« Personne d’autre ne te nuira si toi, tu ne le veux pas. On te nuira à partir du moment où tu jugeras que l’on te nuit. »

 

Nous pouvons, en effet, décider de ne pas nous laisser atteindre par un événement extérieur, et choisir délibérément de conserver notre sérénité. Cette attitude ne nous est pas forcément naturelle, mais si nous en faisons l’effort initial, le bénéfice que nous en retirons est tel que nous en adoptons vite l’habitude. Imaginez que vous parveniez à n’être en rien touché par la mauvaise action d’un autre à votre égard, par une injure, une marque de mépris, le jugement d’un collègue ou d’un voisin. Quelle liberté ! Quel bonheur !

  

« Le maître de chacun est celui qui a pouvoir  sur ce que chacun veut ou ne veut pas, pour le lui dispenser ou le lui enlever. 

Donc : celui qui veut résolument être libre, qu’il ne veuille ni ne fuie rien de ce qui est à la portée d’autres que lui ; sinon, de toute nécessité, il sera esclave. » 

 

La substance du bien est dans ce qui est à notre portée. Une seule voie conduit à la liberté : le dédain pour ce qui est hors de notre pouvoir, pour ce qui ne dépend pas de notre raison. Ainsi, celui qui brigue des honneurs, ou même simplement l’estime des autres, perd sa liberté au profit de ceux dont dépend son objectif. C’est pourquoi Epictète affirme par ailleurs : « Tu peux être invincible si tu ne descends jamais dans l’arène d’une lutte où il n’est pas à ta portée de vaincre. » 

Expérience méditative Tao

Freud saluait sa statue chinoise tous les matins

images (12)Pendant trente ans, tous les mercredis, Freud a fait le tour des marchands d’antiquités pour compléter sa collection qui, disait-il, lui procurait un très grand délassement. Il possédait quelque 2 000 objets issus de diverses civilisations méditerranéennes disparues (égyptiens en grande majorité, grecs, étrusques, romains) et quelques vieilleries chinoises à l’authenticité douteuse, dont une figurine trapue « qui avait l’honneur de figurer seule sur la partie droite de son bureau et que Freud devait saluer tous les matins », a raconté sa gouvernante. Selon Robert Neuburger, sa fascination pour les objets anciens provient de son identification à l’archéologue Heinrich Schliemann (le découvreur de Troie), et de sa passion pour les héros de l’Antiquité. Aussi peut-on penser qu’il collectionnait plus les symboles que les objets. Et c’est dans une urne de sa collection que Freud a souhaité que soient déposées ses cendres après sa mort.

Témoignages de collectionneurs

Jean-Paul Favand, directeur du musée des Arts forains : “J’ai même engagé des professionnels du renseignement pour retrouver un manège perdu après la guerre !”

« Ma mère était une collectionneuse inconditionnelle : elle a rassemblé des objets dans plus de cent domaines différents ! Et je la suivais souvent. Plus tard, comme j’étais metteur en scène et comédien, j’ai recherché des objets du spectacle. Je suis devenu antiquaire à 21 ans, en me spécialisant dans les “curiosités”. Lorsque je suis parti de chez mes parents, j’ai laissé tous mes objets chez eux car j’avais l’impression que ce serait une partie de moi qui resterait… Depuis, j’ai surtout collectionné des objets qui me “parlent”. Pour tous les collectionneurs, les objets ont un langage qui fait résonner un point précis de leur personnalité. Par exemple, je possède la plus importante collection d’objets de sorcellerie européens ainsi qu’une belle collection de cannes de cérémonies, pleines de symboles. Des objets magiques ! Chercher un objet est une véritable chasse au trésor. Actuellement, je tente de retrouver l’un des plus beaux manèges du monde, perdu après la guerre, et j’ai même mis des professionnels du renseignement sur le coup… En créant un musée, j’ai cassé la démarche du collectionneur qui, en principe, ne montre pas ses possessions. En outre, cela m’aide à ne pas trop m’attacher aux objets. Tant de collectionneurs ont fini par disjoncter ! Cela dit, continuer d’entretenir cette soif d’accumulation, même si j’essaie d’y échapper, m’empêche de me sentir vraiment libre… »

Fabrice Dulhoste, chef de groupe-gestion : “Lorsque je pars en vacances, j’emporte toujours mes masques rituels africains”
« Tout a commencé en Afrique. J’étais très jeune et mon père était diplomate au Burundi. Un jour, des Africains nous ont proposé des objets d’art. C’étaient de vulgaires reproductions pour touristes… mais ça nous a donné envie de rechercher de véritables objets anciens. Depuis, je n’ai jamais arrêté. Seuls les objets cérémoniels m’intéressent, notamment les statues et les masques rituels. Ils sont très difficiles à trouver, même en Afrique ; la plupart de ceux que je possède ont été rapportés en Europe au début du siècle. Si on me propose un objet, je suis capable de sauter dans ma voiture et de faire mille kilomètres. J’ai même parfois pris l’avion pour, finalement, ne découvrir que des faux… J’ai deux petites statuettes yombé (du Congo) qui m’ont coûté une fortune, et il a fallu que je négocie pendant un an et demi avec les propriétaires avant de pouvoir les acquérir ! Lorsque nous nous sommes mis d’accord, j’ai été envahi par une émotion extraordinaire, et j’éprouve toujours le même plaisir à les regarder aujourd’hui. A la maison, les objets ne restent jamais à la même place et je ne m’en lasse pas car je découvre toujours en eux quelque chose de nouveau. Lorsque je pars en vacances, je les emporte avec moi et les dispose là où je m’installe. Toute la famille s’y est habituée et ne peut m’imaginer sans mes objets. Peut-être mon fils, qui a aujourd’hui 5 ans et reconnaît déjà des objets dans les catalogues, reprendra-t-il le flambeau ? »

Philippe Anginot, directeur du musée de la Sardine à Sète : “Mon sujet de doctorat : la sardine dans l’imaginaire méditerranéen”
« Dans les années 70, j’étais étudiant à Tours lorsque l’on m’a donné une boîte de sardines qui était une véritable relique. Elle devait dater de l’entre-deux-guerres. J’en suis tombé amoureux ! L’étiquette représentait un pêcheur qui s’éloigne sur sa barque et dit au revoir à sa femme. Près d’elle, derrière un rocher, un type fume sa pipe en la regardant d’un air gaillard… Je me suis alors demandé si on pouvait trouver d’autres messages de ce genre sur d’autres étiquettes. Et j’en ai trouvé ! Pendant dix ans, j’ai été un collectionneur acharné. Il m’est arrivé de faire ouvrir une épicerie espagnole à l’heure de la sieste pour acheter une boîte vide exposée dans la vitrine ! Puis j’ai obtenu une bourse pour faire un doctorat d’ethnologie sur “La dimension de la sardine dans l’imaginaire méditerranéen”. J’étais le premier “sardinologue” de France… Enfin, j’ai créé un musée, avec l’aide de la ville de Sète. Peu de gens se rendent compte de l’importance de ce poisson dans notre culture : il a été le symbole du christianisme pendant quatre siècles ! Aujourd’hui, je possède plus de 1 000 pièces, et ce n’est pas fini. »

Claire Gallois, romancière : “Je suis très sélective mais, de toute façon, un ange laid, ça n’existe pas”
« Toute petite, j’étais fascinée par deux anges en marbre qui se trouvaient dans l’entrée de l’appartement de mes parents. Et cela a duré des années. Ils représentaient le pouvoir de s’envoler, la liberté. Or je suis très sensible à l’enfermement. Il y a une dizaine d’années, lors du partage de l’héritage familial consécutif au décès de mes parents, les anges m’ont été dévolus par tirage au sort. J’ai alors décidé de commencer une collection d’anges. Mais pas n’importe lesquels. Je suis très sélective et je ne choisis que des objets en matière noble : pierre, bois, métaux. Jamais de plastique ! J’ai toujours fréquenté assidûment les brocantes, parce que j’aime tout ce qui témoigne du temps passé. Aussi ai-je pu me constituer une collection de très beaux anges. De toute façon, un ange laid, ça n’existe pas… Je n’étais pas obsédée par ma collection, mais j’éprouvais un réel plaisir à chaque fois que je découvrais un nouvel objet. Hélas, les anges sont devenus à la mode. Lorsque j’ai vu qu’il y en avait partout, y compris sur les serviettes en papier, j’en ai eu assez. Aujourd’hui, je ne veux plus de collection. Le parcours normal d’une vie, n’est-ce pas de se défaire des choses ? »

 

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