Archive pour février, 2014

Vibrer comme une fleur

 

Par Philippe Deroide

Vibrer comme une fleur dans Conseils TAO 290px-Flower_poster_2Vibrer comme une fleur, quel rêve ! Peut être est-il en train de devenir réalité avec l’usage croissant des élixirs floraux qui, en modifiant subtilement nos énergies psychiques, nous permettent de changer de polarité et de passer, intérieurement, de l’ombre à la lumière, comme une fleur qui éclot.

Depuis quelques années, le système de santé par les élixirs floraux connaît un essor considérable. Préparés à partir de fleurs, les élixirs floraux sont de subtils extraits liquides, dynamisés, que l’on utilise pour surmonter les tensions mentales, les déséquilibres émotionnels, les troubles comportementaux, qui sont nuisibles à l’épanouissement de la personnalité et que l’on considère comme étant de plus en plus déterminants dans la genèse de la maladie et de la souffrance. Par la façon dont ils sont préparés et utilisés, ils nous invitent à porter un regard nouveau sur la relation que nous entretenons avec la nature et sur notre compréhension de la santé et de la maladie.

De tout temps, l’homme a utilisé les plantes pour se nourrir et se soigner. L’approche scientifique moderne du monde végétaI, qui s’est développée dans notre monde occidental depuis le XVIIIe siècle, s’est construite sur une pensée matérialiste qui nous a conduits à étudier et à percevoir le monde végétal et la nature qui nous environne en tant qu’objet, à travers ses constituants matériels, ses composants internes, aux formulations chimiques parfois d’une grande complexité.

La biochimie végétale a mis en évidence la présence d’un grand nombre de substances curatives dans la plante, telles que les flavonoïdes,les alcaloïdes ou les tanins, pour n’en citer que quelques-unes. Pour soigner, l’approche allopathique isole et utilise les principes actifs de la plante, ou leurs équivalents chimiques, dont l’action puissante est perçue aussi bien, chez la personne malade que chez l’individu en bonne santé. De nombreux médicaments allopathiques ont été obtenus par traitement chimique de substances végétales : l’acide salicylique, dont l’un des composés est l’aspirine, se rencontre dans l’écorce du saule, ou encore la digitaline, aux propriétés tonicardiaques, que l’on retrouve dans la digitale pourpre.
La simple analyse chimique des plantes suffit-elle à expliquer leur action thérapeutique ?

Les plantes sont-elles médicinales uniquement par les principes actifs biochimiques qu’elles renferment ? Se rattachant à une tradition populaire et à un savoir ancestral, la phytothérapie nous ramène à cette correspondance essen tielle qui existe entre l’homme et le végétal.

Par la macération, l’infusion ou la décoction, la phytothérapie ne se contente pas d’isoler un principe actif. En utilisant les racines, les parties feuillées ou les fleurs, elle capte une impulsion thérapeutique plus complète, se manifestant à travers l’utilisation groupée des multiples substances dont la plante est constituée. De récents travaux scientifiques en biologie végétale ont montré que de nouvelles propriétés apparaissent par l’addition de substances qui, lorsqu’elles sont utilisées isolément sont dénuées d’effet. Le tout est plus important que la somme des parties et connaître séparément chacune des parties ne suffit pas à connaître le tout. La phytothérapie agit de manière plus douce, plus proche de l’alimentation. Elle régularise et stimule les fonctions organiques. Bien que son action se manifeste essentiellement au niveau matériel, elle s’inscrit dans une vision plus large de l’homme et de sa santé. Alors qu’en allopathie, le végétal est appréhendé et utilisé au niveau de ses constituants matériels, le système de santé par les élixirs floraux nous fait découvrir l’existence d’une autre dimension thérapeutique présente dans le végétal. De nombreuses traditions anciennes, telles que le chamanisme, par exemple, ont su s’ouvrir à cette autre dimension pour y puiser et utiliser des forces de guérison qui ne se contentent pas de se manifester à travers la matière même de la plante. Le système de santé par les élixirs floraux pénètre la dimension énergétique et vibratoire de la plante, dans laquelle se manifeste l’impulsion thérapeutique du végétal.

L’essence de la fleur 
Les élixirs floraux sont préparés à partir de la fleur, la partie la plus aboutie du végétal, celle qui exprime le plus son individualité propre. Nous connaissons tous la relation qui existe entre les fleurs et les sentiments de l’être humain. Les fleurs rythment les grands moments de notre existence, depuis la naissance jusqu’à la mort. Au-delà de leur beauté naturelle, de l’aboutissement de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs parfums, les fleurs nous apportent quelque chose qui dépasse le simple plaisir esthétique. Les élixirs floraux, à travers la fleur, nous transmettent le message essentiel de la plante, cette impulsion thérapeutique qui relie la plante au coeur de l’homme et qui s’adresse aux sentiments, aux émotions, au psychisme de l’individu.

Champ de force de la plante 
Comme l’être humain, la plante est un organisme vivant dont la nature essentielle ne peut être réduite à ses constituants internes. En l’étudiant dans sa dynamique de croissance nous découvrons qu’elle se structure, qu’elle se matérialise, sous l’influence de différents champs de forces. Nous constatons d’abord la présence d’un champ de forces formatrices qui modèle la matière végétale, qui édifie la plante et détermine sa forme à travers une succession de contractions et d’expansions. Cette action formatrice se manifeste dans la rencontre de ce qui vient du cosmos d’une part et de la terre d’autre part. La plante est terrestre par les substances minérales et organiques qui la constituent. Elle est cosmique par l’action solaire qui transforme les substances mortes telles que le gaz carbonique en substances organiques propices à la vie telles que les hydrates de carbone, et qui organise ces substances selon une forme particulière. Et puis, au moment de la floraison, le végétal se transforme radicalement. Il interrompt pratiquement totalement sa croissance vers le haut et la tige feuillée laisse la place à la fleur dont la forme, la géométrie spatiale et l’apparence n’ont rien en commun avec le reste de la plante. Un nouveau champ de forces entre en action dans le végétal et s’exprime dans la métamorphose que subit la plante lorsqu’elle laisse apparaître la fleur. Ces nouvelles forces, qui ne font qu’effleurer la matière végétale au moment de la floraison, sont identiques à celles qui organisent la conscience et qui sont du domaine du psychisme chez l’être humain.

Dans la tradition ésotérique, on les appelle les forces du corps astral ou les forces psychiques. Ce champ de forces, qui influe sur les forces formatrices en donnant naissance aux espaces intérieurs, agit comme énergie fonctionnelle en faisant apparaître le mouvement et comme énergie psychique en provoquant l’apparition de la conscience. Ce n’est donc pas un hasard si la fleur parle intensément à nos sens, si elle fait vibrer notre âme. Dans son apparence physique, la fleur exprime une sensibilité, une qualité d’âme reflétant l’identité unique de l’espèce végétale. La forme archétypale de la fleur évoque l’âme humaine avec sa réalité intérieure qui s’ouvre sur le monde extérieur. C’est une qualité d’âme qui s’exprime dans la fleur et qui est captée par l’élixir floral, lors de sa préparation.

Une nouvelle approche de la santé 
Dans notre culture, la santé se définit souvent par l’absence de la maladie. A travers son approche symptomatique, la médecine moderne a accompli de grandes prouesses techniques, mais sa vision purement mécaniste de l’être humain, dont la guérison procède d’une manipulation physique et biochimique, ne tient pas compte de nos sensibilités psychique et spirituelle. Les recherches les plus récentes dans le domaine de la génétique confinent ainsi les processus de vie à un code génétique linéaire. La guérison devient une chasse aux agents morbides et quitte le champ de l’activité humaine pour celui du laboratoire. Dans cette vision, nous ne sommes pas responsables de la maladie, maladie qui n’a rien à voir avec l’homme et qui n’est présente que parce que nous n’avons pas encore trouvé les remèdes efficaces.

Une autre orientation de la médecine a émergé au cours de ces dernières décennies. C’est celle qui reconnaît le rôle du mental et des émotions sur le corps et sur notre équilibre de vie. Car plutôt que de définir négativement la santé par l’absence de maladies, nous devons la considérer comme un état dynamique d’équilibre, une acceptation de la vie avec ses imperfections et ses contradictions, une capacité à répondre harmonieusement aux traumatismes de l’existence. La maladie n’est pas nécessairement une fatalité due aux hasards de l’existence. C’est un effet qui a sa cause et cette cause se trouve générée par notre comportement tout entier, par les excès divers que nous infligeons à notre organisme.
Le Dr Bach, qui découvrit les premiers élixirs floraux dans les années trente, comprit que la bonne santé est le résultat d’une harmonie psychique et spirituelle et que la maladie trouve son origine dans notre difficulté à exprimer pleinement notre véritable personnalité. Le système de santé par les élixirs floraux s’inscrit dans cette compréhension de la maladie, perçue comme l’expression de notre difficulté ou de notre incapacité à nous débarrasser de ce qui ne va pas en nous (les émotions refoulées, les traumatismes de l’existence non intégrés, les attitudes comportementales inadaptées, les habitudes de vie routinières qui sont un frein à notre évolution personnelle).

220px-PhalaenopsisOphrysPaphiopedilumMaxillariaLes élixirs floraux ne sont pas des remèdes au sens classique du terme. Ils dépassent cette classification car leur rôle essentiel est de nous aider à franchir le plus harmonieusement possible les étapes de la vie. Au-delà d’être de simples remèdes s’adressant aux conflits internes, aux tensions émotionnelles, aux blocages comportementaux et aux problèmes physiques qui en découlent, ce sont des catalyseurs d’évolution consciente qui nous incitent à développer nos qualités personnelles, à éveiller nos potentialités latentes. Ils intensifient la prise de conscience des perturbations existant dans a vie de l’âme et stimulent le dialogue intérieur – une rencontre avec les tensions et les dysharmonies internes. C’est avec l’apparition de nouveaux élixirs floraux, au cours des années quatre-vingt, que l’on prit conscience de l’influence considérable que ces remèdes peuvent avoir sur l’évolution personnelle d’un individu.

Dans le passé, la plupart des thérapies avaient pour finalité d’ajuster le malade à la situation de la vie donnée et à la réalité sociale. La santé véritable ne peut se manifester que lorsque nous sommes en mesure d’exprimer dans nos vies les qualités de notre moi réel, même si cela entraîne des bouleversements dans notre vie sociale, dans notre travail, dans nos relations avec autrui, dans nos modes de pensée et dans les images que nous avons de nous et des autres. Ce moi est conditionné par la persona, la qualité sociale, extérieure. Lorsque cette personnalité extérieure prend le dessus, lorsque les difficultés et les traumatismes de la vie ne sont pas intégrés correctement, l’équilibre de l’individu est rompu et il perd le contact avec son moi réel. Il existe une étroite relation entre la croissance d’une plante et la manière dont l’homme se saisit de la vie. Les élixirs floraux éveillent en nous les qualités que le monde végétal exprime à la floraison : harmonie, équilibre, beauté et créativité.

J’y crois donc je guéris

 

images (1)Toute thérapie contient une part de placebo : c’est la conclusion des dernières études sur cet effet longtemps cantonné au rôle d’accompagnement antidouleur. Aujourd’hui, une nouvelle vision de la médecine place la relation corps-cerveau au cœur du traitement.

C’est une bombe qui a été lâchée cette année dans « The Lancet », la plus sérieuse des revues médicales internationales : « Nous démontrons que les effets placebo existent dans n’importe quel traitement de la médecine courante, et ce même si aucun placebo n’a été prescrit. Ces effets ont le potentiel de rendre les traitements plus efficaces. » Toute guérison serait-elle placebo ? Certainement, au moins en partie, répond ainsi le chercheur Damien G. Finniss, du Pain Management Research Institute de l’Université de Sydney. Le Dr Finniss va plus loin dans son étude en soutenant, non seulement que les effets placebo constituent de véritables « événements psychobiologiques », mais surtout qu’il n’existe pas un mais plusieurs effets placebo, différents selon le patient et le contexte thérapeutique. Parmi eux, la confiance que le patient accorde à son médecin dont il démontre qu’elle a, par elle-même, un effet sur le processus de guérison.

L’esprit est donc un médicament, mais n’est-ce pas ce qu’avait déjà constaté le journaliste américain Norman Cousins qui, dans les années 1970, s’étant soigné par le rire d’une maladie chronique dégénérative, avançait que « la conviction devient biologie » ? En somme, ce « mensonge qui guérit », selon le bon mot d’Anne Harrington, spécialiste de l’histoire de la science à Harvard, n’a rien d’une intox. Ni d’un remède miracle. Prudent, Damien Finniss conclut son étude sur la nécessité de poursuivre les recherches, avec l’espoir avoué de changer la vision de l’effet placebo et d’en décupler les effets, « en maximisant les facteurs qui induisent l’effet placebo dans les thérapies classiques. Ce serait une alternative prometteuse au fait de donner des placebos dans le seul but de susciter l’effet placebo. »

 

Avec le placebo, tout joue : l’espoir du patient, la personnalité du prescripteur, son optimisme, l’effet d’annonce… De fait, cela fait longtemps que le corps médical reconnaît les vertus des placebos, tant subjectives que neurologiques, notamment dans les cas de stress, d’anxiété, de dépression et même dans le traitement de la maladie de Parkinson. Aux Etats-Unis, 45 % des médecins hospitaliers en prescrivent à leurs patients, selon l’étude de Rachel Sherman, étudiante en médecine à l’université de Chicago, publiée dans le « Journal of General Internal Medicine » en janvier 2008. En France, en 2001, Jean-Jacques Aulas, psychiatre au CHU de Saint-Etienne, demandait une autorisation de mise sur le marché d’un élixir psychoactif de sa composition, le Lobepac Fort (anagramme de placebo). Il n’en vendra que cinq cents flacons, mais le docteur a réussi son coup : donner un coup de projecteur sur les placebos.

En somme, l’ordonnance soigne tout autant que le médicament. L’espoir en guise de comprimé, comment cela peut-il guérir ? Le placebo est une substance sans activité pharmacologique, utilisée soit comme témoin lors d’essais thérapeutiques, soit comme traitement, et qui influe sur le psychosomatisme créant, ou non, les conditions de la guérison. Le processus ? L’espoir génère spontanément la production d’endomorphine – ou opoïdes endogènes, c’est-à-dire calmantes – internes à l’organisme. Loin du cliché des boules de sucre utilisées en homéopathie, le placebo n’est pas forcément un médicament, il peut s’agir d’une intervention chirurgicale inadaptée ou mal conduite, mais qui produira des effets positifs. En résumé, l’autosuggestion appliquée à la médecine. L’essentiel serait d’y croire. Ou d’avoir la foi. En octobre 2009, la revue scientifique « New England Journal of Medicine » posait cette question : les médecins devraient-ils prescrire des activités religieuses ? La revue se basait sur nombre d’études démontrant l’effet positif de la prière sur la santé. N’en déplaise aux croyants, il ne s’agit pas d’une opération du Saint-Esprit, mais de l’esprit tout court…

 

L’hypnose, elle, se base sur les vertus curatives du cerveau. Mais pour la « mère des thérapies de l’âme », l’effet placebo n’est qu’un ressort parmi tant d’autres, comme le souligne le pyschothérapeute Victor Simon : « Le premier placebo, c’est la consultation. Dès qu’un patient prend rendez-vous avec un docteur, il met déjà en route un processus de mieux-être car il sait qu’on va s’occuper de lui. Le deuxième placebo réside dans la capacité du patient à se sentir compris par son médecin. »

Vieille comme le monde, l’hypnose a longtemps été moquée, voire taxée de manipulation mentale. Les Occidentaux observaient, circonspects, les transes de guérison des Gnawas du Maroc ou des Amérindiens et toisaient les peuples qui, face à la maladie, s’en remettaient aux mains du chaman, le prêtre-guérisseur. Pourtant, à l’image de l’hypnose qui utilise la parole, ces danses placent le sujet dans un état de transe permettant d’ouvrir les portes de son inconscient. Introduite en France au xviiie siècle par le médecin allemand Franz Anton Mesmer, l’hypnose va véritablement exploser deux siècles plus tard sous l’impulsion du psychiatre américain Milton Erickson. « Une approche révolutionnaire », s’enthousiasme Victor Simon, ancien gastro-entérologue qui s’est tourné vers la médecine psychosomatique : « L’hypnose ericksonienne, contrairement à celle de Freud et de Charcot, ne fait pas de suggestion de guérison, mais guide le patient pour qu’il trouve lui-même, dans son inconscient, ses propres ressources de défense. Bref, dans le long rallye de la guérison, le patient est son propre pilote, le thérapeute son copilote. »

Suivons le road-book. « Nous avons des capteurs dans notre organisme, comme la peau et les cinq sens, qui nous permettent de capter les informations extérieures, dont 95 % sont directement traitées dans l’inconscient. Ces capteurs vont les envoyer vers une zone du cerveau, l’hypothalamus, une sorte de décodeur Canal + qui met en route les sécrétions nécessaires pour protéger le corps, comme l’adrénaline ou le cortisol, les hormones typiques du stress. Si, par contre, l’hypothalamus reçoit des informations agréables, il va alors sécréter de la sérotonine – qui régule notamment la douleur et l’anxiété – et des morphines cérébrales. L’hypnose opère une sorte de filtre au sein de l’hypothalamus pour traiter l’information et annuler sa nocivité. En somme, nous avons une usine psychobiologique de guérison dans notre cerveau.» Nombre d’études ont prouvé les propriétés analgésiques et antidouleurs de l’hypnose, mais aussi ses capacités à traiter le stress, les phobies, les TOC, les troubles sexuels, les addictions… Pourtant, la médecine occidentale se méfie encore de « l’énigme hypnose », comme la qualifiait Freud. La méditation peine également à trouver sa place dans les cabinets médicaux occidentaux. Or, dans la tradition tibétaine, avant d’aller voir un médecin, le malade consulte un lama qui lui prescrit une méditation : lorsqu’on médite, l’esprit s’apaise et entraîne une relaxation physique, les flux d’énergie sont libérés, rétablissant ainsi l’harmonie entre le corps et l’esprit. Depuis une vingtaine d’années, la méditation fait des percées dans les hôpitaux nord-américains, sous l’appellation MBSR, « mindfulness based stress reduction », réduction du stress basée sur la pleine conscience. Condensé de yoga et de techniques zen, la MBSR, créée par le scientifique Jon Kabat-Zinn, utilise la pleine conscience comme outil de mieux être. L’idée ? Débrancher le pilote automatique qui guide notre vie pour prendre pleinement conscience de son être.

 

Notre corps disposerait d’une pharmacopée d’appoint pour se soigner. Selon le spécialiste des sciences neurocognitives David Servan-Schreiber, le cerveau représente une alternative à la chimie psychotrope et au divan des psy. Il distingue deux cas : lorsque l’esprit accompagne le traitement et lorsque l’esprit est l’objet même du geste médical. Cela fait des années que le premier est entré dans les mœurs, le second, lui, fait toujours débat. Les tenants de l’autoguérison ont été traités de charlatans, de gourous tendance new age, d’Hippocrate à la mode écolo. Le placebo ? De la poudre de perlimpinpin pour gogos, se moquent-ils. Au pays de la surenchère médicamenteuse – la France détient le record mondial de la consommation de médicaments psychotropes –, le livre « Guérir le stress, l’anxiété, la dépression sans médicaments » de David Servan-Schreiber a évidemment fait date.

Ces nouvelles pratiques se regroupent sous les génériques de « médecine intégrée », « intégrative », « thérapies psychocorporelles » : « mind-body medicine » disent les Anglo-Saxons, beaucoup plus portés sur ces méthodes nées de la contre-culture américaine des années 1960, qui empruntent aux pratiques traditionnelles comme la méditation, l’acupuncture, le yoga… Les sceptiques ont tôt fait de railler un grand bazar doctrinal. Une autre cour des miracles…

David Servan-Schreiber a développé, lui, une médecine des émotions, exploitant les mécanismes d’autoguérison présents dans le cerveau humain. Sans psychanalyse ni Prozac, les médicaments étant prescrits en dernier recours, non par réflexe. Comme il l’écrit dans « Guérir », « tout commence avec les émotions », véritables thermomètres de nos sentiments. Malheureusement, elles ont longtemps été écartées des champs d’étude de la médecine, alors que le cerveau, lui, a été décortiqué sous tous ses neurones, de manière rationnelle, clinique. Descartes le tout-puissant et son cogito – le fameux « je pense donc je suis » tiré de son « Discours de la méthode » – régnaient sur le corpus médical : selon lui, le corps et l’esprit sont indépendants. Deux mondes que les pères de la médecine ont brutalement séparés. Et si, comme l’avançait Spinoza dans sa théorie du monisme, ils n’étaient en réalité que deux aspects de la même substance et que « l’esprit est l’idée du corps » (livre III de « L’Ethique ») ? Je pense avec mon corps, donc je suis.

 

Mieux, j’observe mes émotions. L’approche thérapeutique de David Servan-Schreiber a été testée et a donné lieu à de nombreuses évaluations et publications scientifiques. Le médecin s’est plongé dans l’observation du « cerveau émotionnel », ce « cerveau dans le cerveau » – différent du néocortex, siège du langage et de la pensée – qui contrôle le bien-être psychologique et certaines fonctions physiologiques du corps, comme la tension artérielle, les hormones, les systèmes digestif et immunitaire. S’adresser à lui, c’est parler directement à son corps et lui donner carte blanche pour retrouver son équilibre. Il nous soigne chaque jour, sans que l’on en ait conscience : une coupure sur le doigt ne s’arrête-t-elle pas de saigner au bout d’un moment, avant que la plaie ne se referme d’elle-même ? Court-circuiter le langage pour s’en remettre au corps…

Deux ans après un grave accident de voiture, dont il sort miraculeusement indemne avec son amie, Norbert tombe en dépression. « Je sursautais au moindre crissement de pneu, j’étais angoissé à l’idée de prendre les transports en commun. Je ne me souvenais de rien, sauf du cri de mon amie au moment de l’accident. » Psychothérapie, tranquillisants, cours de yoga, rien n’y fait, Norbert sombre chaque jour un peu plus. C’est alors qu’il lit un article sur l’EMDR (« eye movement desensitization and reprocessing », désensibilisation et reprogrammation par des mouvements oculaires), une nouvelle technique selon laquelle chaque événement douloureux laisse une marque dans le cerveau. Pratiquer des mouvements oculaires débloquerait les traumatismes vécus et réactiverait le système naturel de guérison du cerveau. « En seulement trois séances, raconte Norbert, j’ai repris goût à la vie. Elles m’ont permis de revoir les images de l’accident, le choc, et d’entendre à nouveau le cri de mon amie. Mais désormais, il me paraissait plus lointain et ressemblait à un cri d’oiseau… »

Ces pratiques constituent-elles de véritables gestes médicaux ou ne servent-elles qu’à créer un climat propice à la guérison ? « Cela dépend des cas. Dans l’exemple du cancer, vous ne pourrez pas éviter la chimio ou la radiothérapie. Mais dans les cas de dépression, de stress et d’anxiété, il s’agit d’un vrai geste médical, parfois meilleur qu’un traitement médicamenteux. Je prends l’exemple des maladies cardiaques : chez un patient qui a déjà eu un infarctus, on a prouvé que la combinaison activité physique, nutrition, gestion du stress et discussion de groupe était la seule approche médicale qui rallongeait l’existene, alors que les pontages pratiqués par la médecine traditionnelle ne permettaient que de soulager les symptômes, non de prolonger l’espérance de vie ! »

Certes, l’esprit ne remplacera pas la biologie – la découverte des antibiotiques et des antidépresseurs au xxe siècle a révolutionné la médecine, ils constituent certes les seuls traitements efficaces à de nombreuses maladies –, mais les lignes ont bougé : subversive, cette nouvelle vision thérapeutique a modifié la compréhension et le traitement de la maladie. Elle séduit les chercheurs, les laboratoires se sont spécialisés et les millions alloués à la recherche affluent. Tous attirés par les promesses de ce nouveau monde du soin.

 

La compassion des autres me fait pleurer

 

images (29)La question :

J’ai 55 ans et à chaque fois qu’une personne me montre de l’empathie ou de la compassion, je ne peux retenir mes larmes. Cela m’est très pénible car j’ai l’impression d’être considérée comme une pauvre femme qui n’a pas réussi sa vie. Nuccia, 55 ans

La réponse de Christophe Fauré

Psychiatre et psychothérapeute

Un regard attentionné sur vous… et les larmes vous viennent, avec l’impression qu’il y a un jugement négatif à votre égard. Et pourtant, je suis presque certain que l’intention de la personne en face de vous ne va pas dans ce sens.

Dans une telle situation, ce n’est pas le regard d’autrui qui porte une condamnation ou un jugement sur vous, c’est bien le regard que vous portez sur vous même dont il s’agit vraiment. A chaque fois que l’on dit « J’ai l’impression que… », on est – d’abord, et avant toute chose – en train d’énoncer quelque chose qu’on croit de soi, à son sujet. Quand vous dites : « j’ai l’impression qu’on me considère comme une pauvre femme qui n’a pas réussi sa vie », c’est d’abord parce que, vous même, vous vous dites cela : « Je n’ai pas réussi ma vie ». Vous en avez la conviction et vous « projetez » sur autrui ce propre jugement négatif sur vous même – ce mécanisme de pensée s’appelle d’ailleurs la « projection » : en quelque sorte, on prête à autrui des pensées qui, en fait, sont les nôtres, mais, comme on les projette, on a l’impression que ce sont eux qui les pensent et qu’elles viennent de l’extérieur, alors que c’est faux. C’est comme si le regard d’autrui venait confirmer ce que vous pensez de vous.

En réalité, vous ne devenez pas « fragile nerveusement », mais vous avez plutôt déjà la certitude de l’être, que quelqu’un jette ou non un regard compatissant sur vous.

La conclusion de cela est qu’il y a, en vous, cette conviction d’être « une pauvre femme qui n’a pas réussi sa vie ». C’est de là dont il faut partir. Il vous faut rencontrer en vous ce jugement négatif sur vous-même qui mine votre estime de soi. Vous « adhérez » à cette vision négative de vous, sans pouvoir la remettre en question dans sa pertinence. Pour y parvenir, il faut, je crois, vous faire aider par un professionnel psy qui pourra vous permettre d’identifier et de réévaluer cette conviction, afin de prendre progressivement de la distance par rapport à elle. Il vous aidera aussi à trouver les raisons pour lesquelles vous en êtes arrivé à penser cela de vous. Cela vous permettra aussi de ne plus croire qu’autrui vous dévalorise, alors que votre dévalorisation vient de l’intérieur, pas de l’extérieur.

A 55 ans, il n’est jamais trop tard pour commencer un tel travail de psychothérapie.

LE BOUVIER ET LA TISSERANDE

 

 

51K1b0cb0rL._AA300_PIkin4,BottomRight,0,7_AA300_SH20_OU08_L’Empereur Céleste avait sept filles intelligentes et habiles. La plus jeune était la plus gentille et la plus travailleuse. Experte en tissage, on l’appelait la Tisserande. Un jour, pour se reposer de leur travail, elle et ses soeurs descendirent sur terre pour se baigner dans une rivière limpide. Près de la rivière vivait un jeune orphelin qui faisait paître les boeufs dans la vallée et vivait avec son frère aîné et sa belle soeur. Tout le monde l’appelait le bouvier. Il avait alors plus de 20 ans, n’avait pas encore pris femme et travaillait tous les jours du matin au soir. Sa solitude et sa peine lui avaient attiré la sympathie d’un vieux buffle qui vivait jour et nuit avec lui. Ce vieux buffle pouvait comprendre ses paroles et le bouvier les siennes. Au cours des ans, ils étaient devenus de fidèles compagnons partageant ensemble joies et peines.

 

Ce jour-là, après avoir labouré un lopin de terre, le bouvier mena le buffle au bord de la rivière pour l’abreuver. C’est alors qu’il vit les sept soeurs se baigner dans la rivière et s’ébattre joyeusement dans l’eau. Toutes étaient très belles, surtout la plus jeune. Comprenant l’émoi du jeune homme, le Buffle lui dit à l’oreille : – Va prendre les habits qui se trouvent près du saule, et celle que tu aimes deviendra ta femme. Le bouvier fit deux pas en avant, puis hésita, intimidé. – Dépêche-toi ! Vous ferez un très beau couple ! Le bouvier s’élança finalement, prit les vêtements de la jeune fille près du saule et fit demi-tour. Surprises par l’apparition de cet inconnu, les jeunes filles se rhabillèrent en hâte et s’envolèrent dans le ciel. Seule resta dans l’eau la jeune Tisserande. Le bouvier lui ayant pris ses habits, elle ne pouvait pas sortir et attendait avec impatience, les joues écarlates. – Bouvier, rends-moi mes habits ! Supplia la Tisserande.

 

- D’accord, si tu acceptes de devenir ma femme ! Répondit le jeune homme en la regardant amoureusement. Malgré l’agacement qu’elle éprouvait face à ce jeune homme insolent, l’air sincère et honnête et le regard sentimental du bouvier lui allèrent droit au coeur. Elle hocha la tête sans mot dire. Dès lors, le bouvier et la Tisserande devinrent un couple inséparable. L’homme labourait et la femme tissait. Le temps passa. Quelques années après, le bouvier et la Tisserande avaient un garçon et une fille. Mais la nouvelle de la vie terrestre de sa fille parvint aux oreilles de l’Empereur Céleste. Furieux qu’on eût ainsi violé la loi céleste, il envoya aussitôt un génie chercher la Tisserande pour la ramener au Ciel.

 

Contrainte de se séparer de son mari et de ses enfants, la Tisserande pleura de douleur. Tandis que la Tisserande était escortées jusqu’au Palais céleste, le bouvier ne se consolait pas de la perte de sa femme aimée et les enfants pleuraient après leur mère. Portant ses enfants dans deux paniers au bout d’une palanche, il partit à sa recherche. Il allait la rejoindre quand la femme de l’Empereur Céleste apparut et s’ingéra dans l’affaire. Elle agita la main, et une rivière large et profonde aux eaux tumultueuses brisa l’avance du bouvier. Ainsi, des deux côtés de la Voie Lactée, le bouvier et la Tisserande se regardèrent de loin, sans pouvoir se réunir. Très affligé, le bouvier ne voulut pas quitter le bord de la rivière. De l’autre côté, la Tisserande regardait les vagues impétueuses les larmes aux yeux, refusant de tisser les brocarts célestes. Devant leur résistance, l’Empereur Céleste dut faire des concessions et leur permit de se retrouver une fois par an.

 

Depuis, chaque année, le septième jour du septième mois du calendrier lunaire, les pies célestes forment une passerelle provisoire sur laquelle le bouvier et ses enfants rencontrent la Tisserande. La tristesse de leur séparation émut tout le monde et attira la sympathie de chacun. Dans l’Antiquité, chaque année, le soir du septième jour du septième mois du calendrier lunaire, beaucoup de gens restaient à veiller dehors, contemplant longuement le ciel et les deux constellations de chaque côté de la Voie Lactée, le Bouvier et la Tisserande. Saisis de pitié, ils attendaient leur rencontre. A côté du bouvier scintillent deux petites étoiles ; on dit que ce sont ses enfants qui viennent voir leur mère.

 

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NUWA CREE L’HUMANITE et REPARE LE CIEL

 

 

téléchargement (2)Selon une légende, rapportée dans le Fengsu tongyi (Exégèse générale des mœurs et coutumes) de Ying Shao, auteur des Han de l’Est (25-220 apr. J.-C), la vie commença à prospérer après la création du ciel et de la terre. Les fleurs et la verdure couvraient les montagnes et les plaines, les fauves, les oiseaux et les insectes foisonnaient sur la terre ferme, et les poissons dans les eaux des rivières. Errant à l’aventure dans la nature sauvage, Nüwa se sentit profondément esseulée. Une fois, elle s’amusa à pétrir une pâte avec de la terre jaune et à modeler des figurines sur son propre modèle. A sa grande surprise, celles-ci se mirent subitement à se mouvoir puis à pousser des cris. C’étaient les premiers ancêtres de l’humanité.

Nüwa poursuivit son jeu et se trouva bientôt entourée par une foule des deux sexes qui dansa et l’acclama joyeusement. Elle éprouva un bonheur indicible.

De toute évidence, Nüwa n’est qu’un personnage légendaire. Dans ses Tianwen (Questions au ciel), Qu Yuan (env. 340-env. 278 av. J.-C.), grand poète de l’époque des Royaumes combattants, demanda: «On dit que Nüwa a créé les hommes, mais d’où vient-elle ?» Une explication plus détaillée apparut dans le Shuowen, premier dictionnaire chinois dû au texicologue Xu Shen (env. 58-env. 147). Il y est dit: «Nüwa était une déesse qui présidait à la multiplication de tous les êtres.»

Selon le Huainanzi du bibliographe Liu An (env. 179- 122 av. J.-C.) et des peintures de la dynastie des Han, Nüwa serait la sœur ou l’épouse de Fuxi, Dieu de l’Elevage. Ils étaient représentés avec une tête humaine et un corps de serpent. Par exemple, dans les fresques sur les murs de pierre du temple de Wu Liang (à Jiaxiang, province du Shandong), Nüwa et Fuxi entrelacent leurs queues de serpent et enserrent un petit enfant. La légende présente toujours Nüwa sous les traits d’une déesse bienfaisante qui apprit aux hommes le mariage et inventa à leur intention le shenghuang, sorte d’instrument de musique à vent. Mais le plus intéressant des contes à son sujet a pour thème son exploit de la réparation du ciel.

Dans le Huainanzi et le Shi Ji (Mémoires historiques) de Sima Qian (135 ou 145 av. J.-C-?) on peut lire que l’humanité créée par Nüwa ne cessait de proliférer et de peupler tous les coins de la terre. Une fois, Gonggong, le Dieu des Eaux, et Zhurong, le Dieu du Feu, guerroyèrent entre eux, bouleversant ciel et terre. Vaincu et fou de rage, le Dieu des Eaux se cogna la tête contre le mont Buzhou qui soutenait le ciel. La colonne de pierre brisée, un pan de ciel s’effondra et laissa un grand vide. La terre se fissura, les forêts prirent feu, les eaux jaillirent du sous-sol et causèrent de vastes inondations. Fauves, dragons et serpents sortirent de leurs repaires et s’attaquèrent aux hommes. L’humanité fut alors menacée d’extermination par le feu, le déluge et les carnivores.

Faisant siennes les souffrances des êtres de sa création, Nüwa décida de réparer le ciel et de mettre fin aux calamités. Elle rassembla des pierres multicolores, les fit fondre au feu et en prépara un mortier pour boucher le grand trou céleste. Puis elle tua une énorme tortue, et coupa ses pattes dont elle fit quatre colonnes massives pour soutenir le coin du ciel nouvellement réparé. Le dragon noir, dévoreur d’hommes, fut capturé et mis à mort, l’arrogance du serpent-dragon rabattue. Nüwa brûla des champs de roseaux et, avec les cendres, endigua les eaux de crue qui déferlaient.

Grâce à ses efforts, le ciel reparut tout bleu, la terre fut aplanie et les eaux canalisées. Les fauves et les serpents se firent rares. La paix revint parmi les hommes. Mais, depuis cette catastrophe, le ciel reste un peu incliné vers le nord-ouest et fait glisser vers l’occident le soleil, la lune et les étoiles, tandis que la terre, descendant en pente douce vers le sud-est, fait couler tous les cours d’eau dans cette direction.

Le Shanhaijing (Livre des Monts et des Mers) datant du Ve au IIe siècle avant notre ère rapporte que, après la mort de la déesse Nüwa, son intestin se transforma en dix divinités qui s’installèrent dans la région la plus riche et la plus fertile de la terre. Selon une autre légende, Nüwa finit par quitter les humains. Sur son char de foudre emporté par un dragon noir, elle s’envola vers le neuvième étage du ciel. Sans se glorifier de ses mérites devant Dieu, elle se retira tranquillement pour mener une vie d’ermite.

Nous fantasmons une société asexuée

 

images (8)Pour cette romancière et essayiste qui prend le féminisme à rebrousse-poil, si la femme est l’égale de l’homme, elle n’en est pas moins différente par nature. Nier la différence des sexes ne fait que l’aggraver.

Vous avez été féministe de choc. Qu’est-ce qui vous fait revenir aux fondamentaux de la relation hommes-femmes, notamment l’attirance ?

 Je n’ai jamais été une féministe de choc, je me suis toujours inscrite en faux contre les franges extrêmes de la théorie du genre. Dans les années 1970, j’ai fait partie du mouvement des femmes en écrivant dans des revues comme «Sorcières». J’admirais Annie Leclerc qui parlait avec intelligence, délice et volupté d’expériences spécifiquement féminines, une idée violemment attaquée par le féminisme officiel d’alors. Du reste, après la publication de « Parole de femme » en 1974, Annie Leclerc a été éjectée de la bande des « Temps modernes » autour de Simone de Beauvoir. Dans mon nouvel essai, je rappelle l’existence de certaines données biologiques. Le point de départ de ma réflexion est le regard masculin sur le corps féminin. Nous sommes, comme les autres animaux, programmés pour nous reproduire.  

C’est ce que l’on appelle la programmation génétique. Pensez-vous qu’elle soit niée ? 

Elle l’est par le dogme moderne des gender studies, les « études de genre » enseignées dès le lycée. Les tenants de cette théorie ont raison d’affirmer la séparation entre sexe et genre : en effet, toutes les sociétés humaines ont furieusement retravaillé la différence des sexes, en l’exagérant et en la symbolisant. De là à dire que le sexe biologique ne prédétermine en rien le genre auquel l’individu appartient est un non-sens, tant sur le plan de la biologie que sur celui de l’anthropologie. La réalité humaine est mixte ! Autant c’est un acquis de pouvoir affirmer que tout n’est pas nature, autant c’est un déni d’affirmer que rien n’est nature. 

La différence entre les sexes s’est toujours inscrite dans notre espèce, non parce qu’une moitié de l’humanité a décidé d’opprimer l’autre, mais parce que cette autre fait des bébés. Pour affirmer qu’hommes et femmes sont identiques, les gender studies ont, sinon escamoté, en tout cas gravement minoré les phénomènes liés à la maternité. On a fait comme si les mamans ne traversaient pas des nuits blanches et des dépressions post-partum, on a minimisé la place que l’enfant occupe dans leur vie, leur cœur, leurs pensées, on exige qu’elles récupèrent leur ligne dès la sortie de la maternité, retournent vite au travail et se montrent aussi performantes que les hommes pour mériter le même salaire et le même respect. Cela fait beaucoup de couleuvres à avaler… 

C’est le discours que vous tenez dans votre dernier livre, « Reflets dans un œil d’homme ». Comment a-t-il été reçu ? 

Très violemment par les féministes « officielles » et les tenants de l’idéologie queer ou « unisexe » qui postulent l’existence d’une palette de sexes, homme et femme n’étant que deux choix parmi d’autres. 

Ceux-là voient la prostitution et la pornographie comme des métiers libérateurs, des concrétisations de la liberté sexuelle, ce qui est bien loin d’être mon avis. Parmi les lecteurs, en revanche, beaucoup semblent entendre mon message – parce que ce livre est un message écrit avec mon corps, mon âme, mes souvenirs, ma vie, mes vies. Ma beauté, j’en ai bavé, mais j’en ai aussi tiré profit. Même si je n’en ai pas fait mon gagne-pain, ça a été une facette importante de mon histoire.

 Vous n’auriez pas préféré être laide…

Non. Ma beauté a été précieuse pour la romancière que je suis devenue : les gens se confiaient à moi plus facilement. Dans mes romans, comme dans cet essai, j’ai eu à cœur d’exprimer ce que vivent les femmes qui ne se sentent pas représentées par ce que l’on appelle le discours féministe, celles qui s’efforcent de concilier la maternité avec les autres facettes de leur vie, et connaissent l’angoisse devant la glace.  

Cette angoisse n’est-elle pas par­­­tagée par les hommes qui, désormais, se veulent à leur tour « consommables » ?

En partie, mais nettement moins.  

Vous affirmez l’existence de fondamentaux de la relation hommes-femmes, mais vous dites aussi que chaque génération apporte des évolutions… 

Nous avons été nourris par la fable que Dieu nous a créés complémentaires : c’est faux. Les hommes et les femmes ne sont pas faits pour s’entendre. Ils ne sont pas « faits » du tout : comme les autres espèces, ils ont évolué pour se reproduire. Par bonheur, nous sommes doués pour nous aimer, inventer des histoires, et nous finissons par croire à cette fable. Depuis toujours, les humains ont compris l’intérêt pour leur espèce de former des couples, des familles, des communautés, donc de gérer la sexualité, notamment le regard des hommes sur les femmes. Selon les cultures et les époques, différentes règles ont été mises en place pour gérer ce regard, stipuler où, quand et comment il est autorisé. Aujourd’hui, nous sommes en pleine contradiction. D’une part, ce regard est autorisé en permanence puisque les images de femmes nues sont partout disponibles. Mais en même temps, notre société affirme qu’il n’existe aucune différence entre les hommes et les femmes. Nous fantasmons une société asexuée alors que nous avons sous les yeux la preuve du contraire. Nos intellectuels, eux, se bandent les yeux de façon irresponsable.  

Sans être féministe de choc, vous avez tout de même fait partie de ce mouvement auquel les femmes doivent des acquis considérables…

J’ai moi-même une dette de reconnaissance à l’égard des féministes qui m’ont précédée. En effet, j’appartiens à la première génération de femmes ayant bénéficié de la contraception dès leur arrivée dans la sexualité. Je ne remets pas en cause les progrès de ces quarante dernières années, mais je m’inscris en faux contre les théoriciens qui récusent toute part instinctive dans les rapports hommes-femmes. Nous avons des besoins naturels, comme celui de manger. Des industries s’en sont emparées, les publicitaires ont suscité des addictions, des fortunes ont été amassées en fabriquant des obèses et en les aidant ensuite à maigrir. Deux industries multimilliardaires, celle de la pornographie et celle de la beauté, profitent de même de nos vulnérabilités innées respectives : celle des hommes à vouloir regarder de belles femmes, celle des femmes à vouloir être belles. Depuis le début du xxe siècle, avec la diffusion de la photo et l’invention du cinéma, nous vivons dans une société de l’image. Tout en devenant plus sujets, les femmes se font de plus en plus objets ; elles consacrent énormément de temps, d’argent et d’énergie à ressembler à ces images. En même temps, elles proclament : « Notre corps nous appartient. » Les hommes savent qu’ils n’ont plus le droit de les agresser, mais ils sont excités en permanence par la nudité féminine omniprésente. 

En somme, nous libérons le désir masculin, puis sacrifions une partie de la population féminine pour l’assouvir. Des jeunes femmes vulnérables en font les frais jour après jour. Il faut se rappeler cette statistique parlante : en France, 80 % des prostituées sont des étrangères. Ce n’est pas sans évoquer l’esclavage au xviiie siècle : le bien-être et le bonheur des aristocrates reposaient eux aussi sur une souffrance lointaine. 

Vous en venez même à proposer un service sexuel obligatoire…

C’est une boutade, bien entendu, pour dire que si la prostitution est vraiment « un métier comme les autres », on doit pouvoir l’accepter non seulement pour les filles les plus pauvres et les plus fragiles mais aussi pour nos mères, nos sœurs, nos filles, nous-mêmes.  

Vous nourrissez une grande admiration et beaucoup de tendresse pour Nelly Arcan, cette Québécoise qui s’était prostituée pour payer ses études de philo et que vous considérez comme une philosophe à part entière. On a l’impression qu’à travers elle, vous défendez la possibilité, pour chaque femme, de choisir librement la prostitution…

Il ne s’agit pas de défendre le droit de se prostituer – c’est un choix qui n’est jamais banal – mais de reconnaître un fait : il existe une demande, démultipliée par notre société de l’image, et une offre portée par des raisons parfois psychologiques, souvent financières. Nelly Arcan divisait les femmes en deux catégories : les larves et les schtroumpfettes. La larve, c’était par exemple sa mère, une femme amochée par l’âge, qui voyait son mari, un bon catholique, aller chez les putes. En réaction, Nelly a choisi d’être une schtroumpfette. Elle est entrée dans ce jeu, s’est fait opérer dix-sept fois. Elle s’est égarée là-dedans et en est morte. Très ambivalente à l’égard de sa propre séduction, elle parlait philo en grand décolleté, se montrait comme un objet mais ne voulait pas être traitée comme tel. 

Est-il facile d’être une femme ? N’avait-elle pas poussé cette interrogation jusqu’au bout ?

Pour moi qui vis loin de l’univers de la mode et de la pub, Nelly Arcan a été une révélation. J’ai compris les salles d’attente de la chirurgie esthétique où l’on vient se faire mal pour plaire, pour séduire. A force de regarder des images de femmes d’une beauté parfaite, nous avons introjecté le regard masculin, développé un rapport névrotique au miroir. A mon sens, refuser de prendre conscience de ce phénomène de société est une violence faite aux femmes. 

Mais il n’est pas plus facile d’être un homme. Les filles savent qu’au pire, elles feront un bébé. Il y a ce lien vertical qui traverse le corps de la femme, lui donne le sentiment d’être liée en amont et en aval aux autres êtres humains. Les garçons, eux, se serrent les coudes à l’horizontale. Aujourd’hui c’est angoissant d’être un garçon ! Il faudrait, comme disait Romain Gary, créer un secrétariat d’Etat à la condition masculine… 

Les rapports hommes-femmes ne sont-ils pas vécus de manière plus saine par les nouvelles générations, capables d’être à la fois en séduction et en égalité de fonctionnement ?

C’est vrai pour les Blancs éduqués, de milieux relativement aisés, où se développent des amitiés, des jeux entre garçons et filles. Mais même là, il arrive que la belle symétrie se fissure plus tard, quand les filles ont des bébés. Par contre, dans ces collèges et lycées de banlieue où je me rends souvent pour discuter avec les élèves, la mixité a presque disparu. Les groupes de garçons et de filles se scindent. Si les garçons se réfugient dans la pornographie et les jeux vidéo violents, c’est aussi qu’ils ont peur des filles… et de l’avenir. Comment exister lorsqu’on est garçon aujourd’hui ? Quel pourrait être le masculin, une fois dégagé des scories du machisme ? Plutôt que les insanités de la théorie du genre, ne devrait-on pas proposer aux lycéens des cours sur des thèmes comme « Histoire du patriarcat » ou « Machisme, comportement de faible » ? 

Dans votre dernier livre, vous nous enjoignez à observer le monde tel qu’il est, à reconnaître le besoin des femmes d’assumer une diversité de rôles sans abandonner leur position de femmes. Pensez-vous que nos enfants y parviendront ? 
Il faudrait d’abord que les hommes comme les femmes prennent conscience de leur dépendance à l’image et des dangers que cela représente. Reconnaissons aussi que les hommes sont naturellement plus polygames que les femmes : le reconnaître ne signifie pas s’y résigner, mais le nier est une fuite en avant. Ouvrons les yeux sur ce qui se passe du côté de la prostitution, de la pornographie et de la mode. Une mannequin qui se fait mitrailler par les caméras du matin au soir est-elle réellement plus libre qu’une femme qui porte le foulard ? Les Françaises consomment tranquillisants et somnifères à un rythme frénétique : pour l’heure, cela ne va pas si bien. 

N’allons-nous pas mieux qu’il y a quarante ans ? 
Bien sûr que oui ! Le paradoxe, c’est que tout en insistant pour qu’on reconnaisse les différences naturelles entre les sexes, je suis pour qu’on travaille à les atténuer le plus possible. 

Or, on a fait beaucoup plus pour introduire les femmes dans le monde traditionnellement masculin que l’inverse. On a réalisé des progrès formidables : reconnaissance du harcèlement sexuel, planning familial, accès des femmes à tous les métiers et formations, plus grande liberté financière. Les femmes sont spectaculairement entrées dans le domaine public, aux hommes maintenant de revaloriser le domaine privé. D’apprendre à percevoir la cuisine et le ménage comme autre chose que des corvées, et à s’occuper passionnément des soins et de l’éducation des petits… Peut-on se dire féministe si l’on méprise ce qui fait le quotidien de la majorité des femmes ?   

Nancy Huston par Djénane Kareh Tager, Jean-Louis Servan-Schreiber

 

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