Archive pour 3 mars, 2014

LA DECOUVERTE DU FEU

 

 

PARTIE I

téléchargementAutrefois, les hommes vivaient sans Feu. Le Feu était contrôlé par le Dieu de la Foudre, génie à tête humaine et au corps de Dragon. Ce Dieu aimait voyager de par le monde au printemps et en été. Lorsque sa queue heurtait quelque bois sec, il en sortait des étincelles et cela allumait de grands incendies qui éclairaient le ciel. Le Feu dévorait les forêts et brûlait les animaux sauvages qui n’avaient pas eu le temps de fuir.Ce Feu était très utile. On pouvait s’en servir pour griller la viande crue, s’éclairer la nuit, se réchauffer les jours de froid. Mais, lorsqu’il n’était pas envoyé par le Dieu de la Foudre, où pouvait-on le trouver?Le Feu existait, il se trouvait dans les lointaines contrées désertiques de l’ouest, là où les rayons du Soleil et de la Lune n’arrivaient même pas, là où il n’y avait pas d’hiver mais un éternel printemps sans nuit et avec une constante lumière. En effet, à cet endroit se trouvait là un grand arbre, si grand que cent personnes se tenant par la main ne seraient pas arrivées à en faire le tour. Son feuillage touffu couvrait des milliers et des milliers de kilomètres. Son tronc et ses branches donnaient la lumière et répandaient la chaleur : On l’appelait l’ »Arbre de Feu ».Personne ne l’avait jamais vu, car il se trouvait à mille lieues de toute habitation. Il fallait pour s’y rendre escalader mille montagnes, traverser mille rivières, marcher des jours et des jours et surmonter en route toutes sortes de difficultés et de dangers inattendus.Plusieurs personnes déjà étaient parties à sa recherche, mais aucune n’avait réussi. Les uns s’étaient tués dans l’ascension des montagnes, les autres s’étaient noyés dans la traversée des rivières; certains avaient été dévorés par des animaux sauvages, d’autres étaient morts de chaleur ou de froid, d’autres encore avaient reculé devant les dangers et les difficultés et avaient rebroussé chemin. Bref, si tout le monde désirait la lumière et la chaleur, personne jusque là n’avait été capable d’en découvrir le secret.

 

PARTIE II

A cette époque vivait dans une tribu un jeune homme intelligent, courageux et fort. Il avait l’esprit vif et était adroit de ses mains.
C’était un excellent tireur à l’arc, un bon grimpeur et un nageur hors pair. Ayant entendu parler lui aussi de l’ »Arbre de Feu », et désirant apporter lumière et chaleur à son peuple, il projeta de se rendre dans les contrées occidentales. L’échec de ses prédécesseurs ne le découragea pas.Un jour, il dit adieu à son village et partit vers l’ouest armé de son arc et de ses flèches.Il subit en route toutes sortes de souffrances, de privations et il risqua maintes fois sa vie. De hautes montagnes et de larges fleuves lui barraient la route, mais il s’aida de lianes pour escalader les sommets les plus élevés et construisit des radeaux pour traverser les rivières les plus profondes. Des tigres féroces et des serpents venimeux sortirent parfois de leur repaire pour se jeter sur lui, mais il les terrassa à chaque fois. Le Soleil lui brûlait la peau, le froid lui gelait les mains et les pieds, mais il n’en continua pas moins à marcher des jours et des jours durant. Malgré la fatigue, il ne perdit jamais courage. Rien ne semblait pouvoir l’empêcher d’avancer.Il marcha ainsi jour et nuit pendant des années parcourant on ne sait combien de milliers de kilomètres. Il ne se souvenait plus depuis combien de lunes il était parti. Devant lui, tout n’était qu’obscurité. Mais résolu à découvrir le secret du Feu et d’en faire don à l’Humanité, il continuait à avancer courageusement.

PARTIE III

Un jour, alors qu’il avait avancé toute la journée et que maintenant il marchait péniblement dans la nuit, il aperçut soudain un rai de lumière dans le lointain. Plus il avançait, plus la lumière grandissait. Il comprit alors qu’il était arrivé au pays de l’Arbre de Feu et courut joyeusement vers la lumière.L’Arbre de Feu occupait à lui seul une superficie de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ses feuilles brillaient comme perles et pierres précieuses éclairant les quatre coins de l’horizon.L’homme avait enfin atteint l’Arbre de Feu!En s’approchant de l’Arbre, il vit une nuée d’oiseaux becqueter le tronc et les branches sans arrêt. Chaque coup de bec produisait une étincelle. Le jeune homme comprit alors immédiatement le procédé de fabrication du feu. Il grimpa sur l’arbre, coupa des branches et les frotta l’une contre l’autre. Des étincelles jaillirent. Puis il tenta l’expérience avec d’autres arbres et, après de longs efforts, obtint le même résultat.Tout heureux, il rejoignit sans tarder son pays natal. Là, il apprit aux hommes le secret du feu. Quelques temps après, chacun avait bien assimilé la méthode de fabrication du feu. Depuis lors, quand on a besoin de feu, il suffit de l’allumer soi-même, sans attendre les caprices du Dieu de la Foudre.

EPILOGUE

Grâce au Feu, on put désormais cuire les aliments, se réchauffer les jours de grand froid, s’éclairer la nuit, se protéger des bêtes sauvages et fondre des armes et des outils.La fabrication du Feu par frottement est certes une méthode très primitive. mais l’homme ne la trouva qu’après bien des difficultés et elle eut une influence décisive sur son évolution.L’histoire a retenu l’inventeur du Feu sous le nom de Suiren Shi: Le « Génie qui découvrit le Feu ».

Fin de cette Histoire.

CHANG’E S’ENVOLE VERS LA LUNE

 

Chang'e_flies_to_the_moon_-_Project_Gutenberg_eText_15250Le conte de Chang E qui s’envole vers la lune était une légende romantique racontée depuis le temps antique.

Il y a très longtemps, la Terre était entourée de dix soleils, leur mère était la femme de l’empereur céleste oriental.

La mère des soleils mettait souvent ses dix enfants dans la Mer de l’Est, qui se situait dans le plus est du monde, pour leur faire prendre le bain, et après avoir pris le bain, neuf d’entre eux étaient posés sur l’arbre pour se reposer, et l’autre devait illuminer la terre à l’aube et donner la lumière et la chaleur au monde.

Les dix soleils travaillaient tour à tour, la terre se présentait par une scène de prospérité florissante.

Mais un jour, les dix soleils sont apparus en même temps dans le ciel, on ne pouvait pas ouvrir les yeux à cause de la lumière éblouissante. La chaleur torride desséchait la terre, détruisait les récoltes, il en résulte que le peuple périssait et croupissait dans la misère. Personne ne pouvait convaincre les dix soleils espiègles de rentrer chez eux. Ce chaos fut sauvé par un habile archer nommé Hou Yi, qui était herculéen et sympathisait avec la souffrance des créatures. Il monta au sommet du mont Kunlun, tira à l’arc neuf soleils et ordonna au dernier soleil de se lever et de descendre régulièrement tous les jours.

Grâce à ses exploits héroïques, le peuple commença à mener une vie heureuse. Il le respectait et lui vouait une affection respectueuse. Beaucoup de gens venaient le reconnaître pour maître. Peng Meng qui eut un but inavouable en était un.

La belle femme de Hou Yi s’appelait Chang E. C’était un couple affectif et admiré par le peuple. Un jour, Hou Yi alla au mont Kunlun pour visiter son ami. En route, il rencontra l’impératrice Wang céleste. Cette dernière lui donna un sachet de remède miraculeux en lui disant qu’après avoir pris ce remède, on pourrait devenir un génie, et en partageant avec l’autre, on pourrait devenir immortel. Hou Yi ne voulut pas se séparer de sa femme, par conséquent, il décida de partager le remède avec elle. Après être rentré, il donna le remède à sa femme, ces deux décidèrent d’en prendre ensemble dans la nuit de la mi-automne pour devenir un couple d’immortels heureux, mais Peng Meng s’aperçut tout.

Trois jours plus tard, Hou Yi sortit avec ses disciples pour chasser, tandis que Peng Meng qui trama un complot et feignit d’être malade pour rester à la maison. Bientôt après que Hou Yi est sorti, Peng Meng, un couteau dans la main, força Chang E à lui donner le remède. Face à la menace, Chang E n’avait d’autres choix que d’avaler le remède. Résultat, elle s’envola et et rejoignit la lune qui se situait le plus proche que la terre pour qu’elle puisse voir son mari chaque soir.

En rentrant chez lui, Hou Yi se prolongea dans une affliction extrêmement profonde. Il tua Peng Meng avec son épée, mais ne put plus retrouver sa femme. Il cria sans cesse au ciel le nom de sa femme. Puis, il aperçut étonnamment que ce soir la lune était particulièrement claire et brillante et qu’il y avait une silhouette ressemblant à Chang E qui dançait dans la lune.

Il courut de toutes ses forces après la lune, mais ne put l’attraper. Hou Yi fit installer une table à encens sur laquelle il mit des sucreries et des fruits que Chang E aimait manger, pour exprimer la nostalgie de sa femme dans la lune. Après avoir appris cet événement, les villageois mirent aussi en place une table à encens pour prier Chang E de bénir leur bon augure et leur bonheur. Dès lors, présenter ses vœux à la lune en mi-automne est devenu une coutume populaire qui s’est transmise jusqu à nos jours. C’est probablement la plus romantique légende parmi les origines de la fête de la Mi -Automne.

Le monstre Yamata : retiens la légende

 

imagesIl y a bien longtemps de cela : les nombreuses îles du Japon venaient à peine d’être enfantées par la déesse Izanami. Sa fille Amatérasu, déesse du soleil, régnait, majestueuse et brillante, dans les splendeurs infinies du Takamagahara, c’est-à-dire du ciel. Elle avait un frère, plus jeune qu’elle de quelques années, qui répondait au nom de Susanoo no mikoto. Il était d’une taille gigantesque, fort comme un taureau, capricieux comme une chèvre, et espiègle comme un singe. Le plus grand de ses plaisirs était de faire des malices et de jouer des tours, tantôt à la déesse sa sœur, tantôt aux autres divinités du Takamagahara. Mais, comme il n’avait pas mauvais cœur, ces illustres personnages lui pardonnaient bien des choses et ne lui gardaient généralement pas rancune.
Un jour pourtant, il se permit une fantaisie qui dépassait toutes les bornes. La déesse du soleil venait de faire construire un immense et magnifique atelier de tissage. On ne pourrait dire combien de tracas et de soucis lui avait causés cette installation. En conséquence, elle y tenait de tout son cœur. Elle en était fière, et la montrait avec orgueil aux autres divinités. Un jour donc, Susanoo no mikoto, cédant à un très mauvais instinct, s’avisa de mettre le feu à l’atelier en question, le détruisit de fond en comble, et fit périr dans les flammes toutes les ouvrières qu’y employait sa sœur.
Amatérasu, en apprenant la chose, entra dans une violente colère. Si grand fut son dépit que, pour se venger et pleurer à son aise, elle s’enferma dans une grotte et pleurer à son aise, elle s’enferma dans une grotte profonde et résolut de n’en plus sortir. Ce fut un vrai désastre. Le ciel et la terre se trouvère tout à coup plongés dans l’obscurité la plus complète. Une épaisse nuit enveloppa l’univers. Les hommes terrifiés se crurent à la fin du monde et, de chaque partie du globe, s’éleva vers le ciel une immense clameur de détresse.
Le Takamagahara lui-même fut le théâtre d’une agitation et d’un trouble insolites. Tous ses dieux et toutes ses déesses sortirent de leurs palais, s’informant les uns les autres de la cause de cette obscurité subite et totale. Le conseil des divinités se réunit…
On délibère, on discute avec ardeur dans l’assemblée des dieux. Les opinions se heurtent, les discours se succèdent. Il faut trouver à tout prix le moyen d’obliger Amatérasu à sortir de sa grotte. Mais, quel moyen employer ? Quelle démarche faire ? Asaga no mikoto, le plus jeune des dieux, à l’esprit prompt, à l’intelligence vive et ouverte, s’avance au milieu de l’auguste assemblée :

- Vous savez tous, dit-il à ses collègues, que la déesse Amatérasu aime à la folie la musique et la danse. Je propose donc de nous rassembler devant l’entrée de la grotte et d’y organiser un bal. Nous y ferons grand vacarme jusqu’à ce que, cédant à la curiosité ou à la colère, elle entr’ouvre sa porte.

La proposition du jeune dieu est ingénieuse et son plan paraît devoir réussir. On l’adopte à l’unanimité, et la séance est levée, après qu’on a déterminé le moment du rendez-vous.

À l’heure convenue, tous les dieux du Takamagahara se réunissent donc devant la grotte où, boudeuse et chagrine, Amatérasu s’est enfermée. Chacun porte avec soi l’instrument favori dans lequel il excelle. La danse s’organise. Les tambours et les flûtes, les guitares et les gongs mêlent leurs sons et leurs accords aux cris, aux chants. Le rythme s’accélère. Le bal se transforme bientôt en une ronde affolée, en un tumulte indescriptible, dont les échos descendent jusque sur la terre, et y sèment l’épouvante…

Amatérasu entend du fond de sa grotte :

- Que se passe-t-il aujourd’hui, se dit-elle ; que signifie ce tapage ?

La curiosité devient tellement forte que la déesse, toute déesse qu’elle est, n’y tient plus. Elle entr’ouvre la porte, à travers laquelle s’échappe à l’instant un flot de lumière. Soudain, elle se sent saisie au bras par une main de fer. C’est la main de Chikaravô no mikoto, le plus fort de tous les dieux. Il se tenait à l’entrée de la grotte, prêt à saisir la déesse au moment où elle en ouvrirait la porte. Amatérasu a été entraînée au dehors, et la porte repoussée s’est refermée sur elle. À l’instant, le ciel et la terre reviennent à la vie. La lumière les inonde de ses flots bienfaisants. L’univers retentit des cris de joie poussés par tous les êtres. Le soleil a reparu, et les choses de ce monde reprennent toutes leur cours normal.

Les dieux se sont précipités aux pieds d’Amaterasu. Ils la supplient de ne plus désormais se renfermer dans sa grotte, et de ne plus les priver de sa lumière. Elle promet, mais elle exige une condition. C’est que son frère Susanoo no mikoto sera puni de son forfait. Il sera banni de l’assemblée des dieux, chassé du Takamagahara et exilé sur une terre lointaine. Il en fut fait ainsi et Susanoo no mikoto, expulsé du ciel, fut précipité sur la terre. Il tomba dans le pays d’Izumo, à l’endroit appelé aujourd’hui Hinokawakami. Là, il resta quelques temps, pleurant sur sa grande infortune.Un jour qu’il se promenait sur le bord de la rivière, il aperçut une paire de bâtonnets que le courant emportait à la dérive.

- Puisque voilà des bâtonnets, il y a sans aucun doute, en amont, des êtres humains, conclut le dieu par un raisonnement logique.

Il part aussitôt et longe, en le remontant, le cours de la rivière. Il se trouve bientôt en face d’une cabane, à moitié délabrée, sise sur le penchant d’une haute montagne. Susanoo no mikoto s’approche en étouffant le bruit de ses pas, et à travers les fentes d’une porte mal jointe regarde l’intérieur. Il y voit un vieillard grisonnant, une vieille plus grisonnante encore et une jeune fille de dix-huit à vingt ans. Le vieux et la vieille pleuraient, assis auprès de leur petit brasero ; Ils paraissaient comme accablés sous le poids d’un immense chagrin. La jeune fille ne pleurait point, mais sur son visage se lisait sans peine l’expression d’une grande mélancolie et d’une douce résignation.

Elle était d’une beauté extraordinaire. Le dieu n’avait jamais pensé que parmi les mortels, il pût se rencontrer de si belles et si ravissantes créatures. Il éprouva à sa vue un je ne sais quoi d’intime, qu’il n’avait encore jamais éprouvé. Lui, qui descendait des hauteurs du Takamagahara, subit les charmes d’un amour ardent pour cette humble fille de la terre.

Il entr’ouvrit doucement la porte et sans bruit pénétra dans l’intérieur de la cabane. La jeune fille à sa vue, poussa un cri d’effroi et se précipita vers sa mère. Le vieillard et sa femme levèrent la tête et leurs regards étonnés fixèrent avec crainte le voyageur inconnu. Susanoo no mikoto était beau, lui aussi, beau d’une beauté divine. Son visage respirait la force et la santé. Sa taille gigantesque commandait le respect.
Le dieu, s’approchant des trois personnages, leur demanda d’une voix douce et sympathique quelle était la cause de leurs larmes et du chagrin dans lequel ils paraissaient plongés. Ce fut le vieillard qui prit la parole pour répondre :

- Noble voyageur, dit-il, nous ignorons qui vous êtes, mais votre sympathie nous émeut et nous touche. Je m’appelle Ashinazuchi ; ma femme se nomme Katazuchi, et notre fille que vous voyez là répond au nom de [Kuch]Inadahime ; nous avons eu huit enfants depuis notre mariage et tous ces enfants étaient des filles. Celle que vous voyez là est la dernière qui nous reste.

Or, vous allez juger de notre malheur et connaître la cause de nos larmes. Tout près d’ici habite le monstre Yamata, le serpent à huit têtes, qui a trente pieds de long. Ce serpent vient tous les ans dans ces parages, et nous emporte chaque fois une de nos enfants qu’il dévore. Nos sept premières filles ont ainsi disparu l’une après l’autre, il ne nous reste plus maintenant que celle qui est devant vous.

C’est aujourd’hui que le monstre doit venir. Il viendra à la nuit tombante et nous emportera notre dernière enfant pour la dévorer. Voilà, noble voyageur, le récit de notre infortune, et le motif de notre chagrin.

- Braves gens, répond alors Susanoo no mikoto, ému jusqu’aux larmes, remerciez le ciel de m’avoir aujourd’hui envoyé près de vous. Je vais rester jusqu’à la nuit tombante. J’attendrai le serpent. Je le tuerai de ma main, et sauverai votre fille.

Le vieillard le regarda, et lui sourit tristement :

- J’admire, lui dit-il, votre bravoure et votre bonté. Mais, hélas ! vous ignorez à qui vous avez à faire. Non, non ; ne vous exposez pas ; vous y perdrez inutilement votre précieuse vie.

- Et vous, noble vieillard, répond alors le dieu, se redressant de toute la hauteur de sa taille, vous ignorez quel est celui qui vous parle et vous promet le salut de votre fille. Apprenez-le donc. Je ne suis point un homme. Je m’appelle Susanoo no mikoto, je suis le frère de la déesse Amatérasu.

À ces mots, le vieillard, sa femme et sa fille, tremblants à la fois de crainte et de bonheur, se prosternent et adorent ; puis, joignant les mains et s’avançant à ses pieds, le remercient d’être venu près d’eux pour leur porter secours…

Le dieu se dirige seul vers la montagne. Il prend huit énormes blocs de pierre et les transporte devant la cabane. Puis, il prononce sur elles quelques paroles mystérieuses, et les pierres se transforment en auges. Il les remplit ensuite avec l’eau de la rivière, frappe trois coups sur chacune d’elles de la pointe de son sabre, et cette eau se transforme à l’instant en saké délicieux.
Il fait placer ensuite la jeune et belle [Kuch]Inadahime sur un petit monticule, de façon à ce que son visage se reflète dans chacune des auges. Il se cache lui-même derrière un rocher et attend, tranquille et calme, l’arrivée du serpent.

Le soleil avait disparu derrière la montagne. La lune venait de se lever. Tout à coup, dans le lointain, on put apercevoir comme seize étoiles de diamant qui brillaient d’un vif éclat dans la profondeur de la nuit. Ces étoiles se rapprochèrent. C’étaient les yeux pétillants de convoitise des huit têtes du monstre. Il s’en vint tout près de la cabane et fit entendre à la fois huit sifflements aigüs. Le vieillard et sa femme tremblèrent. Ce cri leur rappelait leurs sept filles mortes et le danger que courait leur chère [Kuch]Inadahime.

Le serpent, attiré par l’odeur du saké, s’approche avec lenteur, et ses huit têtes se lèvent d’un même mouvement. Il aperçoit dans chacune des auges le visage de celle qu’il cherche. Son énorme queue bat un moment l’espace, signe de son immense joie. Les huit têtes plongent aussitôt, et le monstre, d’un seul trait, avale la précieuse liqueur, jusqu’à la dernière goutte. Mais aussitôt ses regards se troublent, le vertige de l’ivresse le saisit, il s’étend sur le sol, puis se replie sur lui-même et s’endort.

Susanoo no mikoto sort à ce moment de sa cachette. Il tire son sabre du fourreau et, d’une main habile, abat l’une après l’autre les huit têtes du monstre, dont le corps bondit en des contorsions effrayantes.

Le dieu veut achever sa victime. Il la découpe en morceaux. Mais, au moment où il allait séparer la queue du tronc, son sabre est arrêté par un corps résistant, qui fait entendre un son métallique. Le dieu, surpris, s’arrête et, délicatement, entr’ouvre les chairs. Quelle n’est pas sa surprise d’apercevoir dans la queue du monstre un autre sabre étincelant, tout incrusté de diamants et de pierres précieuses, un sabre si beau que les dieux du Takamagahara n’en virent jamais de pareil !

Susanoo no mikoto le retire et se dit à lui-même qu’il l’emportera au ciel, en fera cadeau à sa sœur Amatérasu ; par ce moyen-là, il se réconciliera avec elle, et pourra reprendre sa place dans l’assemblée des dieux…

On se figure la joie du pauvre vieillard et de sa femme, en apprenant que le monstre est mort et leur enfant sauvée. Ils ne surent comment remercier le dieu. Celui-ci demanda et obtint la main de la belle [Kuch]Inadahimé, qu’il aimait grandement. Ils se marièrent, se construisirent au pied de la montagne une habitation élégante, et vécurent longtemps ensemble dans la plus parfaite harmonie. Puis, quand le temps de l’exil eut atteint son terme, le dieu retourna au Takamagahara, emmena avec lui la belle [Kuch]Inadahime, la présenta aux autres divinités, qui la nommèrent déesse.

On voit aujourd’hui, dans le pays d’Izumo, la maison qu’habitèrent Susanoo no mikoto et son heureuse épouse. Cette maison est devenue un temple, le temple le plus célèbre du Japon, après celui d’Isé. Les prêtres qui le desservent sont les descendants directs de ces deux divinités. Les habitants de la contrée ont toujours eu pour ce temple la plus grande vénération. On y vient même en pèlerinage de toutes les parties du Japon.

Le sabre précieux que Susanoo no mikoto trouva dans la queue du monstre Yamata fut offert dans la suite à l’Empereur du Japon, par la déesse Amatérasu. Il porte le nom de Kusanagi-no-tsurugi. Ce sabre, le miroir sacré, et le sceau de pierre précieuse, sont les trois talismans de l’Empire.

On le conserve, dit-on, à Atsuta, province d’Owari.

Claudius Ferrand

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