Archive pour 11 mars, 2014

L’INITIATION au Tao

 

 

  A un moment donné, l’être est dégoûté par l’humain et s’il réagit mal, il ne s’en sort pas. Il y a de grandes intelligences qui sont tombées dans la misanthropie et qui se sont plus ou moins trompé, Nietzsche, Cioran, Schopenhauer. Ils étaient très intelligents mais il y a une chose qu’ils ne sont pas parvenus à dépasser: ils n’ont pas accepté que l’homme soit ce singe doué de l’être par-dessus — et qui ne sait pas combiner les deux, matière et esprit. S’ils avaient admis cela: on ne sait pas combiner les deux et il n’y a que par le dessus que l’on peut y parvenir, ils auraient découvert une vraie voie spirituelle, alors qu’ils ont cultivé le refus. Le yang brûle sans espoir en se détournant du yin, et la douleur triomphe.

images (18)Oui les questions jaillissent, et certains les traitent, comme Platon, d’autres aiment seulement se faufiler au milieu des embûches du mental, comme Socrate. D’autres basculent encore plus loin, comme Héraclite et de nombreux personnages, souvent inconnus. Quant à notre époque, Krishnamurti a tout basé autour de l’interrogation, et du recadrage sémantique: remonter la pensée en amont, déraciner les pensées à leur source, puisqu’elles veulent toutes, ou presque, s’approprier ce qui est hors de leur juridiction. Vous voyez que nous sommes tous d’accord sur l’ouverture. C’est l’interrogation la clé. L’interrogation ne veut pas dire la réponse, ne veut pas dire la solution. Nous refusons la tyrannie de l’immédiateté, et l’interrogation la brise car elle peut la faire bifurquer. S’interroger est un acte fondateur. Mais figurez-vous qu’il fait peur à beaucoup. Se pencher sur l’énigme du moi ou sur le mystère de l’univers, c’est peut-être un mauvais pari, si jamais cela nous entraînait en dehors des sentiers battus. C’est vrai, il n’y a pas de réponse immédiate et satisfaisante à quoi que ce soit. Il y a un long chemin d’incertitudes, mais nous abandonnons au passage les codes biologiques tyranniques et les conditionnements culturels, ainsi que le narcissisme primaire. Voilà une belle éclaircie qui permet de bien mieux utiliser la pensée passive, qui commence à découvrir la synchronicité, qui apprend à faire parler le hasard pour qu’il indique le chemin, en tout cas il ne détournera plus de la voie qui devient plus large et plus plastique. Nous remettons aussi à leur place l’image/mère et l’image/père dans la foulée, en vomissant toutes les scories affectives accumulées pendant l’éducation, ce qui nous remettra sur la piste d’un yang authentique, non contaminé par une autorité défaillante, et d’un yin bienveillant, non parasité par le regard de la peur de la mère. Nous refuserons aussi bien l’autorité de la nature que celle d’un dieu masqué ou d’une philosophie qui nous mâcherait le travail, en guise de substitution du père charnel. Nous refuserons tout autant de sacrifier notre quête à la sécurité matérielle — notre seconde mère.

  Quelle image de moi s’est-elle fabriquée, et sur quoi repose-t-elle ? L’amour de papa, l’indifférence de maman ? Suis-je narcissique pour éviter de me voir tel quel, ou bien parce qu’ainsi je suis au moins certain qu’une personne m’aime ? Es-ce que par hasard je ne me déprécierais pas pour jouir du bénéfice secondaire de ne rien risquer, de ne rien tenter et de tourner en rond en pleine sécurité? (Tous les bénéfices secondaires de la médiocrité mènent le monde). Puis-je m’approprier la vérité par des raisonnements ? (Ce serait bien pratique, ça me dispenserait de voir mes failles).

Oui, il y a beaucoup de questions, et certaines sont même très délicates, alors qu’elles sont étrangement universelles, autant dire que nul n’entreprend le grand voyage s’il ne démystifie pas ses croyances héritées de l’enfance. Quand la tête est remplacée par le chef, tout le système de perception se transforme, parce qu’il est enfin possible de mettre de côté les référents extérieurs, et de s’en tenir à sa propre expérience. Bien sûr, on conserve à l’esprit que certains ont trouvé l’itinéraire adéquat — le moi s’est trouvé dans le non-moi, et ils disent même comment s’y prendre. Mais cela reste des indications, comment user du temps qui passe sans en faire (seulement) du prolongement. Le chemin… c’est moi qui le trace désormais, pas mon gourou ni mon modèle, je suis le seul à posséder mes bras et mes jambes. Est-ce que ma raison et mon intuition s’épaulent, ou bien s’ignorent-elles, à moins qu’une des deux bras frappe l’autre dès qu’elle veut faire son boulot ? That is the question. On ne peut plus interpréter de la même manière un pas en avant et un pas en arrière, on se méfie des réactions et des emballements. Il est alors possible de tomber sur les grandes auberges espagnoles dans lesquelles l’esprit humain jette toute sa rancœur et son espérance, et son manque à gagner, et l’on risque de croire en des recettes parce que c’est facile de les appliquer. Mais il faudra bien dépasser ce que l’on tire du zen ou du christianisme, de l’ésotérisme ou de la Tradition pour ne pas s’enfermer dans un nouveau système qui finirait par cacher le fonctionnement fondamental de l’étoile, aux prises avec chaqueinstant.

images (19)Ramener la richesse de l’immédiateté à la seule conformité à quelques principes, c’est bien joli et cela donne un sentiment de sécurité bienvenu, mais est-ce pour autant suffisant pour bénéficier du mode d’emploi de la bonne décision ? Naturellement non, puisque la décision est justement quelque chose de difficile par essence, s’il faut décider, c’est que l’habitude, le connu ne suffisent plus. Il y a une prise de risque pour se libérer du répétitif devenu inutile, qui peine à contrebalancer les attachements qui veulent maintenir la même politique, même défectueuse. Le samsâra révèle que le monde de la vie humaine est truqué, que l’on ne prend pas forcément la bonne direction alors que continuer sur la même ligne ne mène plus à rien non plus. Des cercles à traverser pour en sortir dans la ligne tibétaine (en premier lieu la peur), des étapes cruciales pour des dizaines de doctrines hindoues, des initiations dans beaucoup de cultures profondes et sans prétention. Le péché dans les trois monothéismes locaux. Le prince des ténèbres alimente d’illusions la vie humaine. La caverne de Platon. L’aveu de Socrate. Même combat… Y débusquer la vérité — dans notre vie — cela exigera qu’on s’y consacre pleinement, que les bras n’oublient pas les jambes, que ni le yin ni le yang ne soumette l’autre, et que chacun apparaisse au moment le plus opportun.

La capacité de produire des raisonnements et la capacité de recevoir des « vérités » et des indices se distinguent l’une de l’autre. Il y a un discernement discursif, qui a été très prisé par Platon et Hegel par exemple, par les théologiens, mais aujourd’hui, bien que ces systèmes ne nous fassent pas vraiment hurler de rire, il s’avère qu’ils sont insuffisants. Ils dessinent des cartes avec des points de départ précis et des points d’arrivée merveilleux, mais tout le reste de l’itinéraire est passé sous silence, c’est le vrai temps qui nous demande à chaque moment d’être conforme au Dao, être sans juger, être sans nuire, être sans prétention, être sans but, et reflèter la volonté du ciel. Certains « assoiffés » ont voulu davantage que du parcours qui se tient tout seul avec de la belle logique sur des cartes au trésor bien précises, ils ont voulu autre chose que l’engagement des bras si les jambes restent embourbées dans des pulsions tyranniques. On sait encore moins comment s’y prendre avec la nature quand on tient compte de sa présence vivante en soi, au lieu de s’en débarrasser dans la catégorie des concepts fondamentaux, pour jouer à celui qui a tout compris. C’est l’aventure de Nietzsche, une sorte de martyr de la philosophie, qui a démoli tout ce qui méritait d’être démoli, mais n’a pas eu le temps de construire quoi que ce soit sur le champ de ruine. Et comme il avait horreur des systèmes, il a poussé dans la direction de la rébellion pure, une orientation qui finit elle aussi par s’épuiser, puisque la question du lien avec l’univers demeure entière une fois qu’on a brisé les idoles, toutes les idoles. Peu de personnes ont d’ailleurs compris que son acharnement à nier l’immortalité de l’âme lui était revenu, comme un boomerang, sous une forme qui l’a envoûté — la « révélation » que la vie qui lui avait été donnée se reproduirait indéfiniement — éternellement ! à l’identique. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé, tragique, et qui montre les limites de l’esprit humain si ce dernier est absolument approprié par le moi. Il aurait suffi que ce génie remarquable se laissât penser pour qu’il découvrît autre chose, mais il se croyait foncièrement propriétaire de son mental. Par ailleurs, il tenait fort à sa propre personne, ayant écrit sa première biographie à l’âge de quatorze ans. Son contre exemple est des plus déchirants et des plus émouvants également. Et ce martyr de la pensée a posé la question du corps mieux que quiconque. Il a subodoré l’Inconscient une dizaine d’années avant Freud, mais le paradigme était dans l’air depuis quelque temps, avec l’idée d’une force vitale qui pourrait jouer des tours à la volonté et au libre arbitre (Schopenhauer, Karl Carus, Eduard von Hartman).

Et voilà bien le problème: la raison excelle à fournir des explications, et après, à quoi servent-elles les explications ? Si l’incarnation a un sens, il va se trouver dans le temps et l’expérience, et non dans quelques pages qui dessinent l’histoire de la vie ou de la société, avec un arsenal de combines pour ne pas trop se faire avoir dans cette aventure insensée qu’est la vie, soumise à des contraintes aveugles, comme le milieu social de naissance par exemple… Ils ont souffert et senti davantage de choses, les évoluteurs, qu’ils aient gagné ou perdu, ils ont cherché la reliance qui rachèterait tous les accidents de terrain qui découlent d’une naissance matérielle et contingente, manques affectifs, poids du jugement d’autrui et bien pensance obligatoire. Souvent maladroitement, comme l’auteur du gai savoir, dont le corps physique n’a cessé de souffrir tandis que son esprit s’immunisait contre la douleur. Ou comme Baudelaire anénanti par la beauté qu’il voyait là où les autres passent à côté d’elle, jusqu’à finir terrassé par elle et ses aspects obscurs dans sa propre subjectivité, à force de ne plus craindre de se perdre dans l’autre, dans le plaisir, dans la sensation. La reliance fait des victimes. Comme Pascal, dont l’esprit très élevé s’accorde à une personnalité faible, avec une santé très fragile. Blaise se mortifie, porte un cilice pour être digne de Dieu, tandis qu’il dépend de sa propre soeur dont il ne peut guère se passer… Et Spinoza ! Il se met à dos absolument tout le monde parce qu’il ne respecte aucune règle, ni celle de son clan, ni celles des philosophes. Oui, la liberté a un prix exorbitant: les esclaves ne nous la pardonnent pas, mais nous avançons quand même. Et Rimbaud, Daumal, Artaud… Le grand plongeon dans l’absolu obéit à quelques règles, sinon le plongeur peut mourir d’un plat, comme ces Mexicains qui se jettent dans les vagues en faisant des figures de plus de trente mètres. Les lois divines garantissent le succès de la quête, mais non sa rapidité, et les reconnaître exige une transformation aussi bien de la jambe droite, qui renâcle aux limites et aux empêchements, que de la jambe gauche, qui craint l’autorité, et nourrit toutes sortes d’aversions vis-à-vis des contraintes, puisqu’elles font surgir la peur de ne pas pouvoir s’y adapter. Ceux qui méprisent ou ignorent les lois spirituelles ne trouvent pas le passage, ne franchissent pas les seuils décisifs, ne se libèrent pas de Saturne, le fossilisateur. Mais si elles sont divines, les lois de l’évolution, ne seraient-elles pas, par définition, justes ?

Extrait vu sur le site : www.supramental.fr – Le site de Natarajan

Conseil Tao : UNE VOIE UNIQUE, DES ITINÉRAIRES DIFFÉRENTS

 

 

Une Puissance riait des méchancetés du monde
Une ironie mariait les contraires de l’univers
Et les poussait dans les bras l’un de l’autre pour se battre,
Mettant un rictus sardonique sur la face de Dieu.

Savitri, Sri Aurobindo

images (17)Le système fonctionne, puisque ainsi l’humiliant sentiment d’impuissance passe inaperçu, et c’est tout ce que demande la nature, ne pas être remise en question: « laissez-moi faire mon travail de protection ». Or, c’est de là que partent tous les conquérants du sens, pourquoi ne puis-je pas plus ? Et ils tentent autre chose. Ils ont accepté l’impuissance et l’ont côtoyée. Bouddha restera toujours l’emblème de cette descente dans l’impuissance. D’autres trouveurs disent traverser la nuit pour évoquer l’itinéraire qui ne correspond plus au connu, et qui n’a pas encore gagné sa propre autonomie révélatrice. Pour vous encourager, je vais encore vous donner quelques exemples de ceux qui ont réussi après s’être enfonçés dans le rien, dans le vide, renonçant aux petites vertus que certains — qui s’imaginent supérieurs — développent comme des panacées, alors qu’il ne s’agit que de remèdes pour des bobos. Disons que quelques-uns s’aventurent dans le mystère, dans le « je ne sais pas mais je cesse de me raconter des histoires ». Tchouang Tseu est resté « suspendu » dans un no man’s land dans lequel l’activité humaine lui paraissait dérisoire, cruelle et mensongère. Saint Augustin a eu l’audace de se mesurer au temps, et comme Teilhard de Chardin, il est passé par des périodes incandescentes, à se demander même si chacune des secondes qu’il vivait était digne de Dieu. Que ce soit l’âme qui appelle ou bien l’individu qui cherche à se désidentifier du non-satisfaisant, le samsâra, ou son équivalent sombre, le mystère du blood and flesh (le sang et la chair), peu importe. L’instigateur de la stratégie évolutive se met en marche non pas vers des a priori métaphysiques ou des croyances subtiles, mais vers son propre fonctionnement dans l’ici et maintenant. L’impuissance est acceptée pour être résolue, l’ignorance est consentie comme tremplin de la connaissance. Le retour de l’esprit sur lui-même s’opère, et c’est le seul moyen de le distinguer de la dynamique de la nature sous-jacente à la pensée

L’évoluteur se reconnaît en pointillé chez les maîtres, les philosophes vivant leur weltanschauung, les avatars, les sages — et aujourd’hui chez les psychologues et thérapeutes. Tout en prenant la mesure d’un chemin à parcourir sur lequel rien n’est tracé d’avance, le projet s’annonce clair, indépendant des formes précises que l’itinéraire revêtira: il s’agira de dépouiller le yin de sa propension à s’étaler sournoisement dans le moi en le faisant adhérer mécaniquement à ce qui lui arrive, comme il s’agira de dépouiller le yang de sa main-mise triomphaliste sur la durée qu’il instrumentalise mécaniquement, dans l’obsession du but et de la conquête, de l’acharnement à réussir, de l’obsession du gain ou de la capture. En dépit de l’abîme indéterminé du présent toujours neuf qui s’ouvre désormais, la peur de l’inconnu recule, et l’allant vers l’inédit se renforce. Les jambes vivent autrement. Le yin et le yang commencent à conjuguer leurs efforts à partir d’un plan plus élevé. Il reste à disposition du sadhâk les deux boussoles indéfectibles de la fermeté et de la souplesse, d’une part le courage, la volonté, la détermination, la motivation, soit l’essence du yang à notre propre échelle, d’autre part, l’essence du yin avec la réceptivité, l’humilité, l’abandon, le service, l’endurance, le consentement, l’obéissance au Divin. 

  Qui dit mécanique dit panne. Devenir attentif aux ratés qui guettent, aux événements perturbateurs, aux automatismes, aux réflexes, aux réactions comme aux attentes magiques, aux troubles psycho-somatiques, tel est le souci du scrutateur du temps. Posséder la forme de l’étoile, c’est être tiraillé. C’est un peu comme les cinq éléments chinois, chacun possède un tel écart avec l’autre, que n’importe lequel se trouve l’adversaire mortel ou l’allié naturel d’un autre.

Chacune des branches de l’étoile humaine a son mot à dire — le sien propre — devant le temps qui passe et la sollicite peu ou prou. C’est une source d’erreurs perpétuelle. L’ignorance disent les orientaux, le péché, la passion, dit-on près de chez nous depuis des générations écrasées par le poids de la vie. Souvent, il faudrait dire oui à autre chose, le lâcher prise est de rigueur, mais on s’acharne inutilement, comme d’habitude. Le yang n’en démord pas. Souvent il faut dire non, non ce n’est pas pour moi, cela me distrait de moi-même, mais on y va quand même par faiblesse, pour jouir d’un moment, ou pour faire plaisir à quelqu’un, ou encore pour oublier ses soucis. Le yin nous aura perversement associé à une adhérence, à une identification inutile ou déroutante.

Extrait vu sur le site : www.supramental.fr – Le site de Natarajan

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