La Terre a un cerveau

 

 

images (10)Paradoxe : plus la civilisation progresse, plus le mal-être croît et la prise de conscience de celui-ci. Le sentiment de fin de l’histoire ne peut s’estomper que si les habitants de Gaia conçoivent la terre comme être dont ils sont la pensée.

Contrairement a ce qu on aurait pu croire, tous les jeunes gens de la planète ne sont pas seulement les fous dangereux du stade du Heisel ou des groupuscules nazis et autres skinheads, ce ne sont pas non plus les fanatiques furieux endoctrinés. sous le prétexte d’une religion, d’un parti ou d’une secte, et pas davantage les desperados martyrs qui attaquent les chars d’assaut à mains nues. A moins qu’ils ne tiennent un peu des trois, ce qui constituerait un début d’explication au résultat curieux d’une récente étude publiée dans le journal de l’Association médicale américaine, établie par Gérard Klerman et Myrna Weissman de l’université Cornell, portant sur 30000 cas et mettant clairement en évidence que la dépression nerveuse frappe plus souvent la population des pays développés.

Et pour les auteurs, le paradoxe c’est que si la génération du baby-boom, c’est-à-dire celle de l’après-guerre, est physiquement la plus robuste de toute l’histoire en même temps que celle qui a grandi pendant une période de grande prospérité économique, elle connaît pourtant un grand sentiment de malaise et de déception.
Après analyse des statistiques sur les admissions en hôpital, des diagnostics psychiatriques et du nombre et des raisons des suicides, on se rend compte sans aucun doute possible que les cas de dépression nerveuse sont précisément en nette recrudescence chez cette génération, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe occidentale.
Un sentiment de mal-être qui semble bien, en plus, transmissible, puisqu’on voit progresser depuis quelque temps la courbe des cas chez les adolescents, exactement comme si, comme l’indique le docteur Kerman, « la déprime était le prix à payer pour la civilisation ». Rien à voir en tout cas avec ce qu’on appelle le trouble de la femme mûre – qui jusque-là avait le monopole du diagnostic de la fatigue nerveuse… mais en revanche la preuve du profond malaise de notre fin de siècle, une tendance « lourde » comme disent les sociologues, qu’il serait urgent de ne pas sous-estimer, vraisemblablement dû entre autres au fait que dans une société plus riche on peut travailler moins, prolonger son adolescence et ne plus trouver de sens à la vie. La preuve que l’argent ne fait pas toujours le bonheur ! Et autant il est vrai que tirer sur sa jeunesse est un crime contre l’espoir qui ne fait qu’ajouter des croix dans le cimetière des idées des régimes moribonds, autant ne rien lui proposer du tout prépare les funérailles du désir et de l’enthousiasme. Et qu’elles soient nationales ne les rend pas nécessairement plus grandes.

Alors évidemment, il y a les politiques et leurs cris d’orfraie. Depuis un certain temps la notion de majorité semble emporter les suffrages de la presse et des professionnels, en suscitant il est vrai un certain étonnement.

Pourtant, à priori, tout le monde est d’accord sur sa définition. Évidemment, on peut toujours affiner et parler de majorité absolue ou de majorité relative, mais en réalité que cherche-t-on ? Manifestement à décider à la place des autres, à avoir un comportement de chef qui prend en charge la communauté pour son bien. Et il ne fait aucundoute qu’on y croit aussi fermement dans chacun des partis représentés. Et après tout, pourquoi pas, puisqu’il ne s’agit somme toute que de conventions comme dans n’importe quel jeu.

Cela dit, une expérience récente pourrait, à condition de la prendre en compte, tempérer cette belle et bonne volonté et ses certitudes profondes.

Vous prenez deux groupes de dix sujets et vous les enfermez dans deux pièces séparées. Dans la première, vous donnez à neuf d’entre eux des excitants et au dixième un calmant.

Dans la seconde, vous faites le contraire, neuf calmants pour un excitant. Et que croyez-vous qu’il arrive ?
Dans les deux cas le dixième sujet se conduit exactement comme les neuf autres, c’est-à-dire que le calmant a les effets d’un excitant dans le premier groupe et le même excitant a les effets d’un calmant dans le second. Une expérience qui bien entendu fonctionne aussi bien si on prend des groupes de 271 ou de 276 personnes par exemple (comme à l’Assemblé nationale…). Bref, les conventions sociales peuvent être totalement inconscientes, mais n’en sont pas moins les plus fortes.

Autre constatation: tout le monde sait que « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Mais pour les Américains, si la pierre est moussue, c’est parce qu’elle ne bouge pas. Conclusion, pour eux ce proverbe signifie que pour réussir dans la vie, il faut bouger beaucoup. En Irlande, en revanche, l’interprétation est différente: pour acquérir expérience et sagesse il faut surtout rester en place. En clair, notre compréhension dépend de notre perception, une perception élaborée à partir d’horizons singulièrement limités dès lors qu’on les compare à d’autres. Et si un morceau d’ébène raconte des histoires tellement dissemblables à un bûcheron, un poète ou un luthier, on se demande pourquoi la « chose publique », Republica, n’en ferait pas de même avec chacun d’entre nous.
Et s’il faut s’étonner, ce n’est peut-être pas de l’écroulement d’un système auto-satisfait et auto-suffisant, mais du temps qu’il nous aura fallu pour nous souvenir que ce sont les hommes qui l’ont fait et pas le contraire.

De fait, gouverner, comme chacun sait, c’est prévoir, mais informer, c’est mettre en forme.

Une nouvelle n’est jamais gratuite, elle mérite toujours d’être analysée avant d’être dégustée ou digérée. De plus, avoir beaucoup d’informations n’est pas suffisant pour se prétendre intelligent. Et donc il faut savoir juger, coordonner et utiliser les éléments fournis. Enfin, rassurez-vous quand même, il paraît que le volume d’informations auquel les êtres humains peuvent accéder permet de mesurer un certain taux d’intelligence.
Les informaticiens connaissent bien le bit (en anglais : Binary Digit), l’unité élémentaire d’informations qui est en fait une réponse – oui ou non – à une question claire. Le robinet de la cuisine est-il ouvert ou fermé ? Il suffit d’un seul bit pour répondre. De même, dans un livre de 350 pages, vous avez environ 10 millions de bits, soit 10 puissance 7, ou en une heure de télévision, environ 10 puissance 12. Quant à la totalité du savoir humain, en admettant qu’il soit contenu dans l’ensemble des livres répertoriés dans l’ensemble des bibliothèques de laplanète, répétitions comprises, il doit avoisiner les 10 puissances 16 ou 17 bits. Mais où l’on peut commencer à s’inquiéter, c’est lorsqu’on apprend que cet énorme chiffre, 10 suivi de 17 zéros, correspond à quelque chose près au nombre d’informations livrées par une seule année de programmes télévisés.

Cela dit, cette façon de mesurer l’intelligence permet au moins d’établir des comparaisons: les baleines bleues, les plus grands animaux jamais connus sur la terre (30 m de long pour 150 tonnes), qui ont une vie sociale et éduquent leurs enfants, sont connues par leur célèbre chant. Un chant qui dure de quinze à soixante minutes utilise une bande de fréquences si large qu’il est parfois inaudible pour une oreille humaine, un chant qui peut aussi bien se répéter de manière absolument identique que s’interrompre brutalement pour être repris, à la note près, 6 mois plus tard.

Certes, nous ne savons pas ce que se racontent les baleines, mais ce qui est sûr c’est qu’elles le font et qu’elles se transmettent 10 puissance 6 bits, approximativement le nombre d’informations de l’Odyssée d’Homère, ce qui n’est pas si mal si on les compare à certains discours et à certaines émissions télévisées.
Et il n’est pas besoin d’être un grand devin pour imaginer la tête que feront les archéologues du futur lorsqu’ils découvriront qu’un jour les hommes sur la planète ont pu produire Interville ou la Porte Magique et l’Illiade et l’Odyssée ! En attendant que celui qui n’a jamais rêvé d’être un temps une baleine bleue leur jette la première pierre !

Un nombre pour finir 
Dix milliards, c’est à peu près le nombre de cellules que contient le cerveau humain, dès la 12e semaine après la conception. Puis, pendant les 6 mois de grossesse restants et les 5 premières années de vie, ces cellules nerveuses vont rompre leur isolement en formant des réseaux extrêmement complexes qui leur permettront de prendre contact, de communiquer les unes avec les autres.

Un autre encore : 500 millions. C’est celui de la population terrestre à la fin du Moyen Age.
En 1840, ce sera 1 milliard, en 1930 deux, en 1976 quatre, cinq aujourd’hui et selon toute vraisemblance dix milliards en 2095.

Or en 1976 précisément, les communications inter­nationales consistaient en 200 millions de lignes téléphoniques, c’est-à-dire un réseau à peine aussi élaboré qu’une zone du cerveau grosse comme un petit pois.
Tandis qu’aujourd’hui elles sont un milliard, les machines à télexer plusieurs millions, toutes reliées entre elles en même temps qu’aux banques de données des plus gros ordinateurs.

De plus, tous les deux ans, ce réseaux double au point qu’on peut envisager, comme le fait remarquer le biologiste Lyall Watson, qu’en l’an 2000 nous aurons fabriqué un outil aussi riche, aussi puissant et aussi compliqué que notre propre cerveau. En clair, quand 10 milliards de terriens seront tous connectés les uns aux autres, comme les 10 milliards de cellules dont nous parlions, l’intelligence ne s’évaluera plus de manière individuelle, mais globale. En fait, rêvons un peu, tout se passe comme si la terre, pareille à un jeuneenfant, était à la veille de percevoir son propre environnement, parce qu’elle aurait été capable, tel un cerveau géant, de créer son réseau de communications.

Curieux parallélisme entre le développement du cerveau de l’homme et celui de ce qu’il faut bien appeler le cerveau de la planète. Une planète en tout cas qui parle, qui vit, qui envoie dans l’espace depuis presqu’un siècle, par la voie des ondes, le bruit de ses radios, de ses télévisions, de ses communications et qui, pourquoi pas, pourrait bien finir par devenir un jour elle-même consciente.

Quant à cette notion de conscience, en admettant que tout ceci relève davantage de la science que de la fiction, il suffit d’avoir celle de la précarité de l’avenir humain pour se dire que la Terre n’est pas au bout de ses peines.

 Par Jean-Yves Casgha

 


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