Le Jeu du Dharma

 

images (10)Chogyam Trungpa Rimpoche, l’un de ceux qui firent connaître le bouddhisme en Occident, parle d’un royaume légendaire appelé Shambhala, un lieu de paix et de prospérité où des souverains sages et éclairés gouvernaient des citoyens tout aussi sages et bienveillants, de sorte que la vallée où cela se passait abritait l’exemple même d’une société modèle. Selon certaines versions de la Légende, le jour où toute la société atteignit la sagesse, “l’éveil”, le royaume de Shambhala se rendit invisible aux regards des hommes. Il se serait enfoui au centre de la terre, protégeant son accès par des murs de nuages et de montagnes infranchissables.

Les “enseignements de Shambhala” se fondaient sur un postulat : il existe réellement, enfouie en chacun, une sagesse fondamentale, qui peut aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion, pas plus qu’elle n’est l’exclusivité de l’Occident ou de l’Orient. Il s’agit plutôt d’une aspiration humaine, profondément enracinée.
Lorsqu’un être capte la puissance et la profondeur du réel, il peut rencontrer ou invoquer la magie. Cette magie n’est pas un pouvoir anormal sur le monde, mais simplement la découverte de ce que les Tibétains appellent le Drala, la sagesse du miroir cosmique. Drala est formé de la, au-dessus, et de dra, ennemi, conflit : au-dessus des conflits, au-delà de l’ennemi. C’est une sagesse dépourvue d’agression.

Paradoxalement, la situation du monde, au temps où Shambhala atteignit l’éveil, était préoccupante. Guerre, pauvreté et instabilité économique généralisée, chaos politique et social entraînaient des bouleversements de toutes sortes. Pour y remédier, les sages dispensèrent un enseignement qui portait le nom d’“ art du guerrier ”. Cet art, en pareil contexte, en appelait à la tradition du courage bienveillant. De la même façon que le guerrier s’assure de la noblesse de la cause pour laquelle il va mettre en œuvre des forces dangereuses, l’homme devait projeter sa pensée dans une dimension universelle, au-delà de sa maison, de sa famille, de sa ville, de son pays. Il devait se questionner pour savoir comment aider le monde dans sa totalité. C’était la mission de chacun, l’important étant de se rendre compte qu’on ne peut jamais véritablement se détendre, tant que quelqu’un dans le monde a besoin d’aide.

Cependant, en essayant d’imposer leur aide aux autres, certains finirent par ajouter au chaos. Car chacun avait sa théorie sur les besoins du monde !

Aussi, les sages de Shambhala partirent-ils de l’hypothèse qu’il fallait d’abord découvrir en soi-même ce que l’on pouvait offrir au monde, avant de chercher à établir une société éclairée. Pour commencer, chacun devait s’efforcer d’examiner sa propre expérience et ce qu’elle contenait d’utile pour ennoblir son existence et aider les autres à en faire autant. La technique introspective utilisée dans ce but par les sages fut baptisé Jeu du Dharma.

Issu La Légende du Jeu du Tao Par Patrice van Eersel

 

 


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