Archive pour 15 juin, 2014

Pourquoi tout le monde court

 

Footing, running, marathons au profit d’une bonne cause… Alors que l’époque vante le slow tout-terrain, la course à pied prend un nouvel essor. De petites foulées pour mieux méditer ?

Agnès Rogelet

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 « Ils sont fous ! » C’était il y a deux ans. Nous remontions tranquillement un sentier du pays du Mont-Blanc entre amis quand des coureurs portant juste un petit bidon d’eau nous ont dépassés à vive allure. « Comment peuvent-ils apprécier le paysage ? » nous sommes-nous exclamés, jaloux de voir « notre » territoire foulé par des bipèdes peu respectueux du code de conduite : marcher tranquillement. Il faudra nous y faire. Ces randonneurs pressés pratiquent le trail (prononcez « trèle ») ou « course sur chemin ». Un sport nature qui se démocratise avec un tel succès qu’il existe depuis l’été dernier des « stations de trail » conçues comme celles de ski : avec des pistes vertes, bleues, rouges et noires selon la difficulté.

À la campagne ou en ville, la course à pied revient en force. Les rassemblements populaires comme les marathons – à visée caritative ou non – se multiplient et attirent toujours plus de participants. En France, nous serions près de deux millions et demi à nous lancer plus ou moins régulièrement (« Motivations de la course à pied », institut de recherches Synovate pour Asics, 2009). À ceci près que le jogging égocentrique des années 1980 a laissé la place au running, porté par d’autres valeurs plus collectives.

Un hédonisme qui a du sens

 « On s’envoie des SMS pour se motiver, on s’encourage pendant les entraînements », se réjouit Sandrine, 40 ans, qui a débuté grâce au Passeport courir au vert de Weleda. Deux ans après, cette novice, qui jugeait cette pratique « ennuyeuse, fatigante et réservée à une sorte d’élite courageuse », est fière d’avoir déjà à son actif des courses comme La Parisienne et Odysséa. « Les participants veulent se prouver qu’ils sont capables d’en être, confirme Olivier Bessy, sociologue du sport et des loisirs. À notre époque, où la quête identitaire est forte, pratiquer cette activité est un moyen de se valoriser sur le plan social et personnel. » Appartenir à la communauté des coureurs aide à surmonter sa sensation d’impuissance, à trouver ses marques et à renforcer son estime de soi.

Grâce à Internet, il est facile de se faire une culture running : conseils en diététique, adresses pour se procurer les dernières chaussures techniques, mises au point avec des experts en posturologie pour tenir compte des zones d’appui du pied et éviter les traumatismes. Les runners choisissent de faire aussi partie du clan Asics, Nike, Saucony, Salomon, Raidlight – fabricants d’équipement – et ne se sentent jamais seuls ! « Avec les applis pour smartphones indiquant les pulsations cardiaques, les calories brûlées ou la vitesse de déplacement, ils ont l’impression de courir avec un coach », note Raymonde Cornou qui, dès 1979, a créé la première boutique dédiée aux marathoniens.

« Quand je cours au profit d’associations, je fais de meilleurs chronos. Je me con centre sur la cause que je défends et je ressens mieux l’énergie du groupe », témoigne Karine, 44 ans. Atteinte d’un cancer du sein, elle a participé à La Parisienne l’an dernier, « ma façon de ne plus occulter cette maladie dont j’ai longtemps eu honte », confie-t-elle.

« Le message des coureurs dit que tout n’est pas que crise et désespérance », remarque l’ethnologue Martine Segalen, elle-même pratiquante aguerrie. Les courses populaires autorisent « les lourds, les lents, les plus-si-jeunes à dire qui ils sont, à “récupérer” leur corps, mais aussi la ville, qu’ils conquièrent un moment sur les voitures. Elles sont, en ce sens, humaines et subversives ». Ne plus vouloir courir idiot est la nouvelle aspiration très forte à l’origine du footing touristique (ou sightrunning), qui propose d’effectuer la visite guidée d’une ville en trottinant. Sur les chemins de randonnée, l’idée est de profiter du panorama. Hédonisme, convivialité mais aussi respect de la nature – sous peine de disqualification lors d’épreuves de trail – et solidarité sont des valeurs autrement plus stimulantes que la simple performance.

Comme un état modifié de conscience

Confronter son corps aux distances permet de se réapproprier les notions d’espace et de temps. Quitte à les défier. Car la course est un jeu, une source de jouissance, qui pousse à la surenchère. « La première fois, il y a deux ans, j’ai couru quatre minutes ! raconte Christine, qui a débuté à 46 ans. S’en est suivie une grosse fatigue. Puis en me renseignant sur Internet, j’ai compris qu’il ne fallait pas aller vite mais longtemps. Et, petit à petit, je suis arrivée à quarante minutes. » « En gérant son entraînement, le coureur a la sensation de reprendre un pouvoir qui lui échappe, notamment dans son rapport à l’argent ou au temps, explique Pascale Sterdyniak, psychologue du sport et psychothérapeute. Il contrôle son désir, et ce cadre lui redonne confiance. »

Économiser son énergie pour se maintenir dans la course : la métaphore nous parle. « La performance s’inscrit dans une logique d’harmonie et de maîtrise de soi, dans l’idée, orientale, de contenir le temps », reprend Olivier Bessy. Certes, nous pratiquons parfois pour affiner notre silhouette, rester en forme, évacuer le stress. Pourtant, l’impression de liberté qu’offre ce sport, affranchi des contraintes horaires, sous-tend souvent notre motivation. Mais plus seulement. Désormais, yoga et running fusionnent pour devenir le « yogging », séances d’étirement et de relaxation en vue de préparer le corps et l’esprit.

Pascale Sterdyniak assimile cette activité physique à de l’autohypnose. Au-delà du rôle euphorisant des endorphines, elle plonge certains dans un état de grâce que Damien Lafont, sportif et scientifique, appelle « la zone ». Cet état de fluidité se caractérise par une production d’ondes alpha identiques à celles observées en relaxation dans les états modifiés de conscience. Et nous pouvons tous l’atteindre, à condition de rester à l’écoute de nos sensations et de fixer notre attention sur téléchargement (9)le rythme de notre respiration et de nos pas. Autrement dit, en abordant délibérément le running comme une méditation. Un voyage spirituel qui permet de se sentir partir ailleurs tout en restant là, bien ancré en soi.

A lire

Entrez dans la zone de Damien Lafont (Amphora, 2011).

intelligence relationnelle basée sur la compassion

 

images (7)Déployer vos antennes pour capter tous les messages de l’autre afin de faire corps avec ses émotions, assimiler son point de vue dans toutes ses nuances, telle est votre façon d’entrer en relation. Avant d’échanger, vous privilégiez l’écoute compatissante, qui inspire confiance et invite aux confidences. Votre grande empathie vous permet d’être quasiment médiumnique dans la communication : vous sentez et devinez votre interlocuteur, au point de parfois devancer ses mots. Dans un tel climat de complicité, les liens intimes et affectifs se tissent vite. Ce talent est aussi votre faiblesse. Car si votre sens de la compassion et votre hypersensibilité font merveille quand l’harmonie règne, elles vous desservent dans les situations de conflits. Dominé par l’affectif, vous avez beaucoup de mal à répondre aux critiques ou aux attaques, surtout de la part de proches. Autre vulnérabilité : votre propension à donner sans compter (votre temps, votre aide, vos conseils…) et sans attendre de retour, ce qui vous condamne souvent à l’abnégation, voire au sacrifice. En clair, vous vous faites passer derrière l’autre et vous trouvez cela normal, même si vous en souffrez.

Les pistes à explorer : il faudrait peut-être interroger votre croyance selon laquelle l’autre a forcément priorité sur vous. Avez-vous dû, dans votre enfance, déployer beaucoup d’énergie pour vous faire aimer ? Quels critiques, conflits ou colères avez-vous refoulés par peur d’être rejeté ? Pour revenir au centre de votre existence, vous pourriez aussi apprendre à vous faire plaisir (en listant, par exemple, ce qui vous tente et que vous vous interdisez sous différents prétextes), mais aussi à recevoir (du temps, des compliments, des cadeaux…), sans forcément donner en premier ou en retour.

Votre intelligence relationnelle est basée sur l’adaptation

Mettre du liant dans le groupe, rassembler les bonnes volontés, pacifier les ambiances explosives… pas de doute, vous savez faire. Diplomate de cœur et de raison, vous êtes un négociateur subtil et tenace. Si vous savez écouter, ce n’est pas tant pour vous mettre sur la même longueur d’onde que vos interlocuteurs que pour enregistrer toutes les données qui vous permettront de vous intégrer au groupe de votre choix. Vous savez écouter, mais vous savez aussi vous faire entendre, non parce que vous parlez plus fort que les autres, mais parce que vous utilisez les arguments qui produiront, autour de vous, le meilleur consensus. Doté d’un véritable esprit d’équipe – voire de clan –, vous ne vous épanouissez vraiment que dans le collectif. Dévoué, idéaliste, enthousiaste et loyal dès lors qu’il s’agit de faire corps pour affronter les difficultés ou pour atteindre ensemble un objectif collectif, vous perdez en revanche tout votre allant, votre motivation et votre joie de vivre si vous vous sentez exclu.

Les pistes à explorer : pour garder le sens du collectif sans en être (trop) dépendant, il vous faudrait travailler l’autonomie, la capacité à passer du « nous » au « je » sans souffrance. Peut-être votre besoin d’intégration provient-il d’anciennes séparations douloureuses ou de la nécessité d’avoir dû vous suradapter pour conserver ou pour susciter l’amour… Quoi qu’il en soit, c’est en faisant régulièrement l’expérience d’une solitude sereine et riche (activités artistiques ou sportives individuelles) ou en apprenant à assumer un choix qui n’est pas forcément validé par les autres (en continuant à fréquenter cet ami que votre conjoint n’aime pas beaucoup…) que vous pourrez goûter aux joies de la singularité.

 

 

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