Archive pour 17 juillet, 2014

Etre femme rabbin

: « Je suis une femme rabbin »

Delphine Horvilleur, 38 ans, est l’une des deux femmes rabbins qui exercent en France. Cette mère de trois enfants milite pour que les religions finissent par reconsidérer le rôle et la place des femmes. Et pas seulement dans les synagogues.

 

220px-Toby_Manewith« Être juive, qu’est-ce que ça veut dire ? Puis-je avoir pleine confiance en qui et en quoi que ce soit ? C’est avec ces questions que j’ai grandi, dans une petite ville de province où nous étions parmi les seules familles juives. Mes grands-parents paternels sont originaires d’Alsace-Lorraine, mon grand-père avait suivi une formation rabbinique. Pendant la guerre, ils ont été accueillis et protégés dans le sud de la France. Mes grands-parents maternels, eux, sont des rescapés d’Auschwitz. Ils n’ont jamais raconté leur histoire, mais nous savons simplement qu’ils ont chacun perdu leur conjoint et leurs enfants dans les camps. Après l’enfer, ils ont trouvé la force de fonder une famille.

C’est aussi entre ces deux histoires que j’ai grandi : l’une qui dit “Le monde nous a sauvés”, et l’autre qui murmure en silence “Le monde nous a assassinés”. Fallait-il que j’aie de la confiance ou de la défiance à l’égard du monde qui m’entourait ? J’ai passé mon enfance à essayer de réconcilier ces deux modèles familiaux, ces deux expériences difficilement compatibles…

Le silence de mes grands-parents maternels m’a tant marquée que j’ai beaucoup cherché dans mes lectures à comprendre ou à imaginer leur histoire, à remplir les blancs laissés par le vide de leurs paroles. C’est peut-être aussi comme cela que j’ai fini, bien plus tard, par me pencher sur les textes religieux. Pour comprendre.

J’avais besoin d’en passer par là pour (re)découvrir que le judaïsme n’est pas que la mémoire douloureuse de la Shoah, mais qu’il est une religion résolument ancrée dans la vie et dans la transmission, où tout nous encourage à célébrer et à honorer le vivant.

Après un premier court séjour dans un kibboutz, j’ai décidé de partir en Israël en 1992 pour faire mes études de médecine et poursuivre ma quête d’identité. Le pays était alors en plein processus de paix, en plein processus de vie : c’était exactement ce dont j’avais besoin. J’étais heureuse là-bas. 

Et puis, en novembre 1995, le Premier ministre Yitzhak Rabin a été assassiné par un étudiant juif israélien opposé aux accords de paix d’Oslo, premier pas vers la résolution du conflit israélo-palestinien. J’ai été foudroyée. Cet assassinat d’un des miens par l’un des miens m’a renvoyée avec violence aux deux mondes incompatibles de mon enfance…

À Jérusalem, les attentats terroristes se sont multipliés. La tension était permanente. En 1997, je suis rentrée en France pour souffler un peu. Parallèlement à mes études scientifiques, j’ai continué à me plonger dans les textes, où j’ai découvert la vitalité d’une pensée talmudique créative et féconde. C’est devenu pour moi une urgence de plus en plus pressante, vitale même, que d’explorer cette tradition pour y ancrer mon judaïsme.

J’ai fini par abandonner la médecine et, après un petit passage dans le journalisme, je me suis consacrée entièrement à l’étude du Talmud. Et là, j’ai fait face à un nouvel obstacle : celui de mon genre. La plupart des institutions religieuses et des centres d’études en France n’acceptent pas les femmes ! J’ai cherché ce qui pourrait justifier cette interdiction. Je n’ai rien trouvé de convaincant. L’étude est la valeur centrale et sacrée du judaïsme. La refuser aux femmes est une insulte à l’essence même de nos traditions.

Je suis partie étudier à New York, où j’ai découvert un judaïsme aux visages pluriels, ouvert, créatif et… égalitaire entre hommes et femmes ! Quand il est capable d’être ouvert, le discours religieux n’appauvrit pas la complexité de la nature humaine, bien au contraire : toutes les sensibilités, si minoritaires soient-elles, peuvent dialoguer et s’enrichir les unes les autres.

C’est à ce moment de ma vie que j’ai enfin trouvé mon chemin vers le rabbinat. J’ai aussi rencontré un économiste français, avec lequel je me suis mariée. Nous avons eu très vite notre premier enfant. Une fois devenue rabbin en 2008, j’aurais pu rester à Manhattan, où les postes de rabbin ne manquaient pas et où les femmes rabbins sont nombreuses.

Mais le défi pour moi était de revenir ici, où, traditionnellement, les femmes ne sont pas rabbins. Les responsables du Mouvement juif libéral de France m’ont proposé de les rejoindre, et j’ai accepté. Nous sommes rentrés à Paris juste à temps pour que j’accouche de notre deuxième enfant.

En devenant rabbin, je me suis reconnectée à une identité juive vivante et positive, qui peut marcher main dans la main avec cette autre histoire juive, celle de mes grands-parents. Aujourd’hui, j’essaie de transmettre et d’enseigner, notamment aux générations futures, dont mes enfants – je viens d’avoir une petite troisième –, ce qui constitue la richesse de notre tradition et de notre histoire. Ses tragédies et ses ressources, ses deuils et ses résiliences, sa capacité à dire encore “leh’ayim !” – “à la vie !”

L’histoire de ma famille m’a appris à vivre avec une conscience de l’urgence, comme si on pouvait mourir demain : je ne pense jamais que demain arrivera avec certitude. C’est souvent dans cette incertitude et dans le doute que je puise de la force et de l’enthousiasme pour étudier et transmettre au fur et à mesure ce que j’apprends.

Mon histoire m’a aussi donné envie de me pencher sur la place que les religions donnent aux femmes, sur la manière dont elles parlent d’elles, et plus spécialement de leur corps.Le voile islamique n’est pas le seul à sous-entendre que le corps découvert des femmes contaminerait les hommes.

Dans toutes les religions, les fondamentalistes s’emparent de la pudeur, et plus particulièrement celle des femmes, pour tenter de les contenir et les restreindre aux frontières de leur corps, comme si leurs fonctions physiologiques les définissaient entièrement et devaient être placées sous contrôle, enveloppées par la loi. C’est injustifié et insupportable.

Il suffit, une fois encore, d’explorer les textes et les mots de la tradition pour se rendre compte qu’ils restituent de façon beaucoup plus subtile et ouverte les questions de complémentarité.

J’ai choisi d’explorer les sources traditionnelles ; être rabbin me permet de dire ces choses depuis l’intérieur du discours religieux. Je crois que les religions ont besoin de voix libres, subversives, modernes. Elles ont besoin de reconnaître que l’érudition n’est pas le monopole d’un sexe, mais se nourrit du dialogue entre les genres.

Dans le Talmud, il est clairement dit qu’après notre mort nous aurons à rendre compte de ce que nous avons fait alors que c’était interdit. Mais aussi de ce que nous n’avons pas fait alors que c’était permis. C’est cette liberté que je me suis donnée : pour moi, cette rencontre et cette exploration conjointe, mixte des textes ne sont pas une option. C’est un devoir, et c’est le défi de notre génération. »

Delphine Horvilleur 

A liretéléchargement

En tenue d’Eve, féminin, pudeur et judaïsme, de Delphine Horvilleur, chez Grasset.

 

Cultiver son optimisme

L’optimiste est en meilleure santé, plus innovant, plus altruiste

 

images (1)Les recherches (notamment à l’université Carnegie Mellon de Pittsburg et au Centre médical de l’université Columbia) prouvent que l’individu « plutôt optimiste » vit en meilleure santé que le « plutôt pessimiste », évitant plus facilement, par exemple, les accidents cardiaques et vasculaires cérébraux. Normal, dira-t-on, puisque le premier se sent plus heureux que le second et que le bonheur stimule son système neuro-­immuno-endocrinien. Il tombe donc moins malade et guérit plus vite. Alors qu’à trouble identique, le pessimiste se plaint davantage, ce qui l’entraîne dans une spirale psychosomatique pathogène. Après trente ans d’études, les chercheurs de la Mayo Clinic de Rochester (Minnesota) ont établi que l’optimiste a une espérance de vie de 19 % supérieure à celle du pessimiste. 

Ensuite, l’optimiste moyen est plus motivé et innovant que le pessimiste moyen, ce qui ne surprend pas trop. Cela facilite sa vie relationnelle. Il plaît dans le privé et au travail, un employeur le recrutera en priorité – mais plutôt à un poste créatif : pour les tâches où sévérité et contrôle sont de mise, on préférera un pessimiste. Les études montrent aussi que l’optimiste est plus concentré, plus vigilant et plus à l’écoute d’autrui. Cet altruisme, qui bénéficie au groupe, concorde avec la thèse d’une humanité optimiste favorisée par la sélection naturelle. Enfin, l’optimiste résiste mieux en cas de coup dur, faisant, comme disait Churchill « d’une difficulté une opportunité ». 

Relativisons le propos. Nous sommes rarement optimistes ou pessimistes à 100 %. La plupart d’entre nous sont des « opti-pessimistes ». Tout est une question de dosage. La meilleure façon de tester son optimisme est de répondre au questionnaire de Martin Seligman – que l’on peut consulter (en anglais) sur le site du Positive Psychology Center ( www.positivepsychology.org), de l’université de Pennsylvanie.

Pour sa part, Philippe Gabilliet voit quatre combinaisons possibles : 

• A la fois optimiste de but (« on y arrivera ») et optimiste de chemin (« et ça sera facile ») : c’est le rêveur délirant. 

• A la fois pessimiste de but (« on n’y arrivera jamais ») et pessimiste de chemin (« et on va morfler ») : c’est le défaitiste. 

• Pessimiste de but (« on n’y arrivera jamais ») et optimiste de chemin (« mais on va bien s’amuser ») : ce serait plutôt le pervers. 

• Enfin, optimiste de but (« on y arrivera ») et pessimiste de chemin (« mais ça sera difficile ») : tel serait le véritable optimiste, surtout en temps de crise. 

Est-il possible de devenir optimiste quand on ne l’est pas naturellement ? La réponse est finalement oui et le meilleur exemple nous arrive de Scandinavie. Les peuples du Nord, génétiquement homogènes, auraient tendance à être porteurs de la version courte du gène 5-HTT – dont dépend une protéine transporteuse de sérotonine. Ils sont donc « petits porteurs » du neurotransmetteur de la sérénité et ont tendance à tomber dans la déprime et le pessimisme – bonjour Ingmar Bergman ! Or, quand les instituts de sondage procèdent au classement des nations du monde suivant leur degré d’optimisme, les Nordiques caracolent toujours en tête. Pourquoi ? Selon les psychosociologues, se sachant d’autant plus menacés par la dépression qu’il fait nuit chez eux un bon tiers de l’année, ils ont inventé des formes d’organisation sociale tellement conviviales et sécurisantes que le processus s’est inversé. Chez eux, l’inné a été collectivement corrigé par l’acquis.

Les Français ne feraient-ils pas la démonstration inverse ? Nous vivons dans un pays et une culture que le monde nous envie. Depuis 1980, notre niveau de vie par habitant a crû de 50 %. Et pourtant les enquêtes nous qualifient de « champions du monde du pessimisme ». En décembre 2010, selon BVA-Gallup, 61 % des Français anticipaient un avenir difficile, contre 52 % des Britanniques, 48 % des Espagnols, 22 % des Allemands… et 14 % des Brésiliens, Indiens et Chinois !  

Hypothèses pour un paradoxe 

Les optimistes que nous avons interrogés sur ce paradoxe proposent des explications divergentes. Un PDG tempête contre la frilosité de nos pantouflards de compatriotes, dont le pessimisme de façade protégerait un confortable esprit sécuritaire. Un principal de collège estime, lui, que l’apparente schizophrénie française est une ruse : notre pessimisme s’adresserait aux pouvoirs publics, qu’il est toujours nécessaire d’inquiéter, alors que nous serions optimistes dans l’intimité. La preuve ? Nous faisons beaucoup d’enfants, presque assez pour renouveler notre population, ce qui est devenu rare. Une femme médecin et un e-entrepreneur s’accordent sur le constat suivant : le pessimisme viendrait du mental ; l’optimisme, du cœur et des tripes. On pourrait donc être les deux à la fois, le tout est de savoir équilibrer ces différentes parties de soi-même. Vous connaissez la blague du pessimiste qui se lamente : « La situation ne peut pas être pire. » Et l’optimiste lui répond : « Mais si, mais si. » Cet échange à la Raymond Devos peut s’entendre de différentes façons. La plus fine nous dit que, quel que soit le drame que nous vivons, on peut relativiser : il y a toujours pire. Mais la logique veut que nous achevions cet article sur une note gaie. Revenons à la fameuse vidéo de Philippe Gabilliet sur la chance, qui a fait le tour de la francophonie, et résumons son propos *. 

Pour réussir, dit Gabilliet, il faut du talent et du travail, mais aussi de la chance. Certains pensent que la chance, c’est le hasard ou la bonne étoile. La pratique montre que non : la chance est une compétence qui s’acquiert. Comment ? En créant autour de soi un environnement favorable aux opportunités, grâce à quatre postures : 

1- Etre vigilant, curieux, savoir sortir de ses routines. « La chance, dit Gabilliet, n’aime pas les routiniers. » 

2- Avoir un bon réseau. Mais cela ne signifie pas seulement avoir un bon carnet d’adresses. Il s’agit de devenir celui ou celle qui met les autres en relation et les aide à agir. Pierre Doré, fondateur de l’Institut européen du leadership, disait : « La meilleure façon d’atteindre ses objectifs, c’est d’aider ceux dont on a besoin à atteindre les leurs. » 

3- Prendre conscience que la chance n’est pas toujours là. Les plus grandes réussites, dans le business, l’histoire, les médias, le spectacle, l’art, sont jalonnées de revers. Mais leurs acteurs ont su rebondir et transformer ces échecs en projets.  

4- Anticiper en ayant toujours au moins un projet d’avance. « Qu’il soit entendu, ou récupéré, ou transformé, conclut le prof, c’est ce projet qui, comme par hasard, créera la bonne opportunité, demain, la semaine prochaine, dans un an. »  
 

par Patrice van Eersel

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