Archive pour 23 juillet, 2014

Nous sommes tous des guérisseurs

Bernard Blancan : “”

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On le connaît acteur. Il s’est découvert sourcier et guérisseur. Réfutant tout don ou pouvoir magique, il assure que c’est à la portée de chacun de nous. Rencontre avec un esprit cartésien ouvert à l’inconnu.

[EXTRAIT] Quand, ayant épuisé tous ses arguments théoriques pour vous convaincre, Bernard Blancan approche sa main à six ou sept centimètres de votre épaule, vous vous figez. Il ne vous touche pas, il ne vous effleure pas, mais cette main, vous la « sentez ». C’est d’abord un fourmillement, puis une chaleur. Un poids. Il recule : « Ce que vous avez ressenti, je l’ai ressenti aussi. Le même fourmillement, la même chaleur. J’ai eu, comme vous, la sensation d’être en toucher, alors que nous ne l’étions pas. »

« Comment faites-vous ? » C’est la question qu’il attend. Celle qui le taraude depuis ce jour de 2006 où il s’est essayé sourcier, puis guérisseur. Rien ne l’y prédisposait sinon, admet-il, un vague intérêt pour « le domaine de l’étrange ». Comme beaucoup de monde, sans plus. Il était bien assez occupé par sa carrière de comédien – c’est l’année où il recevait le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes, conjointement avec ses compères du film « Indigènes », Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila. L’année, aussi, où il faisait la connaissance de son père biologique. « Il venait de se découvrir sourcier. A notre deuxième rencontre, nous étions à Pau, il m’a mis ses baguettes entre les mains. Nous avons marché, elles se sont mises à bouger. De retour à Paris, j’ai essayé tout seul. Ça a encore fonctionné. » …

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Le surhomme, c’est nous

Albert Jacquard : 

Le généticien Albert Jacquard est mort en septembre 2013 à l’âge de 87 ans d’une leucémie. Défenseur des sans-abri, des sans-papiers, des sans-voix, il avait raconté dans son autobiographie comment, après s’être tenu longtemps à l’écart du monde et des rencontres, il avait réussi à s’ouvrir aux autres.

Laurence Lemoine

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Psy : Ce qui frappe, à la lecture de votre parcours, c’est que l’engagement arrive relativement tard. Vous avez 50 ans passés lorsque vous commencez à vous mobiliser contre le racisme, puis pour le droit au logement.

Albert Jacquard : Il m’a fallu du temps. Par le passé, j’étais guidé par la soumission et le conformisme. J’avais une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était comme si elle se déroulait au loin. Je n’ai pas pensé un instant à entrer dans la Résistance. J’étais trop occupé à préparer Polytechnique. En 1961, je vivais tout près de l’endroit où des Algériens ont été jetés dans la Seine. Lorsque je l’ai appris le lendemain, j’ai eu honte. J’aurais pu prendre position, mais je n’ai pas bougé. Je suis resté du côté des salauds, ceux qui laissent faire, pendant deux décennies encore.

Diriez-vous, dans le contexte actuel,que le fait d’essayer simplement de maintenir sa place dans un système en crise fait de nous des salauds ?

A.J. : Un peu, oui. Il faut inventer un autre modèle. Caton l’Ancien, qui redoutait une invasion de Rome par les Carthaginois, terminait systématiquement ses discours au Sénat parCarthago delenda est, « il faut détruire Carthage ». Il signifiait ainsi qu’il ne servait à rien de régler les affaires courantes de Rome alors que pesait sur elle une menace qui pouvait l’anéantir. Connaître le danger et ne rien en dire, c’est préparer un crime et, comme le disait Théodore Monod, déjà le commettre.

Beaucoup d’entre nous se sentent plutôt très impuissants…

A.J. : Mais du coup, on se donne l’absolution sans même avoir essayé. Ce que j’ai vécu, dans l’église Saint-Bernard (Le 23 août 1996, à 7h30, les forces de l’ordre expulsent trois cents sans-papiers réfugiés depuis le 28 juin dans l’église Saint-Bernard, à Paris) par exemple, c’était du plaisir à l’état pur. Nous étions tous un peu excités, mais nous étions prêts à bâtir ensemble. Pour avoir vécu ces moments, j’ai maintenant tendance à bannir le « je » de mon vocabulaire. Le surhomme, c’est « nous ».

Comment avez-vous découvert cette force du « nous » ?

A.J. : C’était à Stanford, dans les années 1960. Avant cela, je travaillais à la Seita (Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes), sans autre finalité que d’améliorer la productivité de l’entreprise. J’ai été placardisé. Puis un ami a postulé pour moi à un poste de chercheur dans cette université américaine. C’était l’époque hippie, celle du mouvement pour les droits civiques. J’ai découvert une manière de travailler radicalement différente. Partager ses idées était chose normale. On se donnait le droit à l’erreur, comme condition de progression de la pensée. J’ai découvert les joies de la collaboration. Jusque-là, j’avais si peur des rencontres…

Pourquoi ? En aviez-vous une expérience douloureuse ?

A.J. : Je raconte cette anecdote dans mon livre. Mon frère et moi venions d’emménager à Mâcon. Je devais avoir 12 ans. Nous avons voulu jouer avec une bande de gamins. Eux nous ont crié : « Barrez-vous ! » Pendant longtemps, j’ai redouté les nouvelles rencontres de peur d’être rejeté. Ou alors elles me fatiguaient d’avance.

Qu’est-ce qui vous fatiguait ?

A.J. : Je n’avais aucun appétit pour le faux-semblant, toutes ces choses que l’on dit sans y croire, en prétendant être ce que l’on n’est pas. Je tiens l’éducation religieuse pour une incitation au mensonge. On prétend à la vertu, on se mortifie pour ses péchés sans jamais s’assumer tel que l’on est. J’ai longtemps joué le jeu, avant de rompre avec la religion. Mon propre manque de sincérité m’épuisait. Il n’y a rien de pire que de ne pas s’autoriser à dire ce que l’on pense vraiment. À 86 ans, je ne cache plus mes émotions. Je m’efforce d’être le plus authentique possible, c’est le premier engagement qu’on peut avoir envers l’autre.

Vous racontez aussi comment, à la suite de l’accident qui a modifié votre visage à l’âge de 9 ans (accident de voiture dans lequel périssent son petit frère et ses grands-parents NDLR), vous avez eu le sentiment que personne n’avait plus accès au vrai Albert. Votre méfiance viendrait-elle aussi de là ?

A.J. : Cet événement s’est imposé à moi de manière brutale, mais je lui ai certainement donné trop d’importance. J’ai perdu trop de temps dans mon combat avec l’ange, celui contre lequel on se bat pour parvenir à être soi-même. Il se trouve que ce combat, on ne le gagne jamais vraiment. J’ai longtemps pensé que cet accident avait fait de moi quelqu’un de différent. Je me suis donné un mal fou pour compenser ce que j’y avais perdu en devenant un très bon élève. Et puis j’ai rencontré ma femme, et elle a su me trouver derrière mes masques. J’ai compris grâce à elle que l’essentiel n’était pas là.

Comment avez-vous cessé de craindre les rencontres ?

A.J. : Je venais d’écrire Éloge de la différence (Seuil, 1981, ndlr). dans lequel j’établissais que nous étions tous différents du point de vue génétique, mais qu’aucune de ces différences ne justifiait qu’un groupe humain se croit supérieur. Cette théorie m’avait valu d’être pris à partie par l’extrême droite. C’est à ce moment-là, juste après l’attentat de la rue Copernic (En octobre 1980, un attentat dirigé contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, fait quatre morts et plusieurs dizaines de blessés, ndlr) qu’Albert Lévy (alors secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, ndlr) m’a demandé de défiler sous les banderoles du Mrap. Tenir une pancarte en poussant des cris, c’était tellement inattendu. Mais j’ai adoré ça : m’autoriser à changer, à me mettre en colère. J’ai appris que ce sont les rencontres qui nous font évoluer. Albert Jacquard n’est pas celui que vous pouvez peser ou mesurer. Il est la somme des liens qu’il a tissés et qui l’ont façonné.

Quelles autres rencontres vous ont marqué ?

A.J. : L’abbé Pierre. J’étais venu le voir à Alfortville. Quelqu’un lui a apporté la lettre d’un ministre qui tentait de lui faire croire des sottises. Il s’est emporté : « Mais déchirez-moi ça ! » Et je me suis aperçu qu’au fond il n’était pas gentil. Il était fidèle à ce qu’il pensait être l’acte nécessaire.Il racontait l’histoire suivante. Au tout début d’Emmaüs, il a vu arriver un certain Georges qui lui a dit : « Je sors de prison, je ne sais rien faire, je n’ai plus qu’à me suicider. Pouvez-vous m’aider ? » Réponse de l’abbé : « Je ne peux rien faire pour toi, je n’ai aucun moyen, mais puisque tu n’as rien à perdre, toi, viens donc nous aider. » Ce renversement de posture m’éclaire encore.

Lorsque vous défiliez aux côtés des sans-papiers, vous disiez : « Ce que je voudrais, ce ne sont pas des papiers pour tout le monde, mais des papiers pour personne. » Quel monde aspirez-vous à créer ici-bas ?

A.J. : Un monde dont la compétition a disparu. Nous serons bientôt neuf milliards. Notre planète a la capacité de nous nourrir, pourvu que les uns cessent de s’approprier ce qui appartient à tous et à personne. Mais pour cela, il faut en finir avec ce besoin que j’ai de prendre le pouvoir sur vous, d’être le gagnant et de faire de vous un perdant. Nous sommes tellement habitués à cette logique que nous ne voyons pas à quel point elle est arbitraire. Le mot-clé pour moi, c’est « participer ». Je ne possède pas, j’ai un lien avec des gens, des animaux, des plantes. La possession, c’est l’exclusion. Au contraire, participer, c’est vouloir le bien commun.

En quoi vos engagements vous on-t-ils transformé ?

A.J. : Ils m’ont rendu plus heureux ! Peut-être en éloignant cette mauvaise conscience dont l’éducation religieuse m’avait accablé. Mon épouse me disait : « La mauvaise conscience, on va l’oublier. Aide les gens si tu peux être utile. Mais ne va pas leur raconter
tes états d’âme. » Et puis, quand je suis dans la rue pour être aux côtés de Sri-Lankais ou de Béninois que la police vient jeter à la rue, j’ai un sentiment de puissance. Je jubile d’être là où je crois devoir être.

interview pour http://www.psychologies.com/

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Ne montrer ni joie ni peine

 

images (9)Pour les Japonais, étaler ses malheurs est une forme d’incivilité. Pourquoi alourdir le cœur des autres avec ses propres chagrins ? Cette attitude, surprenante pour nous, Occidentaux, l’est encore plus lorsqu’ils cachent leur joie pour éviter de se montrer inconvenant. Comment, en effet, réagirait une voisine dont le fils vient d’échouer à un concours d’université, alors que nous lui annonçons avec jubilation que le nôtre vient de réussir ? Oui, la frugalité – ou plutôt la retenue – peut même s’appliquer à la façon de communiquer. Un Japonais a toujours le souci de faire sentir aux autres qu’ils sont plus importants que lui. Il lui est impensable de se mettre en avant ou de parader, ce qui aurait pour résultat, cela est humain, de rendre les autres jaloux ou envieux. Etre frugal dans l’expression de ses sentiments peut être une magnifique preuve d’altruisme. 

Les Japonais vivent de façon extrêmement dépouillée chez eux et fréquentent, lorsqu’ils sortent, des lieux luxueux. Faire des économies de bout de chandelle, utiliser les torchons ou les pyjamas jusqu’à la trame, n’est pas de l’avarice mais, au contraire, un signe de noblesse : la parcimonie et la frugalité sont considérées comme des vertus. Par contre, à l’extérieur, ils sont toujours très élégants et soignés,

non pour parader, mais par respect pour les autres. Ils disent d’ailleurs que l’on mange pour son propre plaisir, mais que l’on s’habille pour celui des autres. Néanmoins, là aussi, le maître mot est la discrétion : ne jamais se mettre en avant, ne pas se faire remarquer. Les femmes ne se parfument pas et le coloris le plus porté à Kyoto est le gris. Paradoxalement, ceux qui s’habillent de cette couleur sont les plus regardés et admirés. 

 

Un gage d’harmonie sociale

J’avoue être folle du Japon et je continue, chaque jour, à m’extasier devant la frugalité de ses habitants, leur sourire, leur calme, leur politesse et leur gentillesse, même à la caisse du supermarché… Ils savent tous ce que signifie le mot « frugalité ». Il leur a été inculqué dès l’enfance, ils peuvent vous en énumérer les composantes (retrait de soi, économie, parcimonie, humilité, modestie…). Ils reconnaissent qu’il leur faut parfois des mois et même des années avant de véritablement connaître quelqu’un ; qu’ils souffrent souvent de ne pas savoir ce que leurs plus proches amis, collègues, partenaires de vie pensent. Mais ils sont conscients que c’est grâce à cette retenue que leur quotidien est facile, « confortable », et leurs rapports aux autres fluides, lisses, sans heurts, ni conflits, ni débordements. Chacun prend sur lui et c’est la société entière qui en bénéficie – les manifestations, par exemple, ne se font que les jours fériés : chacun a le droit d’exprimer ses récriminations, mais pas celui de nuire aux autres.

Heureusement, cette authentique frugalité ne se pratique pas qu’au Japon. Cherchez et vous en trouverez partout des exemples. Si vous ne les avez pas encore repérés, c’est que, justement, ces personnes ne se font pas remarquer. Observez-les. Elles vous offriront le plus beau des cadeaux : l’envie de leur ressembler. Car elles possèdent en elles un secret : le contentement de vivre simplement, d’être en accord avec soi, de ne jamais se plaindre et de toujours regarder le bon côté des choses. En un mot, une attitude frugale mais hédoniste que beaucoup d’entre nous recherchent sans relâche, sauf là où elle se cache. 

 Le jeu du Tao est aussi sur La Vie Devant Soi…

 

Dominique Loreau publie, le 16 avril, « L’Art de mettre les choses à leur place » (Flammarion, 240 p., 18 €).

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