Archive pour 27 juillet, 2014

Le Sourire du tao

 

Le côté ensoleillé de la philo

L’écrivain anglais Lawrence Durrell découvre le tao avec Jolan Chang, un érudit chinois sexagénaire à l’allure d’adolescent. Ensemble, ils décryptent les principes de cette philosophie souriante voire narquoise. CLES vous propose de savourer quelques extraits de ce livre aussi drôle que poétique.

téléchargement (1)Le mot taoïsme (…) a toujours exercé sur moi la plus vive séduction, bien que, mis à part le grand poème qui est un peu leur Bible, je connaisse peu les taoïstes et leurs croyances, Mais du jour où mes yeux tombèrent sur le Tao-tö king, œuvre d’une grande beauté et d’une merveilleuse précision qui renferme une énigmatique description du grand moteur de l’univers et de son fonctionnement, je m’aperçus que c’était là ce en quoi je croyais – ou choisirais de croire si je découvrais un jour que croire m’était devenu nécessaire.

Mais, attention : que signifie pour moi le verbe « croire » ? Voilà un mot qui ne souffre point qu’on le traite ainsi à la légère, sans au moins essayer d’en saisir le sens exact. A mes yeux, chaque croyance, quelle qu’elle soit, requiert un certain degré de circonspection car elle se fige bien vite en dogme si, de provisoire, elle devient absolue. Par contre, le mot Tao évoque pour moi différentes attitudes (toute vérité étant relative), un état de disponibilité totale et de total abandon, une conscience totale, exhaustive et sans réserve de cet instant où la certitude pointe le nez, tel un poisson au bout de l’hameçon. C’est alors que l’esprit est en parfait accord avec la grande métaphore du monde – celle du Tao.

La réalité, alors souveraine, se libère de l’encombrant appareil conceptuel de la pensée consciente. C’est le point crucial où l’esprit se fond dans la création tout entière. Cette poésie, c’est le Tao.

 

Aquelle époque de ma vie ai-je commencé à nourrir de telles idées ? Il y a bien longtemps, je pense, pendant ma vingt-troisième année, peut-être sur l’île de Corfou. Les circonstances exactes m’échappent. Quoi qu’il en soit, j’avais senti que je tenais là un Héraclite chinois et que malgré les apparentes énigmes qui peuplent le poème, j’en avais compris tout de suite la signification globale – signification quelque peu transcendantale, assurément, mais signification absolue. L’œuvre m’apparaissait de la même veine que celle des premiers philosophes grecs que je découvrais alors. C’est ainsi que tout en plongeant à la recherche de cerises que nous avions jetées sur le sol sableux de la petite grotte sous-marine dédiée à saint Arsène, je me répétais certains fragments des deux textes comme s’ils avaient été écrits par le même homme. Evidemment, je me rends compte aujourd’hui qu’ils l’étaient, bien que le texte d’Héraclite fût plus fragmentaire que celui du sage chinois… Mais en dehors de cela, je n’avais jamais, de ma vie, rencontré de Chinois avec qui discuter de ces choses – en tout cas pas d’érudit qui s’offrît immédiatement à m’expliquer le taoïsme en tant que doctrine vivante.

Tout commence par l’invasion et la conquête de la Chine par les Manchous. Ces êtres raffinés, avec leur philistinisme spartiate, dominèrent le pays pendant quelque quatre-vingt-huit ans, durant lesquels ils réussirent admirablement à museler, à supprimer même – ou peu s’en faut – toutes les manifestations extérieures du taoïsme et à brûler tous les livres taoïstes excepté le Tao-tö king, dont la signification, trop profonde, avait peut-être échappé à leur esprit barbare. Heureusement pour eux, les taoïstes ne s’appuyaient sur aucun élément extérieur tel que temples, rituels, uniformes, etc. Rien ne les désignait donc à la persécution : « Les vrais taoïstes n’avaient aucun trait distinctif excepté, si l’on veut, un certain regard – le regard du Tao ! Le regard de l’âme, en quelque sorte ! On ne peut tout de même pas persécuter un simple regard ! » Ce disant, Chang me décocha un échantillon du regard taoïste et je saisis tout de suite le sens de ses paroles. C’était un petit regard, mais quel regard ! plein d’insolente espièglerie, d’ironie et de gaieté. Un sourire de complicité sardonique empreint de la conscience amusée et oblique du prix de l’ineffable. C’était comme le premier lien entre des êtres humains reconnaissant leur rôle dans le processus de vie universel. Diable ! c’était là le plus fantastique regard que j’aie jamais échangé avec un être humain – à l’exception de deux femmes que les dieux semblaient avoir, à la naissance, dotées de ce fameux regard. Je me rendis compte que je regardais dans les yeux Chuang Tzu, mon philosophe préféré, le Groucho Marx de la philosophie taoïste. C’était un peu l’œil du Grand Paradoxe ; il n’y a rien d’autre à en dire, c’est ça le taoïsme, et dès que l’on tente de l’expliciter, on l’abîme ; comme un papillon rare que l’on essaierait d’attraper avec les doigts. L’on est ici dans le domaine du ni-ceci – ni-cela des Indiens. Le repas que nous préparâmes et mangeâmes tout en bavardant fut un vrai régal. Le regard amusé, pénétrant et conspirateur semblait s’être communiqué à la nourriture elle-même et nous avions déjà commencé à nous taquiner, ce qui est la meilleure preuve d’amitié.

 

Le taoïsme est une branche si privilégiée de la philosophie orientale que l’on a raison de la considérer comme une vue esthétique et non purement institutionnelle de l’univers. Le taoïste est le joker du jeu de cartes, le poète du foyer. Son attitude dépend d’une proposition bien simple, à savoir que ce monde est un paradis et qu’il est de notre devoir de le rendre le plus présent possible avant de le quitter. Le grand impératif, en cette affaire, c’est de ne supporter aucun gaspillage, si minime soit-il, dans ce grand festin de vie innocente. Obscurément, le concept de bonheur humain immortel s’est infiltré dans l’esprit des taoïstes. Ils ont décidé d’abandonner aux hautes sphères de la hiérarchie religieuse la grande question de la félicité suprême, de la parfaite béatitude pour s’en tenir au monde réel ; tel, du moins, semble être leur message. Mais comment faire naître cet état si désirable d’immortalité ici-bas ? Pas question de ne faire du monde qu’une bouchée, ce serait risquer l’indigestion spirituelle. Non, la plus exquise délicatesse de jugement, le plus grand raffinement d’intention doivent remplacer les automatismes brutaux à l’aide desquels nous vivons tous, au jour le jour, embourbés, tels des animaux préhistoriques, dans la vase de notre inconscience.

La réalisation de soi apparaît au moment où le taoïste découvre en lui-même un état nouveau, un état d’alerte totale, la notion que l’éternité tout entière peut soudain être compromise par une parole étourdie, une simple faute d’attention ou le frémissement intempestif d’un brin d’herbe ! Nous parlons de gens qui se sont réalisés car nous savons que les choses réelles n’arrivent qu’à des gens réels, aussi injuste que cela soit. Quant à l’ultime extase, c’est vers le poème (l’idéogramme de la parfaite compréhension) que tend le taoïsme de cette espèce.

Ce que l’esprit chinois avait apporté à cette merveilleuse mais écrasante complexité, c’était précisément l’humour dynamique qui lui manquait. La différence n’est pas dans la fin mais dans les moyens. Je voyais bien que le taoïsme de Chang était né du sourire de Kasyapa, cet étudiant insouciant que Bouddha plaça un jour en tête de classe parce que tout en dissertant, lui, le Maître, il avait rencontré par hasard le regard du jeune homme en question et surpris sur son visage le sourire du Tao ! Dès lors, à quoi bon discourir ? Il était clair, à voir ce regard souriant que Kasyapa avait tout pigé, de A à Z. Bouddha lui tendit la fleur qu’il tenait à la main et lui ordonna de f… le camp de la classe. Aussi Kasyapa, qui trouvait les Indiens horriblement ennuyeux et dépourvus d’humour, partit pour la Chine avec, pour tout bagage, le sourire du Tao. De cet échange de regards naquit la variété extrême-orientale de la réalité bouddhique et, plus tard, le remarquable raccourci du Zen qui, d’un bond, court-circuita complètement la jungle de la métaphysique indienne tout en résumant la véritable essence de l’enseignement bouddhique. Quelque part, au cœur du sujet, logeait, offert à qui voudrait bien l’y découvrir, le principe de la juste appréhension ; après cela, l’on pouvait absorber le monde entier à chaque inspiration. Traiter la terre comme un parfum ? D’accord, mais une senteur, tout en « sachant », dans son essence, qu’elle a été créée pour cela, n’essaie pas de se faire apprécier par un acte de la volonté. Pertinence, harmonie, c’est à nous de saisir l’ensemble dès qu’il tourne vers nous son côté ensoleillé, le côté du bonheur !

 

***

 

images (4)Dès le début de nos discussions, la question de l’immortalité montra, elle aussi, le bout de l’oreille et je m’aperçus que mon invité était absolument convaincu qu’il ne s’agissait pas là d’une simple figure de rhétorique mais qu’elle faisait, en quelque sorte, partie du menu, bien que, en fait, seuls les plus grands sages pussent y parvenir. On en avait, cependant, plusieurs exemples. Quant à lui, la seule chose qu’il voulait prouver dans l’ouvrage en question, c’était que tout homme, à condition d’adopter sérieusement la vision taoïste, pouvait facilement dépasser l’âge de cent ans et espérer, sans être particulièrement doué, arriver jusqu’à cent cinquante. Dans ce cas, il n’y avait aucune raison de ne pas pouvoir faire l’amour agréablement jusqu’à quatre-vingt-dix ans et plus et garder toutes ses dents ou presque. Tout était lié au régime à la fois spirituel et physique. « J’ai bien l’intention, me dit-il, de vivre moi-même jusqu’à au moins cent vingt ans. Si je m’étais engagé beaucoup plus tôt dans cette voie, j’aurais pu espérer aller jusqu’au bout du rouleau. Mais la question du régime alimentaire et de l’amour physique a une importance capitale et c’est ici que mon livre peut nous apprendre quelque chose. Sachez que j’ai commencé à assembler et à traduire ces textes pour mon plaisir puis que j’en ai fait ensuite un plaidoyer à l’intention d’une humanité trop facilement résignée à être mise au rebut vers l’âge de cinquante ans, à perdre ses capacités sexuelles peu après quarante et pour laquelle, dans la plupart des cas, l’orgasme est une simple preuve de santé physique, alors qu’il peut être, après quarante ans, dominé et ré-éduqué au service de l’esprit au lieu d’être banalisé en simple plaisir… »

L’ouvrage était donc une sorte de traité sur le coïtus reservatus et la transmutation de l’amour physique en joie, celle qui naît du contact physique et de la tendresse plutôt que de la possession. Je voyais bien aussi qu’il était persuadé que nous, les Occidentaux, nous utilisons l’orgasme à la manière d’une arme, d’une preuve, pour l’ego de l’individu, de sa supériorité sur son partenaire et que le sexe pouvait être utilisé de façon agressive. Ces textes anciens, eux, insistaient constamment sur le caractère très précieux du sperme de l’homme (le chinois, sans aucun doute pour troubler les esprits occidentaux, utilise le même caractère pour désigner le sperme et l’essence). Celui-ci doit être traité en conséquence et le plus possible économisé après quarante ans si l’on veut entreprendre le long voyage vers l’immortalité. Chang lui-même avait adopté cette très ancienne technique. Il se limitait à un seul orgasme pour une centaine de rencontres amoureuses et réussissait à faire l’amour avec plusieurs femmes dans la même journée !

 

Mon esprit occidental trouvait tout cela absolument fabuleux ; et pourtant, dans le livre, figuraient les avis et conseils des vieux Maîtres à Aimer qui recommandaient cette méthode afin de conserver longévité et santé. L’organisme de la femme est si différent de celui de l’homme que l’orgasme la fortifie plus qu’il ne l’épuise, aussi celle-ci ne jouait-elle ici qu’un rôle mineur, tout en restant, pour l’homme, une partenaire parfaitement réceptive et aimante. Mais, de toute évidence, elle aussi profitait généreusement de ce système ! Chang pensait qu’avec les importants changements introduits dans les mœurs sexuelles occidentales par l’invention de la pilule, le temps était venu de faire paraître un ouvrage d’érudition chinoise conçu selon ces principes traditionnels. Mais comment faire passer le sens de ses propos sans créer une impression de lubricité ou de grossièreté ? Pour l’esprit chinois, la sexualité constitue la fleur la plus rare, la plus précieuse, du gai savoir spirituel, et, face à l’odieuse luxure et à la non moins odieuse brutalité de l’esprit occidental, il est bien difficile de l’appréhender sous son vrai jour, c’est-à-dire, comme le point de rencontre de deux perfections.

L’acte sexuel est un acte d’amour qui les unit intimement au processus cosmique tout entier et non une lutte sur l’oreiller entre deux ego déterminés à se dominer l’un l’autre. Tout le gymkhana sexuel des Occidentaux – cette perpétuelle sollicitation de l’ego – emplissait Chang de tristesse et je comprenais bien pourquoi. 

 

Notre terre personnelle

 

de Patrice Marceau

Le geste intelligent du masseur peut nous rendre la conscience de la vie de notre corps. Expérience !

images (3)Le massage psycho-énergétique est une pratique thérapeutique et initiatique basée sur les quatre niveaux de l’être correspondant aux quatre éléments Terre, Feu, Eau et Air. Ces niveaux sont le corps physique (Terre), le centre vital au niveau du ventre (Feu), le centre émotionnel au niveau du cœur (Eau) et le centre mental au niveau de la tête (Air).

Pour chaque élément et par conséquent à chaque niveau, il existe un toucher spécifique. La Terre comme toucher permet de s’enraciner et de faire sentir les limites du corps en tant que contenant de la personne et des autres éléments qui le constituent. La Terre (le corps) a en effet la fonction primordiale d’être le réceptacle de la vie. Ce premier niveau de l’être est le monde de la matière, de l’incarnation, de la sensation, de la forme et des besoins primaires de l’enfant. La Terre a deux rôles principaux semblables à ceux de la mère, qui sont ceux de porter, accueillir la vie (avec le sol pour notre corps et avec le corps maternel pour le bébé) et de nourrir physiquement avec les aliments pour tout être vivant, avec le lait maternel pour le nourrisson, et affectivement par le contact tactile.

Notre corps, notre mémoire

Dans la pratique du massage psycho-énergétique, l’élément Terre est le premier toucher que l’on expérimente car étant la matrice du vivant, il prépare au développement de l’énergie vitale (Feu), à l’exploration du monde émotionnel (Eau) et à la construction de l’axe intérieur (Air) de l’être. Masser avec l’élément Terre permet de sentir que notre corps-matière est en connexion avec toutes les dimensions de notre vie – puisqu’il les contient – et qu’il est la manifestation de ce que nous sommes. Au lieu d’être une simple mécanique à notre service (comme nous le faisons avec la planète), le corps doit être notre guide parce qu’il est la mémoire de nos vécus (et donc nos fondations) mais aussi le lieu où s’établit l’alchimie de notre bien-être (1).

Les mains du masseur transmettent l’élément Terre en tant qu’information cellulaire et en tant qu’énergie grâce à un toucher et une intention spécifique. Le rythme est lent, la terre étant l’élément le plus dense et la pression profonde. Par exemple, on pétrit les muscles comme de l’argile que l’on voudrait assouplir. Physiquement et symboliquement, on dénoue les « images » rigides d’un individu, celles-ci étant cristallisées dans des schémas de vie non épanouissants issus de l’histoire personnelle. Dans un second temps, le massage accompagné de certaines paroles transmet un nouveau message – restructurant – à la conscience corporelle. On libère ainsi les tensions et l’on donne une perception valorisante et sécurisante à l’être.

A l’instar des chamanes qui vibrent et entrent en contact avec les esprits de la nature, le massage psycho-énergétique nous introduit dans notre propre monde intérieur afin de mieux le connaître et d’y déposer les germes d’une transformation personnelle. Le corps est donc notre Terre où naît et se réalise notre être essentiel. Encore faut-il l’écouter, le comprendre et le suivre à son rythme, afin de répondre à ses besoins !

(1) Wilhem Reich, précurseur des thérapies psycho-corporelles, a très bien démontré comment le corps est la mémoire de notre vécu, avec la fameuse « cuirasse musculaire » contenant « l’histoire et la signification de son origine ».

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