Je veux croire encore aux forces de paix

images (8)

 

Jacques Salomé

Je sais qu’il est de bon ton d’opposer forces du bien et forces du mal. Et certains hommes politiques jouent sur cette opposition, pensant mobiliser autour des forces du bien des ressources pour combattre ce qui serait reconnu comme les forces du mal, avec tout ce que cela comporte d’ambiguïté et de manipulation possible. Je préfère parler de forces d’amour et de forces de destruction, et je garde une confiance, un enthousiasme pour un ancrage toujours plus grand vers les forces d’amour, qui sont aussi des forces de paix et de sagesse.

Bien sûr, cette forêt qui avait été aimée, entretenue, sauvegardée patiemment par des générations d’hommes et de femmes, cette clairière où se nichaient différentes espèces, cette source pudique qui s’alanguissait entre les rochers, tout cela a été détruit, saccagé en quelques heures par la violence des incendies de cet été. Incendies criminels (vraisemblablement), par inconscience (certainement), par légèreté, par méconnaissance (bien sûr), mais surtout par « non-amour ». Et, le plus souvent, non-amour de soi, cet amour qui est l’humus de l’estime de soi, de la confiance en soi et, par là même, de la confiance en d’autres. Un seul geste de toute-puissance destructrice, et voilà des années de vie végétale patiente abolies, de vie animale ardente détruite, de travail, d’équilibre, de soins anéantis. La violence est souvent réactionnelle, elle se donne souvent l’alibi d’être réparatrice ou punitive, mais elle est surtout un langage ultime, un langage erroné, le langage du désespoir.
La violence a des moyens considérables à sa disposition. Elle s’exerce dans tous les domaines. De façon manifeste et spectaculaire dans la vie sociale et publique, mais aussi dans la vie intime. Personne n’est à l’abri. Qui répand les rumeurs qui vont assassiner une réputation ? Qui dépose sur la vie d’une personne des jugements de valeur, des affirmations sans fondement, des mensonges présentés comme des vérités ou des évidences par le seul fait que l’on les énonce ? Qui utilise la menace, le chantage, la calomnie pour blesser la vie d’une femme, d’un homme dans son existence la plus intime ?

J’aurais envie de répondre tout le monde, oui, potentiellement tout le monde. Chacun peut un jour s’autoriser à détruire quelque chose, quelqu’un ; chacun dispose de ce pouvoir-là et a ainsi la possibilité d’expérimenter la puissance de sa négativité. Depuis que je suis devenu un homme public, je veux dire quelqu’un dont les écrits, le nom, et quelquefois le visage (ah ! ces photos de “Psychologies magazine” !) sont connus, je déclenche de façon régulière et récurrente un certain nombre d’attaques, de mises en cause, d’accusations et de nuisances qui sont devenues l’arrière-plan de ce qu’il serait possible d’appeler le succès.
Car le succès est suspect en France. Quand il me reste un peu d’humour, je vois dans ces attaques le signe que mes derniers écrits vont faire un tabac. Il me revient en mémoire ce que Françoise Dolto m’a dit, cinq ans je crois avant sa mort : « Si un jour vous devenez célèbre, vous ne savez pas toute l’ambivalence et la méchanceté que vous allez déclencher sur votre personne ! » Moralité : gardez-vous de devenir quelqu’un de connu. 
Jacques Salomé

Journaliste gastronomique, Vincent Ferniot est également l’auteur de Mon carnet de recettes (Flammarion 2002).

 


Autres articles

Répondre

Des petits sous, toujours d... |
Collectif ICI Ensemble |
Vivrecolo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Demediatisation
| Quality blog
| Conseilfemmes