Vivre libre comme le vent avec Lao Zi

 

images (10)Lao Zi (ou Lao Tseu) est un pilier de la sagesse chinoise. Ses leçons sont applicables par tous.

Il a décidé de disparaître. Décidé, c’est beaucoup dire… En fait, c’est venu tout seul : un jour, il en a eu assez. Alors Vieux Maître (c’est ce que veut dire son nom, Lao Zi) a quitté son poste de fonctionnaire. Adieu, les querelles des lettrés, l’ennui de l’administration. A dos de bœuf, il a cheminé vers l’ouest, vers le vent des steppes, les barbares, l’oubli de l’Empire. 

 Une fois arrivé à la passe de l’ouest, le col de Xiangu, Vieil Enfant (Lao Zi signifie aussi cela !) fut retenu par l’homme qui gardait le passage. Ce dernier était encore jeune, se nommait Yin Xi et avait du flair : il repéra que le vieux voyageur bourru était sans doute un esprit d’exception, une source de sagesse vertigineuse. Il s’employa donc à le retenir, le questionner, tenter de le faire parler. L’autre se taisait.

 L’eau-de-vie les rapprocha. Lao Zi buvait bol sur bol, s’enivrait sans vergogne. Il resterait bien ici quelques jours, finalement, avant de dire adieu au monde civilisé. Le jeune homme le supplia alors de laisser une trace de ce qu’il avait compris, de dire sa sagesse. « Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas », répondit le vieux. Ne fallait-il pas au moins le dire, indiquer ce que cela signifiait, montrer le chemin ? Ce que le sage avait à dire était si simple… Pourtant personne ne le comprenait. Quelques-uns, malgré tout, peut-être… 

Pour ceux-là, fallait-il essayer de laisser quelques traces ? Ténues, comme des signes de piste, des effleurements, des paroles paradoxales. Vieux Maître-Vieil Enfant se mit à dicter, l’eau-de-vie à portée de main, pendant quelques jours. Puis il reprit sa route vers l’ouest, comme le vent. Personne ne le revit jamais.  

Sa doctrine : le plus fort, c’est le faible 

Personne ne sait, en fait, si Lao Zi a vraiment existé. Beaucoup d’historiens pensent que c’est le nom d’un fondateur mythique, non d’un personnage réel. Mais le livre qu’on lui attribue, celui qu’il aurait dicté avant de disparaître, le Tao Te King, existe bel et bien. C’est un des piliers de la culture chinoise, un texte culte de la sagesse universelle. Il se pourrait qu’il ait eu plusieurs auteurs, et qu’il n’y ait pas eu de Lao Zi… Mais ne le dites pas aux Chinois ! Ce sage fondateur est pour eux si présent, sa silhouette est si connue, les scènes de son existence, notamment sa rencontre conflictuelle avec Confucius, sont si célèbres qu’ils ont du mal à admettre qu’il soit légendaire. 

La sagesse, pour Lao Zi ? Suivre le Tao, terme qui signifie à la fois le chemin, la voie, la méthode et le principe des choses. Des bibliothèques entières sont consacrées au taoïsme, mais on pourrait en condenser l’esprit en une phrase : vivre comme le vent. Il faudrait devenir faible et invisible comme le vent, qui est pourtant capable d’éroder les montagnes comme de renverser les arbres. Vivre comme le vent, ce serait aussi agir comme il souffle : sans intention, sans plan, sans but – devenir un mouvement imprévisible et instable, mais incessant, inépuisable, immortel.

Et comme le vent n’a pas de bord, de limite ni de contour, les mots ne peuvent jamais vraiment l’enfermer ni le décrire. 

Le principe le plus puissant n’est pas dans la force qui s’impose. Il réside dans ce qui est le plus faible (souffle du vent, goutte d’eau, nouveau-né), dans ce qui se tient au plus bas. L’action la plus efficace ne consiste pas à concrétiser un projet préétabli en maîtrisant tout ce qui se présente. Au contraire, paradoxalement, c’est en se retirant, en s’abstenant, qu’à terme on agit le plus puissamment. Il faut d’abord accepter de laisser faire la nature, le vent et l’eau, tous les processus à la fois infimes et surpuissants. Tel est le point de départ, celui où « les paroles vraies semblent être des paradoxes ».

 

Quelle utilité pour aujourd’hui ?  

Pas question pour nous, concrètement, de tout quitter pour vivre en ermite ou en mendiant. Malgré tout, les préceptes de Lao Zi peuvent nous être utiles au quotidien. Apprendre à laisser les situations mûrir d’elles-mêmes, comprendre que nous ne sommes pas toujours efficaces en étant actifs, discerner très tôt les métamorphoses qui vont s’amplifier et savoir s’insérer dans leur courant, ne jamais oublier que nous sommes une infime partie d’un grand Tout, voilà quelques leçons du Vieux Maître applicables par tous.

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