La sonnette d’alarme de Claude Bourguignon.

téléchargement (1)Voici un extrait de l’interview de Claude Bourguignon, ingénieur en agronomie des sols et directeur du Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols (L.A.M.S.), réalisée en avril 2005 par Hélène Lenormand pour le compte de l’excellente revue STARGATE MAGAZINE.

STARGATE MAGAZINE : Quelles sont les conséquences concrètes, au niveau planétaire, du déboisement des forêts tropicales ?

Claude BOURGUIGNON : Toutes les forêts des pays d’Asie du sud-est sont décimées à une vitesse effrayante ! Et peu de gens savent que les plus gros consommateurs de teck sont trois pays asiatiques : la Chine, le Japon et l’Indonésie. Tandis que l’Europe, l’Allemagne en tête, suivie de la France, et les Etats-Unis détruisent plutôt les forêts d’Afrique et d’Amérique du sud. Par ailleurs, les Américains ne touchent plus à leurs propres forêts car ils ne les trouvent pas assez rentables ; ils les font exploiter par des compagnies indonésiennes… C’est donc bien plus compliqué qu’on a l’habitude de l’exprimer au grand public. Quoi qu’il en soit, on est en train de « raser » littéralement les forêts tropicales – qu’on se le dise !

Il faut avoir le courage de dire la réalité : l’exploitation forestière, partout dans le monde, est gérée en grande partie par des maffiosi, et certaines compagnies forestières ne fonctionnent qu’en achetant des ministres ! Dans les pays démocratiques, comme la France ou les Etats-Unis, pour éviter que le grand public soit au courant, une barrière d’arbres est laissée « en devanture » alors que tout est coupé derrière. Ce n’est plus l’arbre qui cache la forêt, c’est l’arbre qui cache l’absence de forêt ! Alors que dans les pays africains et sud-américains, ils massacrent absolument tout sans exception ; c’est simple, ils coupent à blanc. Ils ne s’incommodent pas de la gestion durable des forêts, c’est le cadet de leurs préoccupations !

Dans ce contexte, les compagnies locales n’ont droit qu’aux moins beaux arbres. Par exemple, les architectes indonésiens ne peuvent acheter que la moins bonne qualité de teck alors que celui-ci pousse sous leurs yeux – c’est un comble ! Et pour les arbres dont personne ne veut, ils sont laissés aux paysans qui les brûlent et cultivent par-dessus notamment le palmier à huile.

- STARGATE MAGAZINE : Votre description de la situation est dramatique ! Est-ce que vous n’êtes pas trop pessimiste ?

- Claude BOURGUIGNON : Je ne cherche pas à dramatiser la situation, c’est la réalité. Soyons clairs : toute la planète est menacée de sécheresse. La Thaïlande, qui avait 2 mètres d’eau de précipitations par an au début du siècle dernier, n’en a plus que 800 millimètres… Sans parler de l’Amérique du Sud, avec le Brésil en tête. La désertification va bientôt devenir un réel problème que nous allons devoir gérer à l’échelle planétaire. Et qui dit sécheresse dit inondations. En effet, lorsque la terre a trop soif et qu’il pleut, elle n’absorbe plus l’eau et les inondations succèdent aux périodes sèches ; c’est une spirale infernale ! L’effet tampon de la forêt pour le climat est primordial. La plupart des catastrophes actuelles ne sont que la conséquence de l’abattage massif des forêts. Le gaz carbonique et l’effet de serre me semblent beaucoup moins importants au niveau planétaire que les problèmes liés au déboisement.

Pour terminer, je voudrais évoquer une étude intéressante et surprenante qui a été menée par une équipe de l’Université d’Oxford. Ms Lindon et Hamilton ont réussi à démontrer que ce sont les arbres qui font tomber la pluie. Ils ont mis en évidence que les arbres émettent des microbes qui s’élèvent dans l’atmosphère et y secrètent une sorte de sulfites, qui entraînent à leur tour des précipitations et la pluie. Et il n’existe que deux types de microbes qui produisent ce genre de sels : les microbes marins émis au-dessus de la mer, et les microbes émis par les arbres feuillus et non par les résineux. Donc, lorsqu’on plante des résineux, on assèche le climat, comme c’est le cas avec les grandes forêts de taïga qui brûlent sans cesse. Mais cela, c’est une autre histoire…

Extrait de STARGATE MAGAZINE (mars-avril 2005)

 

 


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