Archive pour 1 décembre, 2015

Si on arrêtait de râler

 

Arrêter de pester, de se plaindre, de bougonner pendant 21 jours consécutifs… C’est le défi que s’est lancé Christine Lewicki, coach d’entreprise, le jour où elle s’est aperçu qu’elle perdait beaucoup de temps, – comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs -, à râler… sur ses trois enfants, son travail, son ordinateur, dans sa voiture… Et que cela lui empoisonnait l’existence. Son défi, réussi, lui a changé la vie. Elle raconte.

 Cesser de râler

Pourquoi arrêter de râler ?

En moyenne, une personne râle entre 15 et 30 fois par jour. Pourquoi râlons-nous autant ? 
Christine Lewicki : La première raison qui nous pousse à râler, c’est que nous voulons tout : une vie conjugale, une vie familiale, une vie sociale, une vie professionnelle, et toutes épanouies. Et nous essayons, dans notre emploi du temps surchargé, de jongler entre toutes ces envies. Alors dès qu’un grain de sable vient bousculer notre organisation, il fait tout exploser. Mais attention : il est illusoire de croire que nous pouvons passer une journée sans être frustré par quelque chose. Nous aurons toujours de nombreuses raisons de râler. Il faut l’accepter. Arrêter de râler, c’est modifier notre réaction par rapport à ces frustrations.

Ne râle-t-on pas aussi pour entrer en lien avec les autres ?
CB : Râler est une conversation très facile. Elle n’appelle personne à réfléchir, à s’investir. Quelque part, cela nous met en sécurité car nous savons que cela ne va pas être difficile pour l’autre de nous rejoindre. Du coup, nous allons réussir à entrer en lien avec lui. De là naissent ce que j’appelle des « festins de râleries ». Sur la météo, sur les transports, la politique…

Pourquoi avons-nous si peu conscience du fait que nous pestons et nous plaignons autant ?
CB : Râler est une habitude. Dès qu’une frustration se présente dans notre quotidien, nous bougonnons. C’est automatique. En plus, râler est très ancré dans notre culture. Ceux qui ont relevé le défi de ne plus ronchonner pendant 21 jours consécutifs se sont rendus compte qu’ils râlaient d’ailleurs beaucoup plus qu’ils ne le pensaient. Moi la première. Ce sont souvent des petites râleries certes, pas bien méchantes, mais qui, additionnées à d’autres, vont polluer notre journée.

Nos râleries ne seraient donc pas si anodines…
CB : Je m’en suis rendue compte un soir, en allant me coucher : j’avais la sensation d’avoir passé une mauvaise journée. Pourtant, c’était un jour ordinaire, rien de grave n’était arrivé. Ce soir-là, j’ai réalisé que je ne voulais plus me coucher dans cet état là après une journée normale, avec cette sensation d’avoir subi ma journée. Je me suis donc demandé ce qui l’avait gâchée. En réalité, c’est parce que j’avais râlé. Sur de petites choses : mon ordinateur, les enfants, dans la voiture… Le problème quand nous râlons, c’est que tout finit par devenir source de frustration.

Mais cela signifie-t-il qu’il faut alors accepter tout ce qui ne va pas dans notre vie ?
CB : Au contraire. Arrêter de râler, c’est justement se mettre dans une situation de générer du changement. C’est reprendre sa vie en main. Il ne s’agit pas d’accepter tout ce qui ne va pas mais d’identifier les choses qui nous énervent profondément et de se demander ce que l’on peut faire par rapport à elles. « Si vous n’aimez pas quelque chose, changez-le. Si vous ne pouvez pas le changer, changez votre attitude », a dit Maya Angelou (Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, est une poétesse, écrivaine, comédienne et militante afro-américaine ndlr). En râlant, nous croyons blesser les autres, mais en réalité, nous nous blessons nous-même. Râler, c’est se poser en victime et accuser les autres. Ce qui est le plus souvent inutile et n’aide en rien à régler notre problème.

Mais n’est-ce pas aussi une façon de nous soulager ?
CB : Oui, c’est vrai. A un moment, il faut évacuer la pression. Mais nous pouvons aussi décider que râler n’est plus une option et donc, de ne pas laisser monter cette pression. Nous pouvons régler les problèmes lorsqu’ils sont encore petits, dire les choses tout de suite, avant toute accumulation de rancœur. Plutôt que de dire « vous ne m’aidez jamais, c’est toujours pareil »… mieux vaut également parler au ‘je’ : « je peux plus supporter cette situation ». Exprimer ce que l’on ressent soi sans accuser les autres est un énorme pas en avant.

 

Si nous ne râlons plus, que faire à la place ?
CB : Quand nous ne râlons plus, il y a plus de blancs dans nos conversations. Il est important de combler ce vide en célébrant les bonnes choses qui nous arrivent – aussi ! – pendant la journée. De parler de ce qui va bien, de ce que nous apprécions chez nos proches, nos amis, nos collègues… Mon rêve serait que toutes les réunions en entreprise commencent par cinq minutes à évoquer ce qui marche. Célébrer permet de se sentir plus fort. Souvent, les gens s’en empêchent car ils se demandent ce que les autres vont penser. Pourtant, personne ne se demande ce que nos collègues vont penser si nous arrivons en râlant au travail dès le matin. Quand nous arrêtons de râler, nous nous rendons compte que notre vie peut être complétement différente. Et que nous avons de bonnes raisons d’en profiter. Comme disait Camus : « Il n’y a pas de honte à choisir le bonheur ».

Astuces pour réussir le défi !

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A DÉCOUVRIR

A lire aussi les exercices

Le carnet d’exercices – J’arrête de râler, de Christine Lewicki, aux éditions Eyrolles. 50 exercices aussi amusants qu’efficaces : coaching, tests de personnalité, quizz, exercices de créativité, mini-challenges pour parvenir à arrêter de râler en 21 jours !

Le défi consiste à passer 21 jours consécutifs sans râler. Le principe : mettre un bracelet à un poignet et le changer de poignet à chaque fois que l’on se surprend à ronchonner. Le compteur de jours restants repart alors à zéro. Vous en sentez-vous capable ? Christine Lewicki nous livre les clés de la réussite.

- Décider que râler n’est plus une option
Il faut avoir vraiment envie d’y arriver. Sinon, vous penserez toujours que vous aviez une bonne raison de râler. Après, ne vous focalisez pas sur les 21 jours. Le tout est de prendre conscience qu’il s’agit d’une habitude dont il faut se sevrer.

- Ne pas baisser les bras en cas de rechute
Il y a des choses à apprendre de chaque râlerie. ‘Qu’est-ce qui me fait râler ? Comment faire pour ne pas me retrouver dans cette situation demain ?’ Peu importe que cela vous prenne 21 jours ou cinq ans pour y arriver, chaque jour passé sans râler sera de toute façon meilleur que le précédent.

Identifier sa râlerie réflexe
Je suis fatigué », « ça me saoule », « j’ai mal au dos »… C’est notre râlerie la plus récurrente. La mienne, c’était « c’est vraiment le bazar ici ! ». Il est important de comprendre ce qui se cache derrière : moi, ce qui me faisait râler, ce n’était pas tant le désordre, mais le manque de coopération familiale : si je ne rangeais pas, personne ne le faisait à ma place.

- Avoir le mot juste
Durant le défi, on a le droit d’exprimer du mécontentement, de ne pas être d’accord. Mais en ayant le mot juste. Quand nous râlons, nous dramatisons et nous tombons rapidement dans une espèce d’addiction au drame. Avoir le mot juste, c’est aller vers la personne concernée et avoir le courage de lui exprimer clairement les faits et en quoi ils nous dérangent. Et formuler ensuite une demande précise.

- Relativiser
Il est très apaisant de ne pas faire une montagne de petites choses. La première question à se poser, c’est ‘est-ce que j’ai un problème ?’. Si oui, comment puis-je le résoudre ? Si non, il faut savoir lâcher prise.

- S’autoriser à ruminer… mais en silence
Il n’est pas possible de contrôler notre réaction interne et nos émotions face aux frustrations que nous pouvons rencontrer. Après, nous pouvons choisir d’exprimer notre frustration… ou non. Dans le premier cas, en la mettant en mots, elle devient notre petit drame et nous finissons par croire ce que nous disons : que personne ne nous aide jamais, que les autres sont des incapables… Elle nous impacte alors, ainsi que nos proches. Dans le second, en choisissant de ne pas l’évoquer, on la considère pour ce qu’elle est : une simple frustration. Elle peut alors passer, comme un nuage.

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« J’ai essayé de ne plus râler »
Petite râleuse (croyait-elle), notre journaliste a tenté l’expérience.

« C’est décidé, à partir d’aujourd’hui, je ne ronchonne plus. Râleuse ? Je le suis un peu. Mais surtout, râler, moi, ça m’énerve. Joli paradoxe, non ? Trop souvent, j’ai réalisé que je ruminais pour des choses sans importance. Alors ce défi me semble fait pour moi. D’ailleurs à la simple idée de le commencer, je me sens plus légère.

Première heure sans râler et déjà une raison de le faire : plus une goutte de savon dans les toilettes au bureau. Encore une fois. Bizarrement, je n’ai même pas envie de râler. Je décide de me rendre aux toilettes situées à l’autre bout du bâtiment, cela me dégourdira les jambes en plus. Dans le couloir, je croise une collègue que je n’ai pas vue depuis un bon bout de temps. Nous décidons de déjeuner ensemble le midi. Je retourne à mon poste contente de n’avoir pas râlé et surtout, de ce retournement positif.

Le lendemain, me voilà bloquée dans un embouteillage monstre. Je sens que ma nouvelle résolution va être mise à rude épreuve. Tout va bien jusqu’au moment où une automobiliste me refuse la priorité. Là, je craque. La voici sans doute, ma râlerie réflexe. « Mais ce n’est pas possible d’être aussi mal élevée ! ». Pourquoi le manque de respect me touche-t-il à ce point ? A creuser…

15 jours plus tard, j’ai supprimé bien des raisons de râler. Je me lève un peu plus tôt le matin pour ne pas me mettre en retard, j’ai toujours un livre sur moi en cas de problème dans les transports… J’ai rechuté plusieurs fois (et oui, le réflexe est tenace ! Je me suis même surprise à râler contre moi-même pour avoir… râlé !). Mais peu importe. Une chose est sûre : je n’ai plus envie de me gâcher la vie. Ce matin, le métro est tombé en panne. Réaction immédiate de ma voisine : « Y en a marre, ils le font exprès, c’est toujours pareil ». Je ne réagis pas. Et tandis que des protestations s’élèvent de part et d’autre de la rame, je me réfugie dans mon livre. Résultat : c’est sereine que j’arrive au travail. Et non énervée comme avant. Mieux, j’ai même fini mon livre. Certes, je suis en retard mais après tout, ce n’est pas si grave…

Les 21 jours consécutifs sans râler, je ne sais pas trop quand j’y arriverai. Pour l’heure, je savoure : et oui, ça fait du bien de penser à autre chose qu’aux trains qui ne partent pas à l’heure !

Et vous, vous commencez quand ? »

 

Transformer les flèches en fleurs

EN FLEUR
La souffrance chez ceux qui nous déplaisent peut nous permettre de nous relier à eux. Nous pouvons transformer leur agression en la démasquant. Souvent, une personne qui vous critique injustement ou vous dit des choses désagréables parle d’elle-même plutôt que de vous. Elle parle de ses propres manques, de ses peurs, de ses angoisses. Nous partageons la même vulnérabilité face à la peur, au changement, à l’incompréhension. Ainsi les agressions que nous recevons peuvent être des opportunités pour sentir davantage notre cœur, notre lien aux autres, y compris à ceux qui nous agressent mais qui, comme nous, souffrent.

Ce que la souffrance peut nous apprendre
Notre recherche parfois frénétique de bien-être repose sur un manque complet de confiance en notre souffrance. À l’opposé, la bienveillance naît de l’observation fine, patiente, courageuse, chaleureuse de ce qui nous fait de la peine, de ce qui nous contrarie ou fait souffrir. « Voir c’est toucher et être touché » écrit le philosophe François Fédier. La bienveillance aimante nous permet de toucher notre propre fragilité, notre propre fêlure, pour nous relier aux autres plutôt que de nous isoler davantage.

Au lieu de nous exclure du monde quand nous avons de la peine, nous entrons en relation avec cette vulnérabilité si proprement humaine.

Au lieu de fuir ceux qui ont de la peine de crainte de ne savoir que faire, nous comprenons que l’essentiel est d’être là, d’offrir notre pleine présence attentive.

Le maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh ose même dire que la souffrance est un maître pour nous. Sans elle, impossible de développer de la compassion et de la bienveillance pour soi et pour les autres. « La souffrance sème les graines de la compassion en nous. » Sans la souffrance, impossible de comprendre la condition humaine. Impossible de sentir profondément notre coeur. Impossible de devenir proprement digne et courageux. N’allez pas croire pour autant que j’estime que souffrir est une bonne chose. Nous sommes ailleurs, au-delà d’un avis qui jugerait si c’est mal ou bien : nous avons à reconnaître la souffrance qui est là, inévitablement, puisque inévitablement nous connaîtrons maladie, vieillesse et mort ; nous pouvons travailler avec elle pour cesser d’en être prisonnier et ainsi découvrir un sens de joie qui ne s’oppose ni à la peur, ni à la tristesse, ni à la douleur, mais les englobe plus largement. 

Le mot intuition vient du latin intuitio qui vient lui-même de intueri qui signifie « regarder attentivement ». C’est exactement ce que nous faisons pendant la méditation. Nous nous entraînons à ce regard attentif pour ensuite voir plus clairement et plus directement ce qui se passe dans notre vie. Dans les moments de souffrance physique ou émotionnelle, nous pouvons choisir d’écouter finement cette intuition. Nous pouvons débusquer tous les points de souffrance et en prendre soin avec beaucoup de bienveillance. La souffrance n’est pas honteuse, elle est humaine.

 Cet article est extrait du livre La méditation de la bienveillance, de Marie-Laurence Cattoire, paru aux éditions Leduc.S

Retrouvez aussi Marie-Laurence Cattoire sur son blog, www.meditation-et-action.com

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