L’être humain est génétiquement disposé à voir la vie en rose

 

 

11 Emanation lumièreLes questions se bousculent. L’optimisme et le pessimisme ne sont-ils pas innés, comme semblent l’indiquer les généticiens ? Des gens se lèvent toujours de bonne humeur et d’autres, dès l’aurore, ont envie de se pendre. Par ailleurs, l’optimisme n’est-il pas, par définition, utopiste, donc irréaliste, particulièrement quand les choses vont mal ? N’est-ce pas une simple affaire de subjectivité et d’humeur, dont un esprit clair devrait justement se méfier pour se tourner plutôt vers des approches rationnelles ? Car, si l’on conçoit que l’optimisme peut aider à se lancer dans une nouvelle entreprise, on voit moins comment on pourrait enseigner ce qui semble ne dépendre que du hasard des circonstances et des équations personnelles. 
 

Peu de concepts ont suscité autant de bons mots. Le maréchal de Lattre de Tassigny se moque : « Un optimiste est celui qui plante deux glands et va s’acheter un hamac. » Milan Kundera dézingue : « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la connerie ! » Georges Bernanos tempère : « Un optimiste est un imbécile heureux ; un pessimiste, un imbécile malheureux. » Antonio Gramsci précise : « Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté. » Et Karl Popper sermonne : « Etre optimiste est un devoir moral. » Mais c’est Winston Churchill qui vise sans doute le plus juste : « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. » 

 

Commençons par la psychologie. L’optimiste relativise ses échecs (« je ferai mieux la prochaine fois ») et généralise ses succès (« j’ai vraiment de la chance »), alors que le pessimiste généralise ses échecs (« je suis décidément un nul ») et relativise ses succès (« c’était juste un coup de bol »). Pessimisme et optimisme ne dépendent pas de notre richesse, de notre santé ou de notre beauté (il y a de beaux riches pessimistes et de pauvres laids optimistes), mais semblent inscrits dans nos gènes. Promoteur de la résilience dans l’adversité, Boris Cyrulnik parle des petits et des grands « porteurs de sérotonine ». Les petits dépriment pour un rien ; les grands, naturellement imprégnés de ce « neurotransmetteur de la sérénité », voient la vie en rose. Le milieu et la culture peuvent-ils changer la donne ? Sans doute, mais jusqu’où ? La majorité des optimistes reconnaissent avoir été aimés dans leur enfance. Au-delà de la transmission génétique, l’exemplarité des parents – déprimés ou enthousiastes – joue un rôle par osmose. L’éducation proprement dite influence d’abord par défaut : traiter un enfant de nul et d’idiot peut assurément briser son optimisme naissant. A l’inverse, comment rendre moins pessimiste un gamin qui le serait de naissance ? Les psys répondent : en l’aimant et en mettant en valeur le moindre de ses efforts. Car le pessimisme alimente volontiers un cercle vicieux – « je n’y crois pas, donc je me plante, donc j’y crois encore moins… » – qu’il faut tenter de rompre.

 

Accepter Le bon et le beau, mais aussi l’échec et la souffrance
 

Mais il y a du nouveau. Bien au-delà du volontarisme de la méthode Coué (« je vais mieux qu’hier et moins bien que demain »), une « psychologie positive » plus subtile et complexe est en train d’émerger. Cette psychologie ne se contente pas de se focaliser sur le bon, le beau, le souhaitable, pour le faire advenir. Elle embrasse l’ensemble du réel, intègre le mal, le laid, l’indésirable, pour tenter d’en faire une matière première, un carburant, une occasion de rebondir. L’échec et la souffrance existent, il faut en accepter l’idée – ce qui demande un travail sur soi. Mais il faut aussi guetter les occasions, plus nombreuses qu’on le croit, de faire d’une mauvaise chose une bonne. Une grippe vous cloue au lit ? Vous allez enfin pouvoir bouquiner. Vous avez inondé l’appartement du dessous ? Sans cela, vous n’auriez jamais rencontré votre voisine. Vous venez d’être licencié ? Plus moyen de repousser votre propre projet d’entreprise. Le jeu d’inversion peut aller loin : vous êtes atteint d’un mal mortel ? Cette fois, vous jouez le grand jeu de votre vie intérieure…

 

En quelques années, la « psychologie positive » a marqué tant de points qu’elle a provoqué une floraison de pratiques et d’écoles, semble-t-il efficaces, et aussi d’essais et de manuels en tout genre. Pour la seule francophonie, du « Défi positif »du médecin psychothérapeute belge Thierry Janssen à « La Psychologie positive pour aller bien » de l’ingénieur psychothérapeute suisse Yves-Alexandre Thalmann, en passant par les « 3 kifs par jour » de Florence Servan-Schreiber, pratiquante du développement personnel, une bonne dizaine d’ouvrages sont parus à ce sujet ces derniers mois. 
 

La plupart de ces auteurs se réfèrent aux psys américains : George Vaillant, Chris Peterson, Mihaly Csikszentmihaly, Jon Kabat-Zinn, Tal Ben-Shahar, Daniel Goleman… Boris Cyrulnik est l’un des rares Européens cités. Mais tous reconnaissent en Martin Seligman le fondateur de la « psychologie positive ». Jusqu’aux années 1980, Seligman s’intéressait surtout au mal-être et était connu pour sa théorie de l’« impuissance acquise ». Un jour, en avion, un chef d’entreprise, assis sur le siège d’à côté, lui demande : « Vous intéressez-vous aussi à l’autre face de la médaille ? Pouvez-vous prévoir quel genre de personne ne renonce jamais ? » C’est un eurêka. Martin Seligman ne va plus lâcher cette « autre face de la médaille ». Aujourd’hui, son livre La Force de l’optimisme (InterEditions) est un classique qui marque une mutation décisive.
 

Cette psychologie positive repose sur une anthropologie qui lui donne une force inattendue. Homo sapiens sapiens est habité par un optimisme fondamental, une accumulation de données scientifiques le prouve de façon troublante. Même quand nous râlons et voyons tout en gris, notre espèce est poussée en avant par un syndrome positif. C’est simple à prouver : sinon, l’humanité aurait disparu.

 

enquête Magazine Time

 


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