Archive pour février, 2016

Expérience TAO interview

tao forum

Comment un ancien moine devient-il « gardien » d’une montagne taoïste ?

Pour moi, le moine (monos) se définit par la recherche de l’unité intérieure. Cela fait longtemps que je n’appartiens plus à une institution monastique mais cela ne m’empêche pas de me sentir toujours moine, c’est-à-dire toujours habité par la quête de l’unité intérieure. Il n’y a donc rien d’étrange à ce que je me sente bien dans un lieu qui, depuis le VIe siècle de notre ère, a accueilli des ermites ou des maîtres taoïstes. Je n’en suis cependant pas devenu le gardien. Plus modestement, je suis maintenant cogérant de l’hôtellerie* que les Maîtres taoïstes ont construite près de leur Temple pour accueillir leurs confrères pèlerins. Avec mon ami Zhu Ping, nous y animons un centre de culture traditionnelle chinoise ouvert tant aux Asiatiques qu’aux Occidentaux. * www.ctcc2011.com  et www.qiyunshan.eu

 Peut-on, dans notre monde actuel, vivre en harmonie avec le Tao ?

Un Chinois se sent taoïste dès qu’il est dans la nature. Une colline, une cascade, un cours d’eau lui suffisent pour se sentir porté par le Tao qui entraîne dans son processus tout ce qui existe. Cela est moins évident lorsqu’on vit au cœur d’une mégapole comme Shanghai ! Et pourtant l’attitude taoïste qui consiste à être constamment attentif aux énergies qui nous habitent en devient d’autant plus nécessaire. D’où l’importance des monastères dans le monde contemporain, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent. Ils sont des espaces de respiration spirituelle, des lieux où l’on vient se ressourcer. C’est aussi la fonction d’une montagne comme Qiyunshan, « la montagne à hauteur des nuages », où les falaises trouées de petits temples troglodytes et gravées de devises taoïstes en caractères chinois apportent sérénité et intériorité pour mieux affronter ensuite la dispersion inhérente à la civilisation contemporaine.

Comment les Chinois vivent-ils aujourd’hui leur héritage taoïste ?

La société chinoise dans son ensemble avait accueilli Mao en libérateur. La politique antireligieuse qu’il a ensuite menée n’a pas recueilli la même unanimité et la Révolution culturelle, avec ses excès destructeurs, a traumatisé une partie de la population. Aujourd’hui, tout cela est révolu et les temples, qu’ils soient bouddhistes ou taoïstes, connaissent une nouvelle prospérité. Pour autant, il serait hasardeux d’affirmer que l’ensemble de la population chinoise est redevenue religieuse. Après des décennies de vaches maigres ayant entraîné des famines ravageuses, les Chinois semblent surtout soucieux de retrouver une aisance économique. Les classes moyennes grandissent jour après jour. En faire partie représente l’aspiration la plus largement partagée. Mais, en profondeur, les trois enseignements (taoïste, bouddhiste et confucianiste), souvent perçus comme « un seul enseignement », continuent à marquer les esprits.

A LIRE : À hauteur des nuages Chroniques de ma montagne taoïste Bernard Besret 252 pages, 16 €

Bernard Besret – Ancien moine cistercien, prieur de l’abbaye de Boquen dont la contestation puis la démission avaient défrayé la chronique dans les années 1960 et 1970, Bernard Besret, éternel pèlerin de l’absolu, a retrouvé à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu’il avait depuis toujours cherchée. Dans À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste, il mêle des récits sur le quotidien chinois d’aujourd’hui, sur son propre parcours, sur celui d’un ancêtre lointain qui fut évêque en Chine, et des méditations sur le sens du temps, du corps, du rapport au cosmos… Autant de thèmes qui, au fil d’une plume alerte, nous interpellent sur notre propre vie, et nous enrichissent de connaissances sur cette « étrangeté » qu’est la Chine.

Pour rejoindre le TAO sur le forum de Francesca : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Les leçons de bonheur de Frédéric Lenoir

ENFANT

 

Le bonheur durable est selon vous le fruit d’un travail sur soi.

La phrase de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez dans le monde » est emblématique de notre époque. Changer le monde et notre mode de vie passe par une transformation intérieure pour être efficace et éviter les batailles d’ego. J’observe depuis quatre ou cinq ans, en même temps que montent la conscience écologique et les réactions à la société marchande, un rapprochement entre les spirituels, ces chrétiens ou ces bouddhistes qui s’engagent pour de grandes causes, et les militants politiques de l’altermondialisme, qui comprennent que leur combat a besoin d’être nourri d’un regard profond sur le monde. On ne peut prôner un nouveau modèle mondial fondé sur la solidarité et la coopération entre les êtres qu’à condition d’être témoin de ce que l’on dit et de travailler sur soi. 

En quoi ce regard remet-il en cause notre mode de vie ?

Le progrès technologique nous a ouvert tous les possibles, mais on s’est encombré d’un tas de choses, surtout matérielles, et nous en voyons les limites. Nos modes de vie accélérés nous empêchent de nous relier à ce qu’il y a de plus profond en nous. Nous voulons tout faire et nous manquons de temps. Le besoin de simplifier sa vie est devenu criant. Cela peut passer par un tri de tous les objets inutiles, mais aussi de ses nombreuses relations, de ses multiples activités : une sélection pour prendre davantage de temps pour soi et retourner à l’essentiel. On ne peut tout faire en préservant la qualité.

À quel bonheur aspirons-nous ?

Les enquêtes mondiales se rejoignent : le premier pilier du bonheur est la qualité relationnelle dans la structure familiale et amicale, mais aussi la sphère sociale et professionnelle. Selon les pays, elle sera plus ou moins développée. L’Allemagne ou la Suisse sont par exemple bien plus avancées que la France sur des problématiques telles que le bien commun et le sens de l’intérêt général. Nous vivons dans un pays très individualiste, qui a du mal à trouver une unité nationale, où l’esprit corporatif domine sur le collaboratif. La deuxième condition est de s’épanouir dans son activité professionnelle. Même précaire, notre travail doit avoir un sens. L’argent comme unique finalité ne peut être source d’épanouissement. Enfin, il est primordial de se sentir bien dans son corps. Cela nous amène à faire des choix d’alimentation cohérents avec nos principes éthiques, en prenant plus de produits naturels, en limitant la viande – qui coûte cher –, en refusant d’acheter si l’on est sensible à la souffrance animale ce qui provient de l’élevage intensif. Le bonheur est le fruit d’un équilibre entre notre corps, nos valeurs et notre esprit.

Il est temps d’ajuster nos désirs au monde plutôt que le monde à nos désirs.

Cette philosophie stoïcienne nous invite à changer de regard : si nous exigeons du monde qu’il se plie à nos désirs, nous serons perpétuellement frustrés. L’homme a tendance à toujours vouloir plus, plus grand, plus beau. Nous sommes dans une boulimie du tout faire, tout avoir. La clé de la sagesse est donc l’allégement, l’autolimitation de nos désirs, en les ajustant au monde tel qu’il est : limité et en crise. Cultiver l’essentiel, c’est ce à quoi nous invitent tous les courants de sagesse du monde, des stoïciens aux bouddhistes, en passant par Spinoza, Montaigne… et Jésus. En empruntant ce chemin du juste choix, nous trouverons davantage de joies et nous les vivrons plus profondément.

 

* Du bonheur. Un voyage philosophique,


 Fayard, 18 €.

 F.LENOIR

 

F .LENOIR – Philosophe, sociologue, chercheur associé à l’EHESS, Frédéric Lenoir explore depuis 20 ans, à travers ses livres, les chemins de la sagesse pour un art de vivre contemporain. Son dernier essai, Du bonheur. Un voyage philosophique * (Fayard), revient sur les sources de notre bonheur. Selon lui, c’est en cultivant l’essentiel, en empruntant le chemin du juste choix que nous trouverons d’avantage de joies et que nous les vivrons plus profondément.

Dire  » oui  » à la vie

 

« Nous sommes tous confrontés à un certain nombre de faits que nous n’avons pas choisis, que nous n’avons pas voulus, et qui nous sont en quelque sorte imposés : c’est ce que j’appellerai le « donné » de la vie. C’est notre lieu de naissance, notre famille, l’époque à laquelle nous vivons ; c’est aussi notre corps, notre personnalité et notre intelligence, nos capacités, nos qualités, mais aussi nos limites et nos handicaps. Ce sont aussi les évènements qui surviennent, qui nous touchent directement, mais sur lesquels nous n’avons pas de maîtrise et que nous ne pouvons pas contrôler. Ce sont les maladies, les aléas économiques, la vieillesse et la mort. C’est le « sort » de l’être humain.

 citation

   On peut le refuser et vouloir que les choses soient autrement. On souhairerait presque tous ne pas vieillir, ne jamais être malade, ne pas mourir. Certains rejettent leur culture, leur famille, leur lieu de naissance. D’autres n’aiment pas leur corps, leur tempérament, et souffrent de certaines limitations physiques ou psychiques. Ce refus est parfaitement compréhensible et légitime. Et pourtant la sérénité, la paix intérieure, la joie ne peuvent nous échoir sans un aquiescement à l’être et une acceptation profonde de la vie telle qu’elle nous est donnée avec sa part d’inéluctable. Ce « oui « à la vie ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas chercher à évoluer, à modifier ce qui peut l’être, à contourner des obstacles évitables. On peut quitter un pays qui nous oppresse, s’éloigner d’une famille mortifère, développer des qualités, transformer certains handicaps physiques ou blessures psychologiques pour en faire des atouts. Mais ces changements ne peuvent intervenir que sur ce qui est modifiable, et ils ne seront profitables que si nous les opérons sans rejet violent du donné initial de notre vie (…) La sagesse commence par l’acceptation de l’inévitable et se poursuit par la juste transformation de ce qui peut l’être.

   Cette compréhension est au fondement même d’un grand courant philosophique de l’Antiquité gréco-romaine qui s’appelle le stoïcisme. Le nom de cette école de sagesse - stoa, le portique -provient banalement de la Stoa Poikile, un célèbre portique décoré de fresques qui servaient de point de repère aux Athéniens et sous lequel Zénon, le père du stoïcisme, délivrait ses enseignements. De nombreux penseurs ont pratiqué la philosophie stoïcienne, du IV° siècle avant notre ère, jusqu’au VI° siècle de notre ère, soit pendant près de mille ans. Les philosophes stoïciens appartenaient à toutes les couches de la société, de l’empereur Marc Aurèle à l’esclave Epictète. Ce dernier qui a vécu au I° siècle, a parfaitement résumé dans sonManuel la distinction entre « ce qui dépend de nous » (l’opinion, les désirs, l’aversion…) et qu’il nous appartient librement de transformer et « ce qui ne dépend pas de nous »( corps, condition de naissance, réputation…) que l’on doit accepter. Epictète faisait remarquer à juste titre que nous voudrions bien souvent changer ce qui ne dépend pas de nous et ne pas faire évoluer ce qui dépend de nous. Une telle attitude ne peut conduire qu’au malheur et au ressentiment.

(…)

   C’est aussi cela qu’a compris le prince Siddhârta. Le futur Bouddha évoluait pourtant dans un tout autre contexte, celui de l’Inde du VI° siècle avant notre ère. La tradition bouddhiste nous dit que ce prince a tout ignoré du malheur jusqu’à l’âge adulte ; il n’était entouré que d’individus jeunes et en bonne santé, et son père avait même interdit qu’il franchisse l’enceinte du palais afin que rien de désagréable ne vienne le heurter. A quatre reprises, Siddhârta réussit quand même à sortir du palais, et à quatre reprises il vit ce qu’il ne devait pas voir : un vieillard, un malade, un mort et un ascète. Il en fut si interloqué qu’il interrogea son fidèle cocher, lequel lui révèla que, quels que soient leur pouvoir et leur richesse, tous les êtres vieillissent et ne sont  épargnés ni par la maladie, ni par la mort. Révolté par ce « sort » de l’humain, décidé à la vaincre, Siddhârta s’enfuit pour rejoindre les ascètes des forêts, se soumettant à des pratiques extrêmes qui leur procuraient des pouvoirs extraordinaires. Mais il se rendit vite compte que même ces pouvoirs ne pouvaient avoir raison du donné fondamental de la vie : comme tout être vivant, lui aussi finirait par vieillir et mourir. Alors Siddhartâ s’en fut sous un arbre pour méditer et c’est à ce moment qu’il atteignit l’éveil  et devint le « Bouddha » (littéralement « l’éveillé »). Ce qu’il comprit, c’est qu’il faut accepter le donné de la vie plutôt que de le combattre et chercher à éliminer le malheur par une réponse intérieure. C’est par la connaissance de soi et par un travail de transformation profonde que nous pouvons atteindre une véritable sérénité. »

extrait du PETIT TRAITE DE VIE INTERIEURE DE FREDERIC LENOIR

Miracles et drames végétaux

Lorsque le biologiste américain David Haskell pénètre sous la voûte sempervirente, c’est-à-dire verte toute l’année, son œil surprend des miracles biologiques, détecte des drames végétaux et perçoit des subtilités chimiques invisibles au regard profane. Il suit le rythme des saisons, à genoux, scrutant à la loupe sa parcelle, sans jamais la toucher, et patiemment ausculte l’écosystème où cohabitent les salamandres, les escargots, les papillons, les champignons, les mousses, les feuilles, les fleurs, les arbres et les oiseaux. C’est une métamorphose perpétuelle.

VEGETAUX

 

Chaque observation ressemble à une planche naturaliste où l’on trouverait dans un désordre apparent des souvenirs d’enfance, des descriptions en forme de haïkus, des pensées en touches impressionnistes, des dialogues pénétrants, le tout glané dans le vent de la forêt avec le filet à papillons de l’émotion. A pied, par les chemins des bois, le marcheur revient à sa nature profonde, s’emplit de la beauté du monde, ne laisse que l’empreinte de ses pas, apprend que ce qu’il ressent vaut mieux que ce qu’il possède. La marche est une politesse rendue à la diversité de la nature et aux manifestations de la vie. Maintenir sa conscience et sa sensibilité dans l’intervalle de l’instant présent permet d’en éprouver, d’en accueillir toute la valeur. « Faire l’expérience de l’infini dans la finitude de l’instant », disait le sage japonais. Vivre hic et nunc, en somme. Avec, en prime, la certitude stoïcienne que chaque instant vécu pourrait être le dernier. 

Des neiges au soleil d’été, on découvre quels combats éblouissants la vie animale et végétale livre pour ne pas mourir. Haskell fait penser à Aldo Leopold, père de l’écologie moderne, ou Thoreau : « Pourquoi courir le monde alors qu’on peut faire jaillir l’univers en s’asseyant devant un carré de forêt ? » Il fait de son mandala végétal un monde à part, oasis de contemplation qui révèle les interconnexions existant dans la nature et les relations cycliques à toutes les échelles du vivant. Il tente tout au long des 365 jours de faire l’unité en lui. Il déchiffre la partition mystérieuse et se compose sous le couvert des futaies une existence légère, enivrée. Il vibre de ce souci romantique de ne pas peser sur l’harmonie naturelle. Le biologiste devient ce qu’il contemple. Il élève une stèle d’une extrême sensibilité à la gloire des insectes, des arbres et des oiseaux.

Observer les animaux et les plantes est l’une des plus belles sources de joie, un élixir de jouvence. Ce poète, émerveillé par la pesanteur et la grâce de son carré de forêt, mène une méditation sur l’être, le temps, la mort, la fragilité de la vie, la joie tressaillante des rencontres éphémères. Chaque apparition est une révélation, la confirmation de la beauté du monde. On songe avec lui que chaque animal, même le plus minuscule, possède une singularité et une individualité propres, une conscience de lui-même, une certitude de « son être au monde » et par là même un imprescriptible droit à la vie, au même titre qu’un ours ou un séquoia. On l’imagine en jaïn, un voile de tulle sur la bouche et une plume de paon à la main, époussetant le chemin pour ne tuer aucun être vivant. On ne peut s’empêcher de penser au peuple bishnoï du Rajasthan, en Inde, pour qui les animaux et les arbres sont sacrés. Ils vénèrent la gazelle et toute forme de vie et il arrive fréquemment qu’ils se sacrifient, n’hésitant pas à s’interposer physiquement pour les sauver des braconniers.

 En 1730, 363 Bishnoïs furent massacrés pour avoir tenté de protéger une forêt. Il n’existe pas d’autre exemple, dans l’histoire humaine, où des hommes ont offert leur vie pour sauver celle des arbres. 

L’alimentation saine

  
L’extra de l’EXTRA Lab n°5

L’offre alimentaire ne cesse de se diversifier. Pas facile de s’y retrouver ! Si nous sommes ce que nous mangeons, que dit de nous notre façon de nous nourrir ? Comment peut-elle être un facteur, ou un frein, à notre bien-être et à celui de la planète ?

Autour de nous, des gens s’éveillent… A d’autres réalités ! Qu’ont-ils à nous apprendre ? Pourriez-vous être un de leurs ? « L’EXTRA Lab » part à leur rencontre pour une exploration riche de sens… Des rencontres qui pourraient bien élargir votre vision du monde !

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Une conscience des rythmes du vivant

 

Patrice Levallois, l’un des créateurs du Jeu du tao de la santé et du mieux-être avec Patrice Van Eersel, Sylvain Michelet et Daniel Boublil (Albin Michel- Taovillage, 2009). (Voir aussi le site taovillage.com), trouve dans l’esprit de ce courant deux principes qui l’accompagnent et éclairent sa route depuis des années : « Le premier est qu’en vivant simplement ici et maintenant, comme nous y invite la voie du tao, je prends conscience que la joie et l’amour sont à l’intérieur de moi et que je n’ai pas d’effort à faire pour accéder à eux. Second enseignement : la vie, comme notre nature, est foncièrement duelle, elle est faite de yin comme de yang. À nous de ne pas transformer l’opposition qui enrichit en affrontement qui détruit. »

Dompter ses dragons intérieurs

Pour trouver la paix et l’harmonie en soi et autour de soi, mieux vaut, selon le tao, être à la fois souple, mesuré et déterminé. Didier Gonin, auteur de Réussir sa vie avec le tao (Albin Michel, 2007), nous propose quatre expériences à tenter pour un quotidien plus serein.

TAO

Agir dans l’eau

« L’homme du bien suprême est comme l’eau » Tao-tö-king, chapitre 8.
L’eau est, dans le tao, le symbole de la « bonté agissante », la parfaite illustration de la passivité active. Symbolisée par le yin, elle nous enseigne que, dans les situations de conflit ou d’impasse, les passages en force, les affrontements brutaux sont souvent aussi vains que grands consommateurs d’énergie vitale. Ils affaiblissent l’être tout en lui donnant l’illusion du contrôle et de la puissance. Agir comme l’eau signifie faire le calme en soi et analyser le problème sous toutes ses facettes de manière à contourner l’obstacle. Cela peut être suspendre momentanément l’action, avoir recours à des outils et à des cheminements inhabituels, ou encore faire marche arrière et s’interroger sur le bien-fondé de son objectif ou de sa stratégie. C’est ainsi que l’eau, calme et entêtée, se fraye son chemin et atteint son but sans efforts superflus.

Etre un exemple

« Le sage embrasse l’Un, devenant un modèle, il ne s’exhibe point et du coup resplendit » Tao-tö-king, chapitre 22.
« Embrasser l’Un » veut dire cesser de vivre dans la division et réunir, en soi et en conscience, les oppositions naturelles : yin et yang, agir et non-agir, ombre et lumière… Une fois unifié, dans l’acceptation mais non dans la complaisance de sa dualité, il ne s’égare plus et ne juge plus. Ainsi, les autres, apaisés par sa paix, confiants dans ses paroles (il fait ce qu’il dit) et réconfortés par sa bienveillance (il n’accuse pas les autres des faiblesses qu’il sait être aussi les siennes), non seulement ne l’agressent pas, mais recherchent sa compagnie et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Pour le tao, le sage n’est pas le surhumain, mais l’humain pleinement conscient de sa nature, de ses forces et de ses faiblesses, et qui essaie de faire cohabiter en équilibre ses deux polarités.

Entretenir le feu sacré

« Réduire son moi et brider ses désirs » Tao-tö-king, chapitre 9 
Le feu sacré est une métaphore du vivant, du qi, c’est-à-dire de l’énergie vitale. Toute la pratique taoïste – méditation, respiration, nutrition… – considère que l’équilibre est à la fois la fin et les moyens pour vivre une vie juste et noble. L’homme se perd dans les excès, il se consume et éteint ainsi le feu sacré dont il est le dépositaire. Repérer ses excès, matériels, relationnels et émotionnels, puis les ramener à un niveau qui ne consomme pas plus d’énergie que nécessaire est le préalable indispensable pour tous ceux qui désirent vivre longtemps et sereinement. Réduire le moi, c’est le ramener à sa juste proportion dans la chaîne du vivant, ne pas faire passer son ego devant tout et tous, et prendre en considération le moi d’autrui comme on prend soin du sien, avec mesure, respect et bienveillance.

Désapprendre

« Suivre la voie, c’est de jour en jour décroître » Tao-tö-king, chapitre 48.
Nettoyer son esprit, c’est le débarrasser des idées reçues, des certitudes, en les passant régulièrement au tamis du questionnement sans complaisance. L’encombrement de l’esprit est semblable à l’encombrement des maisons : quelles croyances nous sont vraiment utiles, lesquelles pourrions-nous jeter ? Quelles vérités imposons-nous aux autres ? Quels changements refusons-nous ? Ne pas rester figé, s’exposer au changement, s’inscrire dans la dynamique cyclique de la nature nous permet de nous débarrasser de nos peurs et d’expérimenter notre potentiel de vie sans restriction ni discrimination. Désapprendre l’ancien pour s’ouvrir au nouveau, tel est le sens de cette invitation paradoxale.

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