Archive pour 26 février, 2016

Dire  » oui  » à la vie

 

« Nous sommes tous confrontés à un certain nombre de faits que nous n’avons pas choisis, que nous n’avons pas voulus, et qui nous sont en quelque sorte imposés : c’est ce que j’appellerai le « donné » de la vie. C’est notre lieu de naissance, notre famille, l’époque à laquelle nous vivons ; c’est aussi notre corps, notre personnalité et notre intelligence, nos capacités, nos qualités, mais aussi nos limites et nos handicaps. Ce sont aussi les évènements qui surviennent, qui nous touchent directement, mais sur lesquels nous n’avons pas de maîtrise et que nous ne pouvons pas contrôler. Ce sont les maladies, les aléas économiques, la vieillesse et la mort. C’est le « sort » de l’être humain.

 citation

   On peut le refuser et vouloir que les choses soient autrement. On souhairerait presque tous ne pas vieillir, ne jamais être malade, ne pas mourir. Certains rejettent leur culture, leur famille, leur lieu de naissance. D’autres n’aiment pas leur corps, leur tempérament, et souffrent de certaines limitations physiques ou psychiques. Ce refus est parfaitement compréhensible et légitime. Et pourtant la sérénité, la paix intérieure, la joie ne peuvent nous échoir sans un aquiescement à l’être et une acceptation profonde de la vie telle qu’elle nous est donnée avec sa part d’inéluctable. Ce « oui « à la vie ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas chercher à évoluer, à modifier ce qui peut l’être, à contourner des obstacles évitables. On peut quitter un pays qui nous oppresse, s’éloigner d’une famille mortifère, développer des qualités, transformer certains handicaps physiques ou blessures psychologiques pour en faire des atouts. Mais ces changements ne peuvent intervenir que sur ce qui est modifiable, et ils ne seront profitables que si nous les opérons sans rejet violent du donné initial de notre vie (…) La sagesse commence par l’acceptation de l’inévitable et se poursuit par la juste transformation de ce qui peut l’être.

   Cette compréhension est au fondement même d’un grand courant philosophique de l’Antiquité gréco-romaine qui s’appelle le stoïcisme. Le nom de cette école de sagesse - stoa, le portique -provient banalement de la Stoa Poikile, un célèbre portique décoré de fresques qui servaient de point de repère aux Athéniens et sous lequel Zénon, le père du stoïcisme, délivrait ses enseignements. De nombreux penseurs ont pratiqué la philosophie stoïcienne, du IV° siècle avant notre ère, jusqu’au VI° siècle de notre ère, soit pendant près de mille ans. Les philosophes stoïciens appartenaient à toutes les couches de la société, de l’empereur Marc Aurèle à l’esclave Epictète. Ce dernier qui a vécu au I° siècle, a parfaitement résumé dans sonManuel la distinction entre « ce qui dépend de nous » (l’opinion, les désirs, l’aversion…) et qu’il nous appartient librement de transformer et « ce qui ne dépend pas de nous »( corps, condition de naissance, réputation…) que l’on doit accepter. Epictète faisait remarquer à juste titre que nous voudrions bien souvent changer ce qui ne dépend pas de nous et ne pas faire évoluer ce qui dépend de nous. Une telle attitude ne peut conduire qu’au malheur et au ressentiment.

(…)

   C’est aussi cela qu’a compris le prince Siddhârta. Le futur Bouddha évoluait pourtant dans un tout autre contexte, celui de l’Inde du VI° siècle avant notre ère. La tradition bouddhiste nous dit que ce prince a tout ignoré du malheur jusqu’à l’âge adulte ; il n’était entouré que d’individus jeunes et en bonne santé, et son père avait même interdit qu’il franchisse l’enceinte du palais afin que rien de désagréable ne vienne le heurter. A quatre reprises, Siddhârta réussit quand même à sortir du palais, et à quatre reprises il vit ce qu’il ne devait pas voir : un vieillard, un malade, un mort et un ascète. Il en fut si interloqué qu’il interrogea son fidèle cocher, lequel lui révèla que, quels que soient leur pouvoir et leur richesse, tous les êtres vieillissent et ne sont  épargnés ni par la maladie, ni par la mort. Révolté par ce « sort » de l’humain, décidé à la vaincre, Siddhârta s’enfuit pour rejoindre les ascètes des forêts, se soumettant à des pratiques extrêmes qui leur procuraient des pouvoirs extraordinaires. Mais il se rendit vite compte que même ces pouvoirs ne pouvaient avoir raison du donné fondamental de la vie : comme tout être vivant, lui aussi finirait par vieillir et mourir. Alors Siddhartâ s’en fut sous un arbre pour méditer et c’est à ce moment qu’il atteignit l’éveil  et devint le « Bouddha » (littéralement « l’éveillé »). Ce qu’il comprit, c’est qu’il faut accepter le donné de la vie plutôt que de le combattre et chercher à éliminer le malheur par une réponse intérieure. C’est par la connaissance de soi et par un travail de transformation profonde que nous pouvons atteindre une véritable sérénité. »

extrait du PETIT TRAITE DE VIE INTERIEURE DE FREDERIC LENOIR

Miracles et drames végétaux

Lorsque le biologiste américain David Haskell pénètre sous la voûte sempervirente, c’est-à-dire verte toute l’année, son œil surprend des miracles biologiques, détecte des drames végétaux et perçoit des subtilités chimiques invisibles au regard profane. Il suit le rythme des saisons, à genoux, scrutant à la loupe sa parcelle, sans jamais la toucher, et patiemment ausculte l’écosystème où cohabitent les salamandres, les escargots, les papillons, les champignons, les mousses, les feuilles, les fleurs, les arbres et les oiseaux. C’est une métamorphose perpétuelle.

VEGETAUX

 

Chaque observation ressemble à une planche naturaliste où l’on trouverait dans un désordre apparent des souvenirs d’enfance, des descriptions en forme de haïkus, des pensées en touches impressionnistes, des dialogues pénétrants, le tout glané dans le vent de la forêt avec le filet à papillons de l’émotion. A pied, par les chemins des bois, le marcheur revient à sa nature profonde, s’emplit de la beauté du monde, ne laisse que l’empreinte de ses pas, apprend que ce qu’il ressent vaut mieux que ce qu’il possède. La marche est une politesse rendue à la diversité de la nature et aux manifestations de la vie. Maintenir sa conscience et sa sensibilité dans l’intervalle de l’instant présent permet d’en éprouver, d’en accueillir toute la valeur. « Faire l’expérience de l’infini dans la finitude de l’instant », disait le sage japonais. Vivre hic et nunc, en somme. Avec, en prime, la certitude stoïcienne que chaque instant vécu pourrait être le dernier. 

Des neiges au soleil d’été, on découvre quels combats éblouissants la vie animale et végétale livre pour ne pas mourir. Haskell fait penser à Aldo Leopold, père de l’écologie moderne, ou Thoreau : « Pourquoi courir le monde alors qu’on peut faire jaillir l’univers en s’asseyant devant un carré de forêt ? » Il fait de son mandala végétal un monde à part, oasis de contemplation qui révèle les interconnexions existant dans la nature et les relations cycliques à toutes les échelles du vivant. Il tente tout au long des 365 jours de faire l’unité en lui. Il déchiffre la partition mystérieuse et se compose sous le couvert des futaies une existence légère, enivrée. Il vibre de ce souci romantique de ne pas peser sur l’harmonie naturelle. Le biologiste devient ce qu’il contemple. Il élève une stèle d’une extrême sensibilité à la gloire des insectes, des arbres et des oiseaux.

Observer les animaux et les plantes est l’une des plus belles sources de joie, un élixir de jouvence. Ce poète, émerveillé par la pesanteur et la grâce de son carré de forêt, mène une méditation sur l’être, le temps, la mort, la fragilité de la vie, la joie tressaillante des rencontres éphémères. Chaque apparition est une révélation, la confirmation de la beauté du monde. On songe avec lui que chaque animal, même le plus minuscule, possède une singularité et une individualité propres, une conscience de lui-même, une certitude de « son être au monde » et par là même un imprescriptible droit à la vie, au même titre qu’un ours ou un séquoia. On l’imagine en jaïn, un voile de tulle sur la bouche et une plume de paon à la main, époussetant le chemin pour ne tuer aucun être vivant. On ne peut s’empêcher de penser au peuple bishnoï du Rajasthan, en Inde, pour qui les animaux et les arbres sont sacrés. Ils vénèrent la gazelle et toute forme de vie et il arrive fréquemment qu’ils se sacrifient, n’hésitant pas à s’interposer physiquement pour les sauver des braconniers.

 En 1730, 363 Bishnoïs furent massacrés pour avoir tenté de protéger une forêt. Il n’existe pas d’autre exemple, dans l’histoire humaine, où des hommes ont offert leur vie pour sauver celle des arbres. 

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