Archive pour 28 février, 2016

Expérience TAO interview

tao forum

Comment un ancien moine devient-il « gardien » d’une montagne taoïste ?

Pour moi, le moine (monos) se définit par la recherche de l’unité intérieure. Cela fait longtemps que je n’appartiens plus à une institution monastique mais cela ne m’empêche pas de me sentir toujours moine, c’est-à-dire toujours habité par la quête de l’unité intérieure. Il n’y a donc rien d’étrange à ce que je me sente bien dans un lieu qui, depuis le VIe siècle de notre ère, a accueilli des ermites ou des maîtres taoïstes. Je n’en suis cependant pas devenu le gardien. Plus modestement, je suis maintenant cogérant de l’hôtellerie* que les Maîtres taoïstes ont construite près de leur Temple pour accueillir leurs confrères pèlerins. Avec mon ami Zhu Ping, nous y animons un centre de culture traditionnelle chinoise ouvert tant aux Asiatiques qu’aux Occidentaux. * www.ctcc2011.com  et www.qiyunshan.eu

 Peut-on, dans notre monde actuel, vivre en harmonie avec le Tao ?

Un Chinois se sent taoïste dès qu’il est dans la nature. Une colline, une cascade, un cours d’eau lui suffisent pour se sentir porté par le Tao qui entraîne dans son processus tout ce qui existe. Cela est moins évident lorsqu’on vit au cœur d’une mégapole comme Shanghai ! Et pourtant l’attitude taoïste qui consiste à être constamment attentif aux énergies qui nous habitent en devient d’autant plus nécessaire. D’où l’importance des monastères dans le monde contemporain, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent. Ils sont des espaces de respiration spirituelle, des lieux où l’on vient se ressourcer. C’est aussi la fonction d’une montagne comme Qiyunshan, « la montagne à hauteur des nuages », où les falaises trouées de petits temples troglodytes et gravées de devises taoïstes en caractères chinois apportent sérénité et intériorité pour mieux affronter ensuite la dispersion inhérente à la civilisation contemporaine.

Comment les Chinois vivent-ils aujourd’hui leur héritage taoïste ?

La société chinoise dans son ensemble avait accueilli Mao en libérateur. La politique antireligieuse qu’il a ensuite menée n’a pas recueilli la même unanimité et la Révolution culturelle, avec ses excès destructeurs, a traumatisé une partie de la population. Aujourd’hui, tout cela est révolu et les temples, qu’ils soient bouddhistes ou taoïstes, connaissent une nouvelle prospérité. Pour autant, il serait hasardeux d’affirmer que l’ensemble de la population chinoise est redevenue religieuse. Après des décennies de vaches maigres ayant entraîné des famines ravageuses, les Chinois semblent surtout soucieux de retrouver une aisance économique. Les classes moyennes grandissent jour après jour. En faire partie représente l’aspiration la plus largement partagée. Mais, en profondeur, les trois enseignements (taoïste, bouddhiste et confucianiste), souvent perçus comme « un seul enseignement », continuent à marquer les esprits.

A LIRE : À hauteur des nuages Chroniques de ma montagne taoïste Bernard Besret 252 pages, 16 €

Bernard Besret – Ancien moine cistercien, prieur de l’abbaye de Boquen dont la contestation puis la démission avaient défrayé la chronique dans les années 1960 et 1970, Bernard Besret, éternel pèlerin de l’absolu, a retrouvé à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu’il avait depuis toujours cherchée. Dans À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste, il mêle des récits sur le quotidien chinois d’aujourd’hui, sur son propre parcours, sur celui d’un ancêtre lointain qui fut évêque en Chine, et des méditations sur le sens du temps, du corps, du rapport au cosmos… Autant de thèmes qui, au fil d’une plume alerte, nous interpellent sur notre propre vie, et nous enrichissent de connaissances sur cette « étrangeté » qu’est la Chine.

Pour rejoindre le TAO sur le forum de Francesca : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Les leçons de bonheur de Frédéric Lenoir

ENFANT

 

Le bonheur durable est selon vous le fruit d’un travail sur soi.

La phrase de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez dans le monde » est emblématique de notre époque. Changer le monde et notre mode de vie passe par une transformation intérieure pour être efficace et éviter les batailles d’ego. J’observe depuis quatre ou cinq ans, en même temps que montent la conscience écologique et les réactions à la société marchande, un rapprochement entre les spirituels, ces chrétiens ou ces bouddhistes qui s’engagent pour de grandes causes, et les militants politiques de l’altermondialisme, qui comprennent que leur combat a besoin d’être nourri d’un regard profond sur le monde. On ne peut prôner un nouveau modèle mondial fondé sur la solidarité et la coopération entre les êtres qu’à condition d’être témoin de ce que l’on dit et de travailler sur soi. 

En quoi ce regard remet-il en cause notre mode de vie ?

Le progrès technologique nous a ouvert tous les possibles, mais on s’est encombré d’un tas de choses, surtout matérielles, et nous en voyons les limites. Nos modes de vie accélérés nous empêchent de nous relier à ce qu’il y a de plus profond en nous. Nous voulons tout faire et nous manquons de temps. Le besoin de simplifier sa vie est devenu criant. Cela peut passer par un tri de tous les objets inutiles, mais aussi de ses nombreuses relations, de ses multiples activités : une sélection pour prendre davantage de temps pour soi et retourner à l’essentiel. On ne peut tout faire en préservant la qualité.

À quel bonheur aspirons-nous ?

Les enquêtes mondiales se rejoignent : le premier pilier du bonheur est la qualité relationnelle dans la structure familiale et amicale, mais aussi la sphère sociale et professionnelle. Selon les pays, elle sera plus ou moins développée. L’Allemagne ou la Suisse sont par exemple bien plus avancées que la France sur des problématiques telles que le bien commun et le sens de l’intérêt général. Nous vivons dans un pays très individualiste, qui a du mal à trouver une unité nationale, où l’esprit corporatif domine sur le collaboratif. La deuxième condition est de s’épanouir dans son activité professionnelle. Même précaire, notre travail doit avoir un sens. L’argent comme unique finalité ne peut être source d’épanouissement. Enfin, il est primordial de se sentir bien dans son corps. Cela nous amène à faire des choix d’alimentation cohérents avec nos principes éthiques, en prenant plus de produits naturels, en limitant la viande – qui coûte cher –, en refusant d’acheter si l’on est sensible à la souffrance animale ce qui provient de l’élevage intensif. Le bonheur est le fruit d’un équilibre entre notre corps, nos valeurs et notre esprit.

Il est temps d’ajuster nos désirs au monde plutôt que le monde à nos désirs.

Cette philosophie stoïcienne nous invite à changer de regard : si nous exigeons du monde qu’il se plie à nos désirs, nous serons perpétuellement frustrés. L’homme a tendance à toujours vouloir plus, plus grand, plus beau. Nous sommes dans une boulimie du tout faire, tout avoir. La clé de la sagesse est donc l’allégement, l’autolimitation de nos désirs, en les ajustant au monde tel qu’il est : limité et en crise. Cultiver l’essentiel, c’est ce à quoi nous invitent tous les courants de sagesse du monde, des stoïciens aux bouddhistes, en passant par Spinoza, Montaigne… et Jésus. En empruntant ce chemin du juste choix, nous trouverons davantage de joies et nous les vivrons plus profondément.

 

* Du bonheur. Un voyage philosophique,


 Fayard, 18 €.

 F.LENOIR

 

F .LENOIR – Philosophe, sociologue, chercheur associé à l’EHESS, Frédéric Lenoir explore depuis 20 ans, à travers ses livres, les chemins de la sagesse pour un art de vivre contemporain. Son dernier essai, Du bonheur. Un voyage philosophique * (Fayard), revient sur les sources de notre bonheur. Selon lui, c’est en cultivant l’essentiel, en empruntant le chemin du juste choix que nous trouverons d’avantage de joies et que nous les vivrons plus profondément.

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