Archive pour mars, 2016

TANTRA : l’un des plaisirs spirituels

 

 

Votre rencontre de plaisir avec un ou une partenaire est à l’image -et dans le prolongement- de votre rencontre de plaisir et d’amour avec vous-même.

Êtes-vous pleinement satisfait de votre vécu relationnel et sexuel ?

Vous arrive-t-il d’expérimenter l’extase au coeur de votre sexualité ?

Si la réponse n’est pas franchement “Oui”… le tantra peut vous permettre d’accéder à de nouvelles sensations et surtout à une plus grande conscience de ce qui ne demande qu’à se vivre en vous: plus d’intensité dans le plaisir, plus de présence à ce plaisir, plus d’alignement intérieur et plus de lumière.

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Laissez votre sexe s’ex-primer.

Vos échanges intimes aspirent peut-être à plus de divin… à plus de révélation spirituelle et sensuelle. Votre corps a beaucoup de choses à vous dire. Votre sexe a de belles richesses à transmettre… si vous le laissez s’ex-primer !

Votre force de création, votre recherche intérieure d’extase et d’épanouissement ultime vous font des signes de pistes. A vous de suivre cette piste extraordinaire et passionnante !

Elevez le bas… et enlevez le haut.

Le sacré existe autant dans vos premiers chakras (les plus “bas”) que dans vos derniers chakras (les plus “hauts”). Le sacré ne dépend que de la qualité de la présence que vous mettez dans vos élans d’expression du meilleur de vous-même, dans vos actions de jouissance et votre investissement au centre de votre plaisir, le plus corporel…le plus sacré.

Sacralisez votre plaisir.

Le Tantra vous invite à apprendre à sacraliser votre plaisir, c’est-à-dire à oser le déguster avec amour, accueil et lâcher-prise. Un plaisir à rencontrer avec esprit. Appelons cela du plaisir spirituel…

Autrement dit: Dans la conscience la plus totale, dans l’engagement corporel, émotionnel et spirituel le plus profond, le plus intense et le plus complet… vous attend la pulsation de Dieu, vous accueille la vibration divine de haut-niveau.

Ecoutez votre sexe… vous y entendrez le divin!

Le Tantra vous propose de rencontrer ce sacré en devenant vous-même sacré.

Le Tantra vous suggère de vous connecter directement au divin, en vous immergeant dans le sacré de votre sexe, en découvrant le sacré de votre sexualité la plus authentique, la plus libre.

En devenant vous-même amour, rayonnement de joie et de plaisir, vous pouvez réveiller ce divin qui dort en vous depuis si longtemps !

Faites des cadeaux à votre sexe en restant présent à vous-même…

Combien d’instants dans une de vos journées peuvent-ils être ou devenir source de plaisir ? Vous autorisez-vous de réels moments pour vous-même ? Des moments pour prendre votre temps, pour prendre le temps de jouir des beautés de l’existence et savourer la vie par tous les pores de votre conscience… et au coeur de l’extase sexuelle, si proche de l’extase mystique la plus pure et la plus bouleversante. Une extase source de puissance. Une extase vous aidant à mieux créer votre propre vie et amplifier votre souveraineté intérieure… en transformant les vieilles barrières mentales et les programmes d’échec et de peurs.

L’énergie est intelligente… laissez-la vivre !

L’humain a un corps qui ne sait pas faire compliqué . Il a un sexe intelligent et pas franchement com-pliqué non plus ! Il n’en va pas de même pour sa tête… championne toutes catégories pour égarer son propriétaire dans le labyrinthe de ses illusions.

En matière de relations et de sexualité, votre mental tout puissant a probablement tendance à tout compliquer si vous lui donnez les tous pouvoirs… surtout lorsqu’il a pris l’habitude de se nourrir de divers scénarios familiaux et culturels complexes, tordus ou pervers.

Soyez unique: libérez-vous de “la pensée et de la sexualité uniques”

Le chemin du Tantra est un chemin vers vous-même. Un chemin qui vous conduit (si vous le suivez) à enrichir votre sexualité ainsi que votre vie spirituelle, et à les vivre autrement qu’en reproduisant des “mécanismes corporels ou mentaux” standardisés. Vous connaissez la “Pensée unique”… connaissez-vous la “Sexualité unique” ? Elle est tellement répandue qu’on ne la repère même plus !

Le corps, encore et en-corps…

Aussi, avec l’expérience du Tantra, il vous est proposé d’affiner vos sens, d’affiner votre lucidité personnelle et votre sensibilité corporelle.
Cela pour affiner, bien sûr votre conscience et doper votre esprit !

Le Tantra peut vous aider à laisser re-émerger vos propres rythmes intimes (plus lents ?) et vos propres élans passionnés (plus rapides et plus puissants ?). Pour accéder à plus d’intensité de vie, à plus d’authenticité dans la rencontre avec votre partie masculine et votre partie féminine. Pour découvrir Dieu au centre de votre sexe d’amour, au coeur de votre amour de la jouissance spirituelle et de l’extase sacrée…

Une relation d’amour entre l’intérieur et l’extérieur.

Le Tantra vous invite à traverser vos peurs et à vous reconstruire en partant du centre… au-delà de ce qui a été coupé (culpabilisé. Culpa= couper) par le passé.

Pratiquer le Tantra, c’est oser lâcher (faire le deuil) des vieilles béquilles et habitudes cristallisées. C’est oser se libérer de tous des a-priori ou tabous qui minent et sabotent votre rencontre avec l’autre et avec votre force intérieure.

Laissez naviguer votre sexe sur l’océan de l’amour.

Si vous avez bien lu ou bien parlé du Tantra, il vous reste à expérimenter concrètement le Tantra… c’est-à-dire à tenter de donner et recevoir de l’amour, à ressentir et offrir du plaisir sans naviguer à la périphérie stérilisante de votre plaisir central, de votre centre divin.

Au-delà de l’objet d’amour: le sexe spirituel.

Le Tantra est une “École initiatique” qui peut commencer à se vivre au sein de stages où l’énergie du groupe, en résonance avec la votre, peut stimuler et éveiller vos ressources sensibles, originales et spirituelles (insoupçonnées ?).

Éveil des sens, nouveau sens spirituel et renouveau intérieur: voici quelques ingrédients de cette aventure passionnante… longue parfois, bouleversante souvent, régénérante toujours.

S’aimer dans sa totalité… pour être pleinement amour.

Tantra veut dire “tisser” (dans une de ses anciennes traductions).

Tenter de se tisser… tout en gardant le fil de soi . Le sexe est-il com-pas-tissant des malheurs de nos pauvres scénarios mentaux (à mettre à la porte ou au porte-menteaux ?)

Tantra… tentera pas. Encore une histoire d’o-ser !
Histoire de rendre grâce aux vertus divines de votre sexe… sans vous faire prier.

François Notter. www.tantra-amour.com

Religion : TRANSLATION ou TRANSFORMATION

 

Dans une série de livres (A sociable God, Up from Eden, The Eye of Spirit, par exemple) j’ai essayé de montrer que la religion a toujours rempli deux fonctions très importantes mais très différentes l’une de l’autre. D’un côté, elle agit de façon à créer du sens pour le moi séparé : en offrant des mythes, des histoires, des contes, des récits, des rituels et des reconstitutions qui ensemble aident le moi séparé à trouver du sens et à endurer les revers et les blessures du terrible destin. Cette fonction de la religion ne change pas nécessairement ni habituellement le niveau de conscience d’une personne ; elle n’offre ni transformation radicale, ni la possibilité d’une libération qui pulvérise complètement le sentiment d’être un moi séparé. Au contraire, elle offre consolation pour le moi, elle le fortifie, le défend et lui donne de l’importance. Tant que le moi séparé croit aux mythes, accomplit les rituels, dit les prières, et embrasse les dogmes, il sera, croit-on fermement, « sauvé » – soit dans l’immédiat dans la gloire de Dieu ou par les faveurs de la Déesse, soit plus tard dans une vie après la mort avec l’assurance d’un émerveillement éternel.

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D’un autre côté, la religion a aussi servi – et cela le plus souvent pour une très très petite minorité d’individus – une fonction de transformation radicale, de libération. Cette fonction de la religion ne fortifie pas le sentiment d’être un moi séparé, elle le pulvérise totalement. Au lieu de consolation, elle apporte dévastation ; de retranchement, le vide ; de contentement de soi, une explosion ; de réconfort, une révolution – bref, plutôt qu’un soutien conventionnel de la conscience cette fonction provoque une transmutation, une transformation du fondement de la conscience elle-même.

On peut parler de ces deux fonctions si importantes de la religion d’une autre manière : la première fonction, celle qui crée du sens pour le moi, est un mouvement de type horizontal ; la seconde, celle qui appelle à transcender le moi, est un mouvement de type vertical (plus haut ou plus profond selon la métaphore que vous utilisez). La première, je la nomme « translation », la seconde, « transformation ».

Dans la translation, le moi accède simplement à une nouvelle façon de penser, de ressentir la réalité. On lui offre une nouvelle croyance – qui sera peut être holistique au lieu d’être atomiste, apportera pardon là où il y avait culpabilité ou sera relationnelle plutôt qu’analytique. Le moi apprend alors à interpréter son monde et son existence selon les termes de sa nouvelle croyance, nouveau langage ou paradigme, et cette translation nouvelle et enchanteresse agira, au moins de façon temporaire, en soulageant ou diminuant la terreur qui par nature est tapie au tréfonds du moi séparé.

Mais dans la transformation, le processus même de translation est mis au défi, observé, miné pour finalement être mis en pièces. Dans une translation typique, le moi (ou le sujet) accède à une nouvelle façon de penser le monde (ou les objets) ; mais dans la transformation radicale, le moi devient sujet d’enquête, il est scruté, saisi par le cou, et littéralement étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Encore une fois, dans la translation horizontale – qui est de loin la fonction la mieux partagée, la plus étendue et la plus usitée de la religion – le moi devient, pour un temps, heureux dans son avidité, satisfait dans son esclavage, calmé face à l’épouvantable terreur qui est au coeur même de son conditionnement. Dans la translation, le moi pénètre endormi dans ce monde, et trébuche, myope et insensible, dans le cauchemar du Samsara, muni d’une carte cousue de morphine pour le guider. Tel est en effet la condition commune à toute l’humanité religieuse, condition que précisément les maîtres d’une spiritualité radicale et transformatrice sont venus défier et ont fini par défaire.

Car dans la transformation authentique, il n’est plus question de croyances mais de la mort du croyant ; plus question de translater le monde mais de le transformer ; plus question de trouver du réconfort, mais l’infini de l’autre côté de la mort. Le moi n’est pas là pour qu’on le satisfasse mais pour qu’on le réduise en cendres.

Alors que de toute évidence je viens de parler en termes favorables de la transformation et de dénigrer la translation, en réalité dans l’ensemble, ce sont deux fonctions incroyablement importantes et totalement indispensables. Les individus ne sont pas pour la plupart nés éveillés. Ils naissent dans un monde de péché et de souffrance, d’espoir et de peur, de désir et de désespoir. Ils naissent en tant que moi, disposé et pressé d’en découdre, un moi débordant d’appétit, de soif, de larmes et de terreur. Ils commencent à un très jeune âge à apprendre à translater leur monde, l’interpréter pour le comprendre et lui donner un sens, et pour se défendre de la terreur et de la torture à peine dissimulées sous la surface heureuse du moi séparé.

Pour autant que nous, vous et moi, puissions vouloir transcender la simple translation et trouver une transformation authentique, il n’en est pas moins vrai que la translation remplit un rôle absolument nécessaire et crucial pour une part essentielle de notre vie. Ceux qui ne peuvent translater correctement avec un certain degré d’intégrité et de véracité, tombent rapidement dans la névrose ou, pire, la psychose. Le monde cesse alors d’avoir un sens : au lieu d’être transcendées, les frontières entre le moi et le monde commencent à s’écrouler. Loin de la révélation, c’est la régression, non la transcendance mais le désastre. Cependant à un moment donné de notre processus de maturation, même la translation la plus adéquate et la plus solide ne remplit plus son rôle de consolation. Aucune nouvelle croyance, aucun nouveau paradigme, mythe ou idée ne ternira le flot d’une angoisse grandissante. Ce n’est plus une nouvelle croyance pour le moi mais une transcendance totale du moi qui devient alors le seul chemin possible.

Et pourtant les personnes prêtes à suivre un tel chemin sont une infime minorité. Elles l’ont toujours été et le seront probablement toujours. Pour le plus grand nombre, une quelconque croyance religieuse tombera dans la catégorie « consolation », utilisée comme une nouvelle translation horizontale pour façonner un sens à ce monde monstrueux. La religion a en majorité toujours servi cette première fonction et elle le fait très bien.

Voilà pourquoi j’utilise le terme de « légitimité » pour décrire cette première fonction (la translation horizontale et la création de sens pour le moi séparé). Offrir une légitimité au moi – une légitimité pour ses croyances, paradigmes, visions du monde, et façons de vivre – est une part importante des services rendus par la religion. Ce rôle de légitimation – aussi temporaire, relative, non-transformatrice, ou illusoire qu’il soit – a néanmoins représenté la plus importante fonction – unique en son genre – des traditions religieuses mondiales. Par sa capacité à offrir un sens horizontal, une légitimité et une sanction au moi et à ses croyances, ce rôle de la religion a de tout temps servi de « ciment social » unique, le plus important qu’une culture puisse avoir.

Il n’est jamais facile ni léger de toucher au ciment fondamental qui donne sa cohérence à une société donnée. Car le plus souvent, lorsque ce ciment se dissout – lorsque la translation se dissout – il en résulte, comme nous le disions plus haut non pas une révélation mais une régression, non pas une libération mais un chaos social. (Nous y reviendrons.)

Là où la religion de translation apporte légitimité, la religion de transformation offre authenticité. Les quelques individus qui sont mûrs – c’est-à-dire dégoûtés des souffrances du moi séparé et désormais incapables d’embrasser la vision du monde légitime – entendent de plus en plus intensément l’appel à une authenticité, un éveil, une libération authentiques. Et selon votre capacité à supporter la souffrance, vous répondrez tôt ou tard à l’appel de l’authenticité de la libération sur l’horizon perdu de l’infini.

 

La spiritualité de transformation ne cherche pas à soutenir ou à légitimer une vision du monde existante, au contraire, c’est en pulvérisant tout ce que le monde pense être légitime qu’elle apporte une réelle authenticité. La conscience légitime est sanctionnée par le consensus, adoptée par l’esprit de troupeau, embrassée simultanément par la culture et la contre-culture, promue par le moi séparé comme étant la façon de donner un sens au monde. Mais la conscience authentique se décharge rapidement de tout cela pour s’installer dans une perspective qui ne voit qu’une infinité radieuse dans le cœur de toute âme et ne respire qu’une atmosphère d’éternité extraordinairement simple.

La spiritualité de transformation, la spiritualité authentique, est ainsi révolutionnaire. Elle n’offre aucune légitimité au monde, elle le fracasse ; elle ne console pas le monde, elle le pulvérise. Elle ne satisfait pas le moi, elle le défait.

Sans titre

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Ken Wilber n’a guère besoin d’être présenté. Génie reconnu de son vivant, cet auteur prolifique est universellement loué pour sa synthèse visionnaire des philosophies orientales et occidentales. Il est salué comme l’un des esprits les plus lumineux du monde spirituel moderne.

Cet article est extrait de la revue «Qu’est-ce que l’Eveil ?» liée à l’enseignement d’Andrew Cohen

Renaître dans l’eau

 

Quelle est la démarche des êtres que j’accompagne?
Se réconcilier avec le monde de l’eau dans la sécurité et le plaisir, affrontant les peurs d’y plonger malgré de profondes motivations. Ils vont réaliser d’une façon qu’ils n’imaginaient pas ce que veut dire être au bord de l’eau, dans l’eau, sur l’eau, sous l’eau et enveloppé par l’eau, mais aussi la joie de barboter ou la fluidité de nager et pour certain développer l’aquacité.

Mon accompagnement se fait dans un bassin de balnéothérapie à 35°, d’un mètre vingt de profondeur. Cette température de 35° et le peu de profondeur permettent de travailler en douceur et sécurité la détente sur tous les plans, physique, émotionnel et mental. Cette détente permet l’émergence spontanée des mémoires (vie intra-utérine, émotion refoulée, mémoires en relation à l’eau). Dans cette détente, l’être s’ouvre et s’offre. L’accompagnant se doit d’être centré. C’est souvent le défi inconscient pour les groupes de détente dans l’eau.

Je commence mes séances en demandant à la personne quelle est son intention, ce qui lui permet de se choisir dans son processus d’accompagnement à elle-même.

renaitre dans l'eau

Prenons l’exemple de Jeannette :
C’est une femme enracinée dans sa vie et sa relation aux autres qui a déjà beaucoup guéri son histoire personnelle. Elle vient avec l’intention d’arriver à se relaxer dans l’eau allongée sur le dos. Elle veut arriver à faire la planche. Je lui explique et je la rassure qu’à aucun moment elle n’aura le visage dans l’eau. Je l’assure que je la tiendrai toujours par au moins une main et qu’elle m’entendra, bien que ses oreilles soient dans l’eau. Je l’invite à fermer les yeux afin de tourner son regard vers l’intérieur et à respirer naturellement par la bouche. Je lui explique que cette respiration par la bouche lui permet de ne pas être happée par la panique ou l’appréhension. Elle se mobilise ainsi dans la présence à elle-même et évite ainsi de se retirer de l’émotion et même pour certaines personnes de se retirer du corps.

J’explique à Jeannette qu’elle va rentrer dans l’eau et faire le tour du bassin afin de définir son territoire de sécurité. Je lui donne des pistes qu’elle pourra adapter quelque soit le lieu (piscine, mer, rivière, lac ) : la profondeur du lieu, sa dimension, la barre de sécurité ou la taille des rebords de la piscine, la température de l’eau, la zone de baignade surveillée…

Jeannette peut ainsi commencer à construire les bases de sa sécurité en prenant en charge son territoire d’exploration et de détente. Seulement alors je l’allonge sur le dos, une main sous la nuque et une main sous les reins. Dès que j’allonge Jeannette, elle s’agrippe à moi et à la barre du rebord de toutes ses forces. Elle a les yeux grand ouverts et m’implore de ne pas la lâcher. Son corps est raide comme un bout de bois.

Je lui dis et lui fais sentir qu’elle est totalement soutenue. Je ne bouge plus jusqu’à qu’elle s’assure de ses prises et de ses repères dont le bord du bassin, ses appuis sur moi, notre contact visuel, mon soutien concret, sa tête hors de l’eau.
J’approfondis alors mon état intérieur d’enracinement et de présence. Jeannette ferme finalement les yeux. Je l’invite à sentir où sont les tensions et comment est sa respiration.

Je l’invite à dire ses peurs et ses émotions. En fait je l’invite à prendre conscience d’elle-même et de ce qui s’exprime en elle. Elle me partage que de s’allonger dans l’eau la panique car elle se sent tomber, basculer au plus profond et perdre tous ses repères Elle est alors totalement déracinée. Elle pose ainsi sa conscience sur cette panique qui l’envahit telle une déferlante et l’oblige à se cramponner à moi et à la barre. Je sais qu’elle ne pourra lâcher la panique que si elle en prend conscience sans s’y identifier. Le territoire de sécurité installé précédemment devient sa ressource.

Jeannette m’amène à un point important de mon accompagnement.
Dans l’eau, sous l’eau tout au fond de l’eau, il y a toujours la Terre. Au fond de la piscine, au fond du lac, au milieu de l’océan en son point le plus bas, la Terre est là. Nous sommes sur la Terre. C’est un moment clef pour l’être que je peux approfondir si nécessaire par la conscience que les oiseaux sont eux aussi enracinés, comme les dauphins d’ailleurs.

Pour moi cette compréhension intime a été une sorte de révélation. J’ai pu réunir en moi l’eau et la terre.

Je fusionnais avec l’eau et je refusais la Terre et les humains. Je me voyais un peu un dauphin perdu parmi les humains. Dans cette intégration de l’eau sur la Terre, je me reconnais dauphin parmi les miens humains.

Je fais ressentir et visualiser à Jeannette ses racines ancrées dans la Terre et Jeannette ne se sent plus flotter ou perdue au milieu d’un vaste espace inquiétant, mais dans un contact intime avec la Terre-Mêre. Cet enracinement est une clef essentielle pour ceux qui ont peur de ne plus avoir pied, peur du noir dessous… Jeannette se détend et plonge dans une relaxation profonde. Je l’invite à percevoir si son corps flotte, ou si c’est plutôt l’eau qui la porte… C’est une sensation très sécurisante de ressentir que l’eau nous porte. Monte alors le défi habituel de ce moment où la personne est portée sans aucune sollicitation extérieure : être simplement présent à soi-même. Jeannette elle, rentre dans un état profond de bien-être, jusqu’à s’approcher de quelque chose comme le « Je Suis » car elle a l’habitude des états méditatifs. Pour terminer avec Jeannette, sa plus belle expérience a été, à notre troisième séance, de découvrir d’autres repères spatio-temporels et de laisser exploser sa joie dans une roulade avant et une roulade arrière.

Me revient aussi Colette. Une fois qu’elle a traversé l’inquiétude d’être dans les bras d’un homme jeune à qui faire confiance, je l’ai invitée à accueillir ses émotions. Cette quinquagénaire m’a confié alors que jamais sa mère ou quiconque ne l’avait tenue dans les bras avec autant de douceur et de justesse. Elle s’engageait en rentrant de prendre son grand fils dans les bras.

Il m’est important d’aborder aussi le passage au-dessus de l’eau / au-dessous de l’eau que j’appelle dessus/dessous.
J’accompagne régulièrement des personnes à réconcilier toute la sphère ORL dans le passage dessus/dessous. C’est un processus par étape, face à face, où nous nous tenons les mains et palier par palier, la personne va mettre sa tête sous l’eau en travaillant sur l’inspir/l’expir. Une séance d’une heure suffit souvent pour traverser cette appréhension de mettre la tête sous l’eau…

Pour ceux-là, j’enchaîne par la suite logique pour moi de la phase dessus/dessous :
s’allonger sous l’eau.

Prenons Claire. Je vérifie que Claire n’a pas de mémoire ou de traumatisme d’avoir était amenée ou poussée de force sous l’eau.

Je lui demande de souffler pour pouvoir descendre. Traversés les appréhensions et les doutes, Claire n’en revient pas de réussir à s’allonger sous l’eau. Je l’invite à aller plus loin en lâchant de l’air une fois au fond afin de se stabiliser. Claire me partage sa stupéfaction de la grande détente qu’elle ressent. Plus Claire se détend, plus elle reste au fond et plus elle y a de plaisir. Claire exulte de raconter ce qui est un exploit pour elle à son mari et à ses enfants. Sa séance se termine comme une renaissance à l’eau où elle se sent pour la première fois accueillie sur la Terre dans son entièreté. Il me revient Mathieu, moniteur de plongée, étonné de se rendre compte qu’il n’arrivait pas à s’allonger sous l’eau. Il accepte de suivre mes étapes. Il finit par s’allonger et peut s’y détendre profondément. Il remonte alors les yeux remplis de lumière, émerveillé et stupéfait du temps resté au fond et d’un bonheur nouveau qu’il a trouvé d’être sous l’eau, avec l’eau. Tout simplement, calme, allongé, sans bouger, sans effort, juste présent à lui, il a pris conscience de cette matrice aquatique finie et infinie. Mathieu a eu l’humilité de lâcher sa connaissance du milieu marin pour expérimenter cette expérience intime de l’eau.

Ceci est ma plus belle des récompenses et le dauphin en moi se réjouit de partager l’intimité avec l’eau.

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Patrick Ferrer
Moniteur de plongée. Connecté énergétiquement aux dauphins et aux cétacés.
Anime des stages de développement personnel et un groupe d’hommes.

Patrick Ferrer – 33, rue des Lilas 75019 Paris
Courriel : dbellego.pferrer@wanado.fr
Rubrique Patrick Ferrer dans le site : www.tantradianebellego.com

La naissance du Zen

 

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Bokuju répondit :
on s’habille, on mange.

Le questionneur dit :
je ne comprends pas.

Bokuju répondit :
si vous ne comprenez pas,
habillez-vous et mangez votre repas.

 

ZEN

 

Qu’est-ce que le Zen ?
Le Zen est une croissance très extraordinaire. C’est rare qu’une telle possibilité se réalise parce que de nombreux risques y sont impliqués. Cette possibilité avait déjà existé bien des fois : un certain happening spirituel aurait pu grandir et devenir comme le Zen, mais cela ne s’est jamais complètement réalisé. Une seule fois dans l’histoire de la conscience humaine quelque chose comme le Zen a réussi à naître : prendre naissance, se développer, se concrétiser. C’est très rare.

Je voudrais d’abord que vous compreniez ce qu’est le Zen, parce que sans cela, ces anecdotes ne seront pas d’une grande aide. Il est nécessaire de connaître tout son contexte. Avec ce regard, et resituées dans ce contexte, ces anecdotes deviennent lumineuses – vous parvenez soudain à leur sens, à leur signification, autrement elles ne sont que des éléments séparés. Vous pouvez vous en réjouir ; parfois vous pouvez en sourire ; elles sont très poétiques ; elles sont très belles par elles-mêmes, des pièces d’art uniques, mais en voyant juste ces anecdotes vous ne serez pas capables de pénétrer la portée profonde du Zen.

Essayez donc de me suivre doucement tout au long de la croissance du Zen – comment cela s’est produit. Le Zen est né en Inde, a grandi en Chine, et a fleuri au Japon. Toute la situation est exceptionnelle. Pourquoi est-ce qu’il naquit en Inde , mais ne put pas y grandir et dût chercher un sol différent ? Il devint un grand arbre en Chine, mais ne put pas y fleurir, il dut à nouveau chercher un nouveau climat, un climat différent – et au Japon il a fleuri comme un cerisier, en milliers de fleurs. Ce n’est pas fortuit, ce n’est pas accidentel, il y a une raison profonde à cela. J’aimerais vous la faire découvrir.

L’Inde est un pays introverti, le Japon est extraverti, et la Chine est juste au milieu de ces deux extrêmes. L’Inde et le Japon sont absolument opposés. Alors comment une graine qui est née en Inde en vint à fleurir au Japon ? Ce sont des opposés ; ils n’ont rien de similaire ; il sont contradictoires. Et pourquoi la Chine est venue juste entre les deux, pour lui donner une terre fertile ?

Une graine est une introversion. Essayez de comprendre le phénomène qu’est une graine, ce qu’est une graine. Une graine est un phénomène introverti – elle est centripète : l’énergie se replie à l’intérieur. C’est ce qu’est une graine, recouverte, et complètement fermée au monde extérieur. En fait une graine est la chose la plus solitaire, la plus isolée du monde. Elle n’a aucune racine dans le sol, aucune branche dans le ciel ; elle n’a aucune connexion ni avec la terre, ni avec le ciel. Elle n’a aucun relationnel. Une graine est complètement une île, isolée, repliée sur elle-même. Elle n’a pas de partages. Elle est entourée d’une enveloppe dure, il n’y a aucune fenêtre, pas de portes ; elle ne peut pas sortir et rien ne peut entrer.

La graine est naturelle pour l’Inde. Le génie de l’Inde peut produire des graines d’une immense potentialité, mais l’Inde ne peut pas leur donner la bonne terre. L’Inde est une conscience introvertie. L’Inde dit que l’extérieur n’existe pas et que même s’il existe, il est de même nature que les rêves. Tout le génie de l’Inde a été d’essayer de découvrir comment s’échapper de l’extérieur, comment se rendre dans la caverne intérieure du cœur, comment être centré en soi-même, et comment en venir à réaliser que le monde entier, qui existe à l’extérieur de votre conscience, n’est juste qu’un rêve – au mieux magnifique, au pire un cauchemar ; mais beau ou laid, en réalité, c’est un rêve, et on ne doit pas en faire grand cas. On doit se réveiller, et oublier tout ce rêve qu’est le monde extérieur.

Tout l’effort de Bouddha, de Mahâvîra, de Tilopa, de Gorakh, de Kabîr, tout leur effort à travers les siècles a été de s’échapper de la roue de la vie et de la mort : comment s’isoler en soi-même, comment vous couper complètement de toute relation, comment couper les liens, se détacher, comment entrer à l’intérieur et oublier l’extérieur. C’est pourquoi le Zen est né en Inde.

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Zen veut dire DHYANA (méditation). Le mot Zen est un changement du mot DHYANA. DHYANA est tout l’effort de la conscience Indienne. DHYANA veut dire être tellement seul, tellement dans son propre être, que pas une seule pensée n’existe. En fait, il n’existe pas réellement de mot pour le traduire en anglais.
‘Contemplation’ n’est pas le bon mot. La contemplation veut dire penser, la réflexion. Même ‘méditation’ n’est pas le bon mot, parce que la méditation implique un objet, de ‘méditer sur’ ; cela veut dire qu’il y a quelque chose. Vous pouvez méditer sur le Christ, ou pouvez méditer sur la croix. Mais DHYANA veut dire d’être tellement seul, qu’il n’y a rien sur quoi méditer. Pas d’objet, il existe juste une simple subjectivité – une conscience sans nuages, un ciel pur.
Quand le mot a atteint la Chine il est devenu CH’AN. Quand ch’an a atteint le Japon , il devint Zen. Ce mot vient de le même racine sanskrite, DHYANA.

L’Inde a pu donner naissance à DHYANA. Pendant des milliers d’années toute la conscience Indienne a progressé sur le chemin de DHYANA – comment abandonner toute pensée, et comment être enraciné dans une conscience pure.
Avec Bouddha, la graine est née. De nombreuses fois avant cela, avant Gautam Bouddha, la graine était apparue, mais elle ne put pas trouver la bonne terre, et elle disparut. Et si la graine est donnée à la conscience Indienne elle disparaîtra, car la conscience Indienne se dirige de plus en plus vers l’intérieur, et la graine va devenir de plus en plus petite, de plus en plus, jusqu’au moment où elle deviendra invisible. Une force centripète rend les choses de plus en plus petites – atomiques – jusqu’à ce que soudain elles disparaissent. De nombreuses fois avant Gautam Bouddha la graine est née, car Gautam Bouddha ne fut pas le premier à méditer et à devenir un DHYANI, un grand méditant. En fait, il est l’un des derniers d’une longue série. Il a lui-même rappelé les vingt-quatre Bouddhas qui l’ont précédé. Et puis il y eut les Jainas, vingt-quatre Teerthankaras, ils étaient tous des méditants. Ils ne faisaient rien d’autre, ils ne faisaient que méditer, méditer, et méditer, et ils parvinrent à un point où il ne restait plus qu’eux, et où tout le reste disparut, s’évapora.

La graine naquit aussi avec Parasnath, avec Mahâvîra, Neminath et d’autres, et puis elle resta avec la conscience Indienne. La conscience Indienne peut donner naissance à une graine, mais ne peut pas devenir le bon sol pour elle. Elle continue à évoluer dans la même direction et la graine devient de plus en plus petite, moléculaire, atomique, et puis elle disparaît. C’est comme cela que ça s’est passé avec les Upanishads, avec les Vedas, avec Mahâvîra et tous les autres.

Avec Bouddha, c’est aussi ce qui allait se passer. Bodhidharma l’a sauvée. Si la graine avait été laissée à la conscience Indienne, elle se serait dissoute. Elle n’aurait jamais poussé, parce qu’une différente sorte de terre est nécessaire pour la germination – un sol très équilibré. L’introversion est un profond déséquilibre, c’est un extrême.

Bodhidharma s’échappa en Chine avec la graine. Il fit une des plus grandes choses de l’histoire de la conscience : il trouva la bonne terre pour la graine que Bouddha avait donnée au monde. On rapporte que Bouddha aurait dit : ‘ma religion n’existera pas plus de cinq cents ans, et elle disparaîtra[1]‘. Il était conscient que ça se passe toujours de cette façon. La conscience Indienne ne cesse de polir la graine et la rend de plus en plus petite, et un moment arrive où elle devient si petite qu’elle devient invisible. Elle ne fait plus partie de ce monde, elle disparaît dans le ciel.
L’expérience de Bodhidharma fut magnifique. Il regarda partout et chercha avec soin l’endroit où la graine pourrait pousser.

La Chine est un pays très équilibré, pas comme l’Inde, pas comme le Japon. Là-bas le juste milieu est le chemin. L’idéologie Confucéenne est de rester toujours au milieu : n’être ni extraverti, ni introverti ; ni penser trop à ce monde-ci, ni penser trop à ce monde-là – rester juste au milieu. La Chine n’a pas donné naissance à une religion, seulement à une morale. Aucune religion n’y est née ; la conscience Chinoise ne peut pas donner naissance à une religion. Elle ne peut pas en créer la graine. Toutes les religions qui existent en Chine ont été importées, elles sont venues de l’extérieur ; Bouddhisme, Hindouisme, Islam, Catholicisme – elles viennent toutes de l’extérieur. La Chine est une bonne terre, mais elle ne peut pas être à l’origine d’une religion, parce que pour donner naissance à une religion, on doit aller au plus profond du monde intérieur. Pour donner naissance à une religion on doit être comme un corps féminin, une matrice.

La conscience féminine est extrêmement introvertie. Une femme vit en elle-même ; elle n’a qu’un monde réduit autour d’elle, le plus minime possible. C’est pourquoi vous ne pouvez pas intéresser une femme à des choses d’une grande envergure. Non. Vous ne pouvez pas lui parler du Vietnam, ça ne l’intéresse pas. Le Vietnam est trop loin, trop éloigné d’elle. Elle est concernée pas sa famille, son mari, l’enfant, le chien, le mobilier, la radio, la télé. Il y autour d’elle un tout petit monde, juste le minimum. Comme elle n’a pas un monde très vaste autour d’elle, c’est très difficile pour l’homme et la femme de parler intelligemment – ils vivent dans des mondes différents. Une femme n’est belle que quand elle se tait ; au moment où elle se met à parler des choses stupides sortent d’elle… Elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle peut aimer, mais elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle ne peut pas être très philosophe, non, ce n’est pas possible. Ces choses sont trop éloignées, ça ne la concerne pas. Elle vit dans le tout petit cercle de son propre monde, et elle en est le centre. Et si quelque chose a du sens pour elle, cela a du sens seulement en rapport avec elle – autrement ça n’a pas de sens. Elle ne peut pas concevoir pourquoi vous vous souciez du Vietnam. Y a-t-il un problème avec vous ? Vous n’avez aucune relation avec les Vietnamiens. Q’une guerre se produise ou pas, n’est pas votre affaire. L’enfant est malade et vous vous souciez du Vietnam ! Elle n’arrive pas à croire que vous puissiez lire le journal, alors qu’elle est là, près de vous. Les femmes vivent dans un monde différent. Une femme est centripète, introvertie. Toutes les femmes sont Indiennes – qu’elles le soient réellement ou pas n’a pas d’importance. L’homme est centrifuge, il va dehors. Dès qu’il peut trouver une excuse, il quitte la maison. Il ne vient à la maison que quand il ne peut aller nulle part ailleurs ; quand les clubs et les pubs sont fermés, alors que faire ? Il rentre chez lui. Nulle part où aller, il rentre.

Une femme est toujours centrée sur la maison, basée sur le foyer. Elle ne sort que quand c’est absolument nécessaire, quand elle ne peut pas faire autrement. Quand c’est devenu d’une absolue nécessité, elle sort. Autrement le foyer est sa base.

L’homme est un vagabond, un nomade. La totalité de la vie de famille est créée par les femmes, pas par les hommes. En fait les civilisations sont l’œuvre des femmes, pas des hommes. Si on le lui permettait l’homme serait un nomade, un vagabond – pas de foyer, pas de civilisation. L’homme est tourné vers l’extérieur, la femme est tournée vers l’intérieur ; l’homme est extraverti, la femme est introvertie. L’homme est toujours intéressé par quelque chose d’autre que lui, c’est pourquoi il semble être en meilleure santé. Quand vous êtes trop concerné par vous-même, vous tombez malade. L’homme semble être mieux dans sa peau.

Vous trouverez toujours les femmes tristes et trop concernées par elles-mêmes. Un petit mal de tête, et elles s’inquiètent beaucoup, parce qu’elles vivent à l’intérieur d’elles-mêmes – le mal de tête devient quelque chose d’énorme, hors de proportion. Mais un homme peut oublier le mal de tête, il a trop d’autres maux de tête ! Il crée de si nombreuses prises de tête autour de lui qu’il lui est impossible de prendre en considération son propre mal de tête. C’est trop peu de chose, il peut s’en désintéresser. Une femme est toujours inquiète – quelque chose à la jambe, quelque chose à la main, quelque chose au dos, à l’estomac… toujours quelque chose – parce que sa propre conscience est focalisée sur l’intérieur. Un homme est moins tourné vers les pathologies, en meilleure santé, plus tourné vers l’extérieur, plus concerné par ce qui arrive aux autres.
C’est pourquoi dans toutes les religions, vous constaterez que s’il y a cinq personnes présentes, quatre sont des femmes, et une seule, un homme. Et cet homme n’est peut-être là seulement qu’à cause d’une femme – sa femme va au temple et il doit donc l’accompagner. Ou bien, elle est venue pour une causerie sur la religion, et il est venu avec elle. C’est la proportion dans toutes les églises, les temples, où que vous alliez. Même avec Bouddha, c’était la même proportion, avec Mahâvîra pareil. Il y avait cinquante mille sannyasins avec Bouddha – quarante mille femmes, et dix mille hommes. Pourquoi ?

L’homme peut être en meilleure santé physiquement, la femme peut être en meilleure santé spirituellement, parce que leurs préoccupations sont différentes. Quand vous êtes intéressé par les autres, vous pouvez oublier votre corps, vous pouvez plus facilement être en bonne santé, mais en ce qui concerne la dimension religieuse vous ne pouvez pas grandir aussi facilement. La croissance religieuse nécessite une préoccupation intérieure. Une femme peut grandir très, très facilement en religion, le chemin est facile pour elle, mais grandir en politique est difficile. Et pour un homme, grandir en religion est difficile.

L’introversion a ses avantages, l’extraversion a les siens – et les deux ont leurs dangers.

L’Inde est introvertie, une contrée féminine ; elle est comme une matrice, très réceptive. Mais si un enfant reste pour toujours dans la matrice, la matrice deviendra sa tombe. L’enfant doit se sortir de la matrice de la mère, autrement la mère va tuer l’enfant qui est en elle. Il doit fuir, trouver le monde extérieur, un monde plus vaste. La matrice peut certainement être très confortable – elle l’est ! Les scientifiques disent que nous n’avons pas encore été capables de créer quelque chose de plus confortable que la matrice. Avec de tels progrès scientifiques, on n’a rien pu fabriquer d’aussi confortable ! La matrice est juste un paradis. Cependant, l’enfant doit quitter ce paradis et sortir de la mère. Au-delà d’une certaine durée, la mère peut devenir très dangereuse. La matrice peut tuer, car elle deviendra un emprisonnement – elle est parfaite pour un moment, quand la graine croît, mais après, la graine doit être transplantée dans le monde extérieur.

Cool

Bodhidharma regarda partout, il observa le monde entier et trouva que la Chine avait la meilleure terre ; c’était un juste milieu, pas extrême. Le climat n’était pas extrême, ainsi l’arbre pourrait pousser facilement. Et la Chine avait des habitants très équilibrés. L’équilibre est la bonne terre pour faire pousser quelque chose : trop froid, c’est mauvais, trop chaud c’est mauvais. Dans un climat équilibré, ni trop froid, ni trop chaud, l’arbre peut pousser.

Bodhidharma s’enfuit avec la graine, il partit avec tout ce que l’Inde avait produit. Personne n’était conscient de ce qu’il faisait, mais il réalisa une grande expérience. Et cela se révéla juste. En Chine, l’arbre poussa et atteint une grande dimension. Mais bien que l’arbre devint de plus en plus grand, aucune fleur ne poussa. Les fleurs n’apparurent pas parce qu’il leur fallait une contrée extravertie. De même qu’une graine est introvertie, une fleur est extravertie. La graine est tournée vers l’intérieur, la fleur vers l’extérieur. La graine est comme la conscience féminine, la fleur est comme la conscience masculine. La fleur s’ouvre au monde extérieur et répand son parfum. Et puis le parfum est emporté par les ailes du vent jusqu’aux coins les plus reculés du monde. La fleur libère les énergies contenues dans la graine, dans toutes les directions. Elle est une porte. Les fleurs voudraient devenir papillons et s’échapper de l’arbre. En fait, c’est ce qu’elles font, d’une manière très subtile. Elles libèrent l’essence de l’arbre, le sens même, la signification de l’arbre pour le monde. Ce sont de grandes partageuses. Une graine est une grande avare, enfermée en elle-même, et une fleur est une grande dépensière.

Le Japon était nécessaire. Le Japon est une contrée extravertie. Le style même de la vie et la conscience y sont extravertis. Observez-le : en Inde, personne ne s’intéresse vraiment au monde extérieur, au sujet des vêtements par exemple, des maisons, de la façon dont chacun vit. Personne n’y fait attention. C’est pourquoi l’Inde est restée si pauvre. Si vous n’êtes pas soucieux du monde extérieur, comment pourriez-vous devenir riche ? Si l’amélioration de vos conditions de vie ne vous concerne pas, vous resterez pauvre. L’Indien est toujours très sérieux, toujours prêt à s’échapper de la vie, avec des Bouddhas qui parlent de comment devenir de parfaits marginaux de l’existence elle-même – pas seulement de la société, des marginaux ultimes ! des marginaux par rapport à l’existence elle-même. L’existence est trop ennuyeuse. Pour l’œil Indien, la vie est juste grise – rien d’intéressant en elle, tout y est ennuyeux, un fardeau. On doit le porter de toute façon, à cause des karmas. Même si un Indien tombe amoureux, il dit que c’est à cause des karmas du passé, on doit le traverser. Même l’amour est comme un fardeau que l’on doit traîner.

L’Inde semble plus tourné vers la mort que vers la vie. Un introverti doit se tourner vers la mort. C’est pourquoi l’Inde a développé toutes ces techniques pour bien mourir : pour mourir si parfaitement que vous n’ayez plus à renaître. Le but c’est la mort, pas la vie. La vie est pour les imbéciles, la mort pour ceux qui sont sages. Aussi beau que puisse être un Bouddha, un Mahâvîra, vous les trouverez fermés ; il existe autour d’eux une grande aura d’indifférence. Quoi qu’il se passe, ça ne les concerne pas du tout. Que telle chose se produise, ou son opposé, ne fait pas de différence : que le monde vive ou meure cela ne fait pas de différence… il y a une très grande indifférence. Dans cette indifférence, la floraison n’est pas possible ; dans cette état intérieur confiné, la floraison est impossible. Le Japon est complètement différent. Avec la conscience Japonaise, c’est comme si l’intérieur n’existait pas, seul l’extérieur est intéressant. Regardez les vêtements Japonais. Toutes les couleurs des fleurs et des arcs-en-ciel – comme si l’extérieur était important. Regardez un Indien quand il mange, et regardez un Japonais. Regardez un Indien quand il prend son thé, et regardez un Japonais.

Un Japonais fait d’une chose simple une célébration. Prendre le thé, il en fait une célébration. Cela devient un art. L’extérieur est très important ; les vêtements sont très importants, les relations sont très importantes. Dans le monde entier, vous ne pouvez pas trouver de gens plus extravertis que les Japonais – toujours en train de sourire et paraissant heureux. Pour des Indiens ils paraîtront superficiels ; ils ne paraîtront pas sérieux. Les Indiens sont les gens introvertis, et les Japonais les extravertis : ils sont opposés. Un Japonais fait toujours partie de la société. Toute la culture Japonaise est intéressée par la manière dr créer une belle société, comment créer de belles relations – en tout, dans les choses les plus minuscules – comment leur donner plus d’importance. Leurs maisons sont si belles ! Même la maison d’un pauvre a une beauté par elle-même ; elle est artistique, elle a quelque chose d’unique.

Elle peut ne pas être très riche, mais cependant, dans un sens, elle est riche – par la beauté, les aménagements, l’attention apportée au moindre détail : où doivent être les fenêtres, quelle sorte de rideau doit y être installée, comment la lune doit apparaître par la fenêtre, sous quel angle. Des petites choses, mais chaque détail est important.

Pour l’Indien, rien n’a d’importance. Si vous allez dans un temple Indien, il n’y a pas de fenêtres ; il n’y a rien, aucune hygiène, aucune aération, pas de ventilation – rien. Même les temples sont laids. Et tout est à l’avenant : saleté, poussière, personne ne s’en soucie. Juste en face du temple vous trouverez les vaches couchées, des chiens qui se battent, et des gens qui prient. Personne n’y fait attention. Aucun sens de l’entretien extérieur, ils ne sont pas du tout concernés par cela.

Le Japon est très concerné par l’extérieur – ils sont juste à l’autre extrême.
Le Japon était le bon pays. Et l’arbre entier du Zen fut transplanté au Japon, et là, il s’est épanoui, il a fleuri en milliers de couleurs.
Et c’est ce qui doit se produire à nouveau. Je parle à nouveau du Zen. Il doit repasser par l’Inde parce que l’arbre a fleuri, et les fleurs sont tombées, et le Japon ne peut pas créer la graine.
Le Japon ne peut pas créer la graine : il n’est pas un pays introverti. Du coup, tout n’est plus qu’un rituel vide maintenant. Au Japon le Zen est mort. Il y a fleuri dans le passé, mais maintenant, si après avoir lu des livres de D.T. Suzuki ou d’autres auteurs, vous vous rendez au Japon à la découverte du Zen, vous en reviendrez les mains vides. Maintenant le Zen est ici ; au Japon il a disparu. Le pays l’a aidé à fleurir, mais à présent les fleurs ont disparu, elles sont tombées par terre, et il n’en reste plus rien. Il y a des rituels – les Japonais sont très ritualistes – donc il y a des rituels… Dans les monastères Zen tout continue de la même façon ; comme si l’esprit intérieur était encore là, mais la châsse intérieure est vide, il n’y a plus rien dedans. Le maître des lieux est parti. Le Dieu n’est plus là – il ne reste juste qu’un rituel vide. Et ce sont des gens extravertis, ils vont poursuivre le rituel. Tous les matins, ils vont se lever à cinq heures – il y aura un coup de gong – ils vont se réunir à la salle où on prend le thé, et ils vont prendre leur thé ; puis ils vont aller à la salle de méditation, où ils vont s’asseoir et fermer les yeux. Tout va se poursuivre exactement comme si l’esprit en était encore là, mais il a disparu. Il y a des monastères, il y a des milliers de moines, mais l’arbre a fleuri et les graines ne peuvent pas être créées sur place.

C’est pourquoi je parle tellement du Zen ici – parce que c’est seulement l’Inde qui peut à nouveau créer la graine. Le monde entier existe dans une profonde unité, dans une harmonie – en Inde on peut à nouveau donner naissance à la graine. Mais beaucoup de choses ont changé dans le monde. Ce n’est plus possible en Chine aujourd’hui, parce qu’elle est elle-même devenue un pays extraverti. Elle est devenue communiste : maintenant la matière est devenue plus importante que l’esprit. Elle est fermée à de nouvelles vagues de conscience.

Pour moi, s’il y a un pays qui peut à nouveau devenir le bon sol pour la graine, dans le futur, c’est l’Angleterre.
Vous êtes sans doute surpris parce que vous auriez pensé à l’Amérique. Non. Maintenant, le pays le plus équilibré dans le monde est l’Angleterre, juste comme dans les jours anciens, c’était la Chine. La graine doit être emmenée en Angleterre et y être plantée. Elle n’y fleurira pas, mais elle deviendra un grand arbre. La conscience anglaise – conservatrice, suivant toujours la voie du milieu, le mental libéral, évitant les extrêmes, restant juste au milieu – va aider. C’est pourquoi j’autorise de plus en plus d’Anglais à se rapprocher de moi. Ce n’est pas seulement pour des raisons de visas ! Parce qu’une fois que la graine sera prête, je voudrais qu’ils l’emmènent en Angleterre. Et à partir de l’Angleterre, elle peut aller en Amérique, et elle fleurira là-bas, parce que l’Amérique est actuellement le pays le plus extraverti.

Je vous dis que le Zen est un phénomène rare, parce que c’est seulement si toutes ces circonstances sont réunies qu’une telle chose peut se produire.

À présent essayez de comprendre l’histoire. Ces petites anecdotes sont pleines de sens, parce que les gens du Zen disent que ce qui se passe au plus profond de votre être ne peut pas être dit, mais cela peut être montré. On peut créer une situation qui laisse percer quelque chose, les mots peuvent être incapables d’en dire quelque chose, mais une anecdote vivante le peut. C’est pourquoi il y a autant d’anecdotes dans le Zen. Le Zen vit dans les paraboles, il montre par des paraboles, et personne d’autre n’a été capable de créer d’aussi belles paraboles. Il y a des histoires Soufies, des histoires Hassides, et plein d’autres, mais rien de comparable au Zen. Le Zen a simplement trouvé le truc pour toucher exactement au bon endroit et pour indiquer ce qui ne peut pas l’être autrement. Et il le fait d’une façon tellement simple que vous pouvez passer à côté : vous devrez vous donner la peine de chercher un peu, vous devrez tâtonner, parce que l’anecdote par elle-même est si simple que vous pouvez la rater. Ce n’est pas très compliqué ; en fait, le mental n’est pas nécessaire. Il y faut plutôt un cœur ouvert, afin de pouvoir comprendre.

Voyez vous-même… cette petite anecdote dit tout le signifiant du Zen :

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Il aurait demandé la même chose à Bouddha, la réponse n’aurait pas été la même. La réponse aurait émergé de la graine-mental. Bouddha aurait dit : Tout est illusoire – manger, s’habiller, tout est illusoire. Devenez davantage alerte. Voyez-en l’illusoire, et le rêve. Tout est MAYA. Devenez plus vigilant et n’essayez pas de trouver comment en sortir, parce que comment peut-on sortir d’un rêve ? On devient simplement conscient, et on en est sorti ! Avez-vous jamais vu quelqu’un sortir d’un rêve ? Un rêve est irréel, comment pourrait-on en sortir ? Le miracle… c’est que vous ayez réussi à y entrer ! – parce qu’il n’existe pas et vous entrez dedans ! Et maintenant vous rendez les choses encore plus impossibles en demandant comment en sortir ? De la même façon que vous y êtes entré, sortez-en ! Comment êtes-vous entré dans le rêve ? En croyant qu’il était réel. C’est de cette manière qu’on entre dans un rêve – en croyant que c’est quelque chose de réel. Alors laissez tomber cette croyance – voyez que ce n’est pas la réalité, et vous êtes hors du rêve !

Il n’y a aucune démarche à faire, aucune technique pour en sortir, aucune méthode. Bouddha aurait dit : Regardez… votre vie entière est un rêve ! Alors vous en auriez été libéré.

OSHO

Extrait de – The Grass Grows by Itself – # 1 – 21 février 1975
– © Osho International Foundation

Pour en savoir plus sur Osho 

Complexe de supériorité/infériorité

 

C’est comme ça !

Tout a un sens si nous voulons en trouver. Mais est-ce bien nécessaire? N’est-il pas suffisant de pouvoir se dire: « c’est comme ça ». Être avec ce qui est, simplement, sans chercher de causes, de raisons, d’explications. Cela ne veut pas dire tout accepter, et la frontière est mince entre ce qui reviendrait à de la passivité et ce qui est purement réactionnel. Il est des comportements, des évènements qui sont inacceptables parce qu’ils ne font pas grandir, ne vont pas dans le sens de la vie. Mais quels sont les bons moyens pour témoigner de son opposition et aider à mettre en place autre chose?

Le premier pas, je crois, demeure dans ce « c’est comme ça ». L’acceptation de la réalité, l’acceptation de soi faisant partie et étant acteur de cette réalité, aussi déplaisante soit-elle. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » disait le Mahatma Gandhi. Il s’agit donc, encore et toujours, d’être dans l’amour et sans concession avec soi-même. Regarder ce que l’extérieur nous renvoie de nous-mêmes, un autre, les autres, la société, et avancer, même maladroitement, vers notre propre transformation. Je n’ai aucun doute sur le fait que ce travail là conduira ou conduirait inéluctablement à une transformation globale profonde, une révolution.

Sans titre1 

Cette étape franchie, il est parfois nécessaire de s’engager pour une cause qui nous semble juste, et je dis bien pour. Car se battre contre quelque chose me semble être toujours apporter de l’eau au moulin de l’adversité. S’engager, en guerrier pacifique, sans jamais perdre de vue l’interdépendance du dehors et du dedans, de la quête extérieure et de celle, intérieure, qui nous conduit vers nous-mêmes et vers le monde.

Bien sûr, il peut être intéressant de savoir ce qui a conduit à telle ou telle situation, ou à ce qui nous a construit. La connaissance de l’Histoire devrait pouvoir éviter de répéter certaines erreurs. Malheureusement, c’est rarement le cas. Parce que ce savoir, s’il satisfait et nourrit notre mental, ne donne en réalité , et les évènements le prouvent, aucune clé pour le présent et l’avenir. Enfin…si il pourrait en donner, mais l’homme est ainsi fait qu’il se satisfait rarement de l’expérience des autres, et même parfois de la sienne propre. Parce que le changement ne vient pas du savoir, mais d’une autre source, indescriptible, la Conscience.

« C’est comme ça », dans ce contexte, n’est pas une immobilité, mais bien au contraire, un mouvement profond, qui vient du coeur, et s’engage pour l’humanité.


Complexe de supériorité/infériorité

Il nous est tous arrivé de rencontrer des gens qui avaient l’air si imbus de leur personne qu’il paraissait se suffire à eux-mêmes. Des personnes qui savent tout, qui ont tout fait, et qui ont toujours raison. J’en ai rencontré qui, même hors d’une discussion, lors d’un évènement quelconque, expliquait qu’ils savaient déjà ce qui allait arriver. Personnellement, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec ce genre de gens. Jusqu’à ce que je me rende compte de deux choses importantes:

1. Ce que on appelle communément un complexe de supériorité est un mécanisme de défense qui cache un énorme complexe d’infériorité. En adoptant une attitude censée montrer une supériorité intellectuelle, physique, ou autre, la personne dissimule, et la plupart du temps y compris à elle-même, un sentiment d’impuissance abyssable. Nous savons bien que les détenteurs de savoir, de sagesse, de force, n’ont en rien besoin de les exhiber. Ceux qui souffrent, à leur insu, de ce complexe, sont en plus piégés par leur inconscience de ce qui se joue et, plutôt que d’aller creuser dans leur magnifique vulnérabilité, tendent à penser qu’ils n’ont aucun problème.. Le complexe de supériorité/infériorité va souvent de pair avec le complexe de Narcisse. Le narcissisme de ces personnes a très probablement été profondément blessé dans leur toute petite enfance.Et comme Narcisse, elles vont chercher dans un miroir illusoire une image d’elles-mêmes rassurante. Moi, moi, moi, pense-t-on à l’extérieur, oublieux ou ignorant du fait que ce moi à tant de mal à exister qu’il se pare de toutes les plumes du paon.

2. Grâce à ces personnes, j’ai pu creuser dans mon propre manque de confiance en moi. Partant du principe que toute rencontre fait miroir à mon ombre, après m’être rebiffée, j’ai au contraire accueilli la relation. Petit à petit, j’ai pu ainsi développer, au lieu de l’agacement, une tendresse infinie pour ces hommes ou ces femmes qui n’ont trouvé d’autre issue à leur mal-être qu’un substitut de pouvoir. Plutôt que de vouloir changer l’autre, faisons notre propre travail.

N’oublions jamais que ce qui nous agace le plus chez les autres est très probablement enfoui aussi au coeur de notre ego. Bien sûr, il y a une limite; un jour vient, peut-être, où notre propre ombre, suffisamment mise en lumière et libérée, n’a plus besoin de se confronter à ces personnalités. Tout naturellement alors, nous passons à autre chose. Nous ne sommes plus dérangés.


Se perdre dans l’autre

La relation à l’autre dans le couple est un long chemin heureux et chaotique, jalonné d’extases et de difficultés, qui permet à chacun d’avancer sur sa propre voie, en accompagnant l’autre sur la sienne.

Le champ créé par la relation a sans cesse besoin d’être nourri, enrichi, aimé pour ce que nous lui donnons et qu’il nous rend au centuple.

De nombreux pièges nous guettent dans ce voyage à deux. Et il en est un, aujourd’hui, que j’aimerais mettre en exergue. Se perdre dans l’autre. Perdre ce qui fait la richesse de sa personnalité au profit d’un moulage artificiel coulé subtilement dans les désirs de l’autre. Il ne s’agit évidemment pas de rester chacun sur son quant à soi, mais de « regarder ensemble dans la même direction », la relation, le champ énergétique créé et comment, en donnant chacun le meilleur de soi, il peut donner le meilleur à chacun et rayonner autour du couple. Subprecticement, pour faire plaisir, pour se rassurer, pour éviter les heurts, on abandonne ce qui nous tenait le plus à coeur, on devient l’ombre de soi-même, on abdique. L’alliance sacrée avec soi et l’autre se mue en danse macabre. Oui, le tableau est sombre.

Si aimer revient à donner le meilleur de soi-même, alors pourquoi abandonner ce meilleur pour une espèce de simulacre?

J’ai rencontré des hommes et des femmes, mais surtout des femmes je l’avoue, des femmes belles, talentueuses, devenues en quelques années l’ombre de leurs maris ou compagnons, confondues avec leurs goûts à eux, leurs idées, leurs envies. C’est ce qu’on appelle l’effet pervers d’un certain patriarcat. Une part d’elles est satisfaite, et même heureuse, de disparaître ainsi. Mais où est dans ces conditions la Femme, le Déesse en chaque femme? Et où est le Masculin sacré, dans cet homme qui ne satisfait que son ego?

Ce genre de comportement tend à disparaître de nos jours, et c’est tant mieux. Mais il est nécessaire de rester vigilant. Le couple ne doit pas être au service de l’ego de l’un ou de l’autre mais de quelque chose de plus grand, qui les dépasse. Quelque chose qui pousse chacun à permettre à l’autre de grandir, et à la relation de s’approfondir.


L’observateur intérieur

Souvent, quand nous n’allons pas bien, nous sommes dans l’incapacité de faire appel à notre observateur intérieur. Emportés par la colère, le chagrin ou la peur, nous sommes totalement identifiés à nos pensées et projetons notre mal-être sur tout ce qui nous est extérieur. C’est ainsi que nous nous jetons littéralement sur le premier bouc-émissaire venu, lui faisant porter la cause de notre état.

Les sociétés qui vont mal agissent évidemment de la même façon, et chaque génération génère ses boucs-émissaires. Nous l’avons vu dans le passé, mais c’est vrai encore aujourd’hui où tant de minorités sont pointées du doigt. Notre société va mal, et refuse de voir ses propres dysfonctionnements, à l’instar de ce que nous faisons individuellement.

Qui est cet observateur et comment lui faire de la place?

Il est une part de nous-mêmes, une instance intérieure qui a la capacité de recul sur nos fonctionnements et agissements. Il est à nos comportements ce que la lumière est aux objets. Nous voyons les objets grâce à elle, mais nous ne la voyons pas. Nous voyons clairement la différence entre l’obscurité et le jour. Il en est de même avec l’observateur intérieur. Il est un agent de la Conscience, comme la lumière est un agent du soleil.

Nous avons tous la capacité de nous connecter à lui, mais c’est parfois très inconfortable car il est des choses que nous préférons ne pas voir. Et c’est en général celles-là que nous prêtons aux autres, que nous projetons.

Lorsque nous nous « réveillons » de notre torpeur aveugle et sourde, nous l’entendons, mais souvent nous entendons encore plus fort notre surmoi, cet autre instance en nous, qui nous dit ce qui est bien ou pas, selon lui. Selon le degré de présence de l’observateur intérieur, le surmoi peut être un gardien ou un dictateur. Ce qu’il nous raconte ne vient pas seulement de notre propre hiérarchie de valeurs, mais de notre éducation, de notre histoire, de notre société. Il est comme un parent normatif en nous, qui dicte, et plus souvent juge, notre conduite. Nous lui laissons souvent un pouvoir important qui nous rend sourds à l’obrsevateur qui, lui, regarde mais ne juge pas.

Pour faire de la place à notre observateur intérieur, il nous faut en tout premier lieu admettre qu’il existe en chacun de nous une sagesses intrinsèque et lui faire de l’espace pour qu’elle puisse se faire entendre et que nous ayons envie de l’écouter. Cela passe par la reconnaissance des histoires que nous passons notre temps à nous raconter sur nous-mêmes et les autres. C’est un apprentissage, oui. Car nous avons appris depuis notre plus jeune âge à écouter l’extérieur plutôt que l’intérieur. Mais si nous faisons confiance à cette part de nous qui n’est parasité par rien, et que nous rencontrons dans le silence de notre rencontre avec nous-mêmes, alors…alors…nous commençons à toucher du bout des doigts, du bout l’âme, la richesse infini de l’humain.

Ces textes sont publiés sur le blog d’Isabelle de Penfentenyo

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coach et thérapeute

Qui veut réellement se transformer

 

Il est assez communément établi que l’Orient est simplement inondé de spiritualité authentique et transformatrice alors que l’Occident, de par le passé et aujourd’hui avec le « New Age », n’est doté que de diverses formes de spiritualités horizontales, translatives, purement légitimes et donc forcément tièdes. Bien qu’il y ait une certaine vérité dans ces dires, la situation réelle est encore plus sombre et cela tout autant en Orient qu’en Occident.

Tout d’abord, alors qu’il est vrai que l’Orient à produit un plus grand nombre de maîtres authentiques, il n’en est pas moins vrai que le pourcentage de la population orientale qui est engagé dans une spiritualité authentiquement transformatrice demeure misérablement infime. J’ai posé la question à Katigiri Roshi, maître auprès de qui j’ai vécu ma première révélation (et non régression, espérons-le) : « Combien y a t il eu d’authentiques grands maîtres Ch’an ou Zen depuis le début des temps ? » Sans hésiter, il me répondit : « Peut-être un millier tout au plus. » J’ai demandé à un autre maître Zen combien de maîtres Zen Japonais éveillés – profondément éveillés – vivaient aujourd’hui, et il me répondit : « A peine une douzaine. »

E (2)

Prenons comme hypothèse que ces réponses reflètent approximativement la vérité. Regardons les chiffres. Même si nous disons qu’il y a eu, au cours de son histoire en Chine, un milliard d’individus (une estimation très faible), cela voudrait dire que seules mille personnes sur un milliard sont passées maîtres dans une spiritualité de transformation authentique. Pour ceux d’entre vous qui n’avez pas à disposition une calculatrice, cela représente : 0, 000 000 1 pour cent de la population totale. Et même si l’on porte le chiffre à, disons, un million plutôt qu’un millier, cela ne représente que 0,001% de la population, autant dire une goutte d’eau dans l’océan.

En conséquence, on peut affirmer sans risque de se tromper que le reste de la population était, et est toujours, engagé au mieux dans diverses formes de religion horizontale, translative, purement légitimiste. Ils se livrent à des pratiques magiques, des croyances mythiques, des prières de supplication égotiques, des rituels magiques, etc. – autrement dit, des méthodes translatives pour donner un sens au moi séparé, fonction translative qui était, comme nous le disions, le ciment social le plus important jusqu’à ce jour de la culture chinoise (comme de toutes les autres cultures).

Ainsi, sans en aucun cas dénigrer les contributions réellement époustouflantes des superbes traditions orientales, on ne peut que constater que la spiritualité transformatrice radicale est extrêmement rare, n’importe où sur la planète et dans l’Histoire. (Les chiffres pour l’Occident sont encore plus déprimants. Je n’insiste pas.)

Donc, bien qu’il soit peut être juste de se lamenter sur le très petit nombre d’individus qui aujourd’hui sont engagés dans une réalisation spirituelle authentique en Occident, ne nous leurrons pas en déclarant que les choses étaient radicalement différentes en des temps plus anciens ou dans des cultures différentes. La situation a été à l’occasion un peu meilleure que celle que nous vivons aujourd’hui en Occident, mais la vérité n’en demeure pas moins que la spiritualité authentique est un oiseau incroyablement rare, en tout temps et en tout lieu. Partons alors de ce constat indéniable que la spiritualité verticale, transformatrice et authentique est un des joyaux les plus précieux de toutes les traditions humaines et cela précisément parce que comme tout joyau, elle est extrêmement rare.

En second lieu, bien que nous soyons tous deux profondément persuadés que le rôle le plus important que nous puissions remplir est d’offrir au monde une authentique spiritualité transformatrice, en réalité, ce que nous devons faire, principalement, pour apporter dans ce monde une spiritualité décente, est de proposer des modes de translation plus bienfaisants, plus salutaires. En d’autres termes, si nous-mêmes pratiquons, ou offrons, une spiritualité transformatrice authentique, ce que nous devons faire néanmoins pour une large part dans un premier temps, c’est mettre à la disposition des autres une méthode plus adéquate de translation de leur condition. Nous devons commencer par des translations salutaires avant de pouvoir offrir de façon efficace des transformations authentiques.

La raison en est que si vous retirez de façon trop abrupte, rapide ou inepte la translation à un individu ou une culture, il en résultera, je le répète, une régression et non une révélation, une dépression plutôt qu’un soulagement.

Deux exemples : En débarquant aux Etats-Unis, Chögyam Trungma Rimpoche, grand (bien que controversé) maître tibétain, est devenu célèbre parce qu’il répondait toujours à la question : quel est le sens du Vajrayana ? par ces mots : « Tout est Ati. » En d’autres termes, il n’y a qu’esprit éveillé partout où vous posez les yeux. L’ego, le Samsara, le Maya et l’illusion – rien n’a besoin de disparaître car rien de tout cela n’existe en réalité. Il n’y a que l’Ati, il n’y a qu’Esprit, il n’y a que Dieu, il n’y a partout que Conscience non divisée.

Absolument personne n’a compris. Personne n’était prêt à entendre cette réalisation radicale et authentique d’une vérité qui existe déjà et toujours. Alors Trungpa a fini par introduire toute une série de pratiques « mineures » aboutissant à cette ultime et radicale « non-pratique ». Il a introduit les Neuf Yanas comme fondement de la pratique – autrement dit, il a proposé neuf étapes, ou niveaux de pratique, qui mènent à l’ultime « non-pratique » du déjà et toujours Ati.

Beaucoup de ces pratiques étaient de simples translations, d’autres étaient ce que l’on pourrait appeler des pratiques de « transformation mineure » : mini-transformations par lesquelles le corps/esprit devenait plus ouvert à l’éveil radical déjà-accompli. Ces pratiques – de translations mineures – étaient nées de la « pratique parfaite », de la non-pratique, c’est-à-dire de la prise de conscience radicale, instantanée et authentique que, depuis le commencement, il n’y a que l’Ati. Ainsi, bien que le but préalable et le fondement permanent étaient l’ultime transformation, Trungpa a éprouvé le besoin de proposer des pratiques de translation et de transformation mineures afin de préparer ses élèves à l’évidence de ce qui est.

Il s’est passé exactement la même chose pour Adi Da, autre maître influent (et tout aussi controversé). Il s’agit cette fois-ci d’un américain. A l’origine il enseignait uniquement le « chemin de la compréhension » : non pas un chemin pour atteindre l’éveil, mais une investigation du pourquoi de ce désir d’éveil. Le désir d’éveil n’est en fait que la tendance avide de l’ego de tout saisir. Ainsi c’est la recherche même qui nous empêche de le vivre. La « pratique parfaite » ne consiste plus alors à chercher l’éveil mais à enquêter sur la motivation de la recherche elle-même. De toute évidence le but de cette quête est d’éviter le présent et seul le présent détient la réponse : rechercher toujours, c’est manquer la cible. Vous êtes toujours déjà esprit éveillé, et par conséquent chercher l’esprit équivaut à nier l’esprit. Vous ne pouvez pas plus réaliser l’esprit que vous ne pouvez réaliser vos pieds ou acquérir vos poumons.

Personne n’a compris. Alors Adi Da, tout comme Trungpa, a introduit une série de pratiques translatives et de pratiques de transformation mineures – sept étapes de pratiques, en fait – pour vous mener au point où vous pouvez vous dispenser de toute pratique et rester ouvert à la toujours/déjà vérité de votre condition éternelle et hors du temps qui était depuis le commencement absolument présente, mais ignoré de façon brutale par votre désir effréné de chercher.

Quoi que vous puissiez penser de ces deux maîtres, un fait demeure : ils sont les premiers à avoir sérieusement tenté d’introduire aux Etats-Unis la notion de « Tout est Ati » – Tout est Esprit – par conséquent toute recherche d’esprit est précisément ce qui en empêche la réalisation. Et tous deux ont découvert que même si l’on est profondément éveillé à l’Ati, éveillé à la vérité radicale et transformatrice du présent, les pratiques translatives et de transformation mineures sont néanmoins un préalable nécessaire à la transformation ultime.

Ma seconde conclusion serait donc, qu’en plus d’offrir une transformation radicale et authentique, nous devons toujours rester sensibles et attentifs aux nombreux modes de pratiques mineures et translatives qui sont eux aussi bénéfiques. Cette position plus généreuse en appelle à une « approche intégrale » de la transformation dans son ensemble, une approche qui honore et incorpore beaucoup de pratiques de transformation mineures et translatives qui recouvrent les aspects physiques, émotionnels, mentaux, culturels et communautaires de l’être humain. Cela en préparation et afin de devenir une expression de la transformation ultime vers l’état toujours/déjà présent.

Ainsi, même s’il est juste de critiquer la religion purement translative (et toutes les formes mineures de transformation), nous réalisons qu’une approche intégrale de la spiritualité est une combinaison du meilleur de l’horizontal et du vertical, de la translation et de la transformation, du légitime et de l’authentique. Concentrons alors nos efforts sur une vue d’ensemble saine et équilibrée de la situation humaine.


KENKen Wilber n’a guère besoin d’être présenté. Génie reconnu de son vivant, cet auteur prolifique est universellement loué pour sa synthèse visionnaire des philosophies orientales et occidentales. Il est salué comme l’un des esprits les plus lumineux du monde spirituel moderne. Les personnes qui adhèrent à ses idées dont l’influence est grandissante viennent d’horizons idéologiques extrêmement divers, alors que lui-même, bouddhiste pratiquant, demeure farouchement indépendant et ne s’aligne qu’à la force de sa propre recherche. Prenant sans crainte le risque de la controverse, il a été durement critiqué pour sa remise en question franche et courageuse de beaucoup des idées les plus chères et les plus fermement défendues par le statu quo culturel et spirituellement progressiste d’aujourd’hui. Pourtant, c’est cette qualité même, sa passion indéfectible pour un questionnement authentique, une qualité bien trop rare dans le monde spirituel moderne, que nous trouvons si réconfortante. Dans l’essai original qui suit, Ken Wilber lance un cri du coeur implorant chacun d’entre nous a relever le défi d’embrasser une « spiritualité qui transforme ».


Cet article est extrait de la revue «Qu’est-ce que l’Eveil ?» liée à l’enseignement d’Andrew Cohen sur le blog de Francesca http://livreblogdujeudutao.unblog.fr/

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