Archive pour 1 mars, 2016

Interview sur les prénoms


Cet interview de Patrice Cayrou sur les prénoms est très révélateur du pouvoir des prénoms et de l’influence qu’ils peuvent avoir dans nos vies. Le bouddhisme et de nombreux enseignants spirituels proposent à leurs disciples de changer de noms pour créer une coupure avec le passé et l’inconscient qui s’y rattache et symboliser ainsi une nouvelle naissance… Cette pratique a souvent été mal comprise par les familles ou les médias, c’est pourquoi nous avons trouvé intéressant de publier cet interview pour mieux comprendre.

Le choix du prénom d’un enfant est loin d’être neutre car la personne qui choisit projette un ensemble de caractéristiques de la personnalité du futur enfant avec ce prénom.

 

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Chantal Rialland est l’auteur du livre Cette famille qui vit en nous, aux Editions Robert Laffont (collection Réponses) :

Question — Vous avez expliqué votre démarche de psychothérapeute et d’auteur. Vous avez choisi cette fois de parler des prénoms qui sont un élément de base de la psychogénéalogie.

Réponse — En effet, il est important de connaître l’origine de nos prénoms. Qui a choisi ? Est-ce notre mère ? Notre père ? Les deux ensemble ? Est-ce des membres de notre famille ? Notre parrain ? Notre marraine ?

Car c’est la personne qui choisit qui projette un ensemble de caractéristiques de la personnalité du futur enfant avec ce prénom.

Question — Projeter, c’est-à-dire ?

Réponse — Nous ne donnons pas un prénom mais un ensemble de qualités que nous avons appréciées chez quelqu’un de notre histoire qui portait le même prénom. Nous souhaitons que notre enfant dispose des qualités que nous croyons attachées à ce prénom.

Par exemple, maman a eu une amie de classe qui était très jolie : Isabelle. Elle va nous appeler ainsi.

Le meilleur camarade de notre père s’appelait Paul… Papa va nous prénommer ainsi.

Il est important pour nous de savoir qui était ce Paul car pour être aimé de papa, pour répondre à son attente, il va falloir lui ressembler. Tout cela très inconsciemment.

Question — Vous voulez dire que si mon père avait dans ses connaissances un homme qui était riche et s’appelait Pierre, et que pour cette raison mon père me prénomme ainsi, cela implique que, pour plaire à papa et être aimé de lui, il faut que je devienne prospère ou lui donne, dès mon plus jeune âge, l’idée que je pourrai le devenir un jour.

Réponse — Tout à fait. J’ai connu quelqu’un dont les parents étaient de l’Assistance publique (donc abandonnés à la naissance) qui se sont rencontrés au cinéma lors de la projection d’un film de Gérard Philippe. Ils ont appelé leur premier garçon Gérard et l’autre Philippe.

Question — A votre avis, que voulaient-ils exprimer ?

Réponse — L’amour naissant de leur rencontre, eux qui en avaient tant manqué. Gérard et Philippe étaient dans une situation de jumeaux psychologiques. Ils ont eu beaucoup de mal à trouver leur identité.

Question — Avez-vous d’autres exemples ?

Réponse — J’ai connu le cas d’une personne qui s’appelait Régine. Sa maman était mère célibataire et n’avait pas attendu avec bonheur cette enfant. Elle lui a donné le nom de la sage-femme qui l’a accouchée.

Question — En quoi cela est-il signifiant ?

Réponse — Régine est aujourd’hui sage-femme. Inconsciemment, elle reproduit la profession qui est à l’origine de son prénom et de l’amour qui fut porté à sa mère dans des circonstances difficiles.

Parfois, nos prénoms ne sont pas en relation avec des personnes que nos parents ont aimées, mais avec des modèles de référence.

Question — Comme toutes les Marilyne ou Brigitte à certaines époques ?

Réponse — Et aujourd’hui, les petits Zinedine depuis la coupe du monde de football. Ce sont aussi parfois des héros de livre, de roman, de théâtre. J’ai connu une patiente qui a appelé son troisième enfant Solal à cause de « Belle du seigneur ». Mais, en général, nous avons des prénoms de la famille en deuxième ou troisième prénom, si ce n’est en premier.

Question — Est-ce un avantage ou un inconvénient ?

Réponse — Cela semble parfois être un avantage quand nous portons le prénom de notre grand-mère que notre père aimait ou du grand-père que notre mère aimait. Mais cela peut être lourd à porter car, pour être aimé — et le jeune enfant n’a pas d’autre souci que d’être aimé de ses parents — il faut reproduire la personnalité de cet aïeul.

Au contraire, c’est franchement un inconvénient lorsque nos parents nous ont donné les prénoms de l’un ou l’autre de nos grands-parents pour leur faire plaisir, surtout s’ils sont en conflit ouvert ou latent avec eux.

Question — Pouvez-vous préciser ?

Réponse — Par exemple : notre mère a eu un père très autoritaire et sévère qui s’appelait Alexandre. Pour lui faire plaisir, nous sommes l’aîné, maman nous appelle… Alexandre. Soit maman ne recevra pas plus d’amour de son père après cette « offrande ». Soit un conflit à l’homme de façon générale, donc à son mari et à nous-même, va naître. Soit encore nous devenons le chouchou du grand-père, mais maman risque de se sentir toujours évincée de l’amour qu’elle escomptait initialement.

Question — La transaction est-elle toujours insatisfaisante pour maman ?

Réponse — Oui, dans la durée. Nous ne guérissons pas de la relation avec notre père ou avec notre mère en donnant leur prénom à nos enfants. Il y a d’autres cas où porter le prénom de ses deux grands-pères ou deux grands-mères peut être source de tensions. C’est le cas lorsque ceux-ci sont totalement différents ou, s’il y a des conflits, surtout muets, entre les deux familles.

Par exemple : nous portons en deuxième prénom Alice (celui de notre grand-mère maternelle qui est considérée comme une sainte) et en troisième Eugénie (celui de notre grand-mère paternelle qui est considérée comme scandaleuse).

Ou encore notre deuxième prénom est Victor, comme le grand-père pauvre, et Michel en troisième prénom, comme le grand-père aristocrate. Cela peut être source de dissonances si les deux familles n’étaient pas d’accord sur ce mariage qu’elles considéraient comme une mésalliance.

Question — Même en deuxième et troisième prénoms que nous n’évoquons jamais ?

Réponse — Oui, car nous les portons et ils nous influencent, non pas en soi, mais dans les projections de nos parents car, petit, nous ferions n’importe quoi pour que nos parents nous aiment.

Question — Donc, les prénoms, même secondaires, sont importants parce qu’ils sont révélateurs des dispositions de nos parents et de leur propre histoire à notre égard…

Réponse — En psychogénéalogie, tout à fait.

Il y a d’autres cas où les prénoms sont très intéressants pour se comprendre. Quand nous portons un prénom masculin féminisé comme Michelle, Pierrette, Georgette, etc., il est probable que nos parents attendaient, souhaitaient davantage un garçon qu’une fille et c’est tout aussi valable pour nos parents et grands-parents qui portent ces mêmes prénoms.

J’ai vu des cas où l’aînée s’appelait Paulette et le second Paul ou la première Pierrette et le second Pierre.

Il en est de même pour les filles qui portent des prénoms androgynes comme Claude, Dominique, Camille, ou à l’inverse des garçons qui portent ces mêmes prénoms androgynes : ils ont été attendus comme fille.

Question — Donc pour vous, tous les prénoms identiques pour les filles et les garçons sont suspects.

Réponse — Non, je n’aime pas le mot suspect. Et de plus il ne faut jamais systématiser. Chaque être est unique et chaque histoire est particulière. La psychogénéalogie n’est jamais une certitude de réponses mais une invitation à se poser des questions. Il y a un seul cas où il existe une certitude.

Question — Lequel ?

Réponse — C’est, quand il y a eu un enfant mort et que l’on est conçu après ce drame, si nos parents nous donnent le prénom féminisé ou masculinisé de l’enfant décédé.

Question — Pouvez-vous préciser ?

Réponse — On a eu la douleur de perdre un petit Charles et l’enfant qui naît après va s’appeler Charlotte. Là, il faut travailler sur soi pour exister vraiment par soi-même et non par réparation.

Question — Exister par réparation, qu’est-ce, concrètement ?

Réponse — Cela peut donner un enfant qui constamment ne se sent pas à sa place, ne se sent pas aimé, ne se sent pas à la hauteur de l’enfant décédé, surtout s’il était de sexe opposé.

Question — Pourquoi surtout s’il était de sexe opposé ?

Réponse — Parce que l’inconscient de l’enfant perçoit tout, absolument tout. Si ses parents ont un fils alors qu’ils désiraient une fille, il sent inconsciemment, dès le départ, qu’il ne satisfait pas à l’attente de ses parents. L’enfant ressent donc un handicap majeur pour se faire aimer. C’est un peu ce qui fait aujourd’hui l’explosion des superwomen, qui, tout en étant femmes, veulent ressembler parfois au parfait fils rêvé des parents.

Question — Donc, le choix des prénoms n’est jamais neutre.

Réponse — C’est tout à fait vrai.

Autre exemple : les dynasties de prénoms. Dans la famille paternelle où l’aîné est supposé être un garçon, le premier enfant de sexe masculin s’appelle, de génération en génération, François, Jacques ou Pierre.

Dans ce cas, le poids de la demande, de l’attente familiale, sera d’autant plus lourde puisqu’on transfère à l’enfant à la fois le nom et le prénom.

Question — Que diriez-vous en conclusion ?

Réponse — Apprendre à connaître l’origine de ses prénoms, c’est connaître les attentes de nos parents. Il est important d’en prendre conscience, de choisir les qualités que nous avons envie d’intégrer et de nous libérer de ce qui ne nous convient pas et ne nous appartient pas.

(Texte original sur PhapViet.com)

L’attachement à nos propres chaînes

NOS CHAINES

Les Chaînes
Le monde entier aspire à la liberté, et pourtant chaque créature est amoureuse de ses chaînes. Tel est le premier paradoxe et l’inextricable noeud de notre nature.

L’homme est amoureux des liens de la naissance; aussi se trouve-t-il pris dans les liens jumeaux de la mort. Dans ces chaînes, il aspire à la liberté de son être et à la maîtrise de son accomplissement.

L’homme est amoureux du pouvoir; aussi est-il soumis à la faiblesse. Car le monde est une mer et ses vagues de force se heurtent et déferlent sans cesse les unes contre les autres; celui qui veut chevaucher la crête d’une seule vague doit s’effondrer sous le choc de cent autres.

L’homme est amoureux du plaisir; aussi doit-il subir le joug du chagrin et de la douleur. Car la félicité sans mélange n’existe que pour l’âme libre et sans passion; mais ce qui poursuit le plaisir dans l’homme est une énergie qui souffre et qui peine.

L’homme est assoiffé de calme, mais il a faim aussi des expériences d’un mental agité et d’un coeur inquiet. Pour son mental, la jouissance est une fièvre, le calme, une monotone inertie.

L’homme est amoureux des limitations de son être physique, et cependant il voudrait avoir aussi la liberté de son esprit infini et de son âme immortelle.

Et quelque chose en lui éprouve une étrange attraction pour ces contrastes. Pour son être mental, ils constituent l’intensité artistique de la vie. Ce n’est pas seulement le nectar, mais le poison aussi qui attire son goût et sa curiosité.

Il existe une signification pour toutes ces choses et une délivrance de toutes ces conditions. Dans ses combinaisons les plus folles, la Nature suit une méthode, et ses noeuds les plus inextricables ont leur dénouement.

La mort est la question que la Nature pose continuellement à la vie pour lui rappeler qu’elle ne s’est pas encore trouvée elle-même. Sans l’assaut de la mort, la créature serait liée pour toujours à une forme de vie imparfaite. Poursuivie par la mort, elle s’éveille à l’idée d’une vie parfaite et en cherche les moyens et la possibilité.

La faiblesse pose la même épreuve et la même question aux forces, aux énergies et aux grandeurs dont nous nous glorifions. Le pouvoir est le jeu de la vie; il en donne la mesure et révèle la valeur de son expression. La faiblesse est le jeu de la mort qui poursuit la vie dans son mouvement et fait sentir les limites de l’énergie qu’elle a acquise.

Par la douleur et le chagrin, la Nature rappelle à l’âme que les plaisirs dont elle jouit sont seulement un faible reflet de la joie réelle de l’existence. Chaque souffrance, chaque torture de notre être contient le secret d’une flamme d’extase, devant laquelle nos plus grandes jouissances sont comme des lueurs vacillantes. C’est ce secret qui fait l’attraction de l’âme pour les grandes épreuves, pour les souffrances et les expériences terribles de la vie, alors même que notre mental nerveux les abomine et les fuit.

L’agitation fébrile et le prompt épuisement de notre être actif et de ses instruments d’action sont un signe de la Nature que le calme est notre vrai fondement et que l’excitation est une maladie de l’âme. La stérilité et la monotonie du calme pur et simple sont aussi le signe de la Nature que le jeu de l’action sur cette base inaltérable est ce qu’elle attend de nous. Dieu joue à jamais et n’est pas troublé.

Les limitations du corps sont un moule; l’âme et le mental doivent se verser en elles, les briser et les refaçonner constamment en de plus vastes limites, jusqu’à ce que soit trouvée la formule d’accord entre cette finitude et leur propre infinité.

La liberté est la loi de l’être en son unité inimitable, le maître secret de la Nature tout entière. La servitude est la loi de l’amour en l’être qui se donne volontairement pour servir le jeu de ses autres « moi » dans la multiplicité.

Quand la liberté travaille dans les chaînes et quand la servitude devient une loi de la Force et non de l’Amour, la vraie nature des choses est déformée et le mensonge gouverne l’action de l’âme dans l’existence.

La Nature part de cette déformation et joue avec toutes les combinaisons qui peuvent en résulter avant de lui permettre d’être rectifiée. Ensuite, elle rassemble l’essence de toutes ces combinaisons en une nouvelle et féconde harmonie d’amour et de liberté.

La liberté vient d’une unité sans limites, car tel est notre être véritable. Nous pouvons trouver en nous-mêmes l’essence de cette unité; nous pouvons aussi devenir conscients de son jeu en union avec tous les autres. Cette double expérience est le dessein intégral de l’âme dans la Nature.

Quand nous avons réalisé en nous-mêmes l’unité infinie, alors, nous donner au monde est liberté parfaite et empire absolu.

Infinis, nous sommes affranchis de la mort, car la vie devient un jeu de notre existence immortelle. Nous sommes affranchis de la faiblesse, car nous sommes la mer tout entière jouissant des myriades de chocs de ses vagues. Nous sommes affranchis du chagrin et de la douleur, car nous apprenons à harmoniser notre être avec tout ce qui le touche et à trouver en toute chose l’action et la réaction de la joie de l’existence. Nous sommes affranchis des limitations, car le corps devient un jouet de l’esprit infini et apprend à obéir à la volonté de l’âme immortelle. Nous sommes affranchis de la fièvre du mental nerveux et du coeur, et cependant nous ne sommes pas contraints à l’immobilité.

L’immortalité, l’unité et la liberté sont en nous, attendant notre découverte; mais pour la joie de l’amour, Dieu en nous sera toujours la Multitude.

Sri Aurobindo
(1914 ou avant ?)

Traduction de La Mère.

dans le fascicule « Aperçus et Pensées » – 1956 – (page 9-12)
publié par Sri Aurobindo Ashram – Pondichéry
diffusion par SABDA

aussi dans les pages préliminaires au recueil de Sri Aurobindo : « Pensées et Aphorismes – tome 1″ (aphorismes commentés par la Mère)
chez Buchet-Chastel, Paris (1975) – (pages 11-15)

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