Archive pour 28 mars, 2016

Renaître dans l’eau

 

Quelle est la démarche des êtres que j’accompagne?
Se réconcilier avec le monde de l’eau dans la sécurité et le plaisir, affrontant les peurs d’y plonger malgré de profondes motivations. Ils vont réaliser d’une façon qu’ils n’imaginaient pas ce que veut dire être au bord de l’eau, dans l’eau, sur l’eau, sous l’eau et enveloppé par l’eau, mais aussi la joie de barboter ou la fluidité de nager et pour certain développer l’aquacité.

Mon accompagnement se fait dans un bassin de balnéothérapie à 35°, d’un mètre vingt de profondeur. Cette température de 35° et le peu de profondeur permettent de travailler en douceur et sécurité la détente sur tous les plans, physique, émotionnel et mental. Cette détente permet l’émergence spontanée des mémoires (vie intra-utérine, émotion refoulée, mémoires en relation à l’eau). Dans cette détente, l’être s’ouvre et s’offre. L’accompagnant se doit d’être centré. C’est souvent le défi inconscient pour les groupes de détente dans l’eau.

Je commence mes séances en demandant à la personne quelle est son intention, ce qui lui permet de se choisir dans son processus d’accompagnement à elle-même.

renaitre dans l'eau

Prenons l’exemple de Jeannette :
C’est une femme enracinée dans sa vie et sa relation aux autres qui a déjà beaucoup guéri son histoire personnelle. Elle vient avec l’intention d’arriver à se relaxer dans l’eau allongée sur le dos. Elle veut arriver à faire la planche. Je lui explique et je la rassure qu’à aucun moment elle n’aura le visage dans l’eau. Je l’assure que je la tiendrai toujours par au moins une main et qu’elle m’entendra, bien que ses oreilles soient dans l’eau. Je l’invite à fermer les yeux afin de tourner son regard vers l’intérieur et à respirer naturellement par la bouche. Je lui explique que cette respiration par la bouche lui permet de ne pas être happée par la panique ou l’appréhension. Elle se mobilise ainsi dans la présence à elle-même et évite ainsi de se retirer de l’émotion et même pour certaines personnes de se retirer du corps.

J’explique à Jeannette qu’elle va rentrer dans l’eau et faire le tour du bassin afin de définir son territoire de sécurité. Je lui donne des pistes qu’elle pourra adapter quelque soit le lieu (piscine, mer, rivière, lac ) : la profondeur du lieu, sa dimension, la barre de sécurité ou la taille des rebords de la piscine, la température de l’eau, la zone de baignade surveillée…

Jeannette peut ainsi commencer à construire les bases de sa sécurité en prenant en charge son territoire d’exploration et de détente. Seulement alors je l’allonge sur le dos, une main sous la nuque et une main sous les reins. Dès que j’allonge Jeannette, elle s’agrippe à moi et à la barre du rebord de toutes ses forces. Elle a les yeux grand ouverts et m’implore de ne pas la lâcher. Son corps est raide comme un bout de bois.

Je lui dis et lui fais sentir qu’elle est totalement soutenue. Je ne bouge plus jusqu’à qu’elle s’assure de ses prises et de ses repères dont le bord du bassin, ses appuis sur moi, notre contact visuel, mon soutien concret, sa tête hors de l’eau.
J’approfondis alors mon état intérieur d’enracinement et de présence. Jeannette ferme finalement les yeux. Je l’invite à sentir où sont les tensions et comment est sa respiration.

Je l’invite à dire ses peurs et ses émotions. En fait je l’invite à prendre conscience d’elle-même et de ce qui s’exprime en elle. Elle me partage que de s’allonger dans l’eau la panique car elle se sent tomber, basculer au plus profond et perdre tous ses repères Elle est alors totalement déracinée. Elle pose ainsi sa conscience sur cette panique qui l’envahit telle une déferlante et l’oblige à se cramponner à moi et à la barre. Je sais qu’elle ne pourra lâcher la panique que si elle en prend conscience sans s’y identifier. Le territoire de sécurité installé précédemment devient sa ressource.

Jeannette m’amène à un point important de mon accompagnement.
Dans l’eau, sous l’eau tout au fond de l’eau, il y a toujours la Terre. Au fond de la piscine, au fond du lac, au milieu de l’océan en son point le plus bas, la Terre est là. Nous sommes sur la Terre. C’est un moment clef pour l’être que je peux approfondir si nécessaire par la conscience que les oiseaux sont eux aussi enracinés, comme les dauphins d’ailleurs.

Pour moi cette compréhension intime a été une sorte de révélation. J’ai pu réunir en moi l’eau et la terre.

Je fusionnais avec l’eau et je refusais la Terre et les humains. Je me voyais un peu un dauphin perdu parmi les humains. Dans cette intégration de l’eau sur la Terre, je me reconnais dauphin parmi les miens humains.

Je fais ressentir et visualiser à Jeannette ses racines ancrées dans la Terre et Jeannette ne se sent plus flotter ou perdue au milieu d’un vaste espace inquiétant, mais dans un contact intime avec la Terre-Mêre. Cet enracinement est une clef essentielle pour ceux qui ont peur de ne plus avoir pied, peur du noir dessous… Jeannette se détend et plonge dans une relaxation profonde. Je l’invite à percevoir si son corps flotte, ou si c’est plutôt l’eau qui la porte… C’est une sensation très sécurisante de ressentir que l’eau nous porte. Monte alors le défi habituel de ce moment où la personne est portée sans aucune sollicitation extérieure : être simplement présent à soi-même. Jeannette elle, rentre dans un état profond de bien-être, jusqu’à s’approcher de quelque chose comme le « Je Suis » car elle a l’habitude des états méditatifs. Pour terminer avec Jeannette, sa plus belle expérience a été, à notre troisième séance, de découvrir d’autres repères spatio-temporels et de laisser exploser sa joie dans une roulade avant et une roulade arrière.

Me revient aussi Colette. Une fois qu’elle a traversé l’inquiétude d’être dans les bras d’un homme jeune à qui faire confiance, je l’ai invitée à accueillir ses émotions. Cette quinquagénaire m’a confié alors que jamais sa mère ou quiconque ne l’avait tenue dans les bras avec autant de douceur et de justesse. Elle s’engageait en rentrant de prendre son grand fils dans les bras.

Il m’est important d’aborder aussi le passage au-dessus de l’eau / au-dessous de l’eau que j’appelle dessus/dessous.
J’accompagne régulièrement des personnes à réconcilier toute la sphère ORL dans le passage dessus/dessous. C’est un processus par étape, face à face, où nous nous tenons les mains et palier par palier, la personne va mettre sa tête sous l’eau en travaillant sur l’inspir/l’expir. Une séance d’une heure suffit souvent pour traverser cette appréhension de mettre la tête sous l’eau…

Pour ceux-là, j’enchaîne par la suite logique pour moi de la phase dessus/dessous :
s’allonger sous l’eau.

Prenons Claire. Je vérifie que Claire n’a pas de mémoire ou de traumatisme d’avoir était amenée ou poussée de force sous l’eau.

Je lui demande de souffler pour pouvoir descendre. Traversés les appréhensions et les doutes, Claire n’en revient pas de réussir à s’allonger sous l’eau. Je l’invite à aller plus loin en lâchant de l’air une fois au fond afin de se stabiliser. Claire me partage sa stupéfaction de la grande détente qu’elle ressent. Plus Claire se détend, plus elle reste au fond et plus elle y a de plaisir. Claire exulte de raconter ce qui est un exploit pour elle à son mari et à ses enfants. Sa séance se termine comme une renaissance à l’eau où elle se sent pour la première fois accueillie sur la Terre dans son entièreté. Il me revient Mathieu, moniteur de plongée, étonné de se rendre compte qu’il n’arrivait pas à s’allonger sous l’eau. Il accepte de suivre mes étapes. Il finit par s’allonger et peut s’y détendre profondément. Il remonte alors les yeux remplis de lumière, émerveillé et stupéfait du temps resté au fond et d’un bonheur nouveau qu’il a trouvé d’être sous l’eau, avec l’eau. Tout simplement, calme, allongé, sans bouger, sans effort, juste présent à lui, il a pris conscience de cette matrice aquatique finie et infinie. Mathieu a eu l’humilité de lâcher sa connaissance du milieu marin pour expérimenter cette expérience intime de l’eau.

Ceci est ma plus belle des récompenses et le dauphin en moi se réjouit de partager l’intimité avec l’eau.

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Patrick Ferrer
Moniteur de plongée. Connecté énergétiquement aux dauphins et aux cétacés.
Anime des stages de développement personnel et un groupe d’hommes.

Patrick Ferrer – 33, rue des Lilas 75019 Paris
Courriel : dbellego.pferrer@wanado.fr
Rubrique Patrick Ferrer dans le site : www.tantradianebellego.com

La naissance du Zen

 

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Bokuju répondit :
on s’habille, on mange.

Le questionneur dit :
je ne comprends pas.

Bokuju répondit :
si vous ne comprenez pas,
habillez-vous et mangez votre repas.

 

ZEN

 

Qu’est-ce que le Zen ?
Le Zen est une croissance très extraordinaire. C’est rare qu’une telle possibilité se réalise parce que de nombreux risques y sont impliqués. Cette possibilité avait déjà existé bien des fois : un certain happening spirituel aurait pu grandir et devenir comme le Zen, mais cela ne s’est jamais complètement réalisé. Une seule fois dans l’histoire de la conscience humaine quelque chose comme le Zen a réussi à naître : prendre naissance, se développer, se concrétiser. C’est très rare.

Je voudrais d’abord que vous compreniez ce qu’est le Zen, parce que sans cela, ces anecdotes ne seront pas d’une grande aide. Il est nécessaire de connaître tout son contexte. Avec ce regard, et resituées dans ce contexte, ces anecdotes deviennent lumineuses – vous parvenez soudain à leur sens, à leur signification, autrement elles ne sont que des éléments séparés. Vous pouvez vous en réjouir ; parfois vous pouvez en sourire ; elles sont très poétiques ; elles sont très belles par elles-mêmes, des pièces d’art uniques, mais en voyant juste ces anecdotes vous ne serez pas capables de pénétrer la portée profonde du Zen.

Essayez donc de me suivre doucement tout au long de la croissance du Zen – comment cela s’est produit. Le Zen est né en Inde, a grandi en Chine, et a fleuri au Japon. Toute la situation est exceptionnelle. Pourquoi est-ce qu’il naquit en Inde , mais ne put pas y grandir et dût chercher un sol différent ? Il devint un grand arbre en Chine, mais ne put pas y fleurir, il dut à nouveau chercher un nouveau climat, un climat différent – et au Japon il a fleuri comme un cerisier, en milliers de fleurs. Ce n’est pas fortuit, ce n’est pas accidentel, il y a une raison profonde à cela. J’aimerais vous la faire découvrir.

L’Inde est un pays introverti, le Japon est extraverti, et la Chine est juste au milieu de ces deux extrêmes. L’Inde et le Japon sont absolument opposés. Alors comment une graine qui est née en Inde en vint à fleurir au Japon ? Ce sont des opposés ; ils n’ont rien de similaire ; il sont contradictoires. Et pourquoi la Chine est venue juste entre les deux, pour lui donner une terre fertile ?

Une graine est une introversion. Essayez de comprendre le phénomène qu’est une graine, ce qu’est une graine. Une graine est un phénomène introverti – elle est centripète : l’énergie se replie à l’intérieur. C’est ce qu’est une graine, recouverte, et complètement fermée au monde extérieur. En fait une graine est la chose la plus solitaire, la plus isolée du monde. Elle n’a aucune racine dans le sol, aucune branche dans le ciel ; elle n’a aucune connexion ni avec la terre, ni avec le ciel. Elle n’a aucun relationnel. Une graine est complètement une île, isolée, repliée sur elle-même. Elle n’a pas de partages. Elle est entourée d’une enveloppe dure, il n’y a aucune fenêtre, pas de portes ; elle ne peut pas sortir et rien ne peut entrer.

La graine est naturelle pour l’Inde. Le génie de l’Inde peut produire des graines d’une immense potentialité, mais l’Inde ne peut pas leur donner la bonne terre. L’Inde est une conscience introvertie. L’Inde dit que l’extérieur n’existe pas et que même s’il existe, il est de même nature que les rêves. Tout le génie de l’Inde a été d’essayer de découvrir comment s’échapper de l’extérieur, comment se rendre dans la caverne intérieure du cœur, comment être centré en soi-même, et comment en venir à réaliser que le monde entier, qui existe à l’extérieur de votre conscience, n’est juste qu’un rêve – au mieux magnifique, au pire un cauchemar ; mais beau ou laid, en réalité, c’est un rêve, et on ne doit pas en faire grand cas. On doit se réveiller, et oublier tout ce rêve qu’est le monde extérieur.

Tout l’effort de Bouddha, de Mahâvîra, de Tilopa, de Gorakh, de Kabîr, tout leur effort à travers les siècles a été de s’échapper de la roue de la vie et de la mort : comment s’isoler en soi-même, comment vous couper complètement de toute relation, comment couper les liens, se détacher, comment entrer à l’intérieur et oublier l’extérieur. C’est pourquoi le Zen est né en Inde.

zen

Zen veut dire DHYANA (méditation). Le mot Zen est un changement du mot DHYANA. DHYANA est tout l’effort de la conscience Indienne. DHYANA veut dire être tellement seul, tellement dans son propre être, que pas une seule pensée n’existe. En fait, il n’existe pas réellement de mot pour le traduire en anglais.
‘Contemplation’ n’est pas le bon mot. La contemplation veut dire penser, la réflexion. Même ‘méditation’ n’est pas le bon mot, parce que la méditation implique un objet, de ‘méditer sur’ ; cela veut dire qu’il y a quelque chose. Vous pouvez méditer sur le Christ, ou pouvez méditer sur la croix. Mais DHYANA veut dire d’être tellement seul, qu’il n’y a rien sur quoi méditer. Pas d’objet, il existe juste une simple subjectivité – une conscience sans nuages, un ciel pur.
Quand le mot a atteint la Chine il est devenu CH’AN. Quand ch’an a atteint le Japon , il devint Zen. Ce mot vient de le même racine sanskrite, DHYANA.

L’Inde a pu donner naissance à DHYANA. Pendant des milliers d’années toute la conscience Indienne a progressé sur le chemin de DHYANA – comment abandonner toute pensée, et comment être enraciné dans une conscience pure.
Avec Bouddha, la graine est née. De nombreuses fois avant cela, avant Gautam Bouddha, la graine était apparue, mais elle ne put pas trouver la bonne terre, et elle disparut. Et si la graine est donnée à la conscience Indienne elle disparaîtra, car la conscience Indienne se dirige de plus en plus vers l’intérieur, et la graine va devenir de plus en plus petite, de plus en plus, jusqu’au moment où elle deviendra invisible. Une force centripète rend les choses de plus en plus petites – atomiques – jusqu’à ce que soudain elles disparaissent. De nombreuses fois avant Gautam Bouddha la graine est née, car Gautam Bouddha ne fut pas le premier à méditer et à devenir un DHYANI, un grand méditant. En fait, il est l’un des derniers d’une longue série. Il a lui-même rappelé les vingt-quatre Bouddhas qui l’ont précédé. Et puis il y eut les Jainas, vingt-quatre Teerthankaras, ils étaient tous des méditants. Ils ne faisaient rien d’autre, ils ne faisaient que méditer, méditer, et méditer, et ils parvinrent à un point où il ne restait plus qu’eux, et où tout le reste disparut, s’évapora.

La graine naquit aussi avec Parasnath, avec Mahâvîra, Neminath et d’autres, et puis elle resta avec la conscience Indienne. La conscience Indienne peut donner naissance à une graine, mais ne peut pas devenir le bon sol pour elle. Elle continue à évoluer dans la même direction et la graine devient de plus en plus petite, moléculaire, atomique, et puis elle disparaît. C’est comme cela que ça s’est passé avec les Upanishads, avec les Vedas, avec Mahâvîra et tous les autres.

Avec Bouddha, c’est aussi ce qui allait se passer. Bodhidharma l’a sauvée. Si la graine avait été laissée à la conscience Indienne, elle se serait dissoute. Elle n’aurait jamais poussé, parce qu’une différente sorte de terre est nécessaire pour la germination – un sol très équilibré. L’introversion est un profond déséquilibre, c’est un extrême.

Bodhidharma s’échappa en Chine avec la graine. Il fit une des plus grandes choses de l’histoire de la conscience : il trouva la bonne terre pour la graine que Bouddha avait donnée au monde. On rapporte que Bouddha aurait dit : ‘ma religion n’existera pas plus de cinq cents ans, et elle disparaîtra[1]‘. Il était conscient que ça se passe toujours de cette façon. La conscience Indienne ne cesse de polir la graine et la rend de plus en plus petite, et un moment arrive où elle devient si petite qu’elle devient invisible. Elle ne fait plus partie de ce monde, elle disparaît dans le ciel.
L’expérience de Bodhidharma fut magnifique. Il regarda partout et chercha avec soin l’endroit où la graine pourrait pousser.

La Chine est un pays très équilibré, pas comme l’Inde, pas comme le Japon. Là-bas le juste milieu est le chemin. L’idéologie Confucéenne est de rester toujours au milieu : n’être ni extraverti, ni introverti ; ni penser trop à ce monde-ci, ni penser trop à ce monde-là – rester juste au milieu. La Chine n’a pas donné naissance à une religion, seulement à une morale. Aucune religion n’y est née ; la conscience Chinoise ne peut pas donner naissance à une religion. Elle ne peut pas en créer la graine. Toutes les religions qui existent en Chine ont été importées, elles sont venues de l’extérieur ; Bouddhisme, Hindouisme, Islam, Catholicisme – elles viennent toutes de l’extérieur. La Chine est une bonne terre, mais elle ne peut pas être à l’origine d’une religion, parce que pour donner naissance à une religion, on doit aller au plus profond du monde intérieur. Pour donner naissance à une religion on doit être comme un corps féminin, une matrice.

La conscience féminine est extrêmement introvertie. Une femme vit en elle-même ; elle n’a qu’un monde réduit autour d’elle, le plus minime possible. C’est pourquoi vous ne pouvez pas intéresser une femme à des choses d’une grande envergure. Non. Vous ne pouvez pas lui parler du Vietnam, ça ne l’intéresse pas. Le Vietnam est trop loin, trop éloigné d’elle. Elle est concernée pas sa famille, son mari, l’enfant, le chien, le mobilier, la radio, la télé. Il y autour d’elle un tout petit monde, juste le minimum. Comme elle n’a pas un monde très vaste autour d’elle, c’est très difficile pour l’homme et la femme de parler intelligemment – ils vivent dans des mondes différents. Une femme n’est belle que quand elle se tait ; au moment où elle se met à parler des choses stupides sortent d’elle… Elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle peut aimer, mais elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle ne peut pas être très philosophe, non, ce n’est pas possible. Ces choses sont trop éloignées, ça ne la concerne pas. Elle vit dans le tout petit cercle de son propre monde, et elle en est le centre. Et si quelque chose a du sens pour elle, cela a du sens seulement en rapport avec elle – autrement ça n’a pas de sens. Elle ne peut pas concevoir pourquoi vous vous souciez du Vietnam. Y a-t-il un problème avec vous ? Vous n’avez aucune relation avec les Vietnamiens. Q’une guerre se produise ou pas, n’est pas votre affaire. L’enfant est malade et vous vous souciez du Vietnam ! Elle n’arrive pas à croire que vous puissiez lire le journal, alors qu’elle est là, près de vous. Les femmes vivent dans un monde différent. Une femme est centripète, introvertie. Toutes les femmes sont Indiennes – qu’elles le soient réellement ou pas n’a pas d’importance. L’homme est centrifuge, il va dehors. Dès qu’il peut trouver une excuse, il quitte la maison. Il ne vient à la maison que quand il ne peut aller nulle part ailleurs ; quand les clubs et les pubs sont fermés, alors que faire ? Il rentre chez lui. Nulle part où aller, il rentre.

Une femme est toujours centrée sur la maison, basée sur le foyer. Elle ne sort que quand c’est absolument nécessaire, quand elle ne peut pas faire autrement. Quand c’est devenu d’une absolue nécessité, elle sort. Autrement le foyer est sa base.

L’homme est un vagabond, un nomade. La totalité de la vie de famille est créée par les femmes, pas par les hommes. En fait les civilisations sont l’œuvre des femmes, pas des hommes. Si on le lui permettait l’homme serait un nomade, un vagabond – pas de foyer, pas de civilisation. L’homme est tourné vers l’extérieur, la femme est tournée vers l’intérieur ; l’homme est extraverti, la femme est introvertie. L’homme est toujours intéressé par quelque chose d’autre que lui, c’est pourquoi il semble être en meilleure santé. Quand vous êtes trop concerné par vous-même, vous tombez malade. L’homme semble être mieux dans sa peau.

Vous trouverez toujours les femmes tristes et trop concernées par elles-mêmes. Un petit mal de tête, et elles s’inquiètent beaucoup, parce qu’elles vivent à l’intérieur d’elles-mêmes – le mal de tête devient quelque chose d’énorme, hors de proportion. Mais un homme peut oublier le mal de tête, il a trop d’autres maux de tête ! Il crée de si nombreuses prises de tête autour de lui qu’il lui est impossible de prendre en considération son propre mal de tête. C’est trop peu de chose, il peut s’en désintéresser. Une femme est toujours inquiète – quelque chose à la jambe, quelque chose à la main, quelque chose au dos, à l’estomac… toujours quelque chose – parce que sa propre conscience est focalisée sur l’intérieur. Un homme est moins tourné vers les pathologies, en meilleure santé, plus tourné vers l’extérieur, plus concerné par ce qui arrive aux autres.
C’est pourquoi dans toutes les religions, vous constaterez que s’il y a cinq personnes présentes, quatre sont des femmes, et une seule, un homme. Et cet homme n’est peut-être là seulement qu’à cause d’une femme – sa femme va au temple et il doit donc l’accompagner. Ou bien, elle est venue pour une causerie sur la religion, et il est venu avec elle. C’est la proportion dans toutes les églises, les temples, où que vous alliez. Même avec Bouddha, c’était la même proportion, avec Mahâvîra pareil. Il y avait cinquante mille sannyasins avec Bouddha – quarante mille femmes, et dix mille hommes. Pourquoi ?

L’homme peut être en meilleure santé physiquement, la femme peut être en meilleure santé spirituellement, parce que leurs préoccupations sont différentes. Quand vous êtes intéressé par les autres, vous pouvez oublier votre corps, vous pouvez plus facilement être en bonne santé, mais en ce qui concerne la dimension religieuse vous ne pouvez pas grandir aussi facilement. La croissance religieuse nécessite une préoccupation intérieure. Une femme peut grandir très, très facilement en religion, le chemin est facile pour elle, mais grandir en politique est difficile. Et pour un homme, grandir en religion est difficile.

L’introversion a ses avantages, l’extraversion a les siens – et les deux ont leurs dangers.

L’Inde est introvertie, une contrée féminine ; elle est comme une matrice, très réceptive. Mais si un enfant reste pour toujours dans la matrice, la matrice deviendra sa tombe. L’enfant doit se sortir de la matrice de la mère, autrement la mère va tuer l’enfant qui est en elle. Il doit fuir, trouver le monde extérieur, un monde plus vaste. La matrice peut certainement être très confortable – elle l’est ! Les scientifiques disent que nous n’avons pas encore été capables de créer quelque chose de plus confortable que la matrice. Avec de tels progrès scientifiques, on n’a rien pu fabriquer d’aussi confortable ! La matrice est juste un paradis. Cependant, l’enfant doit quitter ce paradis et sortir de la mère. Au-delà d’une certaine durée, la mère peut devenir très dangereuse. La matrice peut tuer, car elle deviendra un emprisonnement – elle est parfaite pour un moment, quand la graine croît, mais après, la graine doit être transplantée dans le monde extérieur.

Cool

Bodhidharma regarda partout, il observa le monde entier et trouva que la Chine avait la meilleure terre ; c’était un juste milieu, pas extrême. Le climat n’était pas extrême, ainsi l’arbre pourrait pousser facilement. Et la Chine avait des habitants très équilibrés. L’équilibre est la bonne terre pour faire pousser quelque chose : trop froid, c’est mauvais, trop chaud c’est mauvais. Dans un climat équilibré, ni trop froid, ni trop chaud, l’arbre peut pousser.

Bodhidharma s’enfuit avec la graine, il partit avec tout ce que l’Inde avait produit. Personne n’était conscient de ce qu’il faisait, mais il réalisa une grande expérience. Et cela se révéla juste. En Chine, l’arbre poussa et atteint une grande dimension. Mais bien que l’arbre devint de plus en plus grand, aucune fleur ne poussa. Les fleurs n’apparurent pas parce qu’il leur fallait une contrée extravertie. De même qu’une graine est introvertie, une fleur est extravertie. La graine est tournée vers l’intérieur, la fleur vers l’extérieur. La graine est comme la conscience féminine, la fleur est comme la conscience masculine. La fleur s’ouvre au monde extérieur et répand son parfum. Et puis le parfum est emporté par les ailes du vent jusqu’aux coins les plus reculés du monde. La fleur libère les énergies contenues dans la graine, dans toutes les directions. Elle est une porte. Les fleurs voudraient devenir papillons et s’échapper de l’arbre. En fait, c’est ce qu’elles font, d’une manière très subtile. Elles libèrent l’essence de l’arbre, le sens même, la signification de l’arbre pour le monde. Ce sont de grandes partageuses. Une graine est une grande avare, enfermée en elle-même, et une fleur est une grande dépensière.

Le Japon était nécessaire. Le Japon est une contrée extravertie. Le style même de la vie et la conscience y sont extravertis. Observez-le : en Inde, personne ne s’intéresse vraiment au monde extérieur, au sujet des vêtements par exemple, des maisons, de la façon dont chacun vit. Personne n’y fait attention. C’est pourquoi l’Inde est restée si pauvre. Si vous n’êtes pas soucieux du monde extérieur, comment pourriez-vous devenir riche ? Si l’amélioration de vos conditions de vie ne vous concerne pas, vous resterez pauvre. L’Indien est toujours très sérieux, toujours prêt à s’échapper de la vie, avec des Bouddhas qui parlent de comment devenir de parfaits marginaux de l’existence elle-même – pas seulement de la société, des marginaux ultimes ! des marginaux par rapport à l’existence elle-même. L’existence est trop ennuyeuse. Pour l’œil Indien, la vie est juste grise – rien d’intéressant en elle, tout y est ennuyeux, un fardeau. On doit le porter de toute façon, à cause des karmas. Même si un Indien tombe amoureux, il dit que c’est à cause des karmas du passé, on doit le traverser. Même l’amour est comme un fardeau que l’on doit traîner.

L’Inde semble plus tourné vers la mort que vers la vie. Un introverti doit se tourner vers la mort. C’est pourquoi l’Inde a développé toutes ces techniques pour bien mourir : pour mourir si parfaitement que vous n’ayez plus à renaître. Le but c’est la mort, pas la vie. La vie est pour les imbéciles, la mort pour ceux qui sont sages. Aussi beau que puisse être un Bouddha, un Mahâvîra, vous les trouverez fermés ; il existe autour d’eux une grande aura d’indifférence. Quoi qu’il se passe, ça ne les concerne pas du tout. Que telle chose se produise, ou son opposé, ne fait pas de différence : que le monde vive ou meure cela ne fait pas de différence… il y a une très grande indifférence. Dans cette indifférence, la floraison n’est pas possible ; dans cette état intérieur confiné, la floraison est impossible. Le Japon est complètement différent. Avec la conscience Japonaise, c’est comme si l’intérieur n’existait pas, seul l’extérieur est intéressant. Regardez les vêtements Japonais. Toutes les couleurs des fleurs et des arcs-en-ciel – comme si l’extérieur était important. Regardez un Indien quand il mange, et regardez un Japonais. Regardez un Indien quand il prend son thé, et regardez un Japonais.

Un Japonais fait d’une chose simple une célébration. Prendre le thé, il en fait une célébration. Cela devient un art. L’extérieur est très important ; les vêtements sont très importants, les relations sont très importantes. Dans le monde entier, vous ne pouvez pas trouver de gens plus extravertis que les Japonais – toujours en train de sourire et paraissant heureux. Pour des Indiens ils paraîtront superficiels ; ils ne paraîtront pas sérieux. Les Indiens sont les gens introvertis, et les Japonais les extravertis : ils sont opposés. Un Japonais fait toujours partie de la société. Toute la culture Japonaise est intéressée par la manière dr créer une belle société, comment créer de belles relations – en tout, dans les choses les plus minuscules – comment leur donner plus d’importance. Leurs maisons sont si belles ! Même la maison d’un pauvre a une beauté par elle-même ; elle est artistique, elle a quelque chose d’unique.

Elle peut ne pas être très riche, mais cependant, dans un sens, elle est riche – par la beauté, les aménagements, l’attention apportée au moindre détail : où doivent être les fenêtres, quelle sorte de rideau doit y être installée, comment la lune doit apparaître par la fenêtre, sous quel angle. Des petites choses, mais chaque détail est important.

Pour l’Indien, rien n’a d’importance. Si vous allez dans un temple Indien, il n’y a pas de fenêtres ; il n’y a rien, aucune hygiène, aucune aération, pas de ventilation – rien. Même les temples sont laids. Et tout est à l’avenant : saleté, poussière, personne ne s’en soucie. Juste en face du temple vous trouverez les vaches couchées, des chiens qui se battent, et des gens qui prient. Personne n’y fait attention. Aucun sens de l’entretien extérieur, ils ne sont pas du tout concernés par cela.

Le Japon est très concerné par l’extérieur – ils sont juste à l’autre extrême.
Le Japon était le bon pays. Et l’arbre entier du Zen fut transplanté au Japon, et là, il s’est épanoui, il a fleuri en milliers de couleurs.
Et c’est ce qui doit se produire à nouveau. Je parle à nouveau du Zen. Il doit repasser par l’Inde parce que l’arbre a fleuri, et les fleurs sont tombées, et le Japon ne peut pas créer la graine.
Le Japon ne peut pas créer la graine : il n’est pas un pays introverti. Du coup, tout n’est plus qu’un rituel vide maintenant. Au Japon le Zen est mort. Il y a fleuri dans le passé, mais maintenant, si après avoir lu des livres de D.T. Suzuki ou d’autres auteurs, vous vous rendez au Japon à la découverte du Zen, vous en reviendrez les mains vides. Maintenant le Zen est ici ; au Japon il a disparu. Le pays l’a aidé à fleurir, mais à présent les fleurs ont disparu, elles sont tombées par terre, et il n’en reste plus rien. Il y a des rituels – les Japonais sont très ritualistes – donc il y a des rituels… Dans les monastères Zen tout continue de la même façon ; comme si l’esprit intérieur était encore là, mais la châsse intérieure est vide, il n’y a plus rien dedans. Le maître des lieux est parti. Le Dieu n’est plus là – il ne reste juste qu’un rituel vide. Et ce sont des gens extravertis, ils vont poursuivre le rituel. Tous les matins, ils vont se lever à cinq heures – il y aura un coup de gong – ils vont se réunir à la salle où on prend le thé, et ils vont prendre leur thé ; puis ils vont aller à la salle de méditation, où ils vont s’asseoir et fermer les yeux. Tout va se poursuivre exactement comme si l’esprit en était encore là, mais il a disparu. Il y a des monastères, il y a des milliers de moines, mais l’arbre a fleuri et les graines ne peuvent pas être créées sur place.

C’est pourquoi je parle tellement du Zen ici – parce que c’est seulement l’Inde qui peut à nouveau créer la graine. Le monde entier existe dans une profonde unité, dans une harmonie – en Inde on peut à nouveau donner naissance à la graine. Mais beaucoup de choses ont changé dans le monde. Ce n’est plus possible en Chine aujourd’hui, parce qu’elle est elle-même devenue un pays extraverti. Elle est devenue communiste : maintenant la matière est devenue plus importante que l’esprit. Elle est fermée à de nouvelles vagues de conscience.

Pour moi, s’il y a un pays qui peut à nouveau devenir le bon sol pour la graine, dans le futur, c’est l’Angleterre.
Vous êtes sans doute surpris parce que vous auriez pensé à l’Amérique. Non. Maintenant, le pays le plus équilibré dans le monde est l’Angleterre, juste comme dans les jours anciens, c’était la Chine. La graine doit être emmenée en Angleterre et y être plantée. Elle n’y fleurira pas, mais elle deviendra un grand arbre. La conscience anglaise – conservatrice, suivant toujours la voie du milieu, le mental libéral, évitant les extrêmes, restant juste au milieu – va aider. C’est pourquoi j’autorise de plus en plus d’Anglais à se rapprocher de moi. Ce n’est pas seulement pour des raisons de visas ! Parce qu’une fois que la graine sera prête, je voudrais qu’ils l’emmènent en Angleterre. Et à partir de l’Angleterre, elle peut aller en Amérique, et elle fleurira là-bas, parce que l’Amérique est actuellement le pays le plus extraverti.

Je vous dis que le Zen est un phénomène rare, parce que c’est seulement si toutes ces circonstances sont réunies qu’une telle chose peut se produire.

À présent essayez de comprendre l’histoire. Ces petites anecdotes sont pleines de sens, parce que les gens du Zen disent que ce qui se passe au plus profond de votre être ne peut pas être dit, mais cela peut être montré. On peut créer une situation qui laisse percer quelque chose, les mots peuvent être incapables d’en dire quelque chose, mais une anecdote vivante le peut. C’est pourquoi il y a autant d’anecdotes dans le Zen. Le Zen vit dans les paraboles, il montre par des paraboles, et personne d’autre n’a été capable de créer d’aussi belles paraboles. Il y a des histoires Soufies, des histoires Hassides, et plein d’autres, mais rien de comparable au Zen. Le Zen a simplement trouvé le truc pour toucher exactement au bon endroit et pour indiquer ce qui ne peut pas l’être autrement. Et il le fait d’une façon tellement simple que vous pouvez passer à côté : vous devrez vous donner la peine de chercher un peu, vous devrez tâtonner, parce que l’anecdote par elle-même est si simple que vous pouvez la rater. Ce n’est pas très compliqué ; en fait, le mental n’est pas nécessaire. Il y faut plutôt un cœur ouvert, afin de pouvoir comprendre.

Voyez vous-même… cette petite anecdote dit tout le signifiant du Zen :

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Il aurait demandé la même chose à Bouddha, la réponse n’aurait pas été la même. La réponse aurait émergé de la graine-mental. Bouddha aurait dit : Tout est illusoire – manger, s’habiller, tout est illusoire. Devenez davantage alerte. Voyez-en l’illusoire, et le rêve. Tout est MAYA. Devenez plus vigilant et n’essayez pas de trouver comment en sortir, parce que comment peut-on sortir d’un rêve ? On devient simplement conscient, et on en est sorti ! Avez-vous jamais vu quelqu’un sortir d’un rêve ? Un rêve est irréel, comment pourrait-on en sortir ? Le miracle… c’est que vous ayez réussi à y entrer ! – parce qu’il n’existe pas et vous entrez dedans ! Et maintenant vous rendez les choses encore plus impossibles en demandant comment en sortir ? De la même façon que vous y êtes entré, sortez-en ! Comment êtes-vous entré dans le rêve ? En croyant qu’il était réel. C’est de cette manière qu’on entre dans un rêve – en croyant que c’est quelque chose de réel. Alors laissez tomber cette croyance – voyez que ce n’est pas la réalité, et vous êtes hors du rêve !

Il n’y a aucune démarche à faire, aucune technique pour en sortir, aucune méthode. Bouddha aurait dit : Regardez… votre vie entière est un rêve ! Alors vous en auriez été libéré.

OSHO

Extrait de – The Grass Grows by Itself – # 1 – 21 février 1975
– © Osho International Foundation

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