Archive pour mai, 2016

Thérèse d’Ávila et ses leçons de sagesse

 

 

Ouvrir son cœur et son esprit, c’est l’invitation que nous fait la grande mystique espagnole. Cinq cents ans après sa naissance, la puissance de son message est intacte et inspirante, nous explique le psychanalyste Henri Mialocq. Que l’on soit croyant ou non, partons à la découverte de ses leçons de sagesse.  

 Thérèse sagesse

 En mars 2015, à l’occasion du cinquième centenaire de la naissance de Thérèse d’Ávila (1515- 1582), le pape François a désigné la grande mystique espagnole comme « une guide sûre » et a insisté sur la modernité de celle qui, « face aux graves problèmes de son temps [...], avait décidé de ne pas se perdre, disait-elle, “dans les choses de peu d’importance” alors que “le monde est en flammes” ». Depuis quelques années, les ouvrages sur cette « femme sans frontières », comme la nomme la psychanalyste féministe Julia Kristeva, auteure de Thérèse mon amour (Fayard, 2008), se multiplient. « Sa voix, ses conseils résonnent de manière particulière aujourd’hui parce qu’ils sont ceux d’un engagement radical, et que cette radicalité du désir détonne dans notre culture de l’éphémère, de l’individualisme et de la consommation », indique Henri Mialocq. Le psychanalyste et psychologue précise que ce qui fait la modernité et l’intérêt de son message sont les trois outils qu’elle ne se lasse pas de promouvoir : la mémoire, l’entendement et la volonté. « Ils aident à la connaissance de soi et à la rencontre vraie avec l’autre, détaille-t-il. C’est cette rencontre qui réveille notre désir et le maintient vivant. Et c’est parce qu’aller vers l’autre ne va pas de soi que Thérèse parle de “mémoire” (il s’agit de se souvenir de son passé), d’“entendement” (c’est la conscience de ce que l’on est et de ce que l’on cherche) et enfin de “volonté” (celle d’aller plus loin que nos impulsions pour tenir dans la durée d’un engagement). » C’est dans cet esprit que nous avons proposé à Henri Mialocq de commenter cinq conseils tirés des « Avis de la mère Thérèse de Jésus à ses religieuses ».

1. Émotions

“N’être excessif en rien, mais dire avec modération ce que l’on sent” (avis 13)

« Toute rencontre avec l’autre, Dieu ou ceux qui nous entourent, procède de notre réalité charnelle, tout autant que de notre ressenti et de notre esprit, commente Henri Mialocq. Nous sommes faits d’affects et d’émotions, il s’agit de les éprouver, puis de les exprimer de manière juste pour en faire une passerelle entre nous et l’autre. Ainsi seulement l’échange et le partage peuvent exister. Par “modération”, Thérèse d’Ávila entend “distance” : c’est ce qui rend possible la relation. Ni trop près, c’est-à-dire collés à nos émotions brutes ou envahissantes, ni trop loin d’elles. Il s’agit de jouer avec intelligence de cette notion d’écart qui nous permet de rester nous-mêmes et de nous enrichir de la différence. L’autre notion clé est contenue dans le mot « dire ». Cela signifie mettre de la conscience dans nos mots, engager notre responsabilité de sujet. C’est le langage qui rend la circulation du désir possible, qui fait le lien entre nous et l’autre. » 

En pratique : interroger nos émotions lorsqu’elles s’expriment de manière excessive (que disent-elles et que masquent-elles de mon désir, de mes peurs ? Qu’est-ce qui dans l’autre me dérange et résonne, en moi comme dans mon histoire ?). Mais aussi quand elles ne s’expriment pas du tout (qu’est-ce que je ressens profondément ? Comment pourrais-je dire ou me dire ce que je ressens ?). Une fois au clair avec nos émotions, reste à penser la manière de les dire : toucher sans envahir, expliquer sans reprocher ni donner de leçons, questionner sans agresser… Ce que nous renvoie l’autre est le baromètre de notre justesse. Ou de nos excès. 

2. Ouverture d’esprit

“Si quelqu’un parle de questions de spiritualité, écoutez-le en disciple, avec humilité, et faites votre profit de ce qui sera dit de bon” (avis 17)

« L’humilité est au cœur du message de tous les grands mystiques, précise Henri Mialocq. Réduire l’ego en se dépouillant de tout ce qui fait obstacle à la rencontre avec Dieu est le premier pas vers Lui. Il en est de même dans nos interactions humaines. Quelle relation puis-je avoir si je vais vers l’autre convaincu de ma supériorité et de ma vérité ? Thérèse fait de cette règle d’humilité un absolu. Son message ne s’adresse pas qu’aux croyants catholiques : elle écrit “spiritualité”, pas “religion catholique”. Elle n’écrit pas non plus “faites votre profit de ce qui sera dit de vrai”, mais “de ce qui sera dit bon”. C’est-à-dire ce que le cœur reconnaît comme juste. Impossible d’être fanatique ni enfermé dans ses certitudes si l’on applique ce conseil. »

En pratique : avant de critiquer, de réfuter ou d’essayer de convaincre, adopter une position d’écoute vraie, sans a priori ni jugement. Cela permet d’ouvrir son esprit à d’autres façons de penser, de s’enrichir de nouveaux savoirs, et de créer un climat favorable aux échanges sereins et profonds. 

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3. Vivre ensemble

“Accomplir toutes choses comme si Sa Majesté [Dieu] était réellement visible ; par cette voie, l’âme gagne beaucoup” (avis 21) 

« Pour Thérèse, Dieu, c’est l’Autre. Le radicalement différent, décode Henri Mialocq. Pour nous, cet autre est un lieu où nous rencontrons l’être humain, en face de nous, à côté de nous. Celui que nous croyons connaître, mais qui reste inappropriable, inconnaissable et seulement accessible dans l’échange que nous pouvons avoir avec lui. À condition de reconnaître et d’accepter son “étrangèreté”. Tout accomplir “comme si [l’Autre] était réellement visible” signifie concevoir l’altérité comme intelligente (je te reconnais comme autre) et nourrissante (tu m’apportes quelque chose). Cette position est le prix de notre maturité affective et intellectuelle, et les bases d’un vivre-ensemble respectueux et fécond. Dans les relations privées comme dans les relations sociales. »

En pratique : accepter d’être dérangés, déstabilisés dans nos certitudes et nos croyances. Interroger ce malaise et accepter de l’autre ce qui peut enrichir notre connaissance de nous-mêmes, ainsi que notre savoir. Ne pas s’installer dans l’illusion confortable mais dangereuse (surtout dans les relations affectives) de « tout connaître de l’autre » ; au contraire, aimer et respecter l’écart entre nous qui, en famille, avec nos amis ou nos collègues, rend la relation vivante, et, en amour, le désir vivace. 

4. Ouverture du cœur

“Prenez l’habitude de faire de nombreux actes d’amour, ils enflamment et attendrissent l’âme” (avis 52) 

« Le message thérésien est clair : nous ne devons pas attendre d’avoir envie de “faire des actes d’amour” pour aimer, décrypte Henri Mialocq. Pourquoi ? Parce que si nous nous laissons porter par notre seule spontanéité, l’amour risque d’être le grand négligé de nos vies et de nos cœurs. En revanche, en faisant acte de volonté, nous l’inscrivons dans notre quotidien, nous en faisons notre ordinaire. Et cela change tout. L’âme s’attendrit et s’enflamme, cela signifie que le cœur s’ouvre, et que ce qui constitue l’essence de l’être (l’âme) reprend vie et vigueur. L’autre message contenu dans ce conseil est le don gratuit : donner avant de recevoir est le propre du cœur aimant. »

En pratique : par « actes d’amour », Thérèse d’Ávila, qui s’adressait à ses sœurs, entendait l’attention à l’autre, les petites gentillesses, le soutien, le réconfort, l’écoute aimante… Il s’agit d’en faire autant avec ceux qui nous entourent. Autant de petits actes d’amour volontairement habituels qui entraînent le cœur à s’ouvrir, à mieux aimer, mais aussi à mieux recevoir. 

5. Conscience de soi

“Apportez un grand soin à l’examen de chaque soir” (avis 57)

« L’examen de conscience est un “classique” de la religion catholique, rappelle Henri Mialocq. Le but de cette plongée en soi est d’essayer de saisir, ou au moins d’approcher, ce qui fait obstacle à l’ouverture du cœur et de l’âme. Quelles peurs, quels doutes, quels refus nous empêchent d’avoir confiance, d’aller à la rencontre de notre désir ou de le soutenir. Il ne s’agit pas tant de faire le tri entre le “bien” et le  “mal” qu’entre le juste et l’erroné, entre ce qui renforce notre ego et ce qui agrandit notre être. Cet examen de conscience est aussi une invitation à écouter l’inconscient en nous – le douloureux, le pénible, le honteux – pour ne rien occulter de ce qui nous gêne ou nous blesse. » 

En pratique : pourquoi fais-je ou ai-je fait cela ? Vers où vais-je ? Ces deux questions font accéder à une conscience de soi plus profonde et questionnent la finalité de nos actes. Faire une relecture de ses journées par ce prisme permet d’éviter de tomber dans le gouffre de la culpabilité ou dans le faux confort de l’autocomplaisance. 

DONNEZ DE NOUVELLES PERMISSIONS À VOTRE ENFANT INTÉRIEUR

 

Une fois que nous avons commencé à soutenir notre enfant intérieur, nous nous retrouvons face à un autre dilemme. Étant donné que la plupart d’entre nous sommes issus de familles dysfonctionnelles, nous ne savons vraiment pas comment jouer le rôle de parent auprès de notre enfant intérieur afin de l’éduquer convenablement. Notre enfant intérieur blessé est puéril. Il a été soit trop, soit trop peu discipliné. Nous devons donc devenir de bons éducateurs en matière de discipline afin que notre enfant intérieur blessé puisse guérir. L’enfant en nous doit intérioriser de nouvelles règles qui lui permettront de croître et de s’épanouir. L’adulte en nous doit recueillir de nouvelles informations sur ce qui constitue une bonne discipline et il doit acquérir de nouvelles compétences afin d’interagir avec l’enfant intérieur. Nous devrons utiliser notre puissance d’adulte pour donner de nouvelles permissions à notre enfant intérieur. Il a besoin que nous lui donnions la permission de transgresser les anciennes règles parentales, la permission d’incarner son moi authentique et la permission de jouer.

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La discipline qui favorise la croissance

Quelqu’un a déjà souligné que «de tous les masques de la liberté, la discipline est le plus impénétrable », Cela me plaît. Sans discipline, notre enfant intérieur ne peut pas vraiment être libre. Scott Peck a des choses importantes à dire à ce sujet: il considère la discipline comme un ensemble de techniques conçues pour alléger l’inévitable souffrance de la vie. C’est très loin de ce que j’ai appris durant mon enfance. Au fond de mon subconscient, le mot «discipline» est synonyme de punition et de souffrance. Selon Scott Peck, une bonne discipline est constituée d’un ensemble de leçons sur la manière dont nous pouvons vivre notre vie plus gracieusement; elle sous-tend des règles qui permettent à la personne d’être qui elle est. Ce genre de règles rehausse notre existence et protège notre conscience du « Je suis ». C’est pourquoi je vous propose maintenant un ensemble de règles fructueuses que vous pourrez enseigner à votre merveilleux enfant intérieur.

    1. C’est bien d’éprouver ce que tu éprouves. Les émotions ne sont ni bien ni mal. Elles existent simplement. Il n’y a personne qui soit en mesure de te dicter ce que tu devrais éprouver. Il est bon et nécessaire de parler des émotions.

    2. C’est bien de vouloir ce que tu veux. Il n’y a rien que tu devrais ou ne devrais pas vouloir. Si tu es en contact avec ton énergie vitale, tu voudras croître et te développer. C’est bien et même nécessaire que tu combles tes besoins. C’est bien de demander ce que tu veux.

    3. C’est bien de voir et d’entendre ce que tu vois et ce que tu entends. Peu importe la nature de ce que tu as vu et entendu, c’est ce que tu as vu et entendu.

    4. C’est bien et nécessaire de jouer et d’avoir beaucoup de plaisir. C’est bien d’aimer le jeu sexuel.

    5. Il est essentiel que tu dises toujours la vérité. Cela atténuera la souffrance inhérente à la vie. Le mensonge déforme la réalité. Toutes les formes de distorsions de la pensée doivent être corrigées.

    6. Il est important que tu connaisses tes limites et qu’à l’occasion tu diffères les gratifications. Cela amoindrira la souffrance inhérente à la vie.

    7. Il est d’une importance décisive que tu développes un sens des responsabilités équilibré. Cela signifie que tu dois assumer les conséquences de tes actes et refuser d’assumer les conséquences des actes d’autrui.

    8.C’est bien de commettre des erreurs. Les erreurs sont nos professeurs, puisqu’elles nous aident à apprendre.

    9. Les émotions, les besoins et les désirs d’autrui doivent être respectés et valorisés. Le fait de bafouer les autres t’amène à éprouver de la culpabilité et t’oblige à en assumer les conséquences.

    10. C’est normal d’avoir des problèmes. Ils doivent être résolus. C’est normal de vivre des conflits. Eux aussi doivent être résolus.

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    Permettez-moi de commenter brièvement chacune de ces nouvelles règles.

Première nouvelle règle

Étant donné que ce sera très angoissant pour votre enfant intérieur blessé d’enfreindre l’ancienne loi familiale du silence ou celle qui condamne l’expression des émotions en les considérant comme des signes de faiblesse, vous devrez prendre soin de bien l’orienter dans ce domaine. Avant tout, cela signifie que vous lui donnerez la permission d’éprouver ce qu’il éprouve et que vous lui montrerez que les émotions ne sont ni bien ni mal. Mais vous devrez avoir une ligne de conduite claire en ce qui a trait à l’expression des émotions. Dans certains contextes, en effet, ce n’est ni sûr ni approprié d’exprimer ses émotions. Il ne serait pas souhaitable, par exemple, que vous encouragiez votre enfant intérieur à déclarer ses sentiments au policier qui vient de vous donner une contravention. Dans un même ordre d’idées, il est peu recommandable de faire connaître à ses parents son sentiment d’avoir été délaissé. Vous devez exprimer ces émotions selon les manières que j’ai décrites dans la deuxième partie.

Votre enfant intérieur doit également apprendre la différence entre exprimer une émotion et agir d’après une émotion. La colère, par exemple, est une émotion parfaitement légitime. Elle nous avertit que nos besoins ou nos droits fondamentaux ont été bafoués ou sont sur le point de l’être. Dans cette optique, il est légitime d’exprimer sa colère, mais beaucoup moins légitime de frapper, de blasphémer, de crier ou de détruire les biens d’autrui.

Vous devez trouver un milieu sûr où personne ne vous couvrira de honte lorsque votre enfant exprimera librement ses émotions. peut impliquer que vous vous joigniez à un groupe de soutien dont les membres travaillent sur des problèmes semblables aux vôtres. En outre, vous devrez montrer à votre enfant intérieur que vos émotions font partie intégrante de votre force intérieure. Elles sont le combustible psychique qui vous pousse à rechercher et à obtenir la satisfaction de vos besoins. Elles vous signalent la présence d’un danger, vous font savoir qu’on est en train de vous faire violence ou que vous avez perdu quelque chose d’important.

Deuxième nouvelle règle

La deuxième nouvelle règle neutralise l’humiliation toxique qu’éprouve votre enfant intérieur blessé face à ses besoins et à ses désirs. Vous rappelez-vous les parents âgés de trois ans et pesant plusieurs dizaines de kilos? En tant qu’adultes enfants, ils n’ont jamais pu assouvir leurs besoins ou leurs désirs; par voie de conséquence, sitôt que vous manifestiez des besoins ou des désirs, ils se mettaient en colère et vous couvraient de honte.

Intoxiqué par la honte, votre enfant intérieur ne croit pas qu’il a le droit de désirer quoi que ce soit. Néanmoins, vous pouvez prendre sa défense en étant très attentif à ses besoins et à ses désirs. Vous ne serez peut-être pas toujours en mesure de lui donner ce qu’il veut, mais vous pourrez l’écouter et lui donner la permission de désirer. Si nous n’avions aucun désir et aucun besoin, notre énergie vitale finirait par s’annihiler.

Troisième nouvelle règle

La troisième règle contrebalance l’illusion et le mensonge qui prévalent dans les familles dysfonctionnelles, et engendrent de surprenantes réponses. La petite Julie arrive de l’école et voit sa mère en train de pleurer. Elle demande: «Qu’est-ce que tu as, maman?» Sa mère répond: «Je n’ai rien. Va jouer dehors! » Un bon matin, le petit Farquhar voit son père étendu à côté de la voiture, dans le garage. Intrigué et confus, il demande à sa mère pourquoi papa est couché là. Elle lui répond que son père a besoin de dormir sur le plancher de béton du garage « parce qu’il a mal au dos» ! Le jeune Daniel entend son père et sa mère qui se disputent. Leurs cris l’ont tiré de son profond sommeil. Il va jusqu’à leur chambre et veut savoir ce qui se passe. Ses parents lui disent : «Ce n’est rien. Retourne te coucher. Tu as dû rêver!»

L’enfant qui reçoit ce genre de messages ne peut plus se fier à ses propres sens. Ainsi privé d’informations sensorielles, il lui sera difficile de vivre dans la réalité. Les enfants possèdent une expertise en matière de sensibilité sensorielle ; nous avons donc particulièrement besoin de notre enfant intérieur dans ce domaine. Mais pour pouvoir profiter de son expertise, nous devons lui donner la permission de voir, d’écouter, de toucher et d’explorer le monde extérieur.

Quatrième nouvelle règle

La quatrième règle concerne le jeu et le plaisir. Jouer, c’est une façon de simplement être. J’ai appris à concevoir mon emploi du temps de manière à me réserver certains moments de jeu durant lesquels je peux aller pêcher ou jouer au golf ou encore ne rien faire. Cela me plaît d’aller quelque part seulement pour y flâner. Flâner et ne rien faire sont deux formes du jeu adulte. Nous comblons notre besoin d’être lorsque nous donnons à notre enfant intérieur la permission de jouer.

Le jeu sexuel représente une autre merveilleuse forme d’amusement pour adultes. Il recouvre son meilleur aspect à partir de l’instant où l’adulte en nous sort ses parents de la chambre, verrouille la porte et laisse son gamin intérieur naturel se débrouiller. L’enfant intérieur adore toucher, goûter, sentir et parler durant le jeu sexuel. Il adore prendre le temps d’explorer, particulièrement s’il a été élevé dans la honte de la sexualité ou si on lui a interdit de regarder ce qui l’attirait. Il est indispensable que vous laissiez votre enfant intérieur s’ébattre et s’amuser sexuellement. Certes, votre adulte doit établir pour lui les limites morales auxquelles vous adhérez, mais à l’intérieur de ces limites, il est bon que votre vie soit riche en jeux sexuels.

Cinquième nouvelle règle

La cinquième règle est probablement la plus importante de toutes. Etant jeune, votre enfant naturel a appris à s’adapter afin de survivre. Or, dans les familles dysfonctionnelles, on ment beaucoup. L’illusion et la dénégation qui y règnent sont des mensonges. Les faux rôles familiaux que les membres y jouent sont des mensonges. Pour dissimuler les aspects désagréables de la vie familiale, on a besoin de mentir. Le mensonge devient un mode de vie, et pour s’en libérer, votre enfant intérieur devra faire de grands efforts.

Votre enfant intérieur blessé a également des façons de penser qui nient la réalité et déforment la vérité. Comme tous les enfants, il a une pensée magique et absolutiste qui doit être affrontée. De plus, votre enfant intérieur blessé ayant profondément honte de lui-même, vous devez corriger sa pensée empreinte de honte. Voici quelques-unes des distorsions de la pensée les plus courantes auxquelles vous devrez prendre garde en parlant avec lui.

ENFANT

    La pensée polarisée. L’enfant intérieur blessé conçoit tout d’un point de vue extrémiste. C’est tout l’un ou tout l’autre; il n’y a rien entre les deux: les choses et les gens sont soit bons soit mauvais. L’enfant intérieur blessé pense que si une personne ne veut pas rester près de lui chaque minute de chaque jour, cela signifie qu’elle ne l’aime pas vraiment. Il s’agit d’un mode de pensée absolutiste; il est dû au fait que, étant bambin, l’enfant a mal intégré la notion de permanence de l’objet. L’absolutisme conduisant au désespoir, vous devez faire comprendre à votre enfant intérieur que la vérité, c’est que tout le monde est à la fois bon et mauvais et que l’absolu n’existe pas.

    Le catastrophisme. Votre enfant intérieur blessé a appris à s’épouvanter et à se catastropher par l’entremise de l’enfant intérieur blessé de vos parents. Votre éducation représentait souvent un fardeau trop lourd à porter pour les adultes enfants qu’étaient vos parents. Ils vous ont tourmenté, inquiété et hypnotisé avec leur interminable déluge de rappels à l’ordre angoissés. Juste au moment où vous aviez besoin de sécurité pour explorer et expérimenter, ils vous terrorisaient à coups de plaintes telles que: « Attention! », «Prends garde !», «Arrête-toi! », «Ne fais pas ça !» et «Dépêche-toi! », Il ne faut pas s’étonner que votre enfant intérieur soit hypervigilant: on lui a appris que le monde est un lieu effroyable et dangereux. Cependant, vous pouvez maintenant le soutenir en lui donnant la permission de s’aventurer et de faire des expériences tout en lui assurant que c’est bien puisque vous êtes là pour veiller sur lui.

    L’universalisation. Votre enfant intérieur blessé a tendance à faire des généralisations par trop absolues à partir d’incidents mineurs. Si votre partenaire amoureux vous annonce qu’il aimerait passer la soirée à lire chez lui, votre enfant intérieur entend sonner le glas de la relation. Si quelqu’un refuse de sortir avec vous, votre enfant intérieur blessé en conclut: «Je n’obtiendrai jamais un autre rendez-vous. Les gens refuseront toujours de sortir avec moi.» Si vous apprenez à faire du ski nautique et que vous n’arrivez pas du premier coup à vous tenir sur les skis, votre enfant intérieur en déduit que vous n’apprendrez jamais à maîtriser les techniques de ce sport.

Vous pouvez par conséquent soutenir votre enfant en confrontant et en corrigeant sa tendance à universaliser. Pour ce faire, vous pouvez notamment exagérer les mots tels que tout, jamais, personne, toujours, rien, etc. Chaque fois que votre enfant dit des choses comme: «Personne ne fait jamais attention à moi», répondez: «Tu veux dire que pas une seule personne dans le monde entier ne t’a jamais, jamais, jamais regardé ni parlé ?» Parallèlement, apprenez-lui à utiliser plutôt des mots comme souvent, peut-être et quelquefois.

Les mots ancrent nos expériences. En outre, nous nous hypnotisons littéralement avec eux. Notre enfant intérieur blessé s’effraie lui-même avec des mots dénaturés. Mais, utilisés correctement, les mots peuvent témoigner de notre honnêteté et nous servir à dire la vérité. Notre gamin intérieur a besoin d’apprendre à être honnête.

    La divination. La divination est une forme de magie. La pensée magique fait partie de la nature des enfants, et lorsque les parents affirment des choses comme: «Je sais à quoi tu penses », ils renforcent leur pensée magique. Par ailleurs, à partir du moment où les perceptions sensorielles de l’enfant sont constamment reniées, celui-ci s’en remet de plus en plus à la magie. Si bien que votre enfant intérieur pourrait dire des choses telles que: «Je sais que mon patron s’apprête à me congédier. Je peux le deviner juste à la façon dont il me regarde.»

La divination découle également des projections auxquelles se livre votre enfant intérieur blessé. Supposons qu’il n’aime pas quelqu’un et que vos parents avaient l’habitude de vous gronder quand vous manifestiez votre aversion envers certaines personnes.

L’antipathie qu’éprouve votre enfant est maintenant dissimulée et reliée à la honte. Cela se vérifie quand il dit: «Je pense que monsieur Untel ne m’aime vraiment pas.» En réalité, c’est votre enfant intérieur qui n’aime vraiment pas monsieur Untel.

Il est essentiel que vous affrontiez l’esprit de divination de votre enfant intérieur. Il y a assez de choses menaçantes en ce monde sans qu’on ait besoin d’en rajouter. Apprenez-lui à vérifier ses croyances. Donnez-lui la permission de poser beaucoup de questions.

Le fait d’être honnête et de dire la vérité crée la confiance, et la confiance engendre l’amour ainsi que l’intimité. Chaque fois que votre enfant intérieur essaie de mentir, d’exagérer ou de déformer la réalité en recourant à l’absolutisme et à la magie, vous devez corriger son attitude. L’amour et une discipline fondée sur le respect diminuent la souffrance occasionnée par le mensonge et les distorsions de la pensée.

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Sixième nouvelle règle

La sixième règle concerne les besoins voraces de l’enfant intérieur. Tous les enfants veulent ce qu’ils veulent au moment précis où ils le veulent. Ils ont une très faible tolérance à la frustration et aux retards. Le fait d’apprendre à différer les gratifications est inhérent au processus de croissance, et cela nous aide à diminuer les souffrances et les, difficultés de la vie. Car à quoi bon s’empiffrer, par exemple, pour éprouver un peu plus tard un malaise et des maux d’estomac; ou encore à quoi bon dépenser tout son argent d’un seul coup et n’avoir plus rien ensuite?

L’enfant sans cesse privé et négligé a beaucoup de mal à différer les gratifications. Votre enfant intérieur blessé croit qu’il existe dans son monde une grave pénurie d’amour, de nourriture, de caresses et de plaisir. Par voie de conséquence, dès qu’il a l’occasion d’obtenir ces choses, il s’emballe.

Pendant des années, j’ai mis dans mon assiette plus de nourriture que je ne pouvais en avaler. Cependant, je mangeais toujours toute mon assiettée. Je me surprenais également à acheter de nombreuses choses dont je n’avais nul besoin, simplement parce que j’avais l’argent nécessaire pour me le payer. J’avais l’habitude d’accumuler ces objets dans ma chambre jusqu’à en être envahi. Je me surprenais aussi à éprouver de la jalousie envers tout autre thérapeute ou animateur qui jouissait d’une certaine popularité. Comme s’il n’y avait pas eu assez de gens ayant besoin de recouvrer la santé; ou comme s’il n’y avait eu qu’une réserve limitée d’amour et d’admiration, et que, si une autre personne en recevait, moi, j’allais en être privé. Tout cela faisait partie des épanchements de mon enfant intérieur blessé. Il croyait qu’on ne me donnerait jamais ma part du gâteau et que, pour mon bien, je devais m’arranger pour en obtenir le plus possible au moment où j’en avais la chance. Ses «indulgences» m’ont causé de nombreuses souffrances au fil des ans.

Je prends maintenant le parti de mon enfant intérieur blessé en m’occupant très bien de lui. Je lui promets des choses merveilleuses et je tiens toujours les promesses que je lui ai faites. Vous devez être rigoureusement fidèle à vos promesses si vous désirez gagner la confiance de votre enfant intérieur. En donnant à mon enfant des tas de bonnes choses, je l’éduque. Il lui arrive parfois encore de prendre le dessus, mais cela se passe tellement mieux qu’avant. Je lui prouve que nous pouvons avoir plus de plaisir en retardant le moment de nous récompenser et ça porte ses fruits.

Récemment, par exemple, j’ai fait une expérience avec lui. Il adore les bonbons, les tartes, les sundaes, etc. Je lui ai permis de manger toutes les sucreries qu’il voulait pendant une semaine. A la fin de cette semaine-là, nous avons évalué comment nous nous sentions. C’était terrible: j’avais pris plus de deux kilos et mon ventre débordait de mon inconfortable pantalon de taille 38. J’ai alors refusé toute sucrerie à mon enfant intérieur pendant six jours au cours desquels nous avons fait l’exercice le plus souvent possible. Le dimanche, je lui ai êrmis de manger des gâteries. Nous avons ensuite réévalué comment nous nous sentions. Beaucoup, beaucoup mieux. En réalité, nous n’avons pas mangé énormément de sucreries ce dimanche-là.

Ce régime risquerait fort peu d’être endossé par une quelconque association de médecins ou de diététistes, mais il m’a permis de prouver au Petit John qu’il y a plus de plaisir à différer les gratifications qu’à sauter dessus comme un goinfre.

Septième nouvelle règle

La septième règle est une des clés du bonheur. Une si grande partie de la souffrance humaine provient du fait que l’enfant intérieur blessé prend sur lui trop de responsabilités ou, au contraire, refuse d’en assumer sa juste part!

Vous devez carrément faire face aux conséquences de votre comportement. En retrouvant votre enfant intérieur blessé, vous avez commencé à travailler votre sens des responsabilités. La plupart des réponses de l’enfant intérieur ne sont pas de vraies réponses; ce sont plutôt des réactions ancrées et souvent excessives. Une vraie réponse prend sa source dans de vraies émotions et relève d’une décision consciente. Pour être à même d’avoir une vraie réponse, on doit être en contact avec ses émotions, ses besoins et ses manques. Or, les adultes qui vivent avec un enfant intérieur blessé sont jusqu’à un certain point coupés de tout cela.

Soutenir votre enfant intérieur, c’est lui apprendre à agir plutôt qu’à reagir. Pour agir, vous devez être en mesure de répondre ; cette capacité se manifeste lorsque c’est vous qui maîtrisez la vie de votre enfant intérieur et non pas lui qui maîtrise la vôtre.

La relation d’intimité est, à ma connaissance, ce qui illustre le mieux combien il est important d’assumer cette responsabilité. Nous pouvons établir des relations intimes parce que nous avons tous un enfant intérieur merveilleux et vulnérable. Deux personnes «en amour » reproduisent la symbiose qui caractérise le premier lien entre la mère et l’enfant. En substance, elles fusionnent l’une avec l’autre. Elles éprouvent un sentiment tout-puissant d’unité et de force. Chacun partage son moi le plus vulnérable et le plus profond avec l’autre.

Cette extrême vulnérabilité conduit les adultes à avoir peur des relations intimes et à détruire en fin de compte toute intimité. Dans une relation amoureuse, la destruction de l’intimité survient quand l’un des partenaires, ou les deux, refuse d’assumer la responsabilité de l’enfant vulnérable qu’il porte en lui.

Examinons ce qui se passe à partir de l’instant où deux adultes enfants tombent amoureux. Leurs enfants intérieurs blessés sont transportés. Chacun voit dans l’autre les qualités et les défauts de ses parents. Chacun croit que, cette fois, les besoins inassouvis de son enfant seront finalement pris en considération. Chacun prête à l’autre une force démesurée et lui accorde une estime excessive. Chaque enfant blessé considère l’autre comme son parent. Peu de temps après le mariage, les deux partenaires commencent à manifester l’un envers l’autre leurs exigences. Celles-ci masquent leurs attentes essentiellement inconscientes qui découlent des désirs ardents et du sentiment de vide qu’éprouve l’enfant intérieur blessé niché en chacun d’eux. La nature a horreur du vide, et un élan vital pousse l’enfant intérieur blessé à finir ce qui n’est pas terminé. Il recherche l’affection parentale qu’il n’a jamais eue, mais qu’il désire toujours aussi vivement obtenir. Emporté par cette quête, l’un des partenaires peut même inciter l’autre à adopter le comportement de l’un de ses parents. À certains moments, il peut dénaturer les actes de son partenaire de manière à accentuer la ressemblance entre celui-ci et son parent réel. A tout prendre, cette perspective n’est pas rose! Cela équivaut à un mariage entre deux enfants de quatre ans qui tenteraient d’assumer des responsabilités d’adultes.

Si vous avez retrouvé votre enfant intérieur, vous avez une chance de connaître l’intimité. En le soutenant, vous vous rendez responsable de sa vulnérabilité. Le fait de vous engager à devenir le parent de votre enfant intérieur vous évite de nouer un lien avec une personne en espérant que celle-ci remplacera vos parents perdus. L’intimité devient possible lorsque chaque partenaire assume la responsabilité de son propre enfant intérieur vulnérable. Par conséquent, elle ne pourrait se créer si vous essayez d’obtenir de votre partenaire ce que vos parents ont été incapables de vous donner.

Huitième nouvelle règle

La huitième règle vous offre le moyen d’apprendre à votre enfant intérieur ce qu’est la honte normale. La honte toxique nous contraint à être plus qu’humains (des modèles de perfection) ou moins qu’humains (des ploucs). La honte normale nous permet de nous tromper, l’erreur étant foncièrement humaine. Elle tient compte de ce que nos erreurs nous servent d’avertissements et de ce que nous pouvons en tirer des leçons valables durant toute notre vie. En accordant à notre enfant intérieur le droit de se tromper, elle lui offre la possibilité de se montrer plus spontané. Car vivre dans l’appréhension des erreurs, c’est marcher continuellement sur des œufs et mener une existence circonspecte, superficielle. Si votre enfant intérieur croit devoir surveiller chacune de ses paroles afin de ne jamais rien dire de mal, il ne dira probablement jamais rien qui vaille. Il pourrait bien aussi ne jamais demander d’aide ni vous dire qu’il souffre ou qu’il vous aime.

Neuvième nouvelle règle

La neuvième règle est la Règle d’Or. Elle demande à votre enfant intérieur d’avoir pour les autres autant d’amour, d’estime et de respect que vous en avez pour vous-même. Elle lui fait également comprendre que s’il enfreint cette règle, il devra en assumer les conséquences.

Notre enfant blessé doit en effet apprendre à répondre de ses actes et faire l’expérience d’une saine culpabilité, cette forme de honte morale nous informant que nous avons bafoué nos propres valeurs et celles des autres et qu’il y a un prix à payer pour cela. La saine culpabilité est à la base de la saine conscience dont notre enfant intérieur a besoin. L’agressivité dont j’ai parlé précédemment vient surtout du fait que notre enfant blessé n’a jamais développé sa propre conscience.

Lorsqu’un enfant maltraité s’identifie à son agresseur, il hérite également du système de valeurs déformé propre à cet agresseur. Lorsqu’un enfant a vu ses comportements répréhensibles renforcés par l’excès d’indulgence ou de complaisance de ses parents, il en a déduit que les règles ordinaires des gens moyens ne s’appliquaient pas à lui: de par Son « statut particulier», il s’est cru autorisé à se placer au-dessus des règles.

Dixième nouvelle règle

La dixième règle laisse savoir à l’enfant intérieur que la vie est fertile en problèmes, lui qui s’indigne si souvent devant les aléas et les difficultés de l’existence en gémissant «Ce n’est pas juste! », «Je ne peux pas croire que ça me soit arrivé à moi! »: voilà une phrase que j’ai souvent entendue en tant que thérapeute. Comme si les problèmes et les difficultés étaient de mauvais tours que nous jouait un esprit sadique caché dans le cosmos! Les problèmes et les difficultés font partie de l’existence de tout un chacun et, ainsi que Scott Peck l’a dit: «Nous ne pouvons résoudre les problèmes de la vie qu’en les résolvant.» De fait, la manière dont nous transigeons avec nos problèmes et nos difficultés détermine la qualité de notre vie. Un thérapeute de Chicago, Terry Gorski, a avancé que «croître, c’est passer d’un ensemble de problèmes à un meilleur ensemble de problèmes », J’aime bien cette observation. Elle est absolument vraie en ce qui concerne ma vie. Chaque nouveau succès apporte de tout nouveaux problèmes.

Nous devons apprendre à notre enfant intérieur qu’il est normal d’avoir des problèmes et qu’il faut les accepter. Nous devons également lui faire comprendre que les conflits sont inévitables dans les relations humaines. En réalité, l’intimité n’est possible qu’à condition que la relation soit en mesure d’absorber les conflits. Nous devons montrer à notre enfant intérieur comment lutter honnêtement, en respectant les règles du jeu, et comment résoudre ses différends.

En apprenant ces nouvelles règles à votre enfant intérieur, vous lui donnerez la permission d’enfreindre ses anciennes lois. Une fois qu’il les aura intériorisées, elles deviendront pour lui une seconde nature, stimulant son narcissisme et favorisant la guérison de sa blessure spirituelle.

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LA PERMISSION D’ÊTRE VOUS-MÊME

Votre enfant intérieur a besoin que vous lui donniez la permission inconditionnelle d’être lui-même et, dans cet ordre d’idées, la discipline éducative que je viens d’exposer lui fera faire de grands pas vers le rétablissement de son moi. Cependant, vous pouvez l’aider encore davantage en lui donnant la permission d’abandonner le(s) rôle(s) rigide(s) qu’il a endossé(s) afin d’équilibrer son système familial et de sentir qu’il était important aux yeux des autres. J’ai déjà suffisamment parlé des rôles et de la façon dont ils se mettent en place dans un système familial dysfonctionnel. Vous avez commencé à permettre à votre enfant intérieur d’abandonner ces rôles figés quand vous avez retrouvé votre moi de bambin puis votre moi d’enfant d’âge préscolaire, et vous allez maintenant pouvoir aller plus loin. Dans cette démarche, les rubriques suivantes pourront vous servir de modèle général pour travailler tous les rôles que joue votre faux moi. Laissez tomber les rôles de votre faux moi

Première étape

Tout d’abord, vous avez besoin de vous faire une image plus claire de vos divers rôles au sein de votre système familial. Comment avez-vous appris à vous sentir important lorsque vous étiez enfant? Que faisiez-vous pour maintenir les liens de la famille et combler ses besoin ? Voici quelques-uns des rôles les plus couramment adoptés: le Héros, la Vedette, le Perfectionniste, le Petit Homme de maman, l’Époux Substitut de maman ou l’Épouse Substitut de papa, la Petite princesse de papa, le Copain de papa, la Complice de collège ou la Soeur de sang de maman, le Soutien ou le Protecteur de maman ou papa, la Mère de maman, le Père de papa, le Pacificateur, le Médiateur, l’Enfant Sacrifié, le Bouc Émissaire ou le Rebelle de la famille, l’Incapable, l’Enfant Problème, l’Enfant Perdu, la Victime. Les rôles sont inépuisables, mais chacun remplit la même fonction: garder le système familial en équilibre, immobile et à l’abri du changement.

Chaque rôle fournit également à la personne qui le joue un moyen de dissimuler sa honte toxique. Le rôle nous structure et nous définit; il prescrit un ensemble de comportements et d’émotions. Ainsi au fur et à mesure que nous jouons nos rôles, notre moi authentique devient de plus en plus inconscient. Comme je l’ai expliqué précédemment, au fil des ans, nous développons une accoutumance à nos rôles.

Soutenir votre enfant intérieur, c’est lui permettre de choisir ce qu’il veut préserver dans ses rôles et ce qu’il désire laisser tomber. Il importe que vous lui montriez clairement que ses rôles n’ont vraiment servi à rien. Pour ma part j’ai demandé ceci à mon enfant intérieur blessé: «En jouant tes rôles de Vedette, de Perfectionniste et de Protecteur, est-ce que tu as réellement sauvé quelqu’un dans ta famille !» La réponse immédiate a été «Non». Je lui ai aussi demandé: «Le fait d’être une Vedette, un Perfectionniste et un Protecteur t’a-t-il procuré une paix intérieure durable?» Encore une fois, sa réponse a été «Non» ; il se sentait encore vide, seul et déprimé la plupart du temps.

Finalement, je lui ai demandé: «Quelles émotions as-tu été obligé de refouler afin de jouer tes rôles de Vedette, de Perfectionniste et de Protecteur?» Il m’a répondu que j’avais dû taire ma peur et ma colère; je devais toujours être fort, gai et positif. Derrière mes rôles surhumains se terrait un petit garçon seul, effrayé et pétri de honte.

Deuxième étape

Vous êtes maintenant prêt à laisser votre enfant intérieur éprouver les émotions que lui interdisaient ses rôles. Dites-lui que c’est bien de se sentir triste, apeuré, seul ou fâché. Vous avez déjà accompli une bonne part de ce travail dans la deuxième partie de ce livre mais, en tant que nouveau défenseur de votre enfant blessé, vous devez lui faire savoir qu’il a la permission d’éprouver les sentiments précis que ses rôles rigides prohibaient. Vous lui donnerez ainsi la permission d’être lui-même.

Il est particulièrement important que vous le protégiez à cette étape-ci, car les sentiments refoulés sont si redoutables à partir du moment où ils commencent à émerger qu’ils pourraient accabler votre enfant intérieur. Vous devrez procéder lentement et lui donner beaucoup d’encouragements affectueux. Chaque fois que nous changeons un vieux schéma acquis dans notre famille d’origine, cela nous semble peu familier (littéralement, c’est «non familial »). Nous ne nous sentons pas «chez nous» dans notre nouveau comportement. Le fait d’éprouver de nouvelles émotions semblera étrange, peut-être même fou, à votre enfant intérieur. Soyez donc patient avec lui, car il ne se risquera pas à faire l’expérience de ces nouveaux sentiments s’il ne sent pas qu’il jouit d’une sécurité absolue.

Troisième étape

Pour explorer votre liberté nouvellement acquise, vous devrez chercher les nouveaux comportements qui vous permettront d’expérimenter votre moi dans un contexte différent. En ce qui me concerne, par exemple, j’ai fait appel à la créativité de mon adulte afin qu’il me dise les trois choses que je pouvais faire pour échapper à mes rôles de Vedette et de Perfectionniste. Demandez vous aussi à l’adulte créatif en vous de choisir trois attitudes précises. Voici ce que le mien m’a proposé:

    1. Je peux me rendre à un séminaire ou bien à un atelier où personne ne me connaît et m’attacher à n’être qu’un membre du groupe, un participant comme les autres.

    2. Je peux faire un travail médiocre pour m’acquitter d’une tâche quelconque. Je l’ai fait alors que j’écrivais un article pour un journal.

    3. Je peux seconder les efforts d’une autre personne qui est le centre d’intérêt d’un groupe ou d’une assemblée. Je l’ai fait en partageant l’estrade avec un collègue à Los Angeles. Les feux de la rampe étaient braqués sur lui.

Toutes ces expériences ont été bénéfiques pour moi. J’ai découvert comment je pouvais me sentir en faisant partie d’un groupe plutôt qu’en étant la Vedette. Je me suis laissé le choix de ne pas viser la perfection. J’ai pris beaucoup de plaisir à jouer un rôle de soutien auprès de quelqu’un d’autre. Quant à mon enfant intérieur, il a aimé accomplir ces choses. Il était si fatigué de toujours devoir être une Vedette ou un Perfectionniste.

À cette étape, je savais que mon rôle de Protecteur était encore plus influent, car il représentait mon moyen le plus significatif de compter aux yeux des autres. La perspective de modifier ce rôle était d’autant plus inquiétante. La première fois que je m’y suis attaqué, je me suis proposé les nouveaux comportements suivants:

    1. Je réduis le temps que je consacre à la consultation de cinquante à quarante heures par semaine.

    2. Je change le numéro de téléphone de mon domicile (que j’avais donné à mes clients) afin d’obtenir un numéro confidentiel. J’installe un répondeur téléphonique pour les consultations urgentes.

    3. Je refuse de consacrer mes temps libres à des réunions sociales au cours desquelles j’ai l’habitude de répondre aux questions des participants relatives à leurs problèmes personnels.

Quand j’ai adopté un de ces comportements pour la première fois, je me suis senti coupable. Il me semblait que j’étais égoïste. Mais petit à petit, mon enfant intérieur en est arrivé à constater que les gens m’estimaient et me respectaient toujours. Lorsque j’ai découvert que j’étais digne d’estime et d’amour sans devoir faire ces choses pour les autres, j’ai franchi une étape importante dans ma croissance personnelle.

Quatrième étape

Enfin, vous devez aider votre enfant intérieur à choisir ce qu’il désire conserver dans ses rôles. Moi, par exemple, j’adore parler à des centaines de personnes quand je donne des conférences ou des séminaires. Mon enfant intérieur aime raconter des blagues et entendre rire les gens. Il aime aussi les moments où les applaudissements fusent à la fin d’une causerie ou d’un atelier. C’est pour cette raison que lui et moi avons décidé de continuer à faire ce travail.

Mon enfant intérieur m’a fait savoir que je le faisais mourir avec mes rôles de Gentil Garçon, de Protecteur et de Vedette. Au cours de mes ateliers ou de mes séminaires, par exemple, j’avais l’habitude de ne jamais prendre de repos. Pendant toutes les pauses, je parlais avec les gens, je répondais à leurs questions, j’essayais de les faire profiter d’une thérapie en trois minutes et je dédicaçais des livres. Je pouvais également rester une heure et demie de plus après avoir terminé une conférence ou un atelier. Résultat, je travaillais parfois douze heures de suite.

Un soir que je rentrais chez moi, dans l’avion qui me ramenait de Los Angeles, mon enfant intérieur a tout simplement éclaté en sanglots. Je ne parvenais pas à croire que cela m’arrivait, mais j’ai compris le message. Mon enfant intérieur voulait bien que nous gardions le rôle de Vedette, mais le Protecteur devait s’effacer. J’ai donc effectué certains choix qui lui plaisent. Depuis quelques années, nous nous envolons toujours en première classe. On vient fréquemment nous chercher en limousine. Durant les ateliers, au moment de la pause, plusieurs personnes sont chargées de s’occuper de nous. Nous utilisons ce moment pour nous reposer et manger un fruit frais ou toute autre nourriture légère.

Maintenant, mon enfant intérieur et moi donnons une attention de qualité aux autres. Néanmoins, nous prenons aussi bien soin de nous-mêmes. Et nous laissons les autres s’occuper de nous. Nous avons choisi d’être une Vedette, mais pas au prix de notre conscience d’être. Nous avons choisi de nous occuper des autres, mais nous ne sommes pas obsédés par cette tâche. Nous ne croyons plus que nous perdrions notre importance si nous ne prenions plus soin des autres. Je me préoccupe de mon enfant intérieur; je l’appuie et je lui dis que je l’aime exactement tel qu’il est. Mon enfant ne croit plus désormais qu’il doit renoncer à son moi authentique afin d’être aimé. Nous savons tous deux que la relation la plus décisive dans notre vie est celle que nous entretenons l’un avec l’autre.

Je lui ai donné la permission d’être qui il est et c’est cela qui a fait toute la différence.

Bradshaw John

par JOHN BRADSHAW

Extraits de son livre RETROUVER L’ENFANT EN SOI
Les Éditions de l’Homme, 2004

LA TROISIÈME VOIE

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Chers amis, Je suis Jeshua. Je suis avec vous. Je me tiens à vos côtés, traversant les obstacles du temps et de l’espace. Ressentez-moi dans votre cœur. Le fait d’être humain m’est si familier, avec ses hauts et ses bas. J’ai exploré toute la sphère des sentiments humains, et dans ce monde d’extrêmes, j’ai finalement trouvé une voie de sortie, un passage vers une manière différente de considérer les choses, grâce auquel l’expérience entière d’être un humain se présente sous une lumière différente, une voie qui crée de la tranquillité et de la paix dans le cœur.

C’est de cette voie de sortie, de ce passage que j’aimerais vous parler aujourd’hui. Beaucoup d’entre vous se trouvent dans un dilemme, un combat interne. Il y a présente en votre esprit l’idée que vous devriez être meilleurs et autrement que ce que vous êtes maintenant. Que vous devriez être plus évolués, plus saints, plus capables de suivre certaines règles, un idéal plus élevé de vous-mêmes, mais c’est un faux idéal. Toute cette idée de travail sur soi repose sur l’idée que vous n’êtes pas bien tels que vous êtes, qu’il existe quelque chose d’autre, que vous avez le pouvoir de vous changer, que vous maîtrisez le fait d’être humain. C’est une vieille idée, dont vous avez pleinement fait l’expérience à une époque très reculée.

Cette idée existait en partie en Atlantide, où vous avez développé le troisième œil, que vous viviez comme le centre d’observation dans votre tête. À partir de ce troisième œil, vous pouviez percevoir, et à partir de là aussi, vous vouliez intervenir pour modeler la vie selon vos désirs. Il y avait en vous une certaine tendance à la domination, même si cette tendance était aussi inspirée par votre conception de la vérité. Vous pensiez agir sur la base de principes supérieurs, et donc que ce que vous faisiez était  »bien », et il en va toujours ainsi. Le pouvoir est toujours voilé par des idées que l’on pense être bonnes. Toute une idéologie est alors bâtie autour d’une telle idée, faisant d’elle une vision globale qui paraît s’efforcer d’agir pour le bien. Alors qu’en essence, vous essayez de contrôler la vie en vous et chez les autres.

Le pouvoir corrompt. Il vous rend étrangers au flot naturel de la vie présent en tout être humain. Le pouvoir vous donne un concept de malléabilité qui repose en fait sur une illusion. La vie, comme vous le savez, n’est pas pliable de cette façon et elle n’est pas déterminée par la raison, ni par la volonté, ni régie à partir du troisième œil. La vie n’entre pas dans une vision globale ni un système et ne peut s’organiser selon des processus mentaux.

Pendant longtemps, vous êtes entrés en lutte contre votre humanité, contre la condition humaine. De nombreux chemins spirituels reposent sur l’idée que vous devez travailler sur vous, que vous devez vous élever, et que vous devez vous imposer un plan d’action qui vous mènera vers une situation idéale. Cependant, cette idée crée beaucoup de conflit interne. Si vous démarrez avec l’idée de l’exigence d’un idéal, vous vous imposez des critères que vous savez très bien ne pas pouvoir atteindre, et vous échouez donc dès le début.

À présent, ressentez l’énergie de ce mode de pensée : ce que vous vous infligez, quelle énergie provient de ce besoin d’imposer, de cette quête de s’améliorer, et du désir d’organiser la vie, vos émotions et vos pensées. Ressentez l’énergie de cette volonté de contrôler les choses. Est-ce une énergie d’amour ? Souvent, cette énergie se fait passer pour de l’amour, pour ce qui est bon et vrai, mais le pouvoir se dissimule toujours ainsi pour que les gens l’acceptent plus facilement. Le pouvoir ne montre pas son visage ouvertement. Le pouvoir séduit par la pensée. C’est pourquoi il est préférable de ne pas penser mais de ressentir ce que ce désir de contrôler la vie vous fait. Regardez-vous dans votre vie quotidienne, dans le présent, dans votre vie actuelle. À quelle fréquence vous battez-vous encore contre vous, et condamnez-vous ce qui monte en vous, ce qui naturellement jaillit et veut s’exprimer ? Dans cet état de jugement se tient une énergie critique, une froideur :  »cela ne devrait pas exister, c’est mauvais, cela doit disparaître ». Ressentez cette énergie. Est-ce qu’elle vous aide ?

Je veux maintenant vous amener à une autre manière de vous percevoir. Dans un espace où le changement a la possibilité de se produire, sans pour autant vous battre, sans vous malmener d’une main de fer. Pour plus de clarté, laissez-moi vous donner un exemple : imaginez que quelque chose arrive dans votre vie qui suscite en vous de la colère, de l’irritation ou quelque soit l’appellation. Vous pouvez réagir à cette colère de différentes façons. Si vous n’avez pas l’habitude de réfléchir sur vos émotions, et que vos réactions sont très primaires, alors il n’y a rien d’autre que de la colère. Vous êtes en colère, point final. Vous êtes engloutis dedans, et vous vous identifiez à elle. Il arrive parfois que vous rejetiez la cause de votre colère en-dehors de vous. Vous projetez le blâme sur quelqu’un d’autre. Quelqu’un a fait quelque chose de mal et c’est de sa faute si vous vous sentez en colère. Telle est la réaction la plus primaire. Vous êtes identifiés à votre colère, vous êtes en colère.

Une autre possibilité est ce que j’appelle la seconde manière de réagir. Vous êtes en colère et immédiatement, il y a une voix dans votre tête qui dit :  »ceci ne devrait pas arriver, c’est mauvais, ce n’est pas bon que je me mette en colère, je dois refouler cela ». Il se pourrait que le refoulement de votre colère vous ait été inculqué au cours de votre éducation religieuse ou provienne d’une opinion sociale. Par exemple : c’est mieux, plus gentil, plus honnête moralement de ne pas montrer sa colère aux autres. Le fait qu’il n’est pas convenable d’exprimer ouvertement la colère s’applique certainement aux femmes, on pense que ce n’est pas féminin.

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Toutes sortes d’idées transmises vous incitent à juger la colère en vous. Que se passe-t-il alors ? Il y a de la colère en vous et immédiatement, surgit une opinion sur elle :  »ce n’est pas permis, c’est mauvais. » votre colère devient alors votre part d’ombre car littéralement, elle n’a pas la permission de venir à la lumière. Elle ne doit pas être vue. Qu’arrive-t-il à la colère si elle est refoulée de cette façon ? Elle ne disparaît pas, elle va dans votre dos et vous affecte de différentes manières. Elle peut vous rendre effrayés et anxieux. Il vous est impossible d’utiliser l’énergie qui se trouve dans la colère parce que vous ne vous permettez pas de l’utiliser. Il vous est permis de montrer votre côté gentil et secourable mais pas ce côté passionné, coléreux, votre aspect rebelle. Par conséquent, la colère se verrouille et vous pensez être différents des autres à cause de ces sentiments, il se peut donc que vous commenciez à vous tenir à distance des autres. Dans tous les cas, cela crée un conflit amer en vous et apparemment entre deux sois, un soi de lumière et un soi d’ombre. Pendant ce temps, vous êtes prisonniers de ce jeu pénible et cela vous fait mal, parce que vous ne pouvez pas vous exprimer. C’est ce jugement qui vous limite.

Devenez-vous réellement une meilleure personne à cause de cette réaction ? Est-ce que le refoulement de vos propres émotions va vous conduire à l’idéal d’un être humain aimant et paisible ? Lorsque je vous décris tout cela, vous voyez très clairement que ce type de réaction ne fonctionne pas. Cela ne mène pas à une paix réelle, à un réel équilibre intérieur. Et cependant c’est ce que vous vous infligez. Très souvent, vous mettez vos émotions sous silence, parce qu’elles ne sont pas bonnes selon vos codes moraux et vous ne remettez pas en question ces codes moraux, d’où ils viennent et qui vous les a transmis. Je vous recommande donc de faire ceci : ne pas y penser mais le ressentir. Ressentez cette énergie présente dans les jugements dont vous vous incendiez, avec vos images de ce qui est idéal et ce que  »vous devriez faire », qui parfois provient de motivations apparemment très élevées. Laissez-la exister. Vous ne devenez pas libres en tenant les rênes de vos émotions et en les refoulant systématiquement.

Il existe une troisième voie pour faire l’expérience de vos émotions humaines. La première consistait à vous identifier totalement à elles, comme à la colère dans le précédent exemple. La seconde était de les laisser s’accumuler, de les refouler et de les condamner. La troisième voie consiste à leur permettre d’exister et à les transcender. C’est ce que fait la conscience. La conscience dont je parle ne juge pas, c’est un état d’être. Il s’agit d’un mode d’observation créatrice. Bien, de nombreuses traditions spirituelles disent : soyez conscients de vous-mêmes et cela suffit. Mais alors vous vous demandez : comment cela se peut-il ? Comment la simple conscience de moi-même peut-elle changer le cours de mes émotions ? Il vous faut réaliser que la conscience est très puissante. C’est beaucoup plus que l’enregistrement passif d’une émotion. La conscience est une force créatrice intense.

Maintenant, imaginez une nouvelle fois que quelque chose du monde extérieur suscite en vous une émotion puissante, de la colère par exemple. Lorsque vous vous en occupez consciemment, vous l’observez pleinement en vous. Vous n’en faites rien, tandis qu’en même temps, vous continuez à regarder et à observer. Vous ne vous identifiez plus avec la colère, vous ne vous y perdez plus, vous permettez juste à la colère d’être ce qu’elle est. C’est un état de détachement, mais un détachement qui revêt une grande force, car tout ce que vous avez appris vous séduit et vous précipite dans vos humeurs, à l’intérieur de l’émotion de peur ou de colère. Et pour rendre les choses plus compliquées, vous êtes aussi attirés dans le jugement à propos de cette colère ou de cette peur. Vous êtes donc attirés de deux façons et précipités hors de la conscience, l’issue de sortie dont je vous ai parlé au début, l’issue de sortie qui est le chemin vers la paix intérieure. Vos modes de gestion habituels des émotions vous tirent hors de ce point central, hors de cette conscience, et cependant, c’est la seule issue.

C’est seulement en observant silencieusement la pleine étendue de l’émotion que vous ne devenez pas inconscients et que vous restez entièrement présents. Vous ne vous laissez pas engloutir, ni par l’émotion, ni par le jugement à propos de l’émotion. Vous la regardez en pleine conscience, avec un sentiment de douceur :  »c’est ainsi que cela est en moi ».

 »Je vois la colère se lever en moi, je la sens circuler dans mon corps ».  »Mon estomac ou mon cœur réagissent, mes pensées se précipitent pour justifier et trouver des raisons à mon émotion ».  »Mes pensées me disent que j’ai raison et que l’autre a tort ». Tout ce que vous voyez se produit lorsque vous vous observez, mais vous ne suivez pas ces impressions. Vous ne vous noyez pas dedans. Vous n’allez pas en-dessous. C’est cela, la conscience, la clarté d’esprit. Et de cette façon, vous amenez au repos les démons dans votre vie : la peur, la colère, la méfiance. Vous leur donnez de la force lorsque vous vous identifiez à eux, ou si vous les combattez par votre jugement, de toute façon, vous les nourrissez. La seule façon de les transcender, c’est de vous élever au-dessus d’eux, par votre conscience, de ne pas les combattre, mais simplement de les laisser exister.

Que se passe-t-il alors pour vous ? La conscience n’est pas quelque chose de statique. Les choses ne restent pas en l’état. Vous allez remarquer que si vous ne nourrissez pas l’énergie de l’émotion ni le jugement à son propos, celle-ci va graduellement se dissiper. En d’autres termes, votre équilibre va se renforcer, vous allez ressentir davantage de paix et de joie. S’il n’y a plus de combat dans votre cœur et dans votre âme, des bulles de joie vont jaillir. Vous posez sur la vie un regard plus tendre. Vous voyez et observez le mouvement des émotions dans votre corps. Vous observez aussi les pensées qui commencent à courir dans votre tête, avec un regard doux et tendre. Sachez que la capacité à observer sans se faire avaler est quelque chose de très puissant. C’est de cela dont il est question : c’est l’issue de sortie!

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À présent je veux vous demander de faire l’expérience en cet instant de la puissance de votre conscience, de l’être à l’état pur, et de la libération qui s’ensuit et vous permet de ressentir qu’il n’y a rien que vous ayez besoin de changer en vous. Ressentez la tranquillité et la clarté de cette conscience : c’est ce que vous êtes réellement. Mettez de côté tous les faux jugements. Laissez les émotions circuler, sans les refouler, elles font partie de vous et certaines ont un message à vous apporter. Posez-vous la question si vous avez une émotion dont vous avez peur, une qui vous agace, une que vous combattez ? Peut-être une qui est devenue tabou ? Permettez-lui de se présenter à vous, de se montrer sous la forme d’un enfant ou d’un animal. Il se pourrait que cet enfant s’exprime complètement, voire se comporte mal. Quoiqu’il arrive, vous devez lui permettre de faire tout ce qu’il veut et de vous dire ce qu’il ressent. Vous êtes la conscience qui regarde et dit :  »oui, je veux te voir, je veux entendre ton histoire, exprime-la ».  »Raconte-moi ton histoire, car c’est ta vérité, il se pourrait que ce ne soit pas la Vérité, mais je veux entendre ton histoire ». Vivez vos émotions de cette façon et ne les condamnez pas. Laissez-les venir à vous et vous parler. Traitez-les avec la tendresse d’une personne âgée et sage, et observez ce qu’apporte cet enfant ou cet animal. Souvent il y a cachée dans une émotion négative une pure énergie de vie qui veut émerger, une force vitale qui a été choquée à mort par tous les préjugés de l’auto-jugement. Laissez cet enfant ou cet animal gambader vers vous. Il va peut-être changer d’apparence maintenant, accueillez-le avec amour.

La conscience transforme. C’est l’outil essentiel pour changer, et pourtant, elle ne veut rien changer. La conscience dit :  » Oui – oui à ce qui est! » Elle est réceptive et accepte tout ce qui est, et c’est cela qui change tout, car elle vous libère. Vous êtes libres maintenant, vous n’êtes plus à la merci de vos émotions ni de vos jugements sur elles. En les laissant exister, elles perdent le contrôle sur vous. Bien sûr, il se peut qu’occasionnellement vous soyez encore vaincus par vos émotions et vos préjugés – c’est cela, être humain. Essayez de ne pas rester coincés là-dedans et de ne pas vous punir pour cela :  »bon sang, je n’ai pas atteint la pure conscience ! Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas… » Ce faisant, vous commencez à faire rouler à nouveau la balle du jugement. Il vous est toujours possible de revenir à l’issue de sortie, à la paix, en ne luttant pas contre vous-mêmes. Observer ce qui est là, et ne pas faire d’erreur : ne pas se laisser emporter (soit par les émotions, soit par notre jugement sur elles) est une grande force. Telle est la puissance d’une vraie spiritualité. La vraie spiritualité n’est pas d’ordre moral, c’est une manière d’être.

 

par
JESHUA et PAMELA KRIBBE

SOURCE: Site web Jeshua Challelings, « La troisième voie », juillet 2012
http://www.jeshua.net/fr/
Traduction française par Christelle Schoette

La sagesse n’est jamais loin

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« Comment vivre ? C’est la question principale, qui contient toutes les autres. Comment vivre d’une façon plus heureuse, plus sensée, plus libre ? Dans le monde tel qu’il est, puisqu’on n’a pas le choix. A l’époque qui est la nôtre, puisque tous les choix en dépendent. Le maximum de bonheur, dans le maximum de lucidité : c’est ce que les Anciens appelaient « sagesse », qui donnait sens à leur philosophie, et à leur vie. Mais leur sagesse n’est pas la nôtre. Ou la nôtre, plutôt, ne saurait reproduire, purement et simplement, la leur. Le monde n’est pas le même. La société n’est pas la même. Les sciences, la morale, la politique… ne sont pas les mêmes. Comment aurions-nous la même vie, la même façon de nous sauver ou de nous perdre ?
Si nous avons voulu renouer avec l’idéal ancien de sagesse, c’est moins par nostalgie que par impatience. La vie est trop brève, trop précieuse, trop difficile, pour qu’on se résigne à la vivre n’importe comment. Et trop intéressante pour qu’on ne prenne pas le temps d’y réfléchir, et d’en débattre.

Comment vivre ? Si la philosophie ne répond pas à cette question, à quoi bon la philosophie ? La question philosophique la plus importante, à nos yeux, c’est celle, comme disaient les Grecs, de la « vie bonne » : du bonheur, mais lucide, et de la sagesse, mais en acte. Comment la morale ou les sciences pourraient-elles y suffire ? Car ni l’une ni les autres ne nous disent si la vie mérite d’être vécue, ni ce qui lui donne son prix ou son sens. Qui se contenterait de connaître ? Qui se contenterait de faire son devoir ? Qui y verrait un bonheur suffisant ? Une sagesse suffisante ? Une spiritualité suffisante ? Cela vaut spécialement pour la morale. La morale pour nous n’est pas tout, et elle n’est pas l’essentiel. Elle ne sait que commander – et qui se contenterait d’obéir ? Elle ne sait dire ordinairement que non – et qui n’a besoin de dire oui ? Elle est faite surtout de devoirs – et qui ne préfère l’amour et la liberté ?

« Je n’ai fait que mon devoir », dit-on parfois. C’est reconnaître qu’il ne s’agit que d’un minimum obligé. La vie, aussi bien individuelle que commune, a d’autres charmes, fort heureusement, et d’autres exigences. Il nous a paru important de réfléchir à la sagesse : parce que nous en manquons, comme tout le monde, parce que nous avons besoin de la penser pour essayer, malgré tout, de nous en approcher. Quant à la modernité, nous n’avons aucune prétention à en détenir l’impossible et ridicule exclusivité. Au demeurant, nous prenons le mot en un sens large, qui n’a rien à voir avec l’actualité ou la mode. La modernité, pour nous, c’est tout ce qui relève de l’émergence du monde démocratique et de sa séparation d’avec le religieux ; c’est donc tout ce qui participe de la fin du « théologico-politique ».

Reste à la penser, à l’assumer, et à en faire surgir, peut-être, un peu plus de lumière, de bonheur, d’esprit – un peu plus de sagesse. C’est à quoi nous avons voulu, ensemble, essayer de contribuer. Notre problème ? Il tient en une question : quelle sagesse après la religion et au-delà de la morale ? Nous ne sommes sûrs ni l’un ni l’autre de nos réponses. Mais nous sommes certains, l’un et l’autre, de la pertinence de la question ».

Luc Ferry et André Comte-Sponville

Le cheminement du croyant

 

Le croyant vit dans la certitude que l’idée qu’il a de Dieu est vraie car c’est que l’on lui a dit, il croit ce qu’on lui dit au nom du fait que cela est écrit dans un livre dicté par des autorités rassurantes. C’est tout à fait le cas de l’enfant qui croit que son papa ou sa maman est la meilleure du monde par exemple. Cette perception est partielle et aveugle, car elle ferme à toutes potentialités d’évolution. Sa croyance lui apporte un certain confort intérieur lui évitant les efforts de la remise en question et donc de sa croissance. Car toutes croissances impliquent une crise, une remise en cause des certitudes acquises pour tendre vers un autre stade. Les adultes disent parfois aux enfants « tu comprendras quand tu seras plus grand. » par analogie on retrouve le même discours chez les autorités religieuses devant certaines questions par « les voies du seigneur sont impénétrables » Dans les deux cas ceci est dit pour ne pas confronté prématurément l’enfant physique ou l’enfant spirituel à une vérité qu’il n’est pas prêt à vivre.

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Mais si l’on maintient le croyant dans cette perception il développera une personnalité naïve et servile, manquant de discernement et de subtilité. Acquiescent à chaque dogme énoncé par peur de la crise que générerait une remise en question. Alors que c’est justement cette crise qui est recherchée dans les voies adultes de l’initiation afin de libérer l’esprit de l’illusion provisoire des croyances qui lui furent inculquées. Le croyant vit sans se poser vraiment de questions, mais le doute subsiste en lui et tous les jours il lui faut renforcer sa croyance par des rituels ou des prières.

Lorsqu’il rencontre un non-croyant le croyant est dérouté, car l’existence de ce non-croyant lui impose la remise en question et la peur s’élève. Cette peur le pousse à inventer des boucliers psychiques, des phrases protectrices qui disent :« cet incroyant est dans l’erreur, il sera puni pour son impiété. » Inversement quand le non-croyant rencontre un croyant il est gêné et cela le met mal à l’aise. Car d’un côté cela lui renvois à ce qu’il a rejeté et ses peurs du passé vis-à-vis de son éducation. Et de l’autre s’élève en lui l’impression de manquer de passer à côté de quelque chose et ce vide déclenche une angoisse. Cette angoisse peu lui amené aussi à créer des boucliers psychiques tels que « c’est un naïf, ce qu’il croit n’existe pas, car ce n’est pas démontrable rationnellement, etc. » Nous voyons que les deux extrêmes le croyant et le non-croyant se rapproche finalement dans leur peur de l’inconnu. Cela nous démontre qu’en eux subsiste une conscience qui souhaite tendre vers autre chose mais qui ne trouve pas de nourriture appropriée.

S’il est énoncé que la croyance est le stade de l’enfance ce n’est pas pour déprécier le vécu du croyant, bien au contraire. Mais pour lui offrir une possibilité d’évolution intérieure. Comme pour l’enfant physique, le croyant a la possibilité de grandir en conscience, il convient de lui apporter progressivement une nourriture supérieure à son stade initial. Un croyant peut se sentir menacé par l’existence de niveaux supérieurs, mais uniquement s’il reste figé dans sa croyance et se ferme à toute évolution. Un peu comme un enfant qui a peur d’apprendre autre chose que ce qu’il connaît. Pour grandir il faut aller vers l’inconnu, le nouveau et avoir bien intégré le connu pour le transcender.

Le problème est la stagnation dans un état d’être, alors que la vie implique le mouvement constant. Ce qui se fige dans la nature se meurt peu à peu, la feuille d’un arbre est souple quand elle est vivante, mais raide et cassante quand elle est séparé de sa source de vie. D’où la responsabilité des autorités religieuses à percevoir les besoins d’évolution de chacun. Mais si ces autorités religieuses elles-mêmes ne sont plus initiées, comme pouvaient l’être dans le christianisme les pères du désert et les premiers prêtres orthodoxes. Où pire encore si sachant la vérité des niveaux d’élévations elles les voilent au peuple pour les maintenir sous sa coupe, l’évangile pourtant parlait déjà des gardiens du temple en ces mots :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. »
Matthieu : 23 – 13

Extrait de l’article de Michael Abitbol http://www.unisson06.org/dossiers/spiritualite/croire_savoir_connaitre/croire_savoir_connaitre2.htm

Si l’on essayait la sagesse

Sagesse-Divine

1) Respect de son corps

Maltraiter son corps, c’est saboter le récepteur de nos sensations. Etre encombré par lui, c’est se rendre indisponible pour des communions essentielles : avec la nature, avec les autres. Même si l’on n’a pas envie d’aller jusqu’à l’ascèse, un entretien minimum de notre enveloppe charnelle, et le refus de tout ce qui l’abîme prématurément, constituent le premier pas indispensable vers un mieux-vivre.

2) Intériorité

Pour retrouver une disponibilité à soi-même, et aux autres, il faut pouvoir se protéger contre les dispersions bruyantes du monde contemporain. Savoir fermer les yeux pour regarder à l’intérieur de soi est l’étape concrète vers une nouvelle prise de conscience de notre vécu. Ce n’est pas un hasard si toutes les sagesses proposent des exercices (dont les plus connus sont la méditation et le yoga) destinés à nous remettre à l’écoute de nous-mêmes.

3) Disponibilité au réel

L’ennemi intime du sage, c’est l’illusion. Et même, selon certains, l’espoir. Car les deux nous font décoller du réel. Or, le réel, c’est le tout de ce que nous offre l’existence. Savoir l’admettre, le reconnaître tel qu’il est, quelle que soit notre envie de l’embellir, voire de le nier, est un précepte quasi sacré des sagesses.

Ce qui implique de cultiver sa disponibilité à tous les messages du réel, pour éviter que nos blocages psychologiques fassent écran entre nous et cette perception essentielle. On pourrait dire qu’il suffit de se rendre vulnérable à l’évidence.

4) Distanciation/détachement

Le monde (le réel) est trop puissant, trop multiple, trop complexe pour nos faibles capacités à l’appréhender, à le traiter. Si l’on se laisse emporter, il peut nous engloutir, ou nous laminer. Un pas de côté, salvateur, la distanciation, doit devenir un réflexe à cultiver. Un moyen précieux, en particulier, pour ne pas être l’esclave de ce qui nous offre, à la fois, nos plaisirs et nos souffrances : nos émotions. Et il nous permet de moins dépendre des turbulences de notre ego.

En complément, le détachement libère le sage des contingences, en particulier matérielles, qui aliènent la plupart de ses contemporains.

5) Ni préjugés ni jugements

C’est dans nos rapports aux autres, dont nous ne pouvons/voulons pas nous passer, que nos a priori sont les plus encombrants. L’éducation, quelle qu’elle soit, ne peut s’empêcher de nous barder de préjugés, d’idées préconçues, voire de sectarismes. S’en défaire pour accéder à nos semblables sans les juger implique un travail quasi permanent sur nous-mêmes. Notre réflexe instinctif est de nous faire instantanément une opinion sur ceux que nous croisons ou pratiquons. Au jugement, essayons de substituer l’effort de compréhension.

6) Vivre au présent

Le respect du réel, le refus de l’illusion, portent naturellement à reconnaître que le passé n’est plus, et que le futur n’est pas encore. D’où l’ancrage, fondamental, dans le moment, l’ici et maintenant. Il ne s’agit ni de nier l’expérience ni de promouvoir l’insouciance, mais d’exercer notre conscience de l’instant dans le but de le vivre pleinement. Pour mieux vivre, il faut d’abord vivre, c’est-à-dire agir. Et l’action se passe toujours au présent.

7) Apprivoiser la mort

Le réel ultime, indépassable, c’est la mort, qui nous est commune. Vouloir l’oublier, en avoir peur, faussent tout notre équilibre existentiel. Il n’est pas besoin de croire à une vie ultérieure, ou éternelle, pour s’accommoder de notre mortalité. Il faut dialoguer avec elle jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle seule peut donner ses vraies couleurs à la vie. C’est alors que le présent trouve sa dimension d’éternité.

Il n’y a pas de sagesse en kit. Les pistes ci-dessus ne sont pas, ne peuvent pas être des recettes de vie. Elles permettent cependant de mieux se repérer au milieu d’une littérature foisonnante sur la sagesse, qu’elle soit orientale, amérindienne ou issue de nos cultures proches. Les vrais sages sont bien peu nombreux, mais l’amour de la sagesse (philo-sophia) n’est-il pas le commencement de la sagesse ? Et ça, tout le monde peut y prétendre.

A lire

La sagesse des modernes (avril 1998, Robert Laffont)

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