Combattante de la liberté intérieure

 

Pour y parvenir, vous vous êtes soumise à une véritable ascèse, non ?

Oui, Swâmiji [Swâmi Prajnânpad] invoquait en ce sens trois dimensions à atteindre : détente du corps, de l’esprit, du cœur. La détente du corps, c’est déjà très important, et aujourd’hui, on en parle partout. La détente de l’esprit, ça commence par le fait de se libérer le plus possible des critiques et des jugements, de l’attraction et de la répulsion. Tout ce qui génère la dualité. Pour cela, il est nécessaire de se livrer à une introspection. La détente du cœur, c’est la plus difficile à atteindre. Parce que, parfois, nos frustrations, nos manques viennent d’un traumatisme d’enfance. Il faut alors tenter de plonger dans son inconscient. Pour ce faire, Swâmiji préconisait une technique de catharsis des émotions refoulées, le lying, qu’il m’a enseignée.

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Il vous a aussi donné des clés pour vivre, notamment en couple…

Alors que, jusqu’à l’âge de 30 ans, j’avais refusé le mariage, quand je me suis engagée avec Arnaud, cela a été un engagement intérieur sans compromis. Quand sont arrivées les crises graves, sa liaison de quelques années avec une même jeune femme, par exemple, je suis allée voir Swâmi Prajnânpad avec le désir d’être apaisée. Il me disait notamment : « Il est différent. Elle est différente. Partez dans l’existence avec ce viatique. » Ça a l’air bête, la différence est une loi évidente : il y a le jour, la nuit, etc. Mais si l’on considère vraiment que les êtres sont différents, on ne croit plus qu’ils doivent agir selon ce que nous souhaitons. Et Swâmiji concluait : « Ou vous vous séparez, ou vous acceptez. » Et je suis restée mariée presque trente ans. Avec le recul, je vois que ces coups durs ont été des « accélérateurs d’évolution », car ils m’obligeaient à une introspection plus approfondie.

Est-ce que, à force de pratiquer l’acceptation, vous diriez que ça devient plus facile ?

Je me souviens que, quand ça n’allait pas, il m’est arrivé, de rage, de jeter le téléphone par terre ! Swâmiji me répétait : « Mais, acceptez ! Acceptez ! » Cela a fini par me révolter. Un jour, j’ai même perdu le respect que je lui devais, en disant : « Mais s’il faut tout accepter, je n’ai qu’à m’accepter comme je suis. Et tout ira bien ! » Il a compris que je ne pouvais plus supporter ce mot-là, et ne l’a plus jamais employé. Par la suite, il disait : « Voyez et reconnaissez. » Et ajoutait : « Changez ce qui peut l’être. Le reste, dites-vous que ça fait partie de votre destinée personnelle, ou d’un karma collectif. » C’est ce que l’on appelle lâcher prise. Et peu à peu, cela se fait.

Vous citez souvent Jean de la Croix, qui parlait de la « forte lessive » intérieure que nous devons effectuer pour trouver la paix. Est-ce que ça ressemble à ce que vous avez vécu ?

Oui. Il nous faut d’abord repérer nos empêchements majeurs. Pour moi, l’un des plus profonds était la peur que je traînais depuis mes premières relations avec ma mère. J’ai été amenée à y faire face, puis à laisser partir cette peur. Il faut ensuite se dépouiller de tout ce qui a été ajouté à notre véritable nature : les on-dit, les a priori, les convictions qui ne nous correspondent plus. Pour moi, cette possibilité de transformation est le but de l’existence. En chacun, il y a un germe d’éveil, comme un bouton de rose destiné à devenir une très belle fleur, avec son odeur et sa forme uniques. Chez certains êtres éveillés, cette « véritable nature » est très développée, alors que chez beaucoup d’entre nous, elle reste à l’état latent car nous l’oublions. Comme un germe de plante a besoin d’air et d’eau, ce germe d’éveil a besoin qu’on lui donne une attention, que l’on se tourne vers lui. Parfois, on peut soudain le sentir. En face d’un très beau paysage, par exemple. Nous ressentons une sorte d’adhésion à cette nature, qui fait que nous ne sommes plus prisonniers de notre personnalité ni de nos désirs. Mais si, après avoir eu un moment de contemplation, on dit : « Ah, que c’est beau ! », c’est fichu. Notre mental a repris le dessus. Nous sommes de nouveau en proie au « J’aime, je n’aime pas ». Ce qui est notre façon habituelle de penser et de vivre.

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Diriez-vous que tous ces efforts vous ont menée à une forme de sérénité ? 

Dire non serait faire injure à tout ce que j’ai reçu des maîtres que j’ai rencontrés. Et faire fi de tous les efforts que j’ai menés. Disons que je suis beaucoup moins révoltée ! Ça revient de temps en temps, mais ça passe vite. Moi qui éprouvais beaucoup de peur dans le contact avec certains individus, maintenant que j’ai fait la connexion avec mon traumatisme d’enfance, lorsque je sens l’émotion monter, je me dis : « Je ne suis plus un bébé, je peux raisonner. » Cela me permet de retrouver mon calme et la conscience de mon intériorité, en sachant que ma vérité est là. Tel est l’enseignement que je continue à transmettre. Et aujourd’hui, à la suite de Swâmiji, je peux dire : « J’ai fait ce que j’avais à faire, reçu ce que j’avais à recevoir, donné ce que j’avais à donner. »

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A DÉCOUVRIR

A lire

livre

La Rage de l’absolu de Denise Desjardins
À travers dix portraits de « révoltés », l’auteure nous raconte les écueils et les déclics rencontrés par ceux qui se lancent dans la transformation intérieure. Un livre en forme d’encouragement à trouver sa « véritable nature » (La Table ronde).

Un portrait d’elle sort en DVD, De la révolte au lâcher-prise de Guillaume Darcq

(disponible sur www.alizediffusion.com ).

 


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