S’interroger sur sa vie, c’est déjà de la spiritualité

 

La foi est un souffle qui aide à vivre, mais si nous ne sommes pas croyants, se poser des questions sur nous-mêmes est un premier pas vers la paix. Théologienne protestante, Lytta Basset croit en Dieu et en la psychanalyse. Tous deux l’ont aidée à affronter un océan de souffrances, et à en sortir, apaisée.

La souffrance est la racine commune à vos thèmes de recherche : le pardon, la fragilité, la culpabilité et, récemment, la compassion…

Livre basset

L.B. : La compassion est un mot magnifique : on est « pris par la souffrance » d’autrui, « pris aux entrailles » par la « passion » de l’autre. Mais cela va au-delà de l’idée de souffrance partagée : c’est « sentir avec », « être affecté avec ». Or, on peut être affecté avec l’autre dans la peur, dans la tristesse, mais aussi dans la joie. D’ailleurs, mes premières réflexions sur la compassion, je les ai faites en écrivant La Joie imprenable. On pourrait presque dire que la compassion mène à la joie – la joie d’un lien intense avec autrui.

« Être pris aux entrailles » : cela signifie que l’on ne le choisit pas, et que la compassion ne s’apprend pas ?
L.B. : Non, en effet, mais on peut apprendre l’empathie, qui prépare le terrain à la compassion : décider de mettre entre parenthèses ce qui nous énerve chez l’autre, pour nous placer de son point de vue… Mais c’est vrai que la compassion est ponctuelle et inattendue. Soudainement, nous percevons l’autre dans sa part de fragilité profonde. C’est une sorte de communication souterraine entre nos fragilités, qui fait que nous ne nous regarderons plus de la même façon.

Sur le thème de la fragilité, lire La Fragilité, faiblesse ou richesse ?, collectif coécrit par Lytta Basset (Albin Michel, 2009)

Vous voulez dire que c’est la souffrance qui crée du lien ?

L.B. : Oui, parce que ce que l’autre vit profondément vient toucher ce que j’ai pu vivre moi-même de douloureux dans des circonstances très différentes. Et qui n’a pas de blessures ? Puisque c’est notre lot commun, cela ne peut que nous aider à nous rapprocher. Je l’ai écrit dans Ce lien qui ne meurt jamais : sans les autres, je ne vois pas comment j’aurais survécu à la douleur de la mort de Samuel. Mais même avant : j’ai vécu mon enfance en Polynésie. Là-bas, la religion, ce sont des danses, des chants, des repas pris ensemble : de la convivialité. Cela m’a nourrie, structurée… et sauvée. Sans ces liens authentiques, ma propre histoire m’aurait rendue folle.

Vous insistez en effet beaucoup sur l’importance de l’ouverture aux autres…

L.B. : Parce que, pour moi, c’est la spiritualité. Et c’est là que, souvent, ça pèche. Une de mes étudiantes a mené une enquête sur les visites pastorales, et quand je lui ai demandé ce que les gens reprochaient le plus aux pasteurs, elle m’a répondu sans hésiter : « Le manque d’intérêt pour les gens. » Ce n’est pas de « religion » qu’ils ont d’abord besoin, mais de lien, d’ouverture, d’écoute réelle. Or, qu’est-ce qu’une foi où l’on ne s’intéresse pas à l’autre ? Dans les Évangiles, Jésus adresse la parole à toutes sortes de personnes, des païens, des prostituées…

Pourtant, les autres peuvent être toxiques…

L.B. : C’est certain. D’ailleurs, après la mort de Samuel, heureusement que j’avais fait ce travail sur moi : cela m’a permis d’avoir suffisamment de discernement pour éviter les personnes aux paroles toxiques. Y compris des amis que j’ai retrouvés ensuite, mais qu’à l’époque j’ai su éviter, parce que je sentais qu’ils me nuisaient. Cela peut choquer, dans certains milieux chrétiens.

 

A LIRE 

Dans S’ouvrir à la compassion (Albin Michel, “Espaces libres”, 180 p., 6,50 €), accompagnée de penseurs chrétiens, juifs ou bouddhistes, Lytta Basset nous offre des réponses.

 

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