Une quête de Dieu, de sens ou de soi ?

 

Encore faut-il savoir ce que l’on entend par « quête spirituelle » ou « chemin intérieur ». Pour le sociologue, il s’agit « d’une construction individuelle qui requiert une profonde connaissance de soi, condition d’une libération personnelle, qui se passe d’intermédiaires (une église, un maître, une communauté formelle) et qui relie au monde, à l’univers, au grand tout ».

Autre caractéristique des quêteurs, si les deux tiers d’entre eux sont croyants, leur conception de Dieu est très personnelle : elle est « une présence intérieure », « une force, une énergie ». Mais pour autant la quête du divin n’est pas la motivation première des nouveaux aventuriers, qu’ils soient croyants ou agnostiques.

 quête de sens

Si l’on entreprend un chemin spirituel, c’est d’abord pour « comprendre son être profond et s’y relier » (71 %), « trouver la paix intérieure et s’unifier » (70 %) ou encore pour « vivre  en plénitude l’instant présent » (63 %). Pour Bernadette Blin, psychologue, psychothérapeute transpersonnelle et coauteure de Guérir l’ego, révéler l’être (Guy Trédaniel éditeur), « ces aspirations ne traduisent pas le désir de cultiver son petit moi, mais, au contraire, d’explorer son intériorité et d’élargir sa conscience pour mener une vie plus riche de sens ».

Nadine Crégut, enseignante en qi gong et auteure de Qi Gong pour mincir (Guy Trédaniel éditeur), fait le même constat avec ses élèves : « Au-delà du bien-être physique et psychique, ils cherchent, toutes générations confondues, à accéder à une dimension moins matérielle de la vie et à trouver une intensité d’être. Avec eux-mêmes et avec les autres. »

Une conscience collective ?

Anne-Emmanuelle, 46 ans, a créé récemment un blog consacré au développement spirituel. « J’ai ressenti le besoin d’aller au-delà de ma quête et de mes pratiques personnelles pour me nourrir échanger et partager des réflexions, des questions, des expériences. Pour moi, la spiritualité n’est pas qu’une aventure individuelle et intérieure. Ses valeurs fondamentales – respect, compassion, coopération – incluent forcément l’autre et sont de nature à transformer le monde. » Qu’ils soient formateurs, thérapeutes, conférenciers ou coachs, tous constatent depuis quelques années l’émergence d’une nouvelle conscience spirituelle, caractérisée par un effet de contagion positive.

« La plupart des gens ne viennent pas en stage pour s’enfermer dans leur bulle, mais pour rapporter des outils dans leur quotidien, afin d’amorcer le changement en eux et autour d’eux, détaille Arnaud Riou. Et la plupart souffrent de se sentir encore trop impuissants. » Pour Marie Romanens, psychothérapeute en écopsychologie et coauteure de Pour une écologie intérieure (Payot), « la notion d’interdépendance, liée à l’altérité, est l’une des spécificités de la spiritualité contemporaine, et elle ne cesse de gagner du terrain. Les gens cherchent de plus en plus à se relier à eux-mêmes et aux autres ».

Patricia, 42 ans, qui se définit comme « chrétienne ascendant bouddhiste », voit les nouveaux aventuriers spirituels, dont elle fait partie, comme « des militants de l’humain qui essayent d’être le changement qu’ils aimeraient voir dans le monde ».

Les 4 grandes familles des chercheurs de sens

L’étude menée par le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet pour le Gerpse a permis de dégager des types d’activités, classées par ordre décroissant, qui constituent, selon les pratiquants, une porte d’entrée essentielle vers l’intériorité et la recherche spirituelle. 

Nombreux sont les femmes et les hommes qui, après une analyse ou une thérapie, ressentent le besoin de s’engager sur un chemin spirituel pour « continuer le travail ». Pourquoi, selon vous ?

Jacques Arènes : La psychanalyse interroge les finalités que l’on s’est données dans le passé, grâce à un appareil critique très puissant qui permet de distinguer les versants névrotiques – enfermants – de nos choix. Mais elle ne propose pas de finalité au sujet, la question du sens de la vie, de sa vie, lui appartient. Ni la psychanalyse ni les psychothérapies ne souhaitent apporter de réponses « totalisantes ». Celles-ci sont le propre du religieux, du spirituel, même si la psychologie humaniste considère la question du sens. Ce qui explique que de nombreuses personnes envisagent l’exploration spirituelle comme l’étape d’après. Celle qui les aidera, espèrent-elles, à appréhender la question du sens et de la valeur de leur existence, mais aussi à affronter des événements difficiles. C’est d’ailleurs cela que permettent les grandes traditions religieuses et la pratique spirituelle.

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui quête spirituelle et quête d’épanouissement personnel se confondent ?

Jacques Arènes : Trouver le sens de sa vie et s’épanouir est presque une injonction contemporaine. Elle est à articuler avec une autre grande crainte de notre culture : celle de passer à côté de sa vie. Il est bien sûr important de découvrir que l’on a une existence « orientée », de reconnaître le désir profond qui nous porte, mais il faut se garder de l’illusion qu’il y aurait un sens clairement lisible et permanent à notre vie et qu’il suffirait d’y avoir accès pour être enfin réalisé. Parfois, elle n’a pas de sens, et l’on se construit par rapport au non-sens. Ces moments d’épreuve où l’on se sent impuissant et désorienté sont aussi le propre de la vie. Et c’est le propre de l’humain que d’être en recherche de consolation. Je vois aussi dans la profusion de ces quêtes le souhait de retrouver une singularité d’être dans une époque qui « massifie » les individus et leur donne l’impression de ne plus être acteurs de leur trajectoire. La vie spirituelle porte une idée de liberté intérieure qui vient créer une brèche dans un temps vécu aujourd’hui comme fermé et oppressant.

Le chemin spirituel est semé d’illusions et d’embûches. Avoir fait un travail sérieux sur soi permet-il d’y échapper ?

Jacques Arènes : Avoir travaillé sur soi, sur son histoire, s’être frotté à la dynamique de l’inconscient permet d’être moins dupe, de soi et de l’autre. Un cheminement spirituel mature consisterait à ne pas se laisser emprisonner dans l’illusion, à ne pas tomber dans les pièges régressifs, qui consisteraient, par exemple, à s’envelopper et à s’enfermer dans une bulle où l’on se consolerait trop, ou à prendre pour argent comptant les réponses totalisantes et rapides à nos questions existentielles. Il est vrai que la psychanalyse comme un travail honnête et profond sur soi constituent a priori des garde-fous. Idéalement, le cheminement spirituel devrait offrir une alternance, en oscillant entre illusion – sentiment océanique ou d’éternité – et désillusion – conscience de notre singularité, inséparable de notre solitude et de notre mortalité.

Ils méditent, prient, font des stages de chamanisme ou des retraites dans des monastères, ils lisent aussi bien les Évangiles que les Upanishad, pratiquent l’art-thérapie ou consultent des magnétiseurs. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas de nom. On les appelle désormais les « nouveaux aventuriers de la spiritualité ». Un baptême que l’on doit au sociologue Jean-François Barbier-Bouvet, auteur des Nouveaux Aventuriers de la spiritualité(MédiasPaul), qui a travaillé à une vaste enquête, « Quête spirituelle, voies singulières, enquête sociologique sur les chercheurs spirituels » - menée en 2013 par le Groupe d’étude sur les recherches et les pratiques spirituelles émergentes (Gerpse)-,  sur les membres de la grande famille informelle et hétérogène de la spiritualité contemporaine.

Selon lui, « ces nouveaux aventuriers ont émergé d’un paysage religieux qui s’est considérablement transformé en quelques décennies. Pratiquant souvent le hors-piste, ils ne s’inscrivent pas forcément dans le cadre des religions instituées, ou en tout cas ils ne s’y limitent pas ». Poussés par la curiosité et par le désir de faire des expériences personnelles, ils se nourrissent de lectures, de rencontres, de stages en groupe ou d’exercices en solo. Leur point commun : un même désir de se connecter à leur intériorité, de se relier à une autre dimension de l’existence.

Une progression ou un déclic ?

Entamer une quête spirituelle ne se décrète pas du jour au lendemain. Cette aspiration est souvent le fruit d’un long cheminement. Elle peut aussi s’exprimer comme le besoin de passer à une « étape supérieure » après avoir effectué un travail sur soi, en analyse ou en thérapie. Angela Evers, art-thérapeute et auteure du Grand Livre de l’art-thérapie (Eyrolles) constate en effet qu’au fil de la thérapie, une fois la demande première satisfaite, « de plus en plus d’hommes et de femmes expriment le désir d’aller vers quelque chose qui dépasse l’ego, qui les sort du narcissisme ».

Des événements de vie marquants, comme la maladie, la rupture d’un lien familial, un décès ou une crise personnelle, peuvent également provoquer le déclic. C’est d’ailleurs le cas d’une personne sur deux. Marianne, 43 ans, a fait une retraite dans un monastère pendant une quinzaine de jours après avoir subi un burn-out professionnel. « Je ne suis pas croyante, mais j’ai ressenti le besoin très fort d’être dans un lieu de silence et “hors les murs”. Avec la méditation, j’ai découvert une force dans l’intériorité et un lien avec l’invisible qui me sont aujourd’hui plus précieux que tout. »

Après la naissance de ses jumeaux, Louise, 34 ans, s’est tournée vers le qi gong pour se « recentrer » ; elle s’est également initiée au Yi-king pour « mieux accompagner [s]es changements de vie et comprendre ce qui se joue au-delà des apparences ».

La variété des expériences est telle que certains n’hésitent pas à parler de nomadisme religieux, de religion à la carte ou encore de zapping spirituel. Des critiques qu’Arnaud Riou, coach, formateur, conférencier et auteur de Calme, mon carnet de méditation (Solar éditions), réfute en bloc. « Le paradigme qui régissait l’ancien monde, celui qui est en train de se fissurer de toutes parts, était la séparation. Aujourd’hui en émerge un nouveau, basé sur le principe d’interconnectivité. On ne peut plus penser ni agir de manière morcelée. Les nouveaux aventuriers de la spiritualité relient et associent, ils font des ponts entre les traditions et les pratiques. La diversité de leurs rituels témoigne d’un désir d’ouverture du cœur et de l’esprit, ainsi que d’un besoin d’unification, intérieure et extérieure. »

 

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Le voyage spirituel qui a bouleversé ma vie
Ils ont pris la route, parfois sans savoir pourquoi. Et puis ils ont expérimenté « quelque chose », une certitude, une émotion, un apaisement. Trois voyageurs racontent ce chemin initiatique, qui a changé leur rapport au monde et à la vie.

 

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