La physiologie de l’arbre et son rapport avec la pratique énergétique

 

Si il s’agissait d’une simple image (Xiang) ou d’un simple symbole spéculatif, l’arbre, dans la pratique n’aurait qu’un rôle décoratif. Mais depuis des millénaires les sages de l’ancienne Chine eurent une vision assez précise des mouvements de vie qui animent les arbres.

Ils furent donc probablement les premiers, le Liji (Li Ki) ou Livre des Rites, l’un des Cinq Grands Classiques de la Chine , en atteste, à édicter des règles qui avaient pour but de les protéger (Calendrier des Xia, Prescriptions mensuelles…) :

« Premier mois du Printemps … Il est fait défense d’abattre des arbres. Qu’on ne renverse pas les nids. Qu’on ne détruise pas les petits animaux, les fœtus, les nouveaux nés, les oiseaux au sortir du nid, ni les faons, ni les œufs… » « Second mois de Printemps …qu’on protège les bourgeons et les pousses, qu’on nourrisse les petits animaux… »

« Premier mois d’Eté…que rien ne soit dégradé ni ruiné, qu’on n’abatte pas de grands arbres… » « Second mois d’Eté…qu’on protège la forêt, qu’on ne fasse pas de feux dans les endroit exposés au sud » « Troisième mois d’Eté…En ce mois les arbres prospèrent : il est ordonné aux inspecteurs d’aller à la montagne et de veiller à ce que les arbres ne soient ni taillés ni abattus ». Il est ajouté « Respecter les arbres, c’est respecter la vie ».

C’est probablement pour ces raisons que la cuisine chinoise classique permet, grâce à son découpage et à ses divers modes de cuisson d’économiser du combustible.

bodhidarma

Bodhidharma et son arbre

Tout d’abord, comme tout être vivant, l’arbre respire. Il absorbe l’oxygène et produit et rejette du gaz carbonique. Ce qui pourrait être un inconvénient. Mais, heureusement, ce processus est largement compensé par la photosynthèse. Celle ci se réalise au travers des feuilles qui agissent comme de multiples panneaux qui captent à la fois la pluie et la lumière solaire.

Cette lumière permet un processus alchimique subtil permettant de fractionner les molécules d’eau (H2O) amenées jusqu’à ces feuilles à partir du sol grâce à la sève brute ou a partir du ciel par la pluie. L’oxygène (O) est alors libéré et se répand dans l’atmosphère tandis que l’hydrogène (H) s’allie au gaz carbonique pour produire des glucides. Par la suite, ces glucides, toujours dans un processus subtil, se transforment en amidon, puis en lignine donc en bois.

Cette même photosynthèse permet également de synthétiser les acides aminés en utilisant l’azote puisé dans le sol et transporté par la sève brute. Cette synthèse permet la production de la sève élaborée à partir des feuilles, sève qui se répartit ensuite dans les diverses parties de l’arbre. Cela s’effectue à partir au travers d’un important réseau de canaux situés sous l’écorce au niveau du liber.

Cette circulation particulière amenant la sève brute à partir du sol dans l’aubier jusqu’à une hauteur considérable et distribuant la sève élaborée dans les différentes parties de l’arbre s’effectue grâce à deux systèmes distincts. Le premier est l’ évaporation qui attire la sève vers le haut. Le second est produit par la différence de concentration entre la sève brute et la sève élaborée, différence produisant une pression suffisante pour faire circuler la sève.

Lorsque l’évaporation n’est pas suffisante, les racines se chargent d’ions dans le sol ce qui crée un appel d’eau suffisant pour créer une circulation minimale. Il existe donc bien une différence particulière entre la respiration diurne (Yang) et la respiration nocturne (yin) de l’arbre, comme il existe une différence entre sa circulation printanière et estivale (Yang) et sa circulation automnale et hivernale (Yin). 

On retrouve donc bel et bien les quatre cycles principaux de l’énergétique chinoise, le cinquième étant celui de la production des fruits destinés à la reproduction et de lignine, donc de bois assurant la structure de l’arbre. Cette dernière production s’opère à partir du cambium qui engendre à la fois le bois de l’aubier et le liber ou circule la sève.

Chaque année l’arbre produit une nouvelle quantité de bois, le cerne. L’aubier se constitue de lignine dont les cellules vivantes sont animées par la sève brute. Le cœur même de l’arbre se constitue de lignine dont les cellules sont mortes. Il constitue en quelque sorte le squelette de l’arbre. 

Bien qu’il s’agisse à l’échelon microscopique d’échanges subtils, les quantités considérées par les grands arbres sont considérables tant au niveau de la production d’oxygène que de l’évaporation en eau. Une forêt produit ainsi plusieurs millions de mètres cubes d’oxygène et l’équivalent de plusieurs milliers de tonnes d’eau. Cette production et cette évaporation massive ne sont pas sans influence sur le climat et la climatologie.

Certaines espèces comme les pins, les mélèzes, les épicéa produisent également des substances balsamiques en grandes quantités.

Enfin, les arbres influent profondément sur le sol, permettant des associations particulières notamment avec les plantes et les champignons. 
On connaît les associations particulières entre les champignons et certaines espèces d’arbres. 

L’amanite tue mouche (Amanita muscaria) ne pousse que sous les bouleaux et est donc plus fréquente sur les sols siliceux.
Les truffes (tuber mélanosporum), comme la russule noircissante préfèrent les chênes. Lorsque l’on cueille des champignons il est donc d’abord préférable de regarder d’abord vers le haut afin de déterminer les essences d’arbres les plus favorables à la cueillette. Ce sous bois particulier aux essences d’arbres, aux espèces végétales spécifiques comme les lichens, les mousses, les fougères influe à son tour sur les espèces animales qui trouvent un biotope favorable à leur activités.

Le geai recherche les chênes dont il disperse les glands assurant la reproduction de l’arbre. Bon nombres d’insectes, particulièrement de papillons, sont liés à des espèces spécifiques (Bombyx du chêne, de l’ailante, sphinx du laurier rose…). 
L’arbre constitue donc bien un moyen d’ échange exceptionnel entre l’énergie et la matière, le ciel et la terre, l’être humain et son environnement le plus naturel. 

Dans la vision chinoise de l’énergétique l’arbre ne se limite donc pas aux seules racines et à son faîte mais prend en compte ce qui est à son origine, le sol et ses minéraux (sels minéraux, cristaux attachés au Métal) et à son environnement général. 
Un philosophe chinois, Zhang Shi (1133 1180) a pu affirmer dans « L’initiation Correcte » (Zhengmeng) :

« l’être humain possède des défauts comme l’arbre possède de la mousse, des insectes et des oiseaux. Un arbre sans mousse, sans insecte et sans oiseau n’est plus un arbre. Un être humain sans défaut n’est plus humain ».

 

taiji
Taiji et arbre dans la Cité Pourpre à Pékin

 


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