Archive pour 24 octobre, 2016

Les druides hostiles à la représentation des dieux

 druides

 

Le druidisme fut hostile à l’anthropomorphisme, ce qui explique pourquoi les premières statues de dieux ne paraissent en Gaule qu’à l’époque de la domination romaine (après 51 av. J.-C.)

En 1931, Salomon Reinach, archéologue et spécialiste de l’histoire des religions, rapporte qu’après l’efflorescence de l’art en Gaule, à l’époque du renne, nous trouvons une longue période, depuis l’ère des monuments mégalithiques jusqu’à la conquête romaine, où les sculptures font entièrement défaut.

Les passages de César et de Lucain qu’on a allégués pour prouver que les Gaulois représentaient leurs dieux en pierre et en bois doivent être interprétés autrement : il s’agit, pour le premier, de piliers de pierre, et, dans le second, de troncs d’arbres plus ou moins équarris.

Comme l’industrie gauloise était fort avancée, on est obligé d’attribuer l’absence de statues en Gaule à une interdiction religieuse. Cette prohibition, que l’on retrouve chez les Romains, les Germains et les Perses, ne peut guère avoir été mise en vigueur que par une aristocratie religieuse.

En Gaule, cette aristocratie est le collège des druides, à l’influence desquels on attribue les monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, etc.). Ces derniers ne sont pourtant pas celtiques : c’est que le druidisme, dans l’Europe occidentale, est antérieur aux Celtes, qui ont accepté en partie la religion druidique, comme les Grecs ont adopté les vieux cultes des Pélasges.

L’aversion du druidisme pour les représentations des dieux n’est attestée par aucun texte formel ; mais Plutarque dit que Numa, élève de Pythagore, défendit aux Romains d’élever des statues, et d’autres écrivains font de Pythagore l’élève des druides. Ce sont là des légendes qui, bien que sans autorité en elles-mêmes, attestent nettement l’affinité des doctrines.

 

(D’après « Comptes-rendus des séances de l’Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres », paru en1892)

UN ARBRE AU CŒUR DES CROYANCES

 

Grandement apprécié jadis en Alsace pour ses vertus, l’érable occupe une place particulière dans un conte au sein duquel on retrouve nombre de récits et figures mythiques, cet arbre y jouant un rôle à la fois funéraire et générateur attribué, entre autres, au cornouiller, au cèdre, au cyprès

Autrefois, en Alsace, on attribuait à la chauve-souris la propriété de faire avorter les œufs de cigogne ; dès qu’elle les avait touchés, ils étaient frappés de stérilité. Pour s’en préserver, la cigogne plaçait dans son nid quelques rameaux d’érable, et la seule puissance de cet arbre redouté en interdisait l’entrée au vespertilio. On plaçait aussi des branches d’érable au-dessus de l’entrée des maisons que l’on voulait soustraire aux visites de la chauve-souris (Gérard, Les Mammifères de l’Alsace, cité par Rolland, Faune populaire de la France).

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Il existe, au sujet de l’érable, un conte hongrois d’un intérêt saisissant, et qui a donné lieu à un joli poème de l’écrivain Michel Tompa (1817-1868). Quoique incomplet, ce conte contient une série de détails curieux, grâce auxquels il nous est permis d’établir un rapport plus évident, non pas seulement analogique, mais généalogique, entre les contes et mythes suivants : légende du roi Lear, conte de la Belle et la Bête ; contes bibliques de Caïn et Abel, et de Joseph vendu par ses frères ; légende de Romulus et Rémus ; conte du roseau et de la colombe ; légende indienne de Çakuntala ; conte de Polydore changé en cornouiller ; des deux frères se querellant pour une plume de paon ; mythe d’Orphée ; conte de la flûte magique ; conte estonien des fraises ; conte piémontais des bottines rouges.

Ces différents détails qui s’entrelacent s’expliquent par leur origine mythique commune. Voici donc le conte hongrois de l’Érable :

Un roi avait trois filles. La plus jeune des trois était blonde, d’une beauté et d’une bonté incomparables (Cordélia). Un jeune pâtre qui paissait son troupeau sur la prairie du château jouait tous les soirs de la flûte (Orphée), et la jeune princesse l’écoutait (Eurydice). Une nuit, le roi, la princesse et le pâtre eurent un mauvais songe : le roi vit en songe que sa couronne avait perdu ses diamants ; la jeune princesse qu’elle avait visité le tombeau de sa mère et qu’elle n’en était point revenue ; le pâtre que deux bêtes fauves avaient dévoré le plus bel agneau de son troupeau (histoire de Joseph).

Après ce songe, le roi appela ses trois filles et leur annonça que la première des trois qui reviendrait à lui avec un panier de fraises (conte estonien des fraises) serait sa fille bien-aimée qui hériterait de lui sa couronne et ses sept royaumes (Roi Lear). Les trois filles s’en allèrent de suite à la recherche des fraises, et se rendirent à une colline verdoyante. L’aînée des trois filles jeta ce cri : « Panier, remplis-toi, pour que je puisse recevoir la couronne de mon père. » Le panier resta vide. La seconde fille, à son tour, reprit : « Panier, remplis-toi pour que je puisse recevoir les sept royaumes de mon père. » Le panier resta vide.

Après que les deux sœurs aux cheveux noirs (les deux moitiés de la nuit) eurent ainsi parlé, la cadette aux cheveux blonds (l’aurore, appelée dans le Rigvedala la fille du ciel) dit avec tendresse : « Panier, remplis-toi, pour que je puisse devenir la fille bien-aimée de mon père. » A l’instant même, son panier se remplit de fraises. A cette vue, les deux sœurs envieuses, craignant de perdre la couronne royale et l’héritage paternel (Caïn), ôtèrent la vie à leur sœur cadette, et, l’ayant ensevelie sous un vieil érable, brisèrent le panier en se partageant entre  elles les fraises.

Revenues chez leur père, elles lui annoncèrent que leur sœur, s’étant trop avancée dans la forêt, avait été dévorée par une bête fauve (Joseph). Le père, à cette nouvelle, se couvrit la tête de cendres (Jacob) et cria : « Malheur ! J’ai perdu le diamant le plus précieux de ma couronne. » Le pâtre, à l’approche de la nouvelle lune, essaya de mettre la flûte à sa bouche pour en tirer des sons ; mais la flûte devint muette. En effet, pourquoi la flûte jouerait-elle encore, puisque la jeune princesse n’est plus là pour l’écouter ? puisque la bête fauve a dévoré le plus bel agneau de son troupeau ?

Sur la pente de la colline verdoyante, du tronc du vieil érable, à l’arrivée de la troisième nuit, on vit sortir une nouvelle pousse, à l’endroit même où la jeune princesse avait été ensevelie. En passant par là, le pâtre vit la nouvelle pousse de l’érable et eut grande envie de s’en faire une nouvelle flûte. Dès qu’il eut approché cette flûte de ses lèvres (conte de Çakuntala, conte de Polydore, conte toscan du faux cornouiller, la flûte magique), la flûte enchantée chanta ainsi : « Joue, joue, mon cher ; autrefois, j’étais la fille d’un roi ; maintenant, je suis une pousse d’érable ; une flûte faite avec une pousse d’érable. »

Le pâtre apporta alors sa flûte au roi. Le roi, à son tour, l’approcha de ses lèvres, et la flûte reprit : « Joue, joue, mon père ; autrefois, j’étais la fille d’un roi ; maintenant, je suis une pousse d’érable, une flûte faite avec une pousse d’érable. » Les deux sœurs méchantes approchèrent, elles aussi, de leurs lèvres, la flûte magique, et l’instrument chanta ainsi : « Joue, joue, mon meurtrier ; autrefois, j’étais la fille d’un roi ; maintenant, je suis une pousse d’érable, une flûte faite avec une pousse d’érable. » Alors le roi, ayant maudit les deux filles, elles furent chassées très loin du château.

On devine ici que le conte est inachevé. Les détails analogues que nous connaissons par d’autres contes ajoutent la résurrection du jeune homme ou de la jeune fille que le frère ou la sœur avait tué par envie.

Source : D’après « La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal », paru en 1882)

Un fascinant voyage dans l’intimité du monde végétal

 

Ce qui n’a pas de nom n’existe pas », disait Boileau. Bienvenue dans le réel, répond Maurice Reille avec son tout nouveau Dictionnaire visuel de botanique (Ulmer, 303 p. 29,90 €.), outil impressionnant qui permet de décrire, pour les identifier, les plantes que l’on croise, sur les chemins ou sous son râteau.

livreQuestion agriculture générale, on y apprend des choses incroyables : que la tomate est une baie (fruit charnu dont les graines sont des pépins) comme l’avocat, la citrouille ou la datte ; que les petits cercles ronds tendus , genre de papier de soie, produits par la monnaie-du-pape (Lunaria annua) s’appellent des silicules ; qu’en raison de leurs « noyaux », on peut traiter de drupes les fraises, les mûres, les prunes et même les ananas ; que la noisette est un akène (fruit qui ne s’ouvre pas à maturité et qui contient une graine) et même une nucule, tant sa coque est dure ; ou que, chez les érables, larguer les samares ne veut pas dire partir à l’aventure, mais disperser au vent ses graines ailées.

C’est la force des dictionnaires que de vous balader d’un bout à l’autre de leurs pages, une idée en amenant une autre. Ici, le principe fonctionne à merveille. En 428 entrées qui sont autant de ports, Reille visite 867 espèces végétales et fait faire à son lecteur un périple irrésistible. Le voyage est d’autant plus tentant qu’il fournit au voyageur les bases d’un langage qui lui permettra de voir son jardin d’un autre œil et de discuter à binettes égales (ou presque…) avec son pépiniériste favori.

Plante « vernale »
Savoir que le très bel eucalyptus de votre tante Francine a des feuilles « perfoliée s » (c’est-à-dire que la tige semble les traverser en leur centre) lorsqu’on a oublié qu’il répondait au doux nom de Baby blue peut faire gagner du temps. Ne pas ignorer, non plus, qu’une plante « vernale » fleurit au printemps…

Mais les richesses de vocabulaire ne sont pas les seuls attraits de ce livre qui est également, grâce aux nombreux clichés de l’auteur (plus de 2200), un voyage intime au cœur des organismes végétaux. Grâce à la photo macro, Reille met en vedette les mécanismes vitaux de végétaux rares ou extrêmement communs révélant, sous son objectif, un monde incroyable.

Monstre rigolard
Le sourire rose et vert de son gynostème (la partie reproductrice de son anatomie) transforme l’orchis géant en un monstre rigolard et l’ovaire d’une simple violette semble pavé de grains de caviar… Même curiosité pour les feuilles dont les limbes, à l’échelle d’un œil de fourmi, se font tantôt broderies, tantôt feutre, tantôt labyrinthes. Plus impressionnantes encore sont les graines. On observe leur ordonnancement, simple ou compliqué, mais aussi l’ingéniosité avec laquelle cet embryon en sommeil voyage vers sa future vie.

Saule Marsault
Fourrées comme celles du saule Marsault, ailées comme celles de la gentiane jaune, sculptées chez les pieds-d’alouette ou les jusquiames, elles sont, chez les épilobes, si poilues que l’on dirait les mouches que les pêcheurs confectionnent pour taquiner la truite.

Ce foisonnement fait passer le côté impénétrable de certaines définitions que l’on croit, en début de lecture surtout, réservées aux seuls botanistes chevronnés. Mais la timidité intellectuelle ne dure pas : on s’habitue. Et puis, savoir que « dans la grande famille des Astéracées, l’ovaire infère est toujours uniovulé et le fruit monosperme vous pose un jardinier, non ?

Valérie Lejeune
Le Figaro

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