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Être avec les autres en restant soi-même

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Entretien avec Thomas d’Ansembourg, 25 mars 2014
Thomas d’Ansembourg est psychothérapeute et formateur en relations humaines. Depuis 1994, il enseigne la communication non violente. Auteur de trois livres, dont le best-seller «Cessez d’être gentil, soyez vrai – Être avec les autres en restant soi-même », et « Du JE au NOUS. L’intériorité citoyenne : le meilleur de soi au service de tous», Thomas d’Ansembourg s’est intéressé à cet espace intérieur que nos codes sociaux et familiaux ne nous ont pas appris à développer. Durant sa conférence, l’auteur proposera des pistes touchant l’intériorité citoyenne: devant ce monde qui se transforme sous nos yeux, il expliquera comment notre changement intérieur est la clé d’un changement extérieur communautaire.

•    Vendredi 4 avril 2014 à 20h15 : Ré-enchanter le monde

 

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http://www.youtube.com/watch?v=FbczTr4Srws

Bonjour Monsieur d’Ansembourg, merci de me recevoir. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’intériorité citoyenne ?
C’est un espace intérieur de transformation. C’est notre capacité à développer une vie intérieure qui nous permet de nous aligner sur notre élan de vie propre en quittant le personnage construit et programmé. En effectuant cette transformation, ce réalignement, nous devenons systématiquement généreux de nous-mêmes et nous nous mettons au service de la vie. C’est ce que j’observe dans mon travail d’accompagnement des personnes depuis plus de vingt ans. On peut le résumer par cette expression : un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant, et non pas passif.

Dans vos ouvrages, il est souvent question de recherche de sens. Comment pouvons-nous trouver ce qui fait sens pour nous ?
Une bonne façon de le trouver, c’est de le chercher. S’ouvrir, se questionner sur nos habitudes, nos automatismes, nos attitudes. En étant attentif, lors de nos actions, à : est-ce que j’aime ? Est-ce que cela me fait plaisir ? Est-ce que cela suscite de la joie ? Si nous parlons particulièrement de la joie, le fait de ne pas laisser passer inaperçu ce sentiment, est une bonne clé pour apprendre à se connaître. Nous pouvons nous questionner ainsi : qu’est-ce qui est vivant en moi quand je suis joyeux ? Cette introspection nous demande un petit effort parce que nous évoluons dans une culture du malheur, écrite par des générations de guerres. Dans cet environnement, nous n’avons pas appris à être conscients de la joie et à la célébrer. On l’espère, bien sûr, mais quand elle est là, on ne s’en occupe pas beaucoup, on est plus habitué à ressasser le malheur.

Voici un passage de votre dernier livre « Du JE au NOUS. L’intériorité citoyenne : le meilleur de soi au service de tous » qui a retenu mon attention : « Ce dont nous manquons, ce n’est pas de ressources, mais d’accès à ces ressources ». Pourquoi n’arrivons-nous pas à accéder à ces ressources ?
Il y a deux aspects. Notre éducation ne nous a pas donné les clés d’accès à la vie intérieure. Elle nous a plutôt tiré hors de nous. Nous sommes invités à suivre le programme, à faire ce que l’on attend de nous, à obtenir des résultats, à correspondre à certains modèles. Même l’éducation religieuse nous a donné des modèles magnifiques, mais sans processus de transformation ni manuel d’accès, ce qui nous maintient dans la frustration voire la culpabilité de ne jamais les atteindre. Le deuxième aspect est celui de la civilisation. Nous sommes une civilisation qui est surtout préoccupée par le matérialisme et la compréhension matérielle des choses. Jusqu’il y a peu, les découvertes de la science n’ont appréhendé la matière que comme une chose inerte et morte en limitant l’analyse au mesurable et au palpable sans considération pour le subtil, considéré comme non existant. Nous sommes dans une civilisation qui a fait peu de place au sacré et au subtil. Nous avons besoin de retrouver le lien qui relie toutes choses et que, notamment, la science découvre aujourd’hui par la physique quantique. Toutes les traditions nous disent la même chose : elles nous proposent de ralentir, de nous asseoir, de faire silence et de puiser dans la Source intérieure. La plupart s’entendent sur le mot Souffle ou sur l’Esprit. Dans la tradition chrétienne, on parle de l’Esprit Saint ou de la providence. En tout cas, elles évoquent une présence. C’est étonnant comme les traditions sont unanimes à ce sujet lorsqu’elles nous rappellent : en se connectant, en se ressourçant, nous allons trouver les clés d’une vie inspirée, inspirante, pacifiée, pacifiante, et créatrice.

Qu’est-ce que la communication non violente, et comment pouvons-nous la mettre en place?
Peut-être en comprenant mieux ce qui fait l’objet de la violence subtile dans la relation. Elle est souvent liée à nos habitudes qui sont de juger, de nous exprimer en termes de croyances ou de préjugés, et d’avoir l’habitude de faire les choses « parce
qu’il faut », « parce que c’est comme ça ». Et, enfin, d’avoir une pensée binaire de ce qui se fait ou pas, du noir et du blanc, qui se révèle divisante. C’est subtil, parce que ce sont des mécanismes    tout a fait intriqués dans nos habitudes, dans nos éducations, et nous croyons bien faire en fonctionnant de cette façon. Donc, la communication non violente nous invite à être vigilants, à apprendre à nous situer sans juger, sans croyances ni préjugés, à quitter la pensée binaire et les « il faut ». C’est cela que l’on appelle « non violent », on retire ce qui génère la violence. Ça demande un peu d’entraînement et d’humilité pour s’observer, parce que l’on ne parle pas de violence physique ou d’agression verbale, mais d’habitudes : nous prenons nos automatismes pour de la spontanéité. 

Avez-vous appris à supprimer le « il faut » de votre vocabulaire ou est-ce que vous portiez déjà cela en vous ?
C’est clairement quelque chose dont j’avais l’intuition que ce n’était pas juste. J’ai eu une enfance et une éducation catholique pratiquante dans une famille traditionnelle à la campagne. Les « il faut », les « tu dois, c’est comme ça, c’est ton rôle ! », étaient bien présents. Je réalisais intuitivement que ce n’était pas juste. On ne fait pas les choses « parce qu’il faut », mais parce qu’on aime, on ne les fait pas par devoir, on les fait par amour. Bien sûr que derrière cette attitude, mes parents étaient des gens aimant, mais leur façon de s’exprimer était souvent contraignante.
J’ai découvert, et c’était pour moi une prise de conscience des plus salvatrices, en communication non violente, que l’on pouvait démanteler les habitudes des « il faut »  pour retrouver l’élan d’amour. Pour la plupart des personnes qui suivent cette formation, c’est une révélation de réaliser cela, c’est une clé de libération et de générosité.

Pourquoi la communication non violente n’est-elle pas enseignée dans les écoles ?
Parce que les responsables de l’éducation nationale ne savent pas que des approches comme celle là existent et son étonnamment efficaces. J’ai la conviction que ces approches feront bientôt partie des apprentissages fondamentaux de base comme lire, écrire et calculer. La CNV est enseignée en Europe depuis une trentaine d’années par Marshall B. Rosenberg. En Suisse, des formations sont organisées depuis plus de vingt ans et il y a des associations de CNV dans une grande partie des pays d’Europe. En Belgique, nous sommes à présent une trentaine de formateurs. Des projets pilotes se créent dans des écoles, mais ce n’est de loin pas systématisé. Je suis convaincu que dans les 20 prochaines années, cela fera partie des programmes scolaires. Si ce n’est par vision et anticipation, cela sera tôt ou tard par contrainte. Si nous ne développons pas ces capacités, nous risquons bien de ne pas être à même d’intégrer l’incroyable métissage de cultures et de population auquel notre humanité assiste aujourd’hui, et de finir par nous taper tous dessus. Depuis dix ans, nous recevons de plus en plus de demandes pour des formation dans l’entreprise à haut niveau : des comités de directions réalisent qu’on ne parvient plus à diriger et décider ensemble sans bonne capacité relationnelle et sans apprivoiser son ego ! Même des compagnies aériennes font appel à nous pour diminuer le risque de conflit là où la clarté et la fluidité des échanges est essentielle : dans les cockpit d’avion !

N’y a-t-il pas quelque chose de schizophrène à vouloir chercher l’intériorité alors que l’univers est en expansion et qu’il est beaucoup plus facile de quitter son centre que de le retrouver ?
Personnellement, je m’interroge sur ce qui a créé la misère. Est-ce que nous n’avons pas créé la misère précisément parce que nous nous sommes décentrés ? Parce que nous avons quitté la source et donc l’abondance, le soutien, l’appartenance ? Et que l’on se croit misérablement tout seul à devoir s’occuper de « JE, ME, MOI » et à devoir se protéger de « TU, TE, TOI » ?

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Avec une façon d’être qui divise et sépare, alors que, au fond, si nous nous reconnections à la source, nous ressentirions bien que nous appartenons au « NOUS ». Je pense que c’est en nous éloignant du « NOUS » que nous avons généré un monde de division, de séparation et d’exclusion, avec bien sûr toute la misère que l’on connaît aujourd’hui. Pour moi, c’est loin d’être schizophrénique de travailler sur soi, au contraire, c’est un travail de réconciliation, de rassemblement, de re-cueillement de nos parties dispersées.

Cette question m’est venue avec l’image d’ouverture et d’expansion si rapide de l’Univers, et nous ici, qui sommes, moi y compris, dans cette recherche d’intériorité…

L’un n’empêche pas l’autre. L’idée, c’est de ne pas s’enfermer dans une tour d’ivoire à nourrir sa vie intérieure sans plus rien faire. Ni d’avoir une action sociale sans inspiration qui pourrait, et on le voit, nous mener au burn out. Beaucoup d’activistes sociaux sont généreusement intentionnés et cependant s’épuisent très vite, n’ayant pas une vie intérieure soutenante. Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre, une vie intérieure nourrissante et une action sociale transformante. Un éclairage qui peut être intéressant est le personnage de Nelson Mandela. S’il nous impressionne tellement, s’il a un tel charisme, c’est que l’on voit qu’il a pu opérer des transformations géopolitiques ou sociopolitiques incroyables dans son pays grâce à une vie intérieure profonde.

Même lorsque l’on mène la vie que l’on aime, en citant par exemple Guy Corneau ou David Servan Schreiber, il est parfois difficile de rester dans l’intériorité et la joie. La multiplication des activités nous mène alors à être dans le faire.
Oui, c’est un risque bien sûr. Cela demande de la vigilance pour se préserver du temps pour « être, sans rien faire ». Guy est un très grand ami, et je l’ai bien côtoyé depuis 20 ans, et donc à travers sa maladie aussi. Il était vraiment surpris de s’être laissé éloigner de lui-même, pris par tant de belles choses à faire, il en parle bien sûr dans son livre « Revivre ». David, que j’ai bien connu aussi, reconnaissait cette difficulté à ralentir et à vivre à un rythme plus doux. Ayant eu ces deux exemples, si proches, je suis très attentif à avoir une vie espacée, reposante et ressourçante, particulièrement en famille et dans la nature.

Avez-vous un projet d’écriture ?
Oui, je voudrais faire un livre autour du thème de la conférence que j’anime depuis 4 ou 5 ans qui s’appelle « Notre façon d’être adulte fait elle sens et envie pour nos jeunes ». Cette conférence touche bon nombre de personnes, qui réalisent que notre façon d’être adulte ne donne pas vraiment un modèle encourageant pour les jeunes. Souvent, ils se retrouvent dans des comportements d’adolescents perpétuels ou s’enfuient plus tragiquement dans des mécanismes compensatoires.

Et la conférence de Saignelégier « Ré-enchanter le monde » ? 
J’aborderai le pouvoir de transformation qui est en nous et que nous ignorons la plupart du temps. La capacité que nous avons à ré-enchanter au moins notre vie, si pas directement le monde. J’ai l’intuition, derrière cela,  que si chacun de nous travaillait à ré-enchanter sa vie cela ré-enchanterait le monde. Je nous invite à ne pas déserter cette implication dans la transformation personnelle.

Site internet de Thomas d’Ansembourg: lien

Lausanne, le 25 mars 2014
Catia D’Amore  http://www.mieux-vivre.ch/mieux-vivre-bien-etre

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