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La vision du Tao

 

 

La vie est un jeu et à ce jeu, seuls les perdants peuvent gagner !

Le maître chinois Lao Tsé voyageait avec ses disciples et ils arrivèrent dans une forêt où des centaines de bûcherons abattaient les arbres. Presque toute la forêt avait été décimée, sauf un grand arbre aux branches innombrables. Il était si vaste que dix mille personnes auraient pu s’asseoir à son ombre.

Lao Tsé pria ses disciples d’aller demander pourquoi cet arbre n’avait pas été coupé. Les bûcherons leur répondirent : « Cet arbre est totalement inutile. Vous ne pouvez rien en tirer car ses branches ont trop de nouds, elles sont toutes tordues. Vous ne pouvez pas davantage en faire du combustible, car sa fumée est nocive pour les yeux.. Cet arbre est absolument inutile, c’est pourquoi nous ne l’avons pas coupé. »

TAO Francesca

Les disciples rapportèrent ces paroles à Lao Tsé. Il rit et dit : « Soyez comme cet arbre. Si vous êtes utiles, vous serez abattus et transformés en meubles. Si vous êtes beaux, vous serez vendus au marché, tels des objets. Soyez comme cet arbre, absolument inutiles… alors vous deviendrez immenses, et des milliers de gens s’abriteront sous votre ombrage. »

La logique de Lao Tsé diffère totalement de la logique de la société. Il dit : « Soyez le dernier. Vivez dans le monde comme si vous n’existiez pas. Ne soyez pas ambitieux, n’essayez pas de prouver votre valeur, ni de rechercher le mérite, ce n’est pas la peine. Restez inutiles et réjouissez-vous. »

Ce message du Tao est aujourd’hui plus que jamais d’actualité, la société de consommation s’est étendue à presque tous les domaines de la vie et il est important de se rappeler que nous n’avons pas besoin de prouver notre valeur et encore moins de nous laisser réduire à une simple commodité pour exister !

Souvenons-nous que la plus grande expérience de la vie ne vient pas de ce que nous faisons, mais elle nous est donnée par l’Amour, à travers la méditation.

Même Bouddha avait des difficultés

 

Pendant des milliers d’années, les hauts et les bas de notre vie quotidienne ont été dénommés la vague de samsara. Pour cette raison, les gens qui se consacrent à la pratique spirituelle peuvent être considérés comme des surfeurs.

Nous pratiquons l’équitation de ces vagues pour apprendre à maîtriser notre relation avec elles. Tout comme un surfeur, au début nous tombons plusieurs fois. Mais plus nous pratiquons, plus nous trouvons notre propre équilibre avec ces vagues.
Finalement, avec suffisamment de pratique, il devient rare de tomber de notre planche de surf. Nous pouvons gérer des vagues de plus en plus grandes tout en restant sur la planche.

Bougie

Les personnes illuminées sont comme des maîtres surfeurs. Mais il est important de remarquer que, dans aucune version de cette histoire les vagues ne cessent de venir.

La personne illuminée ne va pas devenir expert en surf, pousser un bouton magique pour arrêter les vagues, mais les grosses vagues ne le font plus souffrir. La personne illuminée voit ces vagues comme responsables de l’illumination qu’il maintient. Et donc, ces vagues sont les bienvenues.

La personne spirituellement illuminée éprouve aussi toutes sortes d’émotions, comme tout le monde. Ce qui a changé est qu’elle a acquis la conscience de la façon d’utiliser ses propres pensés et émotions pour maintenir l’alignement avec son Soi supérieur. 

En d’autres termes, la véritable histoire (que nous ne voulons pas dire) est que le Bouddha avait eu des mauvais jours. Mara n’a pas disparu pour l’éternité lorsque le Bouddha lui fit face sous l’arbre Bodhi; il n’a jamais cesser de revenir tout au long de la vie de Bouddha.

Ce qui a changé après l’illumination est que le Bouddha a reconnu Mara. Mara était juste l’incarnation des aspects négatifs de l’ego de Bouddha.

Et lorsque le Bouddha a reconnu cette vérité, même s’il a d’abord ressenti des choses comme la peur, la tentation et le doute, le Bouddha était capable de ne pas se faire attraper par ces projections. En fait, selon de nombreux textes anciens, Bouddha est devenu ami avec Mara, au point même de l’inviter à prendre le thé. Le Bouddha a reconnu Mara comme son maître le plus précieux. Après tout, sans Mara, son illumination n’aurait même pas eu lieu.

La plupart d’entre nous avons l’idée claire de vouloir être illuminés. Nous voulons nous débarasser de l’ego. Surtout, nous voulons être libres de la souffrance. Nous avons une image dans nos têtes sur l’illumination, une image parfaite de la personne spirituellement illuminée. Mais ce que la plupart des gens ne savent pas est que cette image, est un mensonge que nous continuons à répéter. L’illumination n’est pas comme ça. L’illumination n’est pas une retraite de la vie. Elle n’est pas une élimination des hauts et des bas. Nous inventons l’idée que l’illumination est le bonheur parfait 24 heures par jour seulement quand nous souffrons et que nous voulons mettre fin à cette souffrance. L’illumination n’est que le début, car après l’illumination vous devez encore engager avec la vie physique.

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La vie physique est un hologramme d’apprentissage. Personne n’est exempté de son expansion et ainsi, personne n’est exempté de son contraste. Et tant qu’il y a un contraste, il y a la reconnaissance de ce qui est indésirable et donc la reconnaissance de ce qui est désiré. Si nous devions atteindre un état où nous avons été magiquement transformés en un état permanent de bonheur, cela signifierait la FIN. Il n’y aurait aucune expansion à partir de cet état et que cela ne servirait pas l’univers. Ce qui sert l’univers c’est l’expansion éternelle. Ainsi, même lorsque vous aurez atteint l’illumination, vous avez encore à intégrer ce que vous avez appris. Vous devez intégrer la conscience spirituelle que vous avez réalisée dans votre vie quotidienne. Même si les vagues de samsara ne cessent jamais de venir, plus vous devenez illuminé, plus vos pensées changent. Votre perspective change pour correspondre à la vibration de la source. Et donc la signification de vos expériences changent. La façon dont vous pensez et réagissez avec les hauts et les bas change et donc, ces hauts et bas ne sont pas vécus de la même façon.

Toutes les traditions religieuses et les systèmes de croyances ont leurs propres pièges inhérents. Et l’un des plus grands pièges dans la communauté spirituelle est le piège que nous appelons « contournement ». Nous contournons nous-mêmes. Nous contournons nos vrais sentiments. Nous ignorons ou nions nos véritables pensées et sentiments à cause des croyances et vérités spirituelles que nous essayons de vivre. Nous craignons que si nous nous concentrons sur la façon dont nous nous sentons, la situation va empirer. Nous avons appris à ignorer ce qui ne sent pas bon à penser ou à regarder. Mais ce que nous ne savons pas que nous sommes déjà concentrés sur ce qui ne sent pas bon. Et quand nous essayons de l’ignorer ou de le nier en allant dans l’autre sens, nous sommes en train de résister à ce que nous ressentons; et tout ce à quoi nous résistons persiste. Donc, nous restons dans ces sentiment négatifs en essayant de les éviter et de les ignorer.

La meilleure façon de traiter avec ces types d’états négatifs est de les affronter et de les embrasser complètement. Ils existent pour une raison.

L’Émotion négative est toujours le drapeau rouge pour vous alerter qu’il y a quelque chose là à apprendre. Elle vous avertit que vous êtes à la croisée des chemins de votre expansion personnelle. Mais si vous évitez le sentiment négatif, vous évitez également la leçon et l’expansion.

Si vous étiez au volant et que votre pneu crevait, vous n’allez pas continuer à rouler et ignorer le pneu à plat. Vous voulez arrêter, admettre que le pneu est à plat et ensuite améliorer l’état du pneu. Mais continuer à conduire avec un pneu à plat est symboliquement ce que nous faisons avec nous-mêmes quand nous essayons d’éviter la façon dont nous sentons et pensons vraiment en faveur de la façon dont nous croyons que nous devrions sentir et penser.  Dans la communauté spirituelle, c’est devenu une sorte d’attente culturelle non écrite que nous devons agir comme ce que nous croyons qu’une personne spirituellement illuminée agirait; même si ce n’est pas ce que nous ressentons vraiment. En d’autres termes, c’est devenu une attente culturelle que nous devrions ignorer où nous sommes dans la poursuite de l’endroit où nous pensons que nous devrions être. 

Le résultat est que nous pensons que la seule émotion acceptable de se sentir est d’être heureux.  Et si nous nous sentons moins heureux, nous nous sentons comme si nous avons échoué en quelque sorte. Comme si la douleur à laquelle nous sommes confrontés ne suffit pas, nous ajoutons à cette douleur la honte et l’embarras que nous souffrons. Nous gardons nos apparences et ne disons à personne que nous avons un mauvais jour. En raison de cette honte de notre douleur, nous ne voulons pas aller jusqu’à la profondeur de notre souffrance dans le moment actuel. 

Vous êtes en douleur émotionnellement ou physiquement, et vous ne savez pas quoi faire. Si tel est le cas, c’est un abus de soi que de dissimuler la réalité de cette expérience en disant quelque chose comme « Oh, tant d’autres choses vont bien et je sais que quelque chose de grand va sortir de tout cela ».  Car, ici et maintenant, vous ne savez pas que vous êtes entrain de mal utiliser ce principal spirituel parce que c’est la façon dont vous avez appris que les gens spirituellement ascensionnés voient la souffrance.

Nos soi émotionnels sont des enfants. Cela ne change jamais indépendamment que vous avez atteint l’illumination ou non. Nos soi émotionnels ne grandissent jamais, nous apprenons seulement comment être des parents meilleurs pour eux. 
Si vous refusez la façon dont vous vous sentez réellement, vous invalidez le petit enfant qui pleure en vous, qui tente désespérément d’exprimer la façon dont il ou elle se sent.  Si vous refusez la façon dont vous vous sentez réellement, vous ne pouvez jamais arriver à un meilleur espace émotionnel. Vous devez savoir où vous êtes ainsi que où vous voulez aller si vous voulez savoir quelle direction prendre.  

Pourriez-vous imaginer d’utiliser une carte pour savoir quelle direction prendre si vous refusez à admettre où vous êtes? 
Pourriez-vous imaginer un médecin essayant d’aider à vous sentir mieux, mais vous ne voulez pas décrire votre état actuel ?

Une des meilleures choses que vous pouvez faire pour vous est d’être présent avec vos sentiments et de dire: «Je suis là où je suis ». Dire cela ne signifie pas que vous avez échoué. Cela signifie que vous êtes assez courageux pour embrasser où vous êtes, afin de ne plus résister où vous êtes.  Et, ironiquement, vous ne serez plus coincé où vous êtes. Il n’y a pas de honte à avoir des difficultés. Avoir des problèmes n’est pas un défaut.

Bouddha avait des mauvais jours. Jésus avait des mauvais jours. Mohammad avait des mauvais jours. Vous ne rencontrerez pas une personne qui est exonéré de contraste et donc vous ne rencontrerez pas une personne qui est en alignement 24 heures par jour, sept jours par semaine. Attendre cela d’une personne est de la cruauté. 
Se sentir gêné ou honteux si vous êtes hors de l’alignement est de la cruauté. 
S’attendre à être en alignement 24 heures par jour, sept jours par semaine est de la cruauté. 
Et il est temps que nous cessions de perpétuer la cruauté en nous-mêmes ainsi que dans la communauté spirituelle. 
La pratique spirituelle est juste… une pratique. C’est encore une pratique pour ceux qui sont maîtres spirituels. L’alignement est quelque chose que nous devons maintenir. Ce n’est pas un prix que nous atteignons et qui nous donne l’alignement pour toujours, peu importe ce que nous pensons ou faisons. Alignement et l’illumination c’est quelque chose que nous maintenons en permanence. Nous choisissons ou non de nous aligner à chaque instant. Et la dénégation n’est pas un type d’alignement.
Donc la question est : Est-ce que vous rejetez vos sentiments?

Site web de Teal Swan: http://tealswan.com (en anglais)

CENTRE Céleste du monde du TAO

 

Selon les Taoïstes, chaque centre énergétique influe sur nos émotions en fonction. Lorsqu’on apprend à sentir ces divers points, ils s’ouvrent davantage et l’énergie peut circuler plus librement dans tout l’organisme. Ce travail avec les sensations est aussi une voie directe vers la connaissance de soi.

 

laotseu un temps taoiste

 

Centre du nombril

Il comprend le Dan Tien inférieur « centre physique du corps » où s’achemine le chi dans le corps.  

Centre sexuel

Chez les femmes il se localise un peu au-dessus du pubis entre les ovaires et chez les hommes, à la base du pénis, ce centre se trouve environ trois ou quatre centimètres à l’intérieur du corps. Il est le générateur fondamental d’énergie du corps humain. 

Centre du périnée
Le périnée est localisé entre les organes génitaux et l’anus. En raison de sa position anatomique, il relie les deux vaisseaux (Gouverneur et Conception) de l’orbite microcosmique et sert de fondation aux organes internes de l’abdomen. 

Centre du sacrum et du coccyx
Même si le sacrum et le coccyx sont distincts, ils sont considérés comme un seul et même endroit C’est dans le sacrum et le coccyx que se rassemblent d’importants nerfs provenant de glandes et d’organes. C’est aussi là que l’énergie monte dans la colonne vertébrale. Les Taoïstes pensent que c’est dans cette zone que l’énergie de la terre et l’énergie sexuelle sont affinées et transformées avant de monter vers les centres supérieurs. 

Centre du plexus solaire 

Situé au trois-quart de la distance qui sépare le nombril du bas du sternum, il est relié à plusieurs organes : l’estomac, la rate, le pancréas et le foie. C’est dans le chaudron du plexus solaire que l’énergie sexuelle (jing) et la force vitale (chi) se transforment en énergie spirituelle (shen). 

Centre des reins
Il se trouve entre les seconde et troisième vertèbres lombaires, vous pouvez le localiser en mettant votre doigt directement à l’opposé du nombril et en vous penchant vers l’avant, là où la vertèbre ressort le plus. Appelé Porte de la vie ou Ming Men, ce point stocke notre énergie prénatale (essence sexuelle). 

Centre des surrénales
Il est situé entre les onzième et douzième vertèbres dorsales, à l’opposé du plexus solaire, placé entre les deux glandes surrénales, glandes qui chapeautent les reins. Produisant l’adrénaline et la noradrénaline, et d’autres hormones, les surrénales sont la principale source d’énergie du système nerveux sympathique et sont activées en cas de stress. 

Centre du coeur

Du point de vue énergétique, le centre du cœur est situé entre les mamelons chez les hommes et environ deux ou trois centimètres au-dessus de l’extrémité du sternum chez les femmes. Il régit aussi le thymus : élément important du système immunitaire. 

Centre opposé du cœur 
Situé entre les omoplates et entre les cinquième et sixième vertèbres dorsales, ce centre a un rapport étroit avec le fonctionnement du cœur et du thymus. 

Centre de la gorge

Comprenant les glandes thyroïdes et parathyroïdes, il se trouve dans le creux en V au bas de la gorge, en haut du sternum. Il a pour fonctions : la parole, le rêve, la production d’hormones de croissance, la régulation du métabolisme…

Centre opposé de la gorge
Situé juste en dessous de la septième vertèbre cervicale, il constitue la jonction centrale où les énergies, les nerfs et les tendons du haut et du bas du corps se rencontrent. 

Centre du cervelet
Appelé coussin ou oreiller de jade, il est situé à la base du crâne au-dessus de la première vertèbre cervicale et dans le trou occipital. Comprenant le cervelet et le bulbe rachidien, il contrôle la coordination musculaire, la respiration et le rythme cardiaque. Pour les Taoïstes, ce centre sert à entreposer la force terrestre et l’énergie sexuelle affinée. 

Le centre de la couronne
Situé sur le sommet de la tête, au point de rencontre de la ligne médiane de la tête avec une ligne imaginaire qui court du sommet d’une oreille à son opposé. Ce centre a un rapport avec la glande pinéale, le thalamus et l’hypothalamus. Il est connecté au système nerveux central ainsi qu’au système sensoriel et moteur. 

Centre du troisième œil
Il se trouve entre les deux sourcils environ huit à dix centimètres à l’intérieur du cerveau. Ce centre produit les hormones qui régissent une grande diversité de fonctions corporelles, il est la demeure de l’esprit.

 

SOURCE http://www.taodelavitalite.org/

Les efforts suprêmes – le Bouddha a donné des instructions

 

 

bouddhaIl est assez facile de voir comment fonctionne notre esprit : il réfléchit, il réagit, il imagine souvent des choses, et il a aussi des sautes d’humeur. Toute personne qui ne médite pas aura tendance à croire à la réalité de ce que lui dit son esprit. Même ceux qui méditent croiront peut-être encore que les réactions de leur esprit aux stimulations extérieures sont justifiées ou que les humeurs qui leur arrivent doivent être prises au sérieux, que tout ce que fait l’esprit est dû à un événement extérieur et pas à une réaction intérieure. Il est facile de le constater si nous observons le processus de nos pensées, non seulement en méditation mais aussi dans la vie de tous les jours.

Le Bouddha a donné des instructions très précises pour que nous sachions comment contrer les états d’esprit négatifs et développer un état d’esprit positif. Ces instructions peuvent être résumées en quatre mots : éviter, dépasser, développer et maintenir. On les appelle les Quatre Efforts Suprêmes et nous les avons déjà évoqués brièvement. Ils comptent parmi les 37 facteurs d’éveil et doivent donc être intégrés dans notre pratique. Quand ils sont parfaitement développés, ils font partie du processus d’éveil.

Vous avez peut-être entendu l’expression : « Le nibbāna et le samsara se trouvent au même endroit ». Ces mots ne sont pas tout à fait exacts car un tel « endroit » n’existe pas. Mais comment le nibbāna – ou libération, émancipation, éveil – et le samsara – le cycle de la naissance et de la mort – peuvent-ils coexister ? D’une certaine manière, ils le peuvent puisque tous deux habitent notre esprit. Simplement, nous ne sommes conscients que de l’un des deux, c’est-à-dire de ce qui nous fait continuer à tourner dans le cycle de la naissance et de la mort. Cela ne s’applique pas seulement quand un corps cesse de vivre et qu’on appelle cela « mort » ou quand un nouveau corps apparaît et qu’on appelle cela « naissance ». En réalité, il y a constamment des naissances et des morts, à tout instant de notre existence. Il y a la naissance de pensées positives et négatives, et leur disparition. Il y a la naissance de sensations et de sentiments agréables, désagréables ou neutres, et leur disparition. Il y a la naissance de l’apparition de ce corps et sa mort d’instant en instant… sauf que nous ne sommes pas assez attentifs pour en être conscients.

Nous pouvons en prendre clairement conscience quand nous regardons une photo de nous prise dix ou vingt ans plus tôt. Notre apparence est tout à fait différente de ce que nous voyons actuellement dans le miroir mais cela ne veut pas dire que le corps a fait un bond de vingt ans dans le temps pour soudain prendre une nouvelle apparence. Il a changé d’un instant à l’autre jusqu’à ce que, après une certaine période de temps, cela nous devienne finalement visible. Avec une attention plus développée, nous aurions pu le savoir tout au long car la mort et la naissance interviennent constamment dans le corps, de même que dans les pensées, les sensations et les sentiments. C’est ce que l’on appelle le samsara, le cycle de la naissance et de la mort en nous-mêmes. Ce cycle existe à cause de notre profond désir de garder ou de renouveler ce que nous pensons être « moi ». Quand on est « libéré », ce désir cesse et ce qui est mort reste définitivement mort.

Bien que nous ayons le potentiel nécessaire pour nous libérer du samsara, notre conscience n’est pas capable de l’atteindre parce que nous ne nous intéressons qu’à ce que nous connaissons déjà. Nous sommes faits d’habitudes et avons tendance à suivre nos habitudes. Tous les méditants prennent conscience des habitudes de l’esprit ainsi que de leurs vieux schémas de réaction aux stimuli extérieurs que j’appelle « déclencheurs ». Ces réactions ne nous ont probablement pas été utiles dans le passé mais elles continuent à se produire par habitude. Il en va de même pour nos humeurs : elles apparaissent et disparaissent sans avoir plus de sens qu’un nuage dans le ciel qui dénote simplement le type de temps qu’il fait, sans qu’une vérité universelle s’y rattache. De même, nos humeurs dénotent simplement le type de temps que notre esprit a créé s’il a cru en la réalité de l’humeur.

Les Quatre Efforts Suprêmes consistent, avant tout, à éviter l’engrenage des pensées négatives. Si nous parvenons à voir qu’elles sont nuisibles, nous pouvons plus facilement accepter d’apprendre à fonctionner autrement. « Eviter » signifie que nous ne permettons pas à certaines pensées d’apparaître, pas plus en réaction à des humeurs qu’à des déclencheurs extérieurs. Si nous prenons conscience que nous réagissons toujours de la même façon au même type de situation, nous serons peut-être obligés d’éviter ces situations pour enfin apprendre, en profondeur, la leçon à en tirer. Tant que nous réagissons à une situation ou à une humeur, nous ne sommes pas en mesure de l’évaluer de manière neutre parce que nos réactions envahissent tout notre esprit.

Dans l’esprit du Dhamma, « éviter » signifie éviter les pensées négatives. Sur le plan pratique, cela nous amène peut-être à éviter les situations qui éveillent en nous cet état d’esprit, mais pas au point de fuir à la moindre provocation – ce qui est une manière bien connue mais inefficace d’échapper à des réactions désagréables. En général, fuir les situations qui engendrent des réactions négatives n’apaise pas notre esprit. C’est seulement s’il y a un déclencheur particulier qui éveille constamment en nous des réactions négatives que nous pouvons essayer de nous en éloigner, sans blâmer personne. Nous constatons simplement que nous ne sommes pas encore capables de nous maîtriser dans certaines circonstances.

C’est exactement comme lorsque, en méditation, nous avons une sensation douloureuse dans le corps : nous ne blâmons pas la sensation ; nous sommes simplement conscients que nous n’avons pas encore maîtrisé la non-réaction à la douleur et nous changeons de posture. D’un côté, il y a un mouvement physique, de l’autre, un mouvement mental, et tous deux signifient que nous n’avons pas encore tout à fait maîtrisé une certaine situation. Nous comprenons que nous avons encore beaucoup à apprendre sur nous-mêmes. Blâmer quoi que ce soit d’extérieur serait inutile, ne ferait qu’aggraver la situation et ajouter encore plus de pensées négatives.

Pour éviter l’apparition de réactions négatives dans l’esprit, nous devons être attentifs et savoir comment fonctionne cet esprit avant que cela ne passe par les mots. C’est quelque chose que nous pouvons apprendre en méditation. Là, le plus important des acteurs est l’attention, la présence consciente. Il n’est ni viable ni utile d’avoir des états d’esprit calmes et paisibles si nous ne sommes pas pleinement conscients de la façon dont nous y sommes entrés, nous y sommes restés et nous en sommes sortis. Apprendre cela de notre pratique méditative nous permet de comprendre comment notre esprit fonctionne dans la vie de tous les jours avant même qu’il n’exprime des pensées comme : « Je ne supporte pas cette situation » ou : « Je déteste cette personne ». Quand les pensées sont verbalisées, l’état d’esprit négatif est déjà dans la place.

Avant de permettre à l’esprit de tomber dans ce piège, nous pouvons prendre conscience d’une sensation dense et désagréable qui nous avertit qu’un état d’esprit négatif approche et qu’il peut être lâché avant de s’installer. Il est beaucoup plus facile de lâcher la négativité avant qu’elle ne s’empare de nous mais elle est plus difficile à discerner à ce moment-là. Quand nous remarquons l’approche d’un état d’esprit qui ne semble pas accompagné de paix et de joie, nous pouvons être sûrs qu’il sera négatif. Plus nous nous entraînons à être attentifs à nos états d’esprit, plus nous réalisons combien nous créons de souffrance pour nous-mêmes et pour les autres en ayant des pensées négatives.

Quand nous n’avons pas été capables d’éviter une pensée négative, nous devons pratiquer le second effort : la dépasser. Comme il est difficile d’être assez vif et conscient pour éviter l’apparition de la négativité, nous devons apprendre parfaitement comment la dépasser. Lâcher une pensée est une action qui n’a rien de passif mais c’est difficile parce que l’esprit a toujours besoin de s’accrocher à quelque chose. En méditation, nous avons besoin de nous accrocher à un objet comme la respiration ou les sensations physiques avant que l’esprit puisse se calmer et s’apaiser. C’est pourquoi, quand nous voulons dépasser un état d’esprit négatif, il est plus facile de le remplacer par une pensée positive que simplement essayer de lâcher la négativité.

Si nous gardons à l’esprit des états négatifs pendant un certain temps, ils s’installent en nous de plus en plus commodément et, dans le même temps, nous avons de plus en plus tendance à croire à ce qu’ils nous racontent. Nous aurons alors des pensées comme : « Je déteste les gens qui ne sont pas du même avis que moi » ou bien : « J’ai toujours peur quand j’entends le tonnerre ». Ces affirmations stigmatisent notre caractère et ne font que gonfler un peu plus notre ego. Si ces états d’esprit se sont inscrits dans notre caractère, c’est uniquement parce que nous avons accueilli la négativité pendant tellement longtemps que nous ne pouvons même plus imaginer pouvoir exister sans elle. Pourtant, il ne s’agit que d’états d’esprit nuisibles qui peuvent et doivent être changés. Plus vite nous les remplacerons par d’autres, mieux ce sera pour la paix de notre esprit.

Si nous éprouvons de l’antipathie ou de l’aversion pour une certaine personne, il sera bon, par exemple, de nous rappeler quelque chose de bien à son propos et ainsi pouvoir remplacer la pensée négative par quelque chose de concrètement positif. Tout le monde a des qualités et des défauts ; si nous nous arrêtons seulement sur les aspects négatifs, nous serons sans cesse confrontés à cet aspect plutôt qu’à son contraire. Avec certaines personnes, ce sera plus difficile qu’avec d’autres, mais ces personnes sont là pour nous tester, en quelque sorte. Dans la vie, personne n’échappe à ce genre d’épreuve. La vie est un cours d’éducation pour adultes avec de fréquents examens qui arrivent sans prévenir. Et, comme nous ne savons pas d’avance ce qui nous attend, nous ferions bien d’être prêts à tout moment.

Quand nous apprenons à remplacer un sentiment négatif par un positif et que nous y parvenons pour la première fois, nous prenons confiance dans nos capacités ; il n’y a pas de raison pour que nous ne puissions pas le refaire à chaque fois que nécessaire. Le soulagement que nous ressentons nous apporte tout l’encouragement dont nous avons besoin pour pratiquer.

Quand nous sommes confrontés à des situations que nous trouvons difficiles à supporter, nous pouvons nous rappeler que nous sommes face à une expérience d’apprentissage. Dépasser un état d’esprit négatif nécessite une force intérieure que nous développons grâce à la pratique de la méditation. Si nous ne sommes pas encore capables de maintenir notre attention où nous le voulons pendant la méditation, nous ne pourrons pas non plus changer d’état d’esprit à volonté. Plus nous affinons la qualité de notre méditation, plus il nous sera facile d’« éviter » ou de « dépasser ». De la même manière, en remplaçant au quotidien les états d’esprits négatifs par des positifs, nous facilitons notre méditation. Quand nous comprenons que notre esprit n’est pas une entité solide, obligée de réagir d’une certaine façon, mais quelque chose de malléable et changeant qui peut aussi être clair et lumineux, nous essayons de le protéger de mieux en mieux contre toute forme de négativité. Pour les personnes qui commencent la méditation, c’est souvent une révélation de découvrir que l’esprit n’est pas un réacteur figé auquel on peut faire confiance mais qu’il peut, au contraire, être influencé et changé à volonté.

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Sans cela, nous ne pouvons pas développer le regard intérieur qui est la première étape sur la voie spirituelle. Développer des états d’esprit positifs signifie que nous essayons de les cultiver quand ils ne se sont pas encore manifestés. Si l’esprit reste neutre ou s’il a tendance à peser, juger et critiquer, à être facilement blessé ou égocentrique, nous controns délibérément ces tendances pour cultiver des états d’esprit positifs. Nous reconnaissons que tous les états négatifs bloquent le chemin du bonheur, de la paix et de l’harmonie. Quand nous développons la compassion et la bienveillance envers tous les êtres, quand nous nous réjouissons du bonheur des autres et que nous savons rester neutres face à l’adversité, nous constatons par nous-mêmes que ces états d’esprit nous apportent un bien-être intérieur. Par conséquent, nous essaierons inlassablement de cultiver les états d’esprit qui mènent à ce bien-être personnel. Quand le point de départ de cette nouvelle attitude est cette compréhension – que les états positifs sont bons pour nous – c’est une formidable avancée en profondeur. Quand notre esprit est en paix, nous comprenons que, si nous réagissons négativement aux innombrables situations négatives qui existent dans le monde, cela ne fera que redoubler la souffrance qu’elles engendrent déjà. La situation n’en sera ni allégée ni facilitée pour personne.

Si nous développons la capacité de voir ce qu’il y a de positif en toute chose et d’utiliser tout ce qui arrive dans notre vie comme une occasion d’apprendre, tout en essayant de garder clairement en nous les quatre émotions suprêmes mentionnées plus haut (bienveillance, compassion, joie dans l’altruisme et sérénité), il ne reste plus que le dernier « effort » à accomplir : maintenir les états d’esprit positifs bien en place. Pour qui n’a pas atteint la complète libération de toutes les tendances sous-jacentes, il est impossible de maintenir un état positif tout le temps. Toutefois, notre attention peut être assez affinée pour nous faire savoir quand nous avons dérapé. C’est cette attention dont nous avons besoin pour que les choses changent. Quand nous ne sommes pas capables de rester dans un état d’esprit sain et positif, nous pouvons toujours essayer à nouveau. Par contre, si nous commençons à nous faire des reproches ou à blâmer les autres, nous ne ferons qu’ajouter un nouvel état d’esprit négatif au premier et nous entraverons nos progrès.

Nous pouvons toujours acquérir de nouvelles compétences – nous avons tous acquis des compétences dans cette vie. Maintenir un état d’esprit positif est un talent qui vaut vraiment la peine d’être cultivé, bien plus que toutes sortes d’autres compétences. Il ne s’agit pas d’un trait de caractère que l’on possède ou pas. Tout le monde est capable de cultiver ce qui est positif dans son esprit et de laisser passer ce qui ne l’est pas. Cela ne veut pas dire non plus que, désormais, nous trouverons tout beau et merveilleux. Ce ne serait pas réaliste. Ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience que, bien que la négativité existe en nous et en dehors de nous, le rejet et le refoulement ne sont pas des réactions efficaces pour nous apporter la paix et le bonheur. Le plus élevé de tous les états émotionnels est l’équanimité, l’égalité d’humeur. On la développe grâce à la pratique de la méditation et elle est fondée sur la vision intérieure profonde. Dans la vie de tous les jours, elle est l’outil qui nous permet de développer et de maintenir un état d’esprit sain et positif.

Il n’est guère utile de refouler notre négativité, pas plus que de penser : « Je devrais être comme ceci ou comme cela ». Tout ce qu’il faut, c’est prendre conscience de ce qui se passe en nous et apprendre l’art de changer notre état d’esprit à volonté. Au bout de quelque temps, notre esprit sera comme un instrument bien accordé, le seul instrument de tout l’univers qui puisse nous libérer de toute forme de souffrance. Nous disposons tous de cet instrument, et les directives du Bouddha nous apprennent l’art qui consiste à l’utiliser au mieux : ne pas croire à la réalité de ses humeurs ni de ses réactions aux stimulations extérieures, mais observer l’esprit, le protéger et réaliser son potentiel de libération complète.

Si nous voulons que notre outil soit efficace, nous devons en prendre soin de la meilleure façon qui soit ; nous ne devons pas laisser la moindre particule de saleté s’accumuler dessus et le nettoyer aussi vite que possible. Le même critère s’applique à notre esprit. C’est probablement la chose la plus difficile à apprendre et c’est pourquoi peu de gens s’y engagent. Mais un méditant est précisément sur ce chemin-là quand, ayant constaté combien les pensées sont fantaisistes et éphémères, il comprend qu’il ne faut pas croire à tout ce que l’esprit raconte.

Les Quatre Efforts Suprêmes sont dits « suprêmes » pas seulement parce qu’ils sont suprêmement difficiles mais aussi parce qu’ils sont suprêmement bénéfiques. Un méditant sérieux souhaite transcender la sphère humaine pendant qu’il est encore dans cette forme humaine et ces quatre efforts sont le défi à relever. Ils sont tellement bien expliqués par le Bouddha que nous voyons clairement les difficultés qui se présentent à nous et les raisons pour lesquelles nous errons encore dans le samsara. Mais nous ne sommes pas obligés de continuer ainsi jusqu’à la fin des temps. Quand on connaît le chemin et la façon de le suivre, on a l’occasion de se libérer de tous les empêchements.

 

Ayya Khema Traduction de Jeanne Schut : http://www.dhammadelaforet.org/

  Quatrième partie de la transcription de la Retraite intitulée Here and Now

Un héritage qui garde espoir

 

 

Islam 00012Maintes et maintes fois, nous avons tous entendu nos aînés parler d’un âge d’or révolu. Dans les époques de confusion qui secouent l’humanité, nous avons trouvé, sous une forme soi-disant littéraire sophistiquée, un semblant de réconfort dans les légendes rapportées sur le passé de nos ancêtres. Ces souvenirs récurrents de ceux qui sont perçus comme mentalement faibles ont d’une certaine manière réussi à jeter une nuance dorée sur la frange de notre temps présent, nous amenant étrangement à ressentir la nostalgie du passé. Les désirs d’aujourd’hui ne sont pas totalement détachés du passé. Le désir d’une telle continuité du temps traverse les esprits alors qu’ils accomplissent la tâche la plus terre à terre, supprimant petit à petit le sens de l’accomplissement. Et un jour, sans s’y être réellement confrontés, ils se demandent pourquoi aujourd’hui ils se sentent aussi inutiles.

Aujourd’hui, ceux qui font profession d’identifier et de soigner ces sentiments de vide et de solitude vécus par le moi ont présenté une panoplie de solutions, en général emballées dans divers discours intellectuels. Les gens se confrontent à chacun de ces discours, espérant que l’un d’entre eux sera après tout leur visa estampillé vers les entrées dorées de l’illumination. Le temps déballe chaque solution et dévoile son contenu. L’histoire se tient comme un cimetière, portant témoignage de l’inadéquation des critiques philosophiques et des discours théoriques de la modernité et de la postmodernité. Le monde est toujours en situation de chaos et, au sein du milieu existentialiste, les êtres humains s’interrogent toujours sur leur existence solitaire. 

Il semble que l’histoire ait sélectionné une poignée de gens qui se sentent destinés à sauter dans l’arène du combat intellectuel, se précipitant au secours de l’humanité. L’homme ordinaire se retrouve dans un laboratoire littéraire, où il est abandonné pour expérimenter les médicaments les plus récents à avoir été prescrits pour son affliction. Dans une tentative désespérée pour se libérer des attaques des –ismes dont l’âge de la modernité et de la postmodernité nous accable, les intellectuels de notre époque ont inventé une nouvelle mixture littéraire. L’ère des –ismes est terminée. Bienvenue à l’ère des paradoxes. Il existe une tendance croissante à juxtaposer des choses dérisoires en guise de faits et de vérités universelles. 

Si les gens peuvent lever les barrières qui les séparent des autres, et se laisser aller à leur inclination au Bien et à l’Absolu qui font partie de leur nature humaine, qu’ils seront capables d’être à la hauteur de la responsabilité morale qui est la leur, non seulement vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs contemporains, mais aussi vis-à-vis de leur descendance future. En ces temps de besoin, ce n’est pas une autre soi-disant révolution intellectuelle rendue séduisante qu’il nous faut, mais plutôt une grande revivification intellectuelle de l’évaluation de son propre moi par l’être humain. Les centres éducatifs et les grands groupes de réflexion peuvent apporter une aide, mais un revivalisme révolutionnaire de ce qui peut nous aider à trouver une continuité positive avec le passé et un lien bénéfique avec le futur pourrait contribuer à commencer doucement. La main boueuse d’un enfant suffit pour tendre un miroir à chacun d’entre nous, faisant ainsi voler en éclats toute prétention à l’unicité ou à l’isolement. Ce bref trésor boueux nous rappellera de quoi nous sommes faits et ce que nous signifions les uns pour les autres. Je crois que, dans cette prise de conscience pleine d’humilité, scintille un grand espoir.

Extrait des propos de Raaza Jamshed Butt qui possède une maîtrise en relations internationales de l’université Islamique Internationale de Malaisie.

L’architecture sacrée équilibre les forces de la Terre et du Ciel

 

Des pyramides aux cathédrales, les anciens bâtisseurs savaient marier leur double connaissance du tellurisme et de la dynamique des formes, pour servir un propos symbolique et spirituel : mettre en relation la Terre et le Ciel. « Ils connaissaient la lettre G », dit la tradition. Que cache cette formule ? Et quel rôle une telle architecture pourrait-elle jouer aujourd’hui ?

L’architecture sacrée est une drôle de dame, elle ne se montre que pour mieux se cacher. Pyramides, temples, cathédrales, synagogues ou mosquées, ses édifices couvrent le globe et sont connus de tous. Après des siècles d’existence, ils n’ont rien perdu de leur force. Athée convaincu ou adepte d’une autre religion, nul ne peut les visiter sans éprouver un sentiment de paix qui élève l’esprit et arrache brièvement à la condition humaine. Des règles qui leur ont donné naissance, nous ne savons pas grand-chose, sinon que leurs concepteurs « connaissaient la lettre G ».

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G comme Géographie

Imprégnés de culture chamanique, les bâtisseurs des premiers temples n’ignoraient pas que le choix d’un lieu de construction n’est pas neutre. Leurs successeurs pensaient-ils toujours, comme aujourd’hui la géomancie, que les forces cosmo-telluriques s’assemblent en certains endroits pour créer un espace favorisant l’élévation de la conscience humaine ? Ou voulaient-ils simplement conserver le lieu pour mieux écraser l’ancien rite ? On l’ignore, mais une chose est sûre : ils se contentèrent souvent de rebâtir sur les anciens sites sacrés, en adaptant leurs constructions à l’idée du divin de leur époque. Ayant décidé de garder l’emplacement, c’est sur l’orientation des constructions (l’autre élément de leur ‘géographie’) qu’ils jouèrent. La plupart du temps, celle du nouvel édifice différait de celle de l’ancien, et témoignait d’une volonté que l’architecture sacrée appelle « l’intention principale » ayant présidé à sa construction. Ainsi, les mosquées sont tournées vers La Mecque, les synagogues vers Jérusalem et les églises chrétiennes ont traditionnellement leur chevet à l’est et leur entrée à l’ouest. Mais de nombreuses chapelles du Moyen Age ont une orientation différente, une « dédicace », qui aligne avec précision leur axe principal vers le point où se lève le soleil au matin de la fête du saint auquel l’édifice est consacré.

G comme Géométrie

Si l’intention principale des bâtiments religieux était d’honorer un dieu ou un saint, une autre ambition, plus subtile et ésotérique, habitait également leurs concepteurs : permettre aux êtres humains d’évoluer, tel un creuset alchimique où le plomb se change en or. Pour réaliser cette transmutation, les proportions, les formes, les angles, les ouvertures de l’édifice jouaient leur rôle. Ici entrait en jeu la géométrie sacrée, appelée autrefois ‘art du trait’ ou ‘art royal’. Les architectes avaient la conviction que la géométrie, comme l’écrivit au début du XVIIè siècle l’astronome Johannes Kepler, « existait avant la création des choses éternelles comme le divin esprit, bien plus, elle est Dieu et c’est elle qui Lui a donné les clés pour la création du monde ». Remontant, en Occident, aux mathématiques de l’école pythagoricienne et aux « corps parfaits » de Platon (reliés aux quatre éléments), et nourri des compétences techniques des constructeurs du temple de Salomon et des pyramides égyptiennes, ce savoir s’appuyait sur une connaissance symbolique des nombres et de leurs rapports entre eux, sur des règles d’analogie et des lois de similitude. Réservé aux maîtres bâtisseurs après un long parcours comme apprentis puis compagnons, il permettait de matérialiser dans l’espace le lien entre les mondes spirituel et matériel.

Le chiffre 4, par exemple, donne le carré, le rectangle, le cube. C’est une forme peu répandue dans la nature, et de création humaine. Symbole d’humanité – et déployée plus tard en croix dans les églises chrétiennes – elle servait de modèle aux alignements des fondations et à la base des édifices. Le cercle, invention divine à l’instar de la voûte céleste et de la rondeur des planètes, aidait au dessin des croisées d’ogive ou des coupoles. L’utilisation du nombre d’or, la « divine proportion », permettait à toutes ces formes de s’approcher au mieux de l’harmonie parfaite.

Un renouveau en vue

A l’heure où chaque maison aurait besoin de devenir un temple, l’architecture sacrée ne mériterait-elle pas d’être plus répandue, de devenir laïque ? Ignorée des écoles, diluée sous forme de principes moraux dans l’enseignement des Compagnons du tour de France, ou de raisonnements purement spéculatifs dans celui de sociétés initiatiques comme la Franc-Maçonnerie, elle reste un objet de recherche pour quelques amateurs éclairés et professionnels atypiques. Ils tentent de retrouver, en prenant les mesures des édifices anciens, les tracés régulateurs qui leur donnèrent naissance, ou développent leurs propres méthodes à partir de techniques plus modernes et de leurs intuitions. Sauront-ils redonner vie à l’art « royal » ? On trouve déjà, ici ou là, des caves de vinification, des centres d’aide par le travail ou des lieux de séminaire construits selon ces principes. Une nouvelle génération de bâtisseurs semble se mettre en marche. Alors, à quand des hôpitaux, des parlements, des immeubles capables de prodiguer à leurs hôtes illumination, sagesse et sérénité ?

De mystérieux tracés 
Les plans des maîtres d’œuvre de l’architecture sacrée se nommaient, au Moyen Age, « tracés régulateurs ». Mais régulateurs de quoi ? Des énergies cosmo-telluriques, de vibrations issues des bâtiments, de la juxtaposition de différentes formes, de leurs proportions, de tout cela à la fois ? Schémas complexes, souvent à base de pentagones, d’hexagones et d’octogones inscrits dans un cercle, ils étaient tenus secrets : on ne possède que quelques dessins, tels, en France, les carnets de Villard de Honnecourt, maître d’œuvre au XIIIè siècle.

Les hauts-lieux

L’un des plus anciens sites de prière au monde, à Louxor en Egypte, a vu se succéder temple au dieu Amon, sanctuaire gréco-romain, église chrétienne et aujourd’hui mosquée. On pourrait multiplier les exemples : église du Panthéon à Rome, Notre Dame de Paris, cathédrale de Chartres ou de Cordoue, toutes sont bâties sur d’anciens lieux de cultes païens, souvent à l’aide des mêmes matériaux, comme ces colonnes d’un temple dédié à Mars intégrées dix siècles plus tard dans l’église Saint Pierre de Montmartre. Quant à la Kaaba, autour de laquelle les musulmans tournent lors du pèlerinage à La Mecque, elle contient une pierre noire vénérée en ce lieu longtemps avant la naissance du Prophète.

Article de Sylvain Michelet

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