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Rituel familial de la Pleine Lune

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I l y a deux ans, conjointement avec une de mes classes à l’Ocean Seminary College, j’ai réalisé qu’il était grand temps pour moi d’essayer d’offrir des expériences et des nourritures spirituelles aux membres de ma famille proche pendant l’année. Je voulais d’abord être la prêtresse de mon propre foyer.

Et c’est à cette époque, que mon idée du Joyeux Rituel Familial de la Pleine Lune est née et nous l’avons, depuis, gardée, avec divers degrés de succès. J’envisage habituellement un délicieux rituel familial avec des connections affectueuses, un symbolisme chargé de sens, des expériences spirituelles, et peut être un cercle de percussions. Quand je leur demande ce qu’ils veulent faire pour le Joyeux Rituel Familial de la Pleine Lune, mes enfants veulent d’habitude manger des friandises et regarder des films. Bien que nous ayons eu quelques expériences magiques intenses ensemble, souvent, la pleine lune me prend de court, me rendant de mauvaise humeur et non prête pour de fabuleuses joyeuses pleines lunes, et au lieu de cela je mets en place des rituels de joyeuse pleine lune à la hâte et plutôt médiocres.

Dernièrement, je me plaignais du fait que j’allais peut être arrêter d’essayer, parce que ça ne semble tout simplement pas fonctionner. Puis, j’ai eu plusieurs révélations. Premièrement, en faisant quelque chose comme ça pour des enfants, j’ai besoin que cela soit simple. Deuxièmement, moins de parlotte de Molly = plus d’amusement pour la famille (les enfants ont besoin d’avoir des moments actifs, verbaux, dynamiques dans le rituel). Troisièmement, plutôt que rejeter ce qu’ils me proposent sous prétexte que ça ne fait pas assez «rituel»?

En ayant ces pensées à l’esprit, j’ai griffonné un rituel très simple. Nous l’avons fait le mois dernier et c’était merveilleux.

En fait, mon garçon, âgé de 7 ans, qui est connu pour être à moitié sauvage, très physique et pas particulièrement diplomate dans ses relations avec les autres ou le monde, nous a demandé de tenir nos bougies au niveau de nos cœurs et de dire que nous sommes reconnaissants pour l’amour et la lumière dans nos cœurs. Puis, il a dit «merci merci de faire ce genre de choses pour nous maman, j’aime vraiment bien». Voici le rituel que nous avions conduit sur la terrasse à l’arrière de la maison au clair de la pleine lune.

Chacun d’entre nous a apporté une bougie et un objet pour l’autel familial, représentant quelque chose que nous aimerions voir grandir et se développer durant le mois qui suit : – faire le cercle et placer les mains sur le dos des uns et des autres et faire un son (un ronronnement de groupe) ensemble pour unifier nos énergies et nous amener à l’intérieur de l’espace du rituel. Je fais déjà cela à chaque rituel que j’officie parce qu’il s’agit d’un moyen très liant pour appeler le cercle avec nos propres corps et notre énergie physique.

Nous ronronnons habituellement trois fois. Avec les enfants, parfois, ça ne se fait pas à l’unisson et mes yeux rencontrent ceux de mon mari au-dessus de leurs têtes dans un effort pour réprimer le rire que nous cause le son discordant que nous avons créé. – Invoquer en utilisant le corps (j’ai eu le sentiment que ça pouvait bien marcher avec les enfants, parce que ça demande de s’impliquer physiquement, pas seulement d’écouter). Tournez-vous vers le sud et frottez vos mains, en sentant la chaleur générée par votre propre corps. Le feu vit en vous. Bienvenue au feu, bienvenue au sud (les enfants répètent avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme). Tournez-vous vers l’ouest et léchez vos lèvres, sentant l’eau de votre propre corps et la manière dont elle se connecte avec les eaux du monde entier. L’eau vit en vous.

Bienvenue à l’eau, bienvenue à l’ouest. Tournez-vous vers le nord et sentez la force et la stabilité de votre propre corps, connecté à la terre.

Tournez-vous vers la personne à côté de vous et faites lui une accolade, sentant sa présence solide. La terre vit en vous.

Bienvenue à la terre, bienvenue au nord. Tournez-vous vers l’est et prenez une respiration profonde à l’unisson, inspirez, expirez, en sentant la respiration de la vie dans votre corps.

L’air vit en vous. bienvenue à l’air, bienvenue à l’est.

- Puis, tenant nos bougies, baignées par le clair de la pleine lune, nous avons partagé nos souhaits et nos objectifs pour le mois à venir, ainsi que ce que nous avions apporté pour l’autel familial et ce que cela représentait.

- Nous avons mangé les cookies de la pleine lune pour symboliser l’engagement vis-à-vis de nos intentions.

- J’ai offert une prière pour le rassemblement familial que j’ai récitée de manière intuitive et les enfants répétaient après moi chaque vers, tels que «que nous puissions célébrer les succès des uns et des autres, que nous puissions communiquer positivement…»

- Se tenant les mains, je les ai remerciés de leur participation, «que le cercle s’ouvre…» et nous avons clos la séance à l’intérieur pour mettre nos objets sur l’autel familial. J’avais aussi décidé de faire un dîner simple pour qu’aucun n’ait à passer trop de temps en cuisine, alors j’ai fait du poulet et des pommes de terre au rôtissoire et une salade. Nous sommes rentrés à l’intérieur et avons regardé notre programme télévisé préféré, Face Off, ensemble, durant le dîner. Nous avons encore profité des cookies de la pleine lune pour le dessert et les enfants ont fait du chocolat chaud à boire. Et après, nous avons joué un peu de tambourin.

Recette des cookies de la pleine lune :

- 3/4 tasse de beurre ramolli

- 1/3 tasse de sucre

- 2 tasses de farine

Mélanger les ingrédients jusqu’à ce que cela forme une pâte épaisse, en rajoutant un peu de beurre s’il le faut. Rouler et couper en cercles de pleine lune. Cuire à 180°C pendant 20 minutes. Pour la moitié des cookies, nous avons fait fondre des copeaux de chocolat et nous avons trempé une moitié de cookies dedans, pour faire des cookies demi-lunes pour aller avec les pleines lunes.

Retrouvez les articles de Molly en anglais sur goddesspriestess.com  

L’étang de Walden

 

téléchargement (2)Patrick Rambaud s’arrête au bord de l’étang de Walden. C’est à deux kilomètres de son village. Voyager, s’isoler, ce n’est pas forcément courir aux antipodes. Il s’en explique : « C’est en vain que nous rêvons d’une solitude lointaine. Elle n’existe pas… Je ne trouverai jamais dans les déserts du Labrador une solitude plus intense que dans certains coins de Concord, c’est-à-dire la solitude que j’y apporte. Noblesse et vertu, cela suffirait à rendre la surface du globe, partout, neuve et sauvage, riche d’émotions… »
Il va demeurer deux ans à Walden, dans la cahute qu’il a lui-même construite en planches. Il écrit : « Je gagnais les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je pourrais apprendre ce qu’elle avait à enseigner… »

Au début, très occupé à monter ses murs et à faire du feu, il néglige sa chère lecture, mais il lui arrive de comparer le ou-lou-lou du chat-huant aux poèmes de Ben Jonson… Il goûte le silence.

ela me rappelle un séjour dans un chalet de haute montagne. Sur le balcon, un ami s’affole : « Viens! Mais viens vite ! » J’accours. Je ne vois rien, dans la nuit, je n’entends pas un bruit. « Qu’y-a-t-il ? » L’autre, un peu inquiet, me dit : « C’est effrayant, non ? – Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a de si terrible ? – On n’entend rien ! » Le silence absolu fait peur. Seul le sang bourdonne dans les oreilles. Les marmottes sont endormies. Les rochers se taisent. Pendant la journée, Thoreau s’habitue à de nouveaux bruits domestiques qui lui paraissent des musiques : des écureuils piétinent le toit, un lièvre gratte sous la maison, des oies sauvages plongent, des oiseaux discutent… Il note les couleurs changeantes de l’étang, vert foncé ou bleu selon les heures ou les points de vue, mange un rat frit ou des myrtilles.

Cela lui suffit.

Il médite.

Bientôt, son champ de haricots l’obsède. Il le bichonne. Il maudit les vers qui le saccagent, puis, à la récolte, comme il en a beaucoup trop, il s’en va au village en échanger des sacs contre du riz. Thoreau n’a pas rompu avec Concord. Il va y observer les paysans avec un regard de zoologue, les considère de la même façon qu’une colonie de rats musqués qui s’affaire dans les marais. Il n’y voit aucune différence. Ne riez pas : les navigateurs solitaires d’aujourd’hui communiquent par télex, reliés à la terre ferme par des satellites, et ils naviguent sur des coques aux noms de moutardes et d’alcools forts. Thoreau ne songe pas à l’exploit. Ce n’est pas non plus Robinson dans son île. D’ailleurs, des curieux viennent le visiter, en se moquant sans doute du faux ermite, de l’original. La plupart de ces gens l’agacent. Avec d’autres il discute.

Surtout, il s’étudie lui-même, et, grâce à cette retraite, y consacre ses jours et ses nuits: « Une fois ou deux je me surpris àerrer dans les bois, comme un limier qui crève de faim, dans un étrange état d’abandon, en quête d’un gibier à dévorer tout cru. Aucun morceau ne m’aurait paru trop sauvage… » Les scènes barbares de la nature lui deviennent familières. Aux citadins qui s’extasient devant la course de deux poissons dans la rivière, il pourrait répondre que le gros cherche à manger le petit, qu’il n’y a rien de gracieux dans ce ballet vital. Il découvre ainsi sa part de sauvagerie et l’assume, en contrepoint de ses aspirations plus nobles. Il est primitif et spirituel. II l’accepte. Il devient un temps végétarien, parce qu’il répugne à sortir les boyaux du brochet qu’il vient de pêcher.

Qu’a-t-il découvert à Walden ?

Qu’on a beau apprendre toutes les langues de la terre, y compris celle des abeilles, filer à Zanzibar ou à Pékin, se conformer à mille coutumes, échapper aux cannibales et à des tempêtes, découvrir des territoires vierges, cela ne sert à rien. Le bout du monde est au bout de votre chambre. La seule exploration authentique est dans votre tête. Espionner les girafes ? Très bien. Courir la Terre de Feu ? Parfait. Devenir président ? Si cela vous chante. Voler dans les airs ? Bof… Des distractions. Des écrans qui vous empêchent de connaître votre mesure. Mieux vaut comprendre que la vie est en nous comme l’eau dans la rivière : il y aura des années sèches, des années fertiles, des années d’inondation…

C’est là qu’Henry rejoint le chef Red Cloud de la tribu Oglala, les chamans et les chasseurs Navajos, Shawnees ou Sioux. Comme Crow foot le Pied Noir, Thoreau pourrait nous dire : « Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant. » Comme cette vieille femme Wintu, indienne de Californie qui se désole quand les mineurs d’or ont dévasté sa forêt, il nous prévient : « Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l’homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit :  » Arrête, tu me fais mal. » Mais l’homme blanc n’y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu… Comment l’esprit de la terre pourrait-il aimer l’homme blanc ?.. Partout où il la touche, il laisse une plaie. »

 

Les créateurs du troisième millénaire

 

images (4)Car ils vivaient tous dans un monde dont la course folle allait devoir changer. L’avenir annoncé était effrayant : troubles politiques et sociaux ne pouvaient que naître d’injustices économiques devenues trop criantes, et des désastres environnementaux finiraient par résulter de l’exploitation effrénée de la nature.

Depuis quelques années, pourtant, certains sentaient les prémices d’autres valeurs, plus féminines peut-être, si l’on accorde cet adjectif au souci pour l’avenir de la Terre que ces valeurs partageaient. Dans le même temps, d’ailleurs, la maîtrise de la procréation aidant, une révolution des mœurs avait lieu, remettant en question les différences sexuelles établies. De vieux carcans comportementaux tombaient. Des communautés cherchaient à se créer pour influencer le cours de l’histoire et rester libres.

Ils devinaient confusément que les changements à venir mettraient en action les valeurs culturelles liées aux problèmes écologiques et aux symptômes sociaux. Ce dont le monde allait vraiment avoir besoin, c’était d’une transformation culturelle radicale, permettant de mettre fin aux contradictions dans lesquelles, pour la plupart, tous vivaient. On pourrait résumer ces contradictions ainsi : pour garantir son avenir individuel immédiat et celui de ses proches, chacun était conduit à participer, tantôt comme consommateur tantôt comme producteur, à une vaste entreprise de destruction visant la nature autant que les rapports entre les hommes ; entreprise contre laquelle sa conscience s’insurgeait mais qui semblait inscrite dans un inexorable déroulement. Cette schizophrénie et ce sentiment d’impuissance n’allaient pas sans générer de nombreux maux, que le confort, les divertissements ou les tranquillisants ne résolvaient pas tous, loin de là.

L’un aurait aimé, par exemple, que les rapports soient plus conviviaux et moins tendus dans sa vie professionnelle, mais la « réalité » qu’il pressentait (les structures de pouvoir, la compétition économique) l’obligeait à se comporter à l’encontre de ses aspirations. Comment, pour celui qui y croit, respecter les Dix Commandements dans un monde de l’entreprise où mentir, exploiter, trahir et voler sont devenues des lois ? En slalomant péniblement entre morale, peur et intérêt ?

L’autre sacrifiait sa vie familiale à son travail, alors même qu’il croyait agir pour le bien de son foyer. Les enfants ne comptent-ils pas plus que tout ? Mais comment le manifester ?

Un troisième, engagé corps et âme dans le progrès technique, aurait souhaité que la course au profit ne le rende pas si mortifère.

Un autre enfin, croyant tirer son épingle de cette botte de foin, cultivait en public le cynisme mondain convenant à l’époque, le temps d’oublier que, seul, il aurait bien aimé jouer plus et moins se divertir.

Et tous connaissaient parfois, aux moments les plus tendres, cet élan de compassion que provoque l’indécent spectacle de la misère du monde ; ou celui, plus joyeux, que sait procurer l’espoir.

À mesure que les contradictions approchaient de leur point de rupture, les malaises devenaient des maux : crise du couple, des valeurs, des institutions, crise écologique, économique, psychologique, politique et morale. Le nouveau millénaire s’annonçait dans le chaos. Il imposait de choisir entre :

- Fermer les yeux et se plonger dans le confort de la cécité pour tout oublier ;

- Regarder monter frustrations et troubles psychologiques, sans rien dire, en attendant une inexorable explosion ;

- Rester vigilant, poser des questions, chercher des réponses, ensemble, et se retrouver alors propulsé hors du nid douillet de l’habitude, pour entrer dans la tourmente d’un passage obligé procurant à tous alternativement le sentiment de l’angoisse, du vide et du doute, mais aussi l’intuition optimiste qu’en réfléchissant un peu, collectivement, ils pourraient s’en sortir pour aller vers un monde meilleur.

Un monde sans tracé ni carte, qu’on ne pouvait approcher par aucune religion ni pensée préconçue. Où l’on ne pouvait entrer qu’en suivant sa propre source intérieure, sa propre autorité – s’obligeant pourtant à coopérer avec les autres hommes…

Certains y furent propulsés sans l’avoir choisi : rencontre bénéfique – comme pour notre voyageur -, mais plus souvent : maladie grave, perte d’un être cher, revers de fortune, guerre. D’autres y entrèrent parce qu’ils cherchaient quelque chose de plus profond que tout ce que qu’ils avaient vécu jusqu’alors, et notamment de plus libérateur que les idéologies, religions, drogues ou sectes. Dans un cas comme dans l’autre, il convenait de laisser le processus se dérouler à son propre rythme, de redécouvrir un don humain fondamental : la confiance dans l’inconnu. Cette confiance qui permet de se perdre pour se refondre, de se donner d’abord pour ne recevoir que la seule joie d’avoir donné. Ne pas fuir, être capable d’affronter de face la perte de ce qu’ils croyaient être leur essence même, voilà ce que collectivement ils allaient devoir faire. Pour que le millénaire réussisse, il leur fallait trouver de nouvelles sagesses et fabriquer eux-mêmes les nouveaux guides qui pourraient les porter, les garder, les transmettre.

L’enjeu était d’importance. Les créateurs du troisième millénaire se devaient d’effectuer un véritable travail sur eux-mêmes, une action spirituelle en profondeur, tout autant qu’ils devaient mener des actions concrètes dans le monde… Seuls en seraient capables ceux qui auraient vécu eux-mêmes des bouleversements, qui auraient réussi à changer leur propre cœur.

Chacun perdu dans la masse, se sentant isolé, ils cherchaient des outils.

Et c’est ainsi que fut retrouvée la Légende.

Ainsi que ressuscita le Jeu des Jeux.

Et que naquit le Jeu du Tao.

Issu La Légende du Jeu du Tao Par Patrice van Eersel

Les Tables de l’interrogation du Tao

 

images (10)Le “ Jeu des Questions ” pratiqué par certaines confréries talmudiques aurait, selon les exégètes, une origine divine. Le judaïsme est de toute façon une religion de la question plus que de la réponse. Cela déconcerte souvent ceux qui s’attendent à recevoir des indications précises et ont tendance à s’enfermer dans le respect des nombreuses prescriptions qui réglementent le quotidien, issues des coutumes autant que de la loi divine. Pour chaque jour de l’année, pourtant, la Paracha pose une question, sur laquelle l’homme se doit de réfléchir : Dieu institua ce jeu des questions dès qu’Il eut créé le premier homme. Adam vient de adamah, la terre, qui est fait adam, l’homme, et de mah, la question : l’homme est donc “ l’être qui s’interroge. ”

Dans la Genèse, Dieu demande à Adam : “ Où es-tu ? ” Mais Adam a peur et se cache.

Le péché originel, c’est d’abord ce refus de s’interroger et de penser. Dès lors, les hommes n’eurent plus accès à l’Arbre de Vie, qui est aussi l’Arbre des Questions.
“ Que cherches-tu ? ” nous demande YHVH.

La Légende raconte que Moïse reçut d’abord, lors de son premier séjour sur le mont Horeb, des tables bien différentes de celles de la Loi. Selon ces récits, en premier lui furent proposées douze questions fondamentales, agencées selon un ordre précis, que les hommes devaient se poser pour s’accomplir au mieux dans le bonheur et la joie. Gravé dans un matériau divin – une résine translucide permettant de lire dans n’importe quel sens -, c’était le rappel de la première Alliance, les clés d’un dialogue direct avec Dieu. Un rituel de questionnement, que les hommes pourraient se transmettre de génération en génération, avec une même discipline, une même règle de jeu.

Lorsque Moïse revint, après quarante jours, il vit que le peuple hébreu adorait un veau d’or et il brisa les tables. Mais lesquelles ? Cette question crée une controverse, qui divise bien des exégètes. Moïse vient de recevoir de YHVH Lui-Même la sagesse éternelle. Comment admettre qu’il la détruise et pourquoi ? Pour certains, Moïse agit ainsi non par colère contre son peuple, mais parce qu’il se trouve en proie à un doute fondamental sur les capacités de l’homme à accepter de se poser ces questions. Le questionnement proposé aurait généré de trop grandes résistances. Moïse retourna donc sur le mont Horeb et en redescendit avec les secondes tables, celles de la Loi, gravées cette fois sur de la pierre, portant les instructions que nous connaissons par la tradition écrite : les Dix Commandements.

Le contenu des premières tables brisées fut cependant transmis par la tradition orale, d’abord talmudique puis kabbaliste, parfois même sous le nom de “ Tables de l’Interrogation ”. Car dans leurs yeshivot, lieux où ils étudient la Torah, les juifs perpétuent la pratique du questionnement. En début de séance, l’un des participants pose une question sur laquelle les autres, à leur tour, s’interrogent. Si une réponse jaillit, tous s’en servent de source pour encore plus de questions.

La kabbale non plus ne donne pas de réponse, mais ouvre à l’infini l’espace du questionnement. Toute réponse le referme et nous enferme en elle. Nous sommes esclaves de nos réponses. Nous sommes libérés par nos questions.
C’est peut-être la raison pour laquelle les Dix Commandements sont écrits au futur. Il n’est pas dit : “ Ne tue pas ”, ni : “ Ne pas voler ”, mais : “ Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas… ”. Ce ne sont donc à proprement parler ni des ordres ni des lois, mais des projets de vie, des quêtes, des questions, un avenir vers lequel, idéalement, l’humanité doit se diriger. À votre avis, pourquoi “ Honore ton père et ta mère ” est-il le seul ordre véritable ?

Pour les exégètes cités plus haut, les commandements n’étaient rien d’autre que la règle du jeu recomposée par Moïse à partir des Tables de l’Interrogation : ayant renoncé à transmettre le jeu lui-même, il en avait déduit les dix règles fondamentales auxquelles, dans son esprit, les questions devaient conduire. D’autres affirment que chacune de ces questions fut confiée à l’une des tribus d’Israël et que l’humanité atteindra la sagesse quand elles seront toutes réunies…

Issu La Légende du Jeu du Tao Par Patrice van Eersel

 

La Légende du Jeu du Tao

 

Par Patrice van Eersel

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Inspirée par des sages à Daniel Boublil lors d’un voyage en Asie, au début des années 80, le Jeu du Tao ne serait en réalité que la version contemporaine d’un « jeu des jeux », aussi ancien que les cultures humaines. C’est la raison pour laquelle le livre du Jeu du Tao commence par la légende suivante…

{« Tu as dormi pendant des siècles innombrables ce matin,
ne veux-tu point te réveiller ? »}

images (8)Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres que l’on appelle communément des hommes domestiquèrent le feu.
Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges : ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modèles de cette communication fut le jeu, grand pacificateur des pulsions animales. Jeux de grimaces, de gestes, de sons, d’attitudes, se terminaient souvent par des explosions de joie.

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations : la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde, et de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie. Ainsi, la première question fut posée : Que cherches-tu ?
Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent un jour pouvoir l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant des questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient les ordonner, que ce même principe d’une cohérence dynamique leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

Pour survivre, l’homme, à l’instar de toutes les espèces vivantes qui l’avaient précédé, venait de découvrir le principe de coopération. Celui-ci éveilla sa conscience d’une lumière nouvelle. Le Jeu des Jeux était né. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

L’hypothèse du Jeu premier 
Nul ne connaît le Jeu des Jeux originel, mais cet art du questionnement mutuel, dès sa forme la moins élaborée, comportait à l’évidence un certain nombre de pré-requis. Un tel échange exigeait en premier lieu du courage, car il en faut pour se soumettre au feu des questions.

Il demandait aussi, pour aboutir, de la bienveillance, de l’écoute active, de la clarté et une liberté de parole. Par ces qualités, l’homme apprit à se servir du miroir des autres pour se défaire de ses illusions et préjugés. Il découvrit comment se mettre à l’écoute d’autrui pour échanger savoir-faire et intuitions. Pour assurer le bon emploi des connaissances, le déclenchement de la joie, car le rire et les embrassades, était considérée comme le critère suprême.

La maîtrise de cet art ne fut pourtant pas acquise sans effort, ni accordée au premier venu.

Si tous les peuples connurent la pratique du questionnement éclairé, seuls quelques êtres s’y adonnèrent vraiment. Et si certains exercices ont subsisté, transmis de maîtres à disciples, il sont restés “ solis sacerdotibus ”, réservés aux initiés, généralement à travers des jeux d’initiation labyrinthiques. Voilà pourquoi la plupart de ces pratiques s’éteignirent. Au lieu de se soumettre au principe du questionnement vivant, les hommes, avec le temps, adoptèrent comme réponses des dogmes. Bientôt, ces dogmes supprimèrent tout bonnement les questions, s’efforçant de figer l’inaccessible et mouvante vérité dans les réponses définitives de grands textes infaillibles.

Un mystère entoure pourtant ces textes sacrés, un peu comme une malédiction. Aucun des ouvrages censés nous les transmettre n’existe dans sa version originale. Tous, avec le temps, ont été modifiés. La pratique des maîtres qui les avaient inspirés a disparu. Ainsi, tenu secret ou banni, le Jeu des Jeux devint invisible et s’enfonça peu à peu dans l’oubli. Ici ou là, de temps à autre, l’hypothèse du jeu premier ressurgissait, sous forme de contes ou d’histoires populaires au sein desquels les bribes d’un jeu semblaient dissimulées, prenant l’aspect d’une quête imposée à un héros, dont le sort dépendait de sa façon de répondre à certaines questions. Mais l’homme vivait désormais dans l’ère des doctrines : comment imaginer qu’un jeu, une simple pratique ludique, puisse aider à vivre et à penser sans faire appel à une idéologie ? Seule, comme un espoir, sa Légende perdurait, fragmentée …
Ce n’est que bien plus tard, lors de périodes de troubles, que le désir partagé de retrouver ces pratiques originales émergea à différents endroits de la planète, motivé par les sciences ou par des découvertes sur le passé le plus lointain de l’humanité.

Le sceau chinois 
Il ne fait guère de doute que le Jeu des Jeux inspira directement la mise en forme, il y a 2 500 ans, de l’initiation réservée aux chefs religieux et séculiers des pays d’Extrême-Orient. Cette initiation visait à apporter bonheur et sagesse, ce qui signifiait, pour tout dirigeant (de soi-même ou des autres) : trouver l’harmonie entre son intention, ses actions, les circonstances et le résultat. L’enseignement reposait sur la pratique quotidienne d’un questionnement menant à la connaissance de soi, sur l’apprentissage des principes Yin et Yang qui animent l’univers, sur l’étude du Classique des Changements qui explique le déroulement de leurs interactions, sur la lecture des signes et des coïncidences. Cette pratique traversa toute l’histoire de Chine, jusqu’aux trois maîtres-questionneurs, qui initiaient les jeunes candidats aux examens impériaux. Fondé sur le concept de cheminement, de voie (tao en chinois), le Jeu des Jeux devint “Art du Tao”.

De cette lointaine origine, le Jeu du Tao tire son nom historique, mais par un pied-de-nez que nous découvriront, enrichi d’apports venus de bien d’autres horizons. La trace chinoise était néanmoins puissante. L’art du Tao comportait notamment un certain nombre d’étapes, qu’il était nécessaire de franchir avant pour devenir un maître. Chaque étape induisait un changement intérieur, un nouveau niveau de conscience à atteindre. Avec le temps, précédant les arts martiaux et le jeu de go, chaque succès dans cette ascension fut récompensé par un grade ap pelé kiu, ou dan, selon le niveau, du dixième kiu de l’apprenti au premier dan du maître. Seul un maître pouvait initier un prince. Des traces de cette hiérarchie subsistèrent des siècles durant, dans les grades des bureaucraties impériales chinoise et mongole .

Résultat d’un vaste processus de décantation et d’affinage qui se poursuivit en continu depuis l’origine, cet enseignement ouvrait les portes de la perception du visible et de l’invisible, mais aussi celles d’un mode d’échange et de dialogue idéal pour mieux se comprendre et coopérer. Sa pratique permettait de gérer de manière plus efficace la réalité quotidienne, de trouver en soi les qualités disponibles pour remplir sa tâche au-delà de ses seuls intérêts personnels et conséquemment, servant les autres, de vivre dans la joie, seule manifestation de la sagesse aux yeux des maîtres.

L’art du Tao devint explicitement un jeu à l’époque des Royaumes Combattants, qui marqua le déclin de la dynastie des Zhou, au quatrième siècle avant notre ère. Tant de troubles accompagnaient la décadence ! Les sages qui initiaient les princes, lassés de voir leurs enseignements négligés, se mirent à craindre pour leur propre avenir, l’une des pratiques usuelles des royaumes ennemis étant d’anéantir les porteurs de sagesse du clan adverse. Sentant la civilisation décliner, ils se réunirent en secret afin de décider ce qu’il allait advenir de leur immense savoir.

“ Confions-le aux plus sages parmi les rois et grands propriétaires, lança un maître, afin que l’esprit se perpétue au sein de glorieuses lignées.

- Qui en sera digne ? demanda aussitôt le précepteur du plus grand des princes.

- Qui de nous choisira parmi des rois ennemis ? interrogea un autre.

- Leur volonté de puissance n’est-elle pas l’une des causes du présent chaos ? ” renchérit un inquiet.
Le vacarme envahit le petit temple isolé où ils étaient assemblés.

“ Au vu des dangers que nous encourons, la transmission de maître à disciple ne risque-t-elle pas de s’interrompre ?

- Qui peut assurer que les puissants d’aujourd’hui sauront demain la protéger ? ”

Cherchant d’autres certitudes, ils finirent par trancher :

“ Traduisons les secrets de notre connaissance sous la forme d’un jeu. Nous le confierons aux plus pauvres et aux moins sages, afin qu’il ne soit pas un objet de dispute. Il permettra à des nomades sans instruction d’en tirer bénéfice , Il restera entouré de respect et nul n’aura la tentation d’y changer quoi que ce soit. ”

Ainsi fut fait. Les sages commencèrent à diffuser les enseignements royaux à des hommes et à des femmes de plus simple extraction, qui s’enfoncèrent ensuite dans les montagnes et les forêts de Chine. Ce furent les premiers “nomades éclairés”, dont bien des voyageurs ont rapporté les histoires. Le plus célèbre d’entre eux, nommé Tao Li, connut une gloire imprévue en temps de guerre, pour sa gentillesse, sa disponibilité et son enthousiasme dans l’art difficile de la conciliation. Lorsqu’il arrivait dans un village et pensait qu’il était nécessaire d’éclairer la population, il sortait de son carquois une arme inhabituelle : le Taoban, une piste de jeu en tiges de bambou liées. Il proposait alors une partie de Tao contre une offrande modeste, généralement le gîte et le couvert.

Jamais il ne prétendit enseigner une vérité. Sa seule mission était d’amorcer une démarche interrogatrice commune, sa seule quête une recherche vivante de la sagesse par la coopération, sa seule promesse un pas de plus vers le bonheur, car le bonheur est un mouvement.
Il commençait par la question rituelle : “ Que cherches-tu ? ”. Puis, de question en question, de questionné en questionné, le jeu se chargeait de montrer par des effets miroirs que les désirs des uns étaient complémentaires des désirs des autres, et non antagonistes. Tao Li facilita ainsi de nombreuses réconciliations, qualifiées de magiques, entre ennemis jurés, qui vantèrent à tous ses qualités de conciliateur, lui assurant de nombreux émules.
Ceux-ci ne créèrent pas d’école religieuse, ni de temple, ni de philosophie portant leur nom. Ils pensaient que la connaissance appartient à tous, que nul ne peut la posséder, la morceler, la dissimuler par égoïsme ou pour en tirer profit. Ils furent des acteurs importants dans la résistance contre les régimes autoritaires, mais se raréfièrent avec la dynastie des Ming (1368-1644), qui instaura des pratiques totalitaires et organisa contre eux une chasse aux sorcières systématique.

L’accouchement grec 
C’est curieusement aussi au quatrième siècle avant l’ère commune, qu’une autre forme du Jeu des Jeux se révéla, en Grèce, à l’un des pères de la philosophie. Mais qui sait quels apports extérieurs avaient reçus nos Homère, Pythagore ou Héraclite ?

Socrate était un simple citoyen, pauvre et, selon certains témoignages, pas très joli garçon.

Ni chef ni savant ni mage, c’était pourtant un homme enjoué et espiègle. Comme il refusait d’écrire, on connaît peu sa véritable pensée. Mais son personnage est devenu légendaire, à l’image de Jésus, Bouddha ou Lao-Tseu qui pratiquèrent eux aussi en maîtres l’art de la question. Fils d’une sage-femme, Socrate baptisa son jeu maïeutique, ou “art de faire accoucher”.

Sa pratique personnelle avait fait de lui un homme sage et heureux, plutôt bon vivant qu’érudit. Il affirmait pouvoir faire partager à quiconque, par un jeu de questions appropriées, l’importance des qualités humaines fondamentales à ses yeux : la force d’âme, l’esprit de justice, la tolérance et le courage.

Socrate excellait dans l’art du dialogue. Comme on dit, il jouait admirablement du plat de la langue. Son verbe se caractérisait par son extraordinaire force d’éveil à l’amour. “ Je ne connais que l’amour, disait-il, qui est désir de faire le bien.” Quel bien ? Celui du corps, bien sûr : le bien-être. Mais aussi ce qu’il appelait le désir joyeux de s’élever vers le bien qui manque, l’amélioration, le perfectionnement, l’élévation vers la sagesse, l’élan vers la félicité. Pour lui, la sagesse n’était pas le savoir mais un art de vivre dont la finalité était triple : mener une vie belle, juste, bonne.
images (9)Socrate n’enseignait pas, il dialoguait. Son art du dialogue s’opposait cependant aux discours futiles. Son but n’était pas de transmettre des connaissances, mais de pousser ses interlocuteurs à examiner la valeur de leurs convictions, à user du dialogue pour identifier leurs propres a-priori, ignorances, contradictions et illusions. Il estimait que l’homme est bon et n’agit mal que par ignorance. Le but du jeu était de le faire accoucher de cette bonté par une succession savante de questions.
Le “Connais-toi toi-même” qu’il évoquait souvent n’est que l’extrait d’une citation plus longue, inscrite au frontispice du temple de Delphes, où officiait la célèbre Pythie : “ Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et ses Dieux. ”

Quelles questions posait Socrate, qui permettaient cette connaissance ? À quelles questions ses juges se référaient-ils lorsqu’ils l’accusèrent d’honorer d’autres dieux que ceux de la cité et de corrompre la jeunesse en cherchant à la libérer des croyances ? Quelles étaient les questions auxquelles il refusa de renoncer lorsqu’il fut condamné à boire la ciguë ?

Qui es-tu ? Que cherches-tu ? Quel est ton désir? Es-tu d’accord avec toi-même ? Es-tu satisfait de ta vie ? Que connais-tu ?

Nous n’en savons guère plus, car ces questions simples ne s’exprimaient dans la pratique que par l’oralité. Elles ne furent donc que partiellement retranscrites par ses disciples, transformées en de longs dialogues, dont Platon écrivit les plus connus. Seules quelques-unes ont subsisté, indices de l’existence d’un jeu invisible dont la pratique était déjà perdue. Comme si la mise en livre, en enfermant la parole dans un silence éternel, avait rendu cette pratique impossible

 

Tao et l’Histoire du Prince Perle


Tao et l'Histoire du Prince Perle dans Le Livre de la Légende 21Il était une fois un prince qui, depuis toujours, cherchait le pays du bonheur. Il avait, des années durant, parcouru le monde en vain et dépensé des fortunes dans sa quête. Un jour, quelqu’un lui dit :  » Je ne sais pas où se trouve le pays chu bonheur, mais je connais le chemin qui y mène. Ce chemin a son point de départ là où se trouve la demeure du vieil Ho, le vieillard-enfant.
Le prince chercha et trouva la demeure du vieil Ho. Il s’approcha de la porte et frappa. Personne ne lui répondit. Le prince frappa longtemps, puis, lassé, découragé, il s’apprêtait à se retirer quand sen regard se posa sur l’amorce d’un sentier que l’on apercevait, au milieu des buissons, de l’autre côté de la route. Une intuition traversa l’esprit du prince et il comprit que cette voie étroite menait vers le pays du bonheur.
Il prit ce chemin. Il était fort peu commode. Les ronces déchiraient les mains et le visage du prince. Il trébuchait sur de grosses pierres malicieusement dissimulées sous les herbes de la sentine. Il marcha, longtemps, très longtemps. Souvent, il eut peur car des dragons et des fantômes lui apparurent. Enfin, après des jours, des mois, des années peut-être, de marche harassante, il parvint dans un jardin très quelconque. Des jardins semblables à celui-ci, le prince en avait vu des centaines. Et cependant, il sentit qu’il était enfin au bout de sa quête, qu’il avait atteint le pays du bonheur. Dorénavant et pour toujours, il vivrait là, heureux.
Mais, avant de prendre possession de son domaine, le prince décida d’en faire le tour. Le jardin était petit, de forme carrée, encadré sur trois côtés par des broussailles. Mais, le quatrième côté, à l’opposite de la direction d’où venait le prince, était, lui, borné par une petite maison. Effectuant le tour de son petit royaume, le prince parvint devant la maison cet en trouva la porte ouverte. Il entra. Personne à l’intérieur. Voulant en avoir le cœur net, le prince traversa la maison entière. Il parvint ainsi à la porte qui donnait sur l’extérieur.
Le prince ouvrit cette porte, sortit, se retrouva sur le trottoir d’une route. Il se retourna et considéra le battant de cette porte par laquelle il venait de passer. Il vit alors qui ce battant portait une inscription :  » Maison du vieil Ho – Pays du bonheur – Entrée libre  » et le prince comprit qu’il avait déjà vu cette inscription mais qu’il n’avait pas été capable de la comprendre…

Pourquoi l’homme qui n’a pas subi un entrainement spécial est il incapable de trouver d’emblée le  » pays du bonheur  » ?
Parce que, simplement, il n’utilise pas son équipement mental comme il devrait le faire.
L’être humain est, NATURELLEMENT,  » équipé  » pour échapper, au malheur qui est, comme le bonheur, notion en grande partie subjective.
Le corps humain possède des muscle que l’individu veut mouvoir volontairement et d’autres sur lesquels sa volonté n’a pas d’action directe, mais qui ne sont pas moins utiles que les premiers : des muscles « conscients » et des muscles « inconscients », en somme. De même, le mental humain possède des aptitudes conscientes et des aptitudes inconscientes. Les aptitudes conscientes sont, comme leur nom l’indique, destinées à permettre à l’homme de s’occuper de ce qu’il peut consciemment percevoir, de diriger son existence quotidienne. Les aptitudes inconscientes doivent, en principe, permettre l’homme d’entrer en contact avec la  » conscience ’’ du Tao – du Cosmos – de même que par ses muscles lisses il est en contact avec le  » vie ’’ du Tao. L’expression  » conscience nu Tao  » ne doit, en effet, pas nous illusionner : cette conscience se rapproche bien davantage de l’inconscient humain gue du conscient humain.
La raison humaine, la raison consciente, celle qui devrait uniquement être utilisée pour les actions immédiates de la vie de chaque jour est, en effet, dualiste. Elle ne peut, en définitive, répondre (avec des nuances, certes) que par  » oui  » ou par  » non ’’ aux questions posées. Et cela est fort bon dons la vie pratique. Mais, la Conscience Cosmique (le Tao, Dieu, peu importe le nom que l’on veut lui donner) dépasse infiniment le dualisme. On ne peut donc pas plus entrer en contact avec elle par le canal de la raison consciente qu’on ne peut digérer volontairement à l’aide des muscles abdominaux. Mais la partie inconsciente du mental humain, à un moindre degré que la Conscience Cosmique, n’est pas non plus limitée par un dualisme restrictif. Sa fonction originelle était donc de permettre l’établissement d’une sorte de pont entre l’homme et la Conscience Universelle non-dualiste. Mais, tout fier de se raison consciente et imaginant à tort qu’elle devait lui per- mettre de tout élucider, de tout SAVOIR alors que certains états ne peuvent être que RESSENTIS, l’homme a détourné cette raison consciente de son véritable travail et lui a posé les questions auxquelles elle ne pouvait répondre. La partie inconsciente du psychisme humain se trouvant ainsi déchargée du travail qui était normalement le sien devint oisive et se  » débaucha « . D’instrument de contact entre l’homme et le Cosmique, elle devint le réceptacle des refoulements et des névroses. Certains appellent ce déplorable État de fait  » la Chute de l’homme « .
Ce mode de pensée totalement faux qui est celui de presque tous les humains, finit par imposer à l’homme une structure mentale particulière, anormale. Il convient donc de briser cette structure car, permettre à l’homme de prendre la voie du Tao sans cette précaution préliminaire, équivaudrait à faire absorber un forti- fiant à un homme empoisonné sans lavage d’estomac préalable.
Chaque Ecole a ses procédés de  » brisage  » des structures. Celui couramment utilisé par le Groupe Tchan consiste à faire exécuter des exercices spéciaux qui, sans qu’il y paraisse souvent, introduisent une fêlure dans cette structure.
Certains de ces exercices – le dzog tchen, notamment – peuvent et DOIVENT provoquer  » l’éveil au moment même où la fêlure – qui devient aussitôt brisure – se manifeste. Mais il n’en est pas toujours ainsi; soit parce que l’exercice a été pratiqué dans des conditions défectueuses, soit par suite d’un ‘‘ sommeil de l’être  » trop profond, le côté positif de l’expérience peut ne pas apparaitre. MAIS LE COTE NEGATIF APPARAIT TOUJOURS. Et, en définitive, c’est là l’important. Lorsque l’adepte Tchan a suivi, même sans résultats VISIBLES une voie corres- pondant à ce que proposent les textes de la  » Technique du Tao « , il est prêt à prendre la voie positive, et à vivre, s’il le veut, le tao du Tao.
Lorsque, dans un  » monastère ouvert  » du Centre Asie, un adepte juge que, sans avoir atteint l’éveil, il a, néanmoins,  » purgé ’’ son mental par la pratique de la Technique, il le dit à l’instructeur et celui ci, sans mot dire, lui remet un feuillet portant ce qui suit :
Programme de l’adepte : 

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