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Livre de la Légende du Tao

LIVRE N° 1

                                                     Livre de la Légende du Tao dans Le Livre de la Légende livre DE LA  LEGENDE

 

 

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres communément appelés « hommes » domestiquèrent le feu. Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges ; ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modes de cette communication fut le jeu, pacificateur des pulsions –jeux de grimaces, jeux de geste, jeux de cris, jeux de postures, s’achevant souvent dans des explosions de joie.

flintknappinghisthabilissmall-865aa dans Le Livre de la Légende Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations ; la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde et, de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie ; on dit que l’une des premières questions posées fut : « Que cherches-tu ? »

 Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent pouvoir un jour l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant d’autres questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient ordonner celles-ci, et que cette démarche leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

 Pour survivre, l’homme, a l’instar de toutes les espèces qui l’avaient précédé, se mit ainsi en route, progressivement et à son insu, vers la découverte du principe de coopération. Celui-ci allait éveiller sa conscience d’une lumière nouvelle. D’une certaine façon, le Jeu des Jeux était déjà conçu. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

 

LE LIVRE DE LA LEGENDE

 

Certains sages pensent que l’histoire juste dite au bon moment à la personne qu’il faut est capable d’illuminer qui l’entend, c’est-à-dire de lui apprendre ce qu’aucune explication, aussi intelligente soit-elle ne saurait dire

 

  • SI TU NE VEUX PAS QUE S’EMOUSSE L’ACUITE DE TON REGARD, TRAQUE LE SOLEIL DANS L’OMBRE. ON PEUT ECRIRE L’HISTOIRE EN JOUANT.

 

Les Créateurs du Troisième Millénaire


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Les Créateurs du Troisième Millénaire dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE10Car ils vivaient tous dans un monde dont la course folle allait devoir changer. L’avenir annoncé était effrayant : troubles politiques et sociaux ne pouvaient que naître d’injustices économiques devenues trop criantes, et des désastres environnementaux finiraient par résulter de l’exploitation effrénée de la nature.

Depuis quelques années, pourtant, certains sentaient les prémices d’autres valeurs, plus féminines peut-être, si l’on accorde cet adjectif au souci pour l’avenir de la Terre que ces valeurs partageaient. Dans le même temps, d’ailleurs, la maîtrise de la procréation aidant, une révolution des mœurs avait lieu, remettant en question les différences sexuelles établies. De vieux carcans comportementaux tombaient. Des communautés cherchaient à se créer pour influencer le cours de l’histoire et rester libres.

Ils devinaient confusément que les changements à venir mettraient en action les valeurs culturelles liées aux problèmes écologiques et aux symptômes sociaux. Ce dont le monde allait vraiment avoir besoin, c’était d’une transformation culturelle radicale, permettant de mettre fin aux contradictions dans lesquelles, pour la plupart, tous vivaient. On pourrait résumer ces contradictions ainsi : pour garantir son avenir individuel immédiat et celui de ses proches, chacun était conduit à participer, tantôt comme consommateur tantôt comme producteur, à une vaste entreprise de destruction visant la nature autant que les rapports entre les hommes ; entreprise contre laquelle sa conscience s’insurgeait mais qui semblait inscrite dans un inexorable déroulement. Cette schizophrénie et ce sentiment d’impuissance n’allaient pas sans générer de nombreux maux, que le confort, les divertissements ou les tranquillisants ne résolvaient pas tous, loin de là.

L’un aurait aimé, par exemple, que les rapports soient plus conviviaux et moins tendus dans sa vie professionnelle, mais la « réalité » qu’il pressentait (les structures de pouvoir, la compétition économique) l’obligeait à se comporter à l’encontre de ses aspirations. Comment, pour celui qui y croit, respecter les Dix Commandements dans un monde de l’entreprise où mentir, exploiter, trahir et voler sont devenues des lois ? En slalomant péniblement entre morale, peur et intérêt ?

L’autre sacrifiait sa vie familiale à son travail, alors même qu’il croyait agir pour le bien de son foyer. Les enfants ne comptent-ils pas plus que tout ? Mais comment le manifester ?

Un troisième, engagé corps et âme dans le progrès technique, aurait souhaité que la course au profit ne le rende pas si mortifère.

Un autre enfin, croyant tirer son épingle de cette botte de foin, cultivait en public le cynisme mondain convenant à l’époque, le temps d’oublier que, seul, il aurait bien aimé jouer plus et moins se divertir.

Et tous connaissaient parfois, aux moments les plus tendres, cet élan de compassion que provoque l’indécent spectacle de la misère du monde ; ou celui, plus joyeux, que sait procurer l’espoir.

À mesure que les contradictions approchaient de leur point de rupture, les malaises devenaient des maux : crise du couple, des valeurs, des institutions, crise écologique, économique, psychologique, politique et morale. Le nouveau millénaire s’annonçait dans le chaos. Il imposait de choisir entre :

- Fermer les yeux et se plonger dans le confort de la cécité pour tout oublier ;

- Regarder monter frustrations et troubles psychologiques, sans rien dire, en attendant une inexorable explosion ;

- Rester vigilant, poser des questions, chercher des réponses, ensemble, et se retrouver alors propulsé hors du nid douillet de l’habitude, pour entrer dans la tourmente d’un p,assage obligé procurant à tous alternativement le sentiment de l’angoisse, du vide et du doute, mais aussi l’intuition optimiste qu’en réfléchissant un peu, collectivement, ils pourraient s’en sortir pour aller vers un monde meilleur.

Un monde sans tracé ni carte, qu’on ne pouvait approcher par aucune religion ni pensée préconçue. Où l’on ne pouvait entrer qu’en suivant sa propre source intérieure, sa propre autorité – s’obligeant pourtant à coopérer avec les autres hommes…

Certains y furent propulsés sans l’avoir choisi : rencontre bénéfique – comme pour notre voyageur -, mais plus souvent : maladie grave, perte d’un être cher, revers de fortune, guerre. D’autres y entrèrent parce qu’ils cherchaient quelque chose de plus profond que tout ce que qu’ils avaient vécu jusqu’alors, et notamment de plus libérateur que les idéologies, religions, drogues ou sectes. Dans un cas comme dans l’autre, il convenait de laisser le processus se dérouler à son propre rythme, de redécouvrir un don humain fondamental : la confiance dans l’inconnu. Cette confiance qui permet de se perdre pour se refondre, de se donner d’abord pour ne recevoir que la seule joie d’avoir donné. Ne pas fuir, être capable d’affronter de face la perte de ce qu’ils croyaient être leur essence même, voilà ce que collectivement ils allaient devoir faire. Pour que le millénaire réussisse, il leur fallait trouver de nouvelles sagesses et fabriquer eux-mêmes les nouveaux guides qui pourraient les porter, les garder, les transmettre.

L’enjeu était d’importance. Les créateurs du troisième millénaire se devaient d’effectuer un véritable travail sur eux-mêmes, une action spirituelle en profondeur, tout autant qu’ils devaient mener des actions concrètes dans le monde… Seuls en seraient capables ceux qui auraient vécu eux-mêmes des bouleversements, qui auraient réussi à changer leur propre cœur.

Chacun perdu dans la masse, se sentant isolé, ils cherchaient des outils.

Et c’est ainsi que fut retrouvée la Légende.

Ainsi que ressuscita le Jeu des Jeux.

Et que naquit le Jeu du Tao.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

 

 

Le Voyage au Népal


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Le Voyage au Népal dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE9Il est facile à ce voyageur de rester anonyme, mais il a bien fallu qu’il existe pour que la Légende renaisse et que l’histoire soit racontée. Hasard ? Circonstances ? Destin ? Qui sait ! La vie est un grand jeu.

À l’époque, il ne pensait pas ainsi et, à vrai dire, ne s’intéressait pas aux choses de l’esprit. Vagabond seulement assoiffé de rencontres et de nouveauté, il parcourait le monde pour le photographier. Un ami lui proposait d’illustrer un livre sur le Népal ? Pour le Népal, il s’embarquait.

Très vite, pourtant, ce voyage-là fut spécial. Après l’escale d’Athènes, un réacteur prit feu. Ils s’en sortirent sans dommage et ce qui le troubla le plus ne fut pas l’incident, mais l’impression étrange qu’il avait ressentie un peu auparavant. Regardant l’aile par le hublot, il avait pressenti qu’ils allaient avoir un problème avec ce réacteur, alors que rien n’était visible. Un bref état d’hyper-éveil, comme en connaissent les aventuriers, avait donné à sa conscience une acuité qui lui permettait de savoir également qu’ils allaient en réchapper.

Peut-être le choc sensoriel que l’on éprouve en découvrant le Népal a-t-il joué aussi ?

Mais c’est à Pokara que tout a commencé.

Il s’y retrouvait seul, coincé par la mousson, sans même ses affaires déjà parties avec l’avion qu’il avait raté. Il ne lui restait rien : les vêtements qu’il portait sur le dos, un paquet de cigarettes, son briquet et pas un sou en poche. S’aventurant en ville, il rencontra tout d’abord un petit garçon. Surprise : ce fut l’enfant qui, de lui-même, proposa de lui acheter son briquet. Puis tout ce qu’il possédait : cigarettes, chapeau, blouson… Il faisait si chaud, pourquoi ne pas acheter un costume indien plus léger et vendre aussi chemise et pantalon ?

Il croyait ne plus rien avoir et il se retrouvait riche ! Dans ce trou perdu du monde pauvre, il avait largement de quoi passer les trois jours avant le prochain avion. Il décida même de s’offrir une excursion. Il rencontra un guide, un réfugié tibétain parlant anglais, et ils s’entendirent sur un prix pour une visite des environs. Ils mangèrent d’abord dans une petite gargotte, puis son guide le fit monter, monter, monter… Il était hors de souffle quand la pluie se mit à tomber. Il se voyait déjà coincé et se demanda quelle idée l’avait pris de s’aventurer ainsi au milieu de nulle part.

“ Mais qu’est-ce que tu cherches ? ” s’enquit une voix en lui-même. “ Et de quoi as-tu peur ? ” semblait ajouter le guide, silencieux et calme.

Ils redescendirent jusqu’à une cahute faisant office d’auberge. Le guide n’avait rien demandé, sinon quelques roupies. Il émanait de lui une force étonnamment calme. Dans son anglais simple, il raconta l’invasion chinoise, la fuite du Tibet, l’arrivée au Népal, les problèmes que les Tibétains, plus riches que les Népalais, y rencontraient. Tout lui semblait naturel et sans importance. Puis il fit visiter au voyageur un camp de refugiés tibétains. Ensuite, ils visitèrent les temples de la ville. Leur syncrétisme était frappant : bouddhisme et hindouisme semblaient y cohabiter sans problème. Non-croyant, le voyageur trouvait ce mélange drôle, presque cocasse. Aussi cocasse que son propre sort : échapper de justesse à la mort, se voir pauvre et se retrouver riche, vivre trois jours hors du temps, et maintenant, tous ces symboles. Dans un temple, il trouva même les deux triangles croisés de l’étoile de David, dont il apprit qu’aux yeux des hindouistes ils représentent l’alliance entre le feu et l’eau.

Au fil des heures, le voyageur éprouvait une sympathie grandissante pour son guide. Cet homme avait été gentil, courageux et plein d’idées. Le dernier jour, le voyageur lui donna tout l’argent qui lui restait. Ce fut pour retrouver le guide peu après, au bord d’une rivière où des enfants pêchaient : il était en train de rejeter à l’eau tous leurs poissons, qui jubilaient de s’enfuir, autant que les enfants d’être payés sans avoir eu à marchander. Les coups de queue des uns cliquetaient dans le soleil au rythme exact des éclats de rire des autres. Au voyageur surpris, le guide expliqua comment, enfant, il avait été très malade et comment, pour prix de sa guérison, son père avait promis de racheter tous les animaux condamnés qu’il pourrait, qu’ils soient destinés au sacrifice ou à la nourriture. Lui-même, devenu adulte, perpétuait ce serment.

Puis le jeune homme, soudain grave, déclara au voyageur (dont il semblait percevoir les pensées) : “ Renonce à l’illusion de ce que tu crois être le sens des choses. Je ne paye pas pour régler une dette, mais pour abandonner quelque chose de moi, afin d’aller plus loin. On ignore l’invisible pour affirmer : “Ceci est moi”. Il faut savoir se détacher de l’emprise de ce moi. Alors, parfois, l’invisible vous lance un clin d’œil. ”

Le voyageur fut troublé par ce discours, cette finesse, cette maîtrise. Qui était donc cet homme ? “ C’est bizarre, lui avoua-t-il, depuis que j’ai quitté Paris, j’ai l’impression d’être entré dans un jeu, un jeu de piste ou je ne sais quoi, comprends-tu ?

- Ta vie, répondit le guide, est telle que tu la vois.

- Mais comment distinguer ce que je vois de ce que je crois voir ? Il y a quelques semaines, dans un avion qui menaçait de s’enflammer, j’ai eu l’impression de “voir l’invisible” – et je n’ai pas eu peur. Comme si l’univers acceptait que je devienne un peu plus un “acteur” de ma vie… Mais comment faire pour que nos actes deviennent vraiment nos actes et non des actes ?

- Il faut faire le vide pour trouver le plein (le guide eut un petit rire). La prière, la méditation, la marche, toutes les occasions de faire silence et d’écouter ce silence te donneront une plus grande conscience de l’invisible. Et plus tu en sauras sur tes ténèbres, plus tu seras éclairé dans ta vie.

- Prier, méditer, marcher ?

- Aligner son souffle sur celui de la nature. Tu sais, toutes les dualités ont une même origine : le souffle.

- Et les religions ? Servent-elles à approcher l’invisible parce que nous n’avons pas d’accès direct au divin ?

- C’est de toute façon une spirale divine : l’esprit vient dans un corps pour évoluer et rejoindre l’esprit. Vide, plein, dualité, c’est ainsi que tout fonctionne. ” Le voyageur eut un instant de perplexité – ce guide prenait décidément de sacrés raccourcis. Il s’essaya lui-même à une ellipse :

“ Voyons, si je me place en position de joueur, en me distanciant de moi-même, j’appréhenderai les événements à la fois plus facilement (il n’y aura pas de danger) et plus profondément (avec le sérieux d’un enfant qui joue), non ?

- Très juste ! approuva le Tibétain, l’enfant joue, l’adulte crée. Dans le vrai jeu seulement (je ne parle pas du poker, ni du casino), peut s’épanouir la vraie joie, qui est sans raison, sans mobile, désintéressée. Du coup, tu cesses d’être un petit moi tout plein de soi-même et de sa relation au monde, tu deviens “celui qui va vers lui-même”, dans un monde où tu peux interpréter ce qui t’arrive autant de signes faisant partie d’un jeu ? Un jeu dont la grande règle est l’alternance des contraires…

- Tu sais quoi ? l’interrompit le voyageur, on devrait vraiment inventer un jeu pour intégrer tout ça, un jeu qui permettrait de s’éveiller en s’amusant ! ”

Il était tout content de sa découverte. Jamais il n’avait eu une conversation aussi intéressante, et c’était avec un homme qu’il aurait quasiment pris, quelques jours plus tôt, pour un demi-ignorant ! Ce dernier poursuivit : “ Il n’y a qu’une seule différence entre l’homme qui vit sans connaître la règle et le joueur : le second sait qu’il joue.

- Tu veux dire qu’il existe une règle ?

- Il en existe une multitude.

- Mais penses-tu qu’un jeu, un vrai jeu, pourrait les résumer toutes ?

- Chez nous, une légende parle d’un jeu très ancien, qui servait à aider les sages. Je pense qu’il y en a d’autres, ailleurs. C’est peut-être là ta quête, ami étranger qui a accès à tous les livres.

- Quoi donc ? De retrouver cette Légende ou de faire renaître ce jeu ?

- Les deux ! (il rit de nouveau d’une voix pointue).

- Oh, mais tu me donnes des idées. J’ai bien envie de suivre ton conseil. Je donnerai à ce jeu un nom tibétain, en souvenir de toi.

- Suis plutôt la loi des contraires, puisque c’est un jeu. Donne-lui donc un nom chinois !

Ce sera en souvenir de moi, mais comme un cadeau à ceux qui se disent mes ennemis. ”

S’ouvrit alors au voyageur une quête pour laquelle, ignorant et néophyte, il n’était certes pas le mieux armé. Mais qu’importe ! Loin de perdre son enthousiasme, il trouva grand enseignement à repenser à tout ce qu’il avait vécu, senti, pensé et ressenti pendant cette aventure. À peine rentré en Europe, il se lança dans les études les plus diverses. De l’universalité de certains symboles à l’histoire des civilisations, très vite, il découvrit des points communs.

La dualité, par exemple. Est-il possible de penser autrement qu’en binaire ? Planètes, peuples, êtres humains, atomes, tout est soumis à des forces qui à la fois attirent et repoussent. Il lui semblait que cette dynamique des contraires devrait être modélisée dans ce jeu mystérieux qu’il se sentait à présent en devoir de retrouver. Il faudrait aussi que ce jeu intègre les découvertes modernes des sciences de l’homme. Et qu’il sache relier des pensées disparates, tout en reposant – forcément – sur des éléments universels. Certains récits qu’il avait rapportés de ses voyages antérieurs venaient à présent étonnamment confirmer cette intuition.

Bref, la quête du Jeu invisible devint la grande affaire de sa vie. Il entreprit des recherches systématiques dans toutes les grandes traditions. Recherches marginales, difficiles, dérangeantes, qui ne pouvaient, ici ou là, que soulever le voile, mais toujours enrichissantes pour la Légende – et la révélant aux esprits curieux… Tout convergeait vers le jeu. Bientôt, son déroulement s’agença de lui-même : ses principes se mettaient spontanément en ordre et, quand le voyageur eut le sentiment que pour aller plus loin il aurait besoin des autres, ses rencontres lui confirmèrent que, déjà, il avait beaucoup à donner. Autour de lui, dans toutes les professions et dans tous les milieux, ils étaient des milliers, comme lui, à chercher.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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Les Quatre Horizons


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

 

Les Quatre Horizons dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE8Dans le monde musulman, le Alladi yatrah al-Ass’ila, le poseur de questions, se tient à la porte des mosquées. Cet homme est payé pour poser les questions à celui qui le rémunère. On dit aussi que « quelqu’un » qui ne se connaît pas lui-même ne peut comprendre le sens de ces questions ». Farid Ud’din Attar, l’un des plus grands sages soufis, évoque ce type d’échange dans sa parabole la plus connue, la Conférence des Oiseaux. Il s’agit en quelque sorte d’une longue partie collective itinérante.

Les initiés soufis étaient au nombre de quarante. A leur douzième année d’initiation, la question suivante leur fut posée : « Que cherches-tu ? » Ils l’ignoraient et partirent alors pour un long voyage en quête d’une réponse. Une force les poussait au cœur, qui les mena vers une montagne où vivaient, disait-on, l’être qu’ils recherchaient.  Serait-ce un roi ? Serait-ce un dieu ? La Légende parlait d’un oiseau merveilleux et magique… Le chemin fut long. Ils connurent des aventures parfois inespérées, parfois tragiques, mais toujours inattendues. Enfin, ils parvinrent, épuisés, sur le mont tant désiré. Ils purent contempler la figure qu’à eux tous, sans le savoir, ils formaient ; celle d’un oiseau géant, prêt à s’envoler !

 En Océanie, chaque année, à la première pleine lune suivant le solstice d’hiver, les habitants de l’une des îles Salomon se prêtent à un jeu qui consiste à énoncer les vœux souhaités pour l’année à venir et à présenter, quotidiennement pendant quatre jours, une offrande au chaman local. Chaque soir, le chaman explore l’un des quatre éléments avec l’ensemble de la tribu et interroge l’oracle. Une négociation s’ensuit entre l’oracle et la famille, par le biais du chaman, afin de savoir si les offrandes sont suffisantes pour permettre la réalisation des voeux énoncés. Lorsque l’oracle exprime son accord, les vœux ont la réputation de se réaliser.

 On retrouve des rituels similaires dans la santeria cubaine, et dans le vaudou béninois, puis haïtien, ainsi que dans leur tradition mère, le Fa des devins yorubas. Nombreuses sont les traditions orales évoquant, sous divers noms, l’esprit de notre Jeu des Jeux. Mais les traces écrites recensées à ce jour restent rares. Les dernières que l’on a découvertes ont été gravées sur des pierres taillées il y a plus de 3 000 ans, pour orner les murs du temps de Shankir, mis au jour en 1951 au cour d’une cité indienne envahie par la forêt vierge, et dont une bande de singes bleus semblait protéger l’accès. Ce temple fut démonté pierre par pierre pour être remonté aux Etats-Unis. La rumeur dit – mais que ne raconte-t-on pas ? – que ces pierres sacrées furent revendues à des collectionneurs qui s’en servirent pour jouer – grandeur nature, entre milliardaires, pendant des jours, à coups de millions d e dollars – à un jeu étrange permettant la réalisation des désirs… C’est dire à quel point l’humanité avait perdu toute notion des vraies valeurs. Il était temps que d’autres chercheurs d’absolu arrivent, pour que le Jeu des Jeux renaisse et revienne en de meilleurs mains. Le  premier d’entre eux fut un simple voyageur…

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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Le Jeu du Miroir


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Le Jeu du Miroir dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE7La légende que nous vous contons ici mentionne une seule trace égyptienne du Jeu des Jeux, évoquant les circonstances de la formulation par écrit d’une règle, sur un manuscrit en soie, à la demande de la reine Cléopâtre VII. L’histoire est savoureuse et riche d’enseignements.

Issu d’une illustre famille, le roi Ptolémée avait conçu la bibliothèque d’Alexandrie pour contenir tout le savoir du monde. Son dessein étant d’acquérir les œuvres écrites de l’humanité entière, il y mit les grands moyensn, faisant confisquer le moindre livre trouvé à bord des bateaux mouillant au port, pour le faire recopier par ses scribes… puis il gardait l’original et restituait la copie. Mais l’essentiel de la bibliothèque d’Alexandrie fut rapporté par des émissaires envoyés aux quatre coins du monde, pour demander aux souverains de leur transmettre les ouvrages dignes d’intérêt qu’ils connaissaient.

C’est ainsi que la réputation d’un jeu sacré arriva jusqu’à Ptolémée : toute la sagesse du monde, disait-on, se trouvait réunie dans un simple jeu. Ptolémée se devait d’en détenir un exemplaire dans sa bibliothèque ! Son épouse et sœur Cléopâtre partageait son goût pour la quête du savoir absolu. Elle mit toute sa puissance de séduction au service de cette tâche, réussissant à acquérir suffisamment de renommée pour inquiéter Rome et troubler ses empereurs. Ce fut elle qui envoya des émissaires à la recherche du jeu, jusqu’au-delà des déserts de l’Asie. L’un d’eux revint accompagné d’un sage chinois de la dynastie Han, qui avait accepté d’offrir l’enseignement sacré à la reine d’Égypte.

Connue pour sa beauté et sa curiosité, la reine avait une autre réputation : elle aimait faire venir auprès d’elle des sages, médecins ou prêtres, pour s’épancher sur sa vie intime, mais ceux qui l’écoutaient connaissaient un sort terrifiant : si leurs conseils avaient contrarié la reine, ils étaient décapités sur l’heure ; aux autres et aux simples témoins, on coupait simplement la langue, pour qu’ils ne parlent pas, et les mains, pour que rien ne soit écrit.

Dès son arrivée, le sage chinois fut ainsi convié à conseiller la reine à l’aide du fameux jeu. Son enseignement étant strictement réservé aux rois, aux reines et aux chefs religieux, le sage suggéra que la partie se joue en toute confidentialité et que la cour veuille bien s’éloigner suffisamment pour ne point entendre. La cour accepta avec la reconnaissance qu’on imagine. Le sage se retira alors pour préparer la cérémonie. Porté par deux esclaves sourds-muets, il revint enfermé dans un sarcophage dont la figurine tenait devant son visage un miroir tourné vers l’extérieur.

Lorsque la reine fut installée face à cette étrange statue, les esclaves lui tournèrent le dos et le sage, de l’intérieur, après l’avoir invitée à terminer ses réponses en frappant le miroir, posa la première question : “ Que cherches-tu ? ”

La quête énoncée par la reine concernait sa vie amoureuse. On dit cependant que les treize questions posées ce jour-là ne changèrent pas seulement sa vie affective, mais aussi sa façon de gouverner. Elles sonnèrent en effet le glas des répercussions tragiques provoquées par ses confidences. L’introspection à laquelle la reine avait été soumise aurait dû avoir une issue fatale pour les trois témoins de la rencontre. Mais les deux esclaves sourds-muets s’étaient retournés pendant la partie et, lorsque l’on sortit le sage de la statue, on s’aperçut qu’il avait les yeux bandés et de la cire dans les oreilles… Il n’avait rien vu et rien entendu, juste senti les coups sur le miroir lui intimant de poser la question suivante. Piquée au vif, la reine lui demanda ce qu’il avait pensé de sa partie. “ Tout est là ”, répondit le sage en lui tendant le miroir qu’il prit sur la statue, et qui fut déposé à la bibliothèque d’Alexandrie dans un coffret scellé.

Lorsque Ptolémée apprit qu’il n’existait aucune forme écrite de ce jeu et que sa seule transmission en était orale, il fit venir le sage pour exiger que la règle oraculaire soit inscrite sur un manuscrit de soie. Il le baptiserait Jeu du Miroir, en souvenir de ce jour exceptionnel.

Le sage tenta de dissuader le roi. Rien n’y fit. Devant la menace, il se plia à son exigence, mais protesta auprès de Cléopâtre contre ce sacrilège et l’avertit des risques représentés par la fixation par écrit d’une tradition orale réservée aux sages et aux princes. Celle-ci en avertit Ptolémée qui n’en tint jamais compte.

Lorsque César, en 48 avant Jésus-Christ, incendia le port d’Alexandrie dans sa bataille contre Ptolémée, quarante mille rouleaux furent détruits. Cléopâtre vaincue n’eut que deux exigences : que le Jeu du Miroir, épargné, lui soit remis, et que César reconstruise la bibliothèque. Le Jeu du Miroir rejoignit bientôt le Jeu des Jeux dans différents langages ésotériques. De nombreuses disciplines initiatiques, allant des derniers maîtres constructeurs égyptiens aux bâtisseurs des cathédrales, en inscrivirent les signes dans la pierre, inscriptions muettes seulement parlantes pour qui sait les voir.

En 691, le général Al-as Amrou, après le siège d’Alexandrie, ordonna la destruction de tous les livres restants, qui furent utilisés pour chauffer les bains publics pendant six mois, car “ si tous ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles, et s’ils ne sont pas conformes, ils sont dangereux. ”

Lorsque, averti de l’existence du Jeu, il demanda à ce que l’on lui apporte le coffret, il ne trouva à l’intérieur qu’un miroir brisé et des cendres de soie…

 

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

Le Jeu du Dharma


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Le Jeu du Dharma dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE6Chogyam Trungpa Rimpoche, l’un de ceux qui firent connaître le bouddhisme en Occident, parle d’un royaume légendaire appelé Shambhala, un lieu de paix et de prospérité où des souverains sages et éclairés gouvernaient des citoyens tout aussi sages et bienveillants, de sorte que la vallée où cela se passait abritait l’exemple même d’une société modèle. Selon certaines versions de la Légende, le jour où toute la société atteignit la sagesse, “l’éveil”, le royaume de Shambhala se rendit invisible aux regards des hommes. Il se serait enfoui au centre de la terre, protégeant son accès par des murs de nuages et de montagnes infranchissables.

Les “enseignements de Shambhala” se fondaient sur un postulat : il existe réellement, enfouie en chacun, une sagesse fondamentale, qui peut aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion, pas plus qu’elle n’est l’exclusivité de l’Occident ou de l’Orient. Il s’agit plutôt d’une aspiration humaine, profondément enracinée. Lorsqu’un être capte la puissance et la profondeur du réel, il peut rencontrer ou invoquer la magie. Cette magie n’est pas un pouvoir anormal sur le monde, mais simplement la découverte de ce que les Tibétains appellent le Drala, la sagesse du miroir cosmique. Drala est formé de la, au-dessus, et de dra, ennemi, conflit : au-dessus des conflits, au-delà de l’ennemi. C’est une sagesse dépourvue d’agression.

Paradoxalement, la situation du monde, au temps où Shambhala atteignit l’éveil, était préoccupante. Guerre, pauvreté et instabilité économique généralisée, chaos politique et social entraînaient des bouleversements de toutes sortes. Pour y remédier, les sages dispensèrent un enseignement qui portait le nom d’“ art du guerrier ”. Cet art, en pareil contexte, en appelait à la tradition du courage bienveillant. De la même façon que le guerrier s’assure de la noblesse de la cause pour laquelle il va mettre en œuvre des forces dangereuses, l’homme devait projeter sa pensée dans une dimension universelle, au-delà de sa maison, de sa famille, de sa ville, de son pays. Il devait se questionner pour savoir comment aider le monde dans sa totalité. C’était la mission de chacun, l’important étant de se rendre compte qu’on ne peut jamais véritablement se détendre, tant que quelqu’un dans le monde a besoin d’aide.

Cependant, en essayant d’imposer leur aide aux autres, certains finirent par ajouter au chaos. Car chacun avait sa théorie sur les besoins du monde !

Aussi, les sages de Shambhala partirent-ils de l’hypothèse qu’il fallait d’abord découvrir en soi-même ce que l’on pouvait offrir au monde, avant de chercher à établir une société éclairée. Pour commencer, chacun devait s’efforcer d’examiner sa propre expérience et ce qu’elle contenait d’utile pour ennoblir son existence et aider les autres à en faire autant. La technique introspective utilisée dans ce but par les sages fut baptisé Jeu du Dharma.

 0808-0710-3114-2604 dans Le Livre de la Légende

Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

 

 

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