Archives pour la catégorie Le Livre de la Légende

Le Jeu des Pierres


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Le Jeu des Pierres dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE5Selon les Apocryphes, une tradition chrétienne oubliée se réfèrerait à un jeu, appelé Jeu des Pierres. “ Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. ” Ces simples paroles restent une énigme dans les Évangiles. Selon Matthieu, lorsque Jésus arrive avec ses disciples à Césarée, le moment lui semble opportun pour révéler l’essence même de son enseignement.

“ Qui dit-on que je suis, moi le fils de l’homme ? ” demande-t-il. Des réponses fusent : “ Tu es Jean-Baptiste ”, “ Non, Élie ”, “ Jérémie ”, un autre prophète…

“ Et toi, qui dis-tu que je suis ? ” reprend Jésus en s’adressant à Simon.

“ Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant.

“ Sois heureux, Simon, reprend Jésus, c’est mon père qui t’a révélé cela. Et moi je te le dis, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. ”

Pour qui connaît la Légende, pourquoi ne pas imaginer que Jésus vient de proposer une énigme à résoudre ? Si l’on veut bien supposer que, contrairement au dogme en vigueur, la langue originelle des Évangiles n’ait été ni le grec ni l’araméen, mais l’hébreu, trois mots émergent de cette énigme : père, fils, pierre. Père se dit Ab en hébreu et s’écrit Aleph, Bet ; Fils se dit Ben et s’écrit Bet, Noun ; et Pierre se dit Eben et s’écrit Aleph, Bet, Noun. Trois mots, trois syllabes, et le troisième les contient toutes.

Jésus peut donc avoir dit à Simon : si tu m’as appelé fils (Ben) de Dieu, c’est mon père (Ab) qui t’a insufflé cela, et tu t’appelleras désormais Pierre (Eben). Ce nom signe la réconciliation du Père, du Fils et du Saint Esprit. Premier symbole de la trinité. Le nom de Pierre semble indiquer qu’il exista un évangile en hébreu aujourd’hui disparu…

L’Église rejette cette hypothèse, proposée par la Légende, bien que ses premiers Pères (Papias, Irénée, Pantène) aient évoqué une version de Matthieu en hébreu. La Légende, elle, évoque une histoire que l’on retrouve dans les évangiles apocryphes et qui fait penser à un passage de l’Évangile de Jean où Jésus, lors d’un enseignement collectif, énonce pour sauver une pécheresse : “ Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. ” Si le discours est presque identique, le scénario, lui, diffère légèrement.

Jésus se trouve dans un village où, fidèle à son habitude, il questionne ses disciples : “ Qui es-tu ? Que demandes-tu ici ? Et toi ? ” Arrive une femme du village, visiblement malheureuse, qui demande à suivre son enseignement. Jésus l’invite à se joindre à eux, mais l’un des disciples s’insurge : “ Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous prescrit de lapider ce genre de femme ! Que dis-tu toi ? ” Jésus interroge les autres disciples, dont le mari de la pécheresse, qui confirme l’adultère. Tous refusent l’idée que Jésus puisse accepter une femme adultère dans son enseignement. Jésus leur demande alors de prendre chacun une pierre et, se baissant, il trace sur le sol une sorte de marelle en forme de croix, semblable à celles auxquelles les petites filles jouent encore aujourd’hui (un parcours d’épreuves entre “l’enfer” et le “ciel”) : le plateau du Jeu des Pierres. Les autres disciples insistent et demandent à la femme de s’éloigner. Jésus intervient : “ Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. ” Puis il se baisse à nouveau et écrit des questions : “ Qui es-tu ? ”, “ Que cherches-tu ? ”, etc. – une question par case. Puis il s’assied et attend. Chacun des disciples renonce à avancer sa pierre le premier sur le plateau du jeu.

« Où sont les autres ? Personne ne te condamne ? demande alors Jésus à la femme.

- Personne, Seigneur, répond la femme, en larmes.

- Eh bien, moi non plus je ne te condamne pas, joue ta pierre ! ” Conclut Jésus en souriant avant de débuter son enseignement dont les fondements sont le pardon,  l’entraide, l’amour du prochain…

A propos u secret des miracles, notre légende du Jeu des jeux rapporte qu’il aurait dit ce jour-là : “ En vérité, pour qu’un miracle s’accomplisse, il faut assurément que son bénéficiaire le souhaite. La volonté est fondamentale et la pensée, libératrice. Mais vient ensuite le temps du verbe. La pensée ne suffit pas, la parole est indispensable. Il faut réclamer le miracle, le verbaliser clairement, l’homme se doit d’éclaircir sa demande pour lui donner une forme à l’extérieur de lui. Qui l’entendra ? L’autre, n’importe quel autre à qui mon père a donné forme. Ensuite, il faut avoir la foi dans l’accomplissement. Si cette foi n’est pas là, pourquoi solliciter l’intervention divine ? Enfin, et surtout, il suffit aux hommes d’être compatissants et de vouloir sincèrement le miracle non pas tant pour soi que pour autrui, en vérifiant que le souhait soit partagé par tous et en accord avec le bien, le juste et l’amour que l’esprit saint caractérise. Ainsi, pas plus que vous je ne peux accomplir de miracle pour moi-même, mais je peux, avec vous, guérir si mon père le permet le mal où il se trouve. »

“ Que cherches-tu ? » demande alors Jésus à la femme.

- L’amour et le pardon.

- Aime ton prochain comme toi-même, tu ne pécheras plus. ”

La Légende parle du sourire de Jésus, rayonnant d’une telle bonté qu’immédiatement, la joie prit la place de la peine dans le cœur de la femme… et de l’homme, bientôt réconcilié avec son épouse.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

Les Tables de l’Interrogation

 

Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

 

Les Tables de l'Interrogation dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE4Le “ Jeu des Questions ” pratiqué par certaines confréries talmudiques aurait, selon les exégètes, une origine divine. Le judaïsme est de toute façon une religion de la question plus que de la réponse. Cela déconcerte souvent ceux qui s’attendent à recevoir des indications précises et ont tendance à s’enfermer dans le respect des nombreuses prescriptions qui réglementent le quotidien, issues des coutumes autant que de la loi divine. Pour chaque jour de l’année, pourtant, la Paracha pose une question, sur laquelle l’homme se doit de réfléchir : Dieu institua ce jeu des questions dès qu’Il eut créé le premier homme. Adam vient de adamah, la terre, qui est fait adam, l’homme, et de mah, la question : l’homme est donc “ l’être qui s’interroge. ”

Dans la Genèse, Dieu demande à Adam : “ Où es-tu ? ” Mais Adam a peur et se cache.

Le péché originel, c’est d’abord ce refus de s’interroger et de penser. Dès lors, les hommes n’eurent plus accès à l’Arbre de Vie, qui est aussi l’Arbre des Questions. “ Que cherches-tu ? ” nous demande YHVH.

La Légende raconte que Moïse reçut d’abord, lors de son premier séjour sur le mont Horeb, des tables bien différentes de celles de la Loi. Selon ces récits, en premier lui furent proposées douze questions fondamentales, agencées selon un ordre précis, que les hommes devaient se poser pour s’accomplir au mieux dans le bonheur et la joie. Gravé dans un matériau divin – une résine translucide permettant de lire dans n’importe quel sens -, c’était le rappel de la première Alliance, les clés d’un dialogue direct avec Dieu. Un rituel de questionnement, que les hommes pourraient se transmettre de génération en génération, avec une même discipline, une même règle de jeu.

Lorsque Moïse revint, après quarante jours, il vit que le peuple hébreu adorait un veau d’or et il brisa les tables. Mais lesquelles ? Cette question crée une controverse, qui divise bien des exégètes. Moïse vient de recevoir de YHVH Lui-Même la sagesse éternelle. Comment admettre qu’il la détruise et pourquoi ? Pour certains, Moïse agit ainsi non par colère contre son peuple, mais parce qu’il se trouve en proie à un doute fondamental sur les capacités de l’homme à accepter de se poser ces questions. Le questionnement proposé aurait généré de trop grandes résistances. Moïse retourna donc sur le mont Horeb et en redescendit avec les secondes tables, celles de la Loi, gravées cette fois sur de la pierre, portant les instructions que nous connaissons par la tradition écrite : les Dix Commandements.

Le contenu des premières tables brisées fut cependant transmis par la tradition orale, d’abord talmudique puis kabbaliste, parfois même sous le nom de “ Tables de l’Interrogation ”. Car dans leurs yeshivot, lieux où ils étudient la Torah, les juifs perpétuent la pratique du questionnement. En début de séance, l’un des participants pose une question sur laquelle les autres, à leur tour, s’interrogent. Si une réponse jaillit, tous s’en servent de source pour encore plus de questions.

La kabbale non plus ne donne pas de réponse, mais ouvre à l’infini l’espace du questionnement. Toute réponse le referme et nous enferme en elle. Nous sommes esclaves de nos réponses. Nous sommes libérés par nos questions. C’est peut-être la raison pour laquelle les Dix Commandements sont écrits au futur. Il n’est pas dit : “ Ne tue pas ”, ni : “ Ne pas voler ”, mais : “ Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, tu ne convoiteras pas… ”. Ce ne sont donc à proprement parler ni des ordres ni des lois, mais des projets de vie, des quêtes, des questions, un avenir vers lequel, idéalement, l’humanité doit se diriger. À votre avis, pourquoi “ Honore ton père et ta mère ” est-il le seul ordre véritable ?

Pour les exégètes cités plus haut, les commandements n’étaient rien d’autre que la règle du jeu recomposée par Moïse à partir des Tables de l’Interrogation : ayant renoncé à transmettre le jeu lui-même, il en avait déduit les dix règles fondamentales auxquelles, dans son esprit, les questions devaient conduire. D’autres affirment que chacune de ces questions fut confiée à l’une des tribus d’Israël et que l’humanité atteindra la sagesse quand elles seront toutes réunies…

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L’accouchement grec

 

LIVRE 1

Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

L'accouchement grec dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE3C’est curieusement aussi au quatrième siècle avant l’ère commune, qu’une autre forme du Jeu des Jeux se révéla, en Grèce, à l’un des pères de la philosophie. Mais qui sait quels apports extérieurs avaient reçus nos Homère, Pythagore ou Héraclite ?

Socrate était un simple citoyen, pauvre et, selon certains témoignages, pas très joli garçon.

Ni chef ni savant ni mage, c’était pourtant un homme enjoué et espiègle. Comme il refusait d’écrire, on connaît peu sa véritable pensée. Mais son personnage est devenu légendaire, à l’image de Jésus, Bouddha ou Lao-Tseu qui pratiquèrent eux aussi en maîtres l’art de la question. Fils d’une sage-femme, Socrate baptisa son jeu maïeutique, ou “art de faire accoucher”.

Sa pratique personnelle avait fait de lui un homme sage et heureux, plutôt bon vivant qu’érudit. Il affirmait pouvoir faire partager à quiconque, par un jeu de questions appropriées, l’importance des qualités humaines fondamentales à ses yeux : la force d’âme, l’esprit de justice, la tolérance et le courage.

Socrate excellait dans l’art du dialogue. Comme on dit, il jouait admirablement du plat de la langue. Son verbe se caractérisait par son extraordinaire force d’éveil à l’amour. “ Je ne connais que l’amour, disait-il, qui est désir de faire le bien.” Quel bien ? Celui du corps, bien sûr : le bien-être. Mais aussi ce qu’il appelait le désir joyeux de s’élever vers le bien qui manque, l’amélioration, le perfectionnement, l’élévation vers la sagesse, l’élan vers la félicité. Pour lui, la sagesse n’était pas le savoir mais un art de vivre dont la finalité était triple : mener une vie belle, juste, bonne. Socrate n’enseignait pas, il dialoguait. Son art du dialogue s’opposait cependant aux discours futiles. Son but n’était pas de transmettre des connaissances, mais de pousser ses interlocuteurs à examiner la valeur de leurs convictions, à user du dialogue pour identifier leurs propres a-priori, ignorances, contradictions et illusions. Il estimait que l’homme est bon et n’agit mal que par ignorance. Le but du jeu était de le faire accoucher de cette bonté par une succession savante de questions. Le “Connais-toi toi-même” qu’il évoquait souvent n’est que l’extrait d’une citation plus longue, inscrite au frontispice du temple de Delphes, où officiait la célèbre Pythie : “ Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et ses Dieux. ”

Quelles questions posait Socrate, qui permettaient cette connaissance ? À quelles questions ses juges se référaient-ils lorsqu’ils l’accusèrent d’honorer d’autres dieux que ceux de la cité et de corrompre la jeunesse en cherchant à la libérer des croyances ? Quelles étaient les questions auxquelles il refusa de renoncer lorsqu’il fut condamné à boire la ciguë ?

Qui es-tu ? Que cherches-tu ? Quel est ton désir ? Es-tu d’accord avec toi-même ? Es-tu satisfait de ta vie ? Que connais-tu ?

Nous n’en savons guère plus, car ces questions simples ne s’exprimaient dans la pratique que par l’oralité. Elles ne furent donc que partiellement retranscrites par ses disciples, transformées en de longs dialogues, dont Platon écrivit les plus connus. Seules quelques-unes ont subsisté, indices de l’existence d’un jeu invisible dont la pratique était déjà perdue. Comme si la mise en livre, en enfermant la parole dans un silence éternel, avait rendu cette pratique impossible….

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Le sceau chinois


Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

 

Le sceau chinois dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE2Il est probable que le Jeu des Jeux inspira directement la mise en forme, il y a 2 500 ans, de l’initiation réservée aux chefs religieux et séculiers des pays d’Extrême-Orient. Cette initiation visait à apporter bonheur et sagesse, ce qui signifiait, pour tout dirigeant (de soi-même ou des autres) : trouver l’harmonie entre son intention, ses actions, les circonstances et le résultat. L’enseignement reposait sur la pratique quotidienne d’un questionnement menant à la connaissance de soi, sur l’apprentissage des principes Yin et Yang qui animent l’univers, sur l’étude du Classique des Changements qui explique le déroulement de leurs interactions, sur la lecture des signes et des coïncidences. Cette pratique traversa toute l’histoire de Chine, jusqu’aux trois maîtres-questionneurs, qui initiaient les jeunes candidats aux examens impériaux. Fondé sur le concept de cheminement, de voie (tao en chinois), le Jeu des Jeux devint “Art du Tao”.

De cette lointaine origine, le Jeu du Tao tire son nom historique, mais par un pied-de-nez que nous découvriront, enrichi d’apports venus de bien d’autres horizons. La trace chinoise était néanmoins puissante. L’art du Tao comportait notamment un certain nombre d’étapes, qu’il était nécessaire de franchir avant pour devenir un maître. Chaque étape induisait un changement intérieur, un nouveau niveau de conscience à atteindre. Avec le temps, précédant les arts martiaux et le jeu de go, chaque succès dans cette ascension fut récompensé par un grade appelé kiu, ou dan, selon le niveau, du dixième kiu de l’apprenti au premier dan du maître. Seul un maître pouvait initier un prince. Des traces de cette hiérarchie subsistèrent des siècles durant, dans les grades des bureaucraties impériales chinoise et mongole ou nippone.

Résultat d’un vaste processus de décantation et d’affinage qui se poursuivit en continu depuis l’origine, cet enseignement ouvrait les portes de la perception du visible et de l’invisible, mais aussi celles d’un mode d’échange et de dialogue idéal pour mieux se comprendre et coopérer. Sa pratique permettait de gérer de manière plus efficace la réalité quotidienne, de trouver en soi les qualités disponibles pour remplir sa tâche au-delà de ses seuls intérêts personnels et conséquemment, servant les autres, de vivre dans la joie, seule manifestation de la sagesse aux yeux des maîtres.

L’art du Tao devint explicitement un jeu à l’époque des Royaumes Combattants, qui marqua le déclin de la dynastie des Zhou, au quatrième siècle avant notre ère. Tant de troubles accompagnaient la décadence ! Les sages qui initiaient les princes, lassés de voir leurs enseignements négligés, se mirent à craindre pour leur propre avenir, l’une des pratiques usuelles des royaumes ennemis étant d’anéantir les porteurs de sagesse du clan adverse. Dans la légende que nous nous plaisons à imaginer, sentant la civilisation décliner, ils se réunirent en secret pour décider du sort de leur art.

“ Confions-le aux plus sages parmi les rois et grands propriétaires, lança un maître, afin que l’esprit se perpétue au sein de glorieuses lignées.

- Qui en sera digne ? demanda aussitôt le précepteur du plus grand des princes.

- Qui de nous choisira parmi des rois ennemis ? interrogea un autre.

- Leur volonté de puissance n’est-elle pas l’une des causes du présent chaos ? ” renchérit un inquiet. Le vacarme envahit le petit temple isolé où ils étaient assemblés :

“ Au vu des dangers que nous encourons, la transmission de maître à disciple ne risque-t-elle pas de s’interrompre ?

- Qui peut assurer que les puissants d’aujourd’hui sauront demain la protéger ? ”

Cherchant d’autres certitudes, ils finirent par trancher : “ Traduisons les secrets de notre connaissance sous la forme d’un jeu. Nous le confierons aux plus pauvres et aux moins sages, afin qu’il ne soit pas un objet de dispute. Il permettra à des nomades sans instruction d’en tirer bénéfice, Il restera entouré de respect et nul n’aura la tentation d’y changer quoi que ce soit. ” Ainsi fut fait. Les sages commencèrent à diffuser les enseignements royaux à des hommes et à des femmes de plus simple extraction, qui s’enfoncèrent ensuite dans les montagnes et les forêts de Chine. Ce furent les premiers “nomades éclairés”, dont bien des voyageurs ont rapporté les histoires.

Le plus célèbre d’entre eux, nommé Tao Li, connut une gloire imprévue en temps de guerre, pour sa gentillesse, sa disponibilité et son enthousiasme dans l’art difficile de la conciliation. Lorsqu’il arrivait dans un village et pensait qu’il était nécessaire d’éclairer la population, il sortait de son carquois une arme inhabituelle : le Taoban, une piste de jeu en tiges de bambou liées. Il proposait alors une partie de Tao contre une offrande modeste, généralement le gîte et le couvert. Jamais il ne prétendit enseigner une vérité. Sa seule mission était d’amorcer une démarche interrogatrice commune, sa seule quête une recherche vivante de la sagesse par la coopération, sa seule promesse un pas de plus vers le bonheur, car le bonheur est un mouvement.

Il commençait par la question rituelle : “ Que cherches-tu ? ”. Puis, de question en question, de questionné en questionné, le jeu se chargeait de montrer par des effets miroirs que les désirs des uns étaient complémentaires des désirs des autres, et non antagonistes. Tao Li facilita ainsi de nombreuses réconciliations, qualifiées de magiques, entre ennemis jurés, qui vantèrent à tous ses qualités de conciliateur, lui assurant de nombreux émules. Ceux-ci ne créèrent pas d’école religieuse, ni de temple, ni de philosophie portant leur nom. Ils pensaient que la connaissance appartient à tous, que nul ne peut la posséder, la morceler, la dissimuler par égoïsme ou pour en tirer profit. Ils furent des acteurs importants dans la résistance contre les régimes autoritaires, mais se raréfièrent avec la dynastie des Ming (1368-1644), qui instaura des pratiques totalitaires et organisa contre eux une chasse aux sorcières systématique.

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L’hypothèse du Jeu premier

 

Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

L'hypothèse du Jeu premier dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDE1Nul ne connaît le Jeu des Jeux originel, mais cet art du questionnement mutuel, dès sa forme la moins élaborée, comportait à l’évidence un certain nombre de pré-requis. Un tel échange exigeait en premier lieu du courage, car il en faut pour se soumettre au feu des questions.

Il demandait aussi, pour aboutir, de la bienveillance, de l’écoute active, de la clarté et une liberté de parole. Par ces qualités, l’homme apprit à se servir du miroir des autres pour se défaire de ses illusions et préjugés. Il découvrit comment se mettre à l’écoute d’autrui pour échanger savoir-faire et intuitions. Pour assurer le bon emploi des connaissances, le déclenchement de la joie, car le rire et les embrassades, était considérée comme le critère suprême.

La maîtrise de cet art ne fut pourtant pas acquise sans effort, ni accordée au premier venu. Si tous les peuples connurent la pratique du questionnement éclairé, seuls quelques êtres s’y adonnèrent vraiment. Et si certains exercices ont subsisté, transmis de maîtres à disciples, ils sont restés “ solis sacerdotibus ”, réservés aux initiés, généralement à travers des jeux d’initiation labyrinthiques. Voilà pourquoi la plupart de ces pratiques s’éteignirent. Au lieu de se soumettre au principe du questionnement vivant, les hommes, avec le temps, adoptèrent comme réponses des dogmes. Bientôt, ces dogmes supprimèrent tout bonnement les questions, s’efforçant de figer l’inaccessible et mouvante vérité dans les réponses définitives de grands textes infaillibles.

Un mystère entoure pourtant ces textes sacrés, un peu comme une malédiction. Aucun des ouvrages censés nous les transmettre n’existe dans sa version originale. Tous, avec le temps, ont été modifiés. La pratique des maîtres qui les avaient inspirés a disparu. Ainsi, tenu secret ou banni, le Jeu des Jeux devint invisible et s’enfonça peu à peu dans l’oubli. Ici ou là, de temps à autre, l’hypothèse du jeu premier ressurgissait, sous forme de contes ou d’histoires populaires au sein desquels les bribes d’un jeu semblaient dissimulées, prenant l’aspect d’une quête imposée à un héros, dont le sort dépendait de sa façon de répondre à certaines questions. Mais l’homme vivait désormais dans l’ère des doctrines : comment imaginer qu’un jeu, une simple pratique ludique, puisse aider à vivre et à penser sans faire appel à une idéologie ? Seule, comme un espoir, sa Légende perdurait, fragmentée …

Ce n’est que bien plus tard, lors de périodes de troubles, que le désir partagé de retrouver ces pratiques originales émergea à différents endroits de la planète…

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Un monde de traditions

Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 1

Un monde de traditions dans Le Livre de la Légende LE-LIVRE-DE-LA-LEGENDECertains sages pensent que l’histoire juste dite au bon moment à la personne qu’il faut est capable d’illuminer qui l’entend, c’est-à-dire de lui apprendre ce qu’aucune explication, aussi intelligente soit-elle, ne saurait dire.

« SI TU NE VEUX PAS QUE S’EMOUSSE L’ACUITE DE TON REGARD, TRAQUE LE SOLEIL DANS L’OMBRE. ON PEUT ECRIRE L’HISTOIRE EN JOUANT »

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres que l’on appelle communément des hommes domestiquèrent le feu. Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges : ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modèles de cette communication fut le jeu, grand pacificateur des pulsions animales. Jeux de grimaces, de gestes, de sons, d’attitudes, se terminaient souvent par des explosions de joie.

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations : la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde, et de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie. Ainsi, la première question fut posée : Que cherches-tu ? Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent un jour pouvoir l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant des questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient les ordonner, que ce même principe d’une cohérence dynamique leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

Pour survivre, l’homme, à l’instar de toutes les espèces vivantes qui l’avaient précédé, venait de découvrir le principe de coopération. Celui-ci éveilla sa conscience d’une lumière nouvelle. Le Jeu des Jeux était né. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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