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LES CINQ et SEPT ELEMENTS de l’Energie Primordiale

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La tradition CHINOISE inclut Cinq Eléments dans sa Cosmogonie. Il s’agit de :

L’EAULE FEULE BOISLE METALLA TERRE

Ces cinq éléments ont été utilisés pas les lettres Taoïstes, en partie, dans le domaine de la médecine énergétique. Les Cinq Eléments sont en correspondance avec les saisons et les cinq directions de l’espace, à savoir :

le Bois est en relation avec le printemps de l’est.

le Feu est en relation avec l’été et le sud.

le Métal est en relation avec l’automne et l’ouest.

l’Eau est en relation avec hiver et le nord.

la Terre est en relation avec le centre.

Il n’est pas aisé d’établir des relations entre les Cinq Eléments Chinois et les Quatre éléments de la tradition occidentale. Bien que sur le Pan de l’Absolu, les relations soient évidentes, sur celui de l’évolution de l’Homme qui nous concerne, il n’y a pas réellement de correspondances entre eux, et la dimension spirituelle n’est pas vraiment présente dans la classification Chinoise. Elle est avant tout médicale et énergétique. Elle fait partie d’une tradition au sein de laquelle la symbolique n’évoque pas particulièrement d’image.

  • le bois est nourri par l’eau
  • le bois nourrit le feu
  • le bois est coupé par le métal
  • le bois épuise la terre

 

LES SEPT ELEMENTS

L’énergie Primordiale que la tradition ésotérique nomme « Fohat », permet l’interaction de l’Esprit et de la Matière. Cette Essence se manifestant dans l’Univers, se différencie en Sept Emanations constituant la substance même de notre Système Solaire et de ses Sept plans. Chacun de ces Sept Plans est animé par l’une de ces Emanations qui sont les Sept Eléments, ou suivant d’autres appellations, les Sept Esprits devant le Trône, les Sept Rayons Cosmiques etc… Perçus sous cet angle, les Eléments ne sont plus des « forces » inertes, mais prennent vie sous la forme d’Entités Spirituelles possédant une Qualité de Conscience telle que nul humain ne peut la concevoir. Il ne serait sûrement pas inexact d’affirmer que sans la présence de « Fohat », l’Energie Primordiale, la Vie serait inconcevable dans l’Univers.

En terme religieux, ces Grandes Entités d’un degré de conscience élevé sont appelées « Dieux, Archanges, Kumaras, Dhyân-Choans, etc… » Leurs corps de manifestation tangible revêtent des formes aux proportions immenses. Ce sont des corps planétaires et ils sont au nombre de Sept.

Le processus de différenciation dont je viens de parler peut être décrit de la manière suivante :

« FOHAT », force énergétique/vibratoire d’une amplitude inconcevable, doit pour maintenir toutes formes de Vie en cohésion, et ce, dans la plus parfait harmonie, éclater ou se morceler afin de diminuer d’intensité à chacun des Plans qu’elle rencontre. Un atome de poussière, un être humain, une planète, ne pourraient supporter plus d’un instant la puissance de cette Energie dans son essence première. Son intensité vibratoire est bien trop puissante. Pour être supportée et intégrée par les divers organismes vivant sur la planète Terre, cette Force doit pulser à un taux vibratoire toléré par eux. Le taux généralement acceptable par un être humain se situe au niveau des Quatre derniers Eléments (Terre, Eau, Feu, Air). Nous avons affaire à un processus de densification de l’Energie/Esprit, qui, à chaque rencontre, dans sa descente vers la matière, se densifie un peu plus, jusqu’à devenir de l’Energie/Matière sur le Pan Physique.

images (6)Seule une vibration puisant à un taux particulier, juste plus élevée que celle d’un « organisme » quelconque (entités spirituelles, âmes humaines, animaux, végétaux, minéraux) peut être assimilée et intégrée par lui. Pour donner un exemple. Bien que présents dans l’espace dans lequel nous évoluons, les Trois Eléments les plus subtils, ayant pour noms : Mer de Feu, Akasha et Ether, n’ont que peu d’influence sur nous. Nous vivons en eux, par eux et à travers eux, mais ils nous sont étrangers. Nous n’avons pas conscience de leur réalité et il en va sûrement de même pour eux. Notre taux vibratoire est trop grossier pour qu’ils puissent le capter et l’influencer au sens où nous l’entendons habituellement. Nos sphères s’interpénétrent mais ne se reconnaissent pas d’affinité, bien qu’elles soient étroitement liées entre elles. 

Pour en revenir au processus de différenciation, imaginons tout d’abord l’Essence Première se subdivisant en Trois.

-         l’Unique devient la Trinité.

  • o   Le Père, Premier Aspect,
  • o   Le Fils, Second Aspect.
  • o   Le Saint Esprit, autre appellation de la Mère du Monde, Troisième Aspect.

 

-         Puis les Trois deviennent Sept : Les Septénaires des Traditions. Les Sept Rayons Cosmiques de la Théosophie.

 

Pour plus d’informations sur le thème des Sept Rayons, je conseille la lecture de l’ouvrage d’Alice Bailey paru aux Editions Lucis sous le titre : Traité sur les Sept Rayons, Vol.1 

 

  • o   Rayon 1 : Volonté et Puissance
  • o   Rayon 2 : Amour et Sagesse
  • o   Rayon 3 : Intelligence Active
  • o   Rayon 4 : Harmonie par le Conflit
  • o   Rayon 5 : Connaissance Concrète
  • o   Rayon 6 : Idéalisme et Dévotion
  • o   Rayon 7 : Rituel et magie Cérémonielle.

La Cabbale illustre parfaitement ce processus avec l’Arbre Sephirotique. Les Sephiroth représentent des qualités ou des attributs de Dieu.

-         Ayn soph l’Inaccessible devient Trois dans l’Arbre Babbalistique

  • o   1 Kether la Couronne,
  • o   2 Hochmah la Sagesse,
  • o   3 Binah la Compréhension

 

-         Les Trois deviennent Sept à leur tour.

  • o   4 Hessed la Miséricorde
  • o   5 Gheburah la Rigueur
  • o   6 Tiphereth la Beauté
  • o   7 Netsah la Victoire
  • o   8 Hod la Splendeur
  • o   9 Yesod le Fondement
  • o   10 Malcuth le Royaume.

Le « Un » est Absolu, les autres, sont ses parties reflétées à des niveaux vibratoires plus denses à chacun des Plans qui leurs sont immédiatement inférieurs. Il est difficile de rendre cette métaphore plus explicité, mais elle image tout de même d’une manière assez parlante un Processus Cosmique d’une magnitude infinie, dont la « réalité » nous est perceptible simplement sous l’aspect symbolique. Bien que peu en rapport avec la « Réalité Cosmique » dans sa dimension réelle, perceptible seulement aux niveaux de sa réalité intrinsèque, le schéma symbolique la décrit le plus précisément possible à notre entendement.

Par analogie, j’inclus dans le tableau suivant : les Sept Règnes de la Nature. Chronologiquement par valeur de densité.

 

RELATION ENTRE LES SEPT ELEMENTS, LES SEPT PLANS DU SYSTEME SOLAIRE ET LES SEPT REGNES DE LA NATURE

ELEMENT

PLAN

REGNE

Terre

Physique

Minéral

Eau

Astral

Végétal

Feu

Mental

Animal

Air

Intuitionnel

Humain

Ether

Spirituel

Spirituel

Akasha

Monadique

Monadique

Mer de feu

Divin

Divin

 

Suite à l’analogie entre les Eléments et les Pans du Système Solaire, nous pourrions aussi faire ce type de rapprochement avec les habituels Septénaires symboliques des Grandes traditions du Monde comme les Chakras (Centre Coronal, Frontal ou Ajna, Laryngé, Cardiaque, Solaire, Sacré et Coccygien), les Jours de la semaine, les Couleurs du sceptre, les Notes de la gamme, mais aussi les Archanges Bibliques, les Planètes Sacrées de l’Astrologie Esotérique (Soleil, Jupiter, Saturne, Mercure, Vénus, Neptune, Uranus) etc… Le tableau ci-dessous est un exemple de certaines de ces analogies que je viens d’énumérer.

 

RELATION ENTRE LES SEPT ELEMENTS, LES SEPT PLANTES SACRES ET LES SEPT JOURS DE LA SEMAINE

ELEMENT

PLANETE SACREE

JOUR

Terre

Uranus

Lundi

Eau

Neptune

Mardi

Feu

Vénus

Vendredi

Air

Mercure

Mercredi

Ether

Saturne

Samedi

Akasha

Jupiter

Jeudi

Mer de feu

Soleil

Dimanche

 

Ayant fait référence aux Sept Planètes Sacrées de la tradition ésotérique, je n’ai pas inclus dans le tableau situé ci-dessus la Lune, Mars et Pluton. Pour ces trois Planètes, les analogies sont un peu plus complexes.

-         la Lune est en relation avec Lundi et avec l’Elément Eau.

-         Mars est en relation avec Mardi et l’Elément Feu.

-         il en va de même que l’analogie précédente pour Pluton bien qu’il puisse aussi être en relation avec l’Akasha.

 

RELATION ENTRE LES SEPT ELEMENTS, LES SEPT CHAKRAS ET LES SEPT COULEURS

ELEMENT

CHAKRAS

COULEUR

Terre

Base de l’épine dorsale

Violet

Eau

Centre sacré

Rouge

Feu

Plexus solaire

Indigo

Air

Cœur

Jaune

Ether

Gorge

Vert

Akasha

Ajna

Bleu

Mer de feu

Centre de la tête

Orange

 

images (7)Les Sept Eléments sont les composants des Sept Plans du système Solaire. Chaque Elément structure, d’une manière énergétique et vibratoire, le plan qui lui est affilié. L’élément Terre maintient en cohésion tous les atomes qui agencent le plan Physique. Ce même rapport s’établit pour l’Elément Eau avec le Plan Astral. Pour l’Elément Feu avec le Plan Mental. Pour l’Elément Air avec le Plan Intuitionnel. Pour l’Elément Ether avec le Plan spirituel. Pour l’Elément Akasha avec le Plan Monadique. Pour l’Elément Mer de Feu avec le Plan Divin.

Il se trouvera parmi vous des personnes qui contesteront quelques unes des analogies faites ci-dessus. D’un certain point de vue, elles auront raison. Mais je tiens tout de même à dire que la « vérité » est multiple et qu’il est possible d’intervertir des données de ce tableau tout en ayant raison de le faire.

Prenons le cas de la couleur violette que je situe en relation avec le centre de la base de l’Epine dorsale. L’on me fera sûrement remarquer que cette couleur est essentiellement en connexion avec le centre le plus élevé, celui de la tête. Je répondrai que d’un point de vue énergétique ou mystique je suis tout à fait d’accord, mais que sur le plan ésotérique les valeurs sont inversées. Les rapports analogiques dépendent toujours de la qualité de conscience des « organismes » étudiés ou des plans sur lesquels ils sont perçus. Un être humain de conscience astrale (vibrant sur le plan des émotions) ne se verra pas attribuer les mêmes analogies que celui qui est de conscience mentale éveillée. Il en sera de même pour ce dernier vis-à-vis d’une personne de conscience spirituelle. Les analogies sont tributaires des niveaux ou des plans de conscience.

 Personne ne possède la « Vérité ». Il y a des « vérités » s’adaptation à notre compréhension à un moment donné de notre évolution et d’autres qui les remplacent quand notre conscience devient capable de les intégrer. J’utilise souvent comme image la clé du signe du Sagittaire qui est : « Je vois le but, je l’atteins et quand je l’ai atteint, j’en perçois un autre plus vaste ». En relation avec mon propos, je peux dire ! « Je vois une vérité, je l’intègre et quand de l’ai intégrée, j’en perçois une autre plus vaste ». Cette attitude d’esprit est nécessaire sinon nous nous enfermons dans des interprétations scolaires, manquant d’amplitude et surtout aliénantes, ayant alors le sentiment d’être pré-défini à l’avance, subissant un destin sur lequel il n’y a pas de prise.

Notre perception des mondes tangibles et subtils, des différentes formes de vie qui les peuples, de la « Conscience en évolution » est encore bien limité. Néanmoins, l’établissement de ces liens, de la compréhension de la Loi d’Analogie, nous permettent d’enrichir notre compréhension et notre perception de la vie en général et des hommes en particulier. Et c’est bien ce que nous nous efforçons de faire en intégrant la dimension Humaniste et Transpersonnelle dans notre travail.

 

 

AVEC le soutien des écrits de ALAIN BRETHE dans son livre L’interprétation des Arcanes Mineurs » aux Editions Oriane.

Voyages intérieurs avec Jan Kounen

 

Cinéaste, voyageur et explorateur de la psyché, Jan Kounen se met à nu dans ces carnets intimes. Un témoignage hors norme, doublé du premier guide d’approche de la médecine traditionnelle de l’ayahuasca en Amazonie.

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Cela fait plus de dix ans que je vais dans la partie amazonienne du Pérou rencontrer des curanderos (guérisseurs). Dix ans, c’est le passage de la découverte à l’apprentissage. Dans ce parcours, j’ai trouvé assez vite ma place, celle de passeur. Puis, peu à peu, je suis devenu ayahuasquero par la force des choses. La question ne se pose plus quand vous dépassez quelques centaines de cérémonies : l’ayahuasca fait partie de votre vie, vous devenez un pratiquant. C’est simple. Je pratique avec les Shipibo. Je suis leur travail, j’apprends, je reçois l’enseignement. Puis, j’écris ou je filme. Au cours des années, je suis devenu, dans la medicina, un pratiquant silencieux, sans doute trop, par timidité ou simplement pour ne pas me positionner comme curandero. Même si je suis entré dans la danse récemment, j’y reviendrai, je suis avant tout cinéaste. Cineasta ayahuasquero.
Dix ans d’aventure, c’est l’âge de raison, voire de déraison. En tout cas, l’occasion de faire un bilan sur l’apprentissage de cette médecine et de revenir sur un grand nombre de rencontres humaines.

Au début de cette aventure, en 1999, j’étais le plus souvent le seul Blanc entouré d’Indiens et de métis. Quelques Occidentaux passaient par là, ou bien l’on parlait d’eux, ces ayahuasqueros. Ils étaient très peu, sans doute moins de quelques centaines à travers le monde. Aujourd’hui, les apprentis sont nombreux, et certains sont devenus de bons guérisseurs. Des milliers de gens partent à la rencontre de l’ayahuasca. Le temps de la mise en relation entre les cultures est maintenant derrière nous.

Au cours des dernières années, je me suis souvent retrouvé, en Amazonie, entouré de personnes qui venaient faire leur première « cérémonie ». M’étant senti moi-même au début bien démuni face à l’expérience, j’en suis venu à leur prodiguer des conseils. Il est vrai que là-bas les gens venaient vers moi car mes films les avaient souvent invités à faire le voyage.
Le lendemain des cérémonies, je découvrais que certains conseils pouvaient avoir été fortement utiles, d’autres moins. D’année en année, cela m’a permis d’affiner ce travail. J’ai souvent été aussi le traducteur entre le guérisseur et les patients dans leurs entretiens privés lors de traitements, ce qui m’a apporté une connaissance plus profonde des questions que se posent les patients, ou de leurs demandes. L’idée de faire un manuel pratique pour se préparer à une cérémonie d’ayahuasca a germé en moi lorsque je me suis rendu compte que, au sein de toute la littérature émergente sur le sujet, cet ouvrage manquait. Malgré l’abondance d’informations, il y a peu ou pas de conseils concrets sur la manière de se préparer à une cérémonie, pour savoir à quoi s’attendre, et pas de renseignements précis sur comment traverser l’expérience. Pourtant, la demande existe. J’ai reçu beaucoup de questions par mail ou sur Facebook. Lors d’un vernissage, récemment, une jeune fille m’aborde et me demande si je suis bien qui je suis. Puis, tout de suite : « Hé ! Tu as été chamanisé, c’est quoi, être chamanisé ? » Oh là là !…

Par ailleurs, j’avais une série de textes sur mon disque dur, écrits entre 1999 et aujourd’hui. En les relisant, je me suis dit que mon témoignage offrait une multitude d’informations qu’il était temps de partager. J’ai trié mes notes. Je les avais d’abord écrites dans l’optique de ne pas oublier, ensuite dans celle de faire « un jour » un bouquin où la mémoire chronologique des événements serait respectée. Après lecture, j’ai recomposé un texte à partir de morceaux et créé un objet narratif hybride, entre roman autobiographique et scénario. Un texte qui conviendra à l’aspect kaléidoscopique de l’aventure.
Certaines notes ont été écrites au lendemain d’une cérémonie, d’autres quelques semaines, voire quelques années plus tard. Le corps principal du voyage est constitué de notes chronologiques prises chaque jour durant mon séjour de juillet 2009, c’est-à-dire dix-sept cérémonies en vingt-cinq jours. C’est l’une des rares fois où j’ai vraiment écrit au quotidien. Ces notes permettront de suivre une diète dans la durée et de survoler ces dix dernières années.
Certaines notes sont drôles, et j’ai souvent ri en les relisant ; d’autres, bien évidemment, le sont moins, mais de leur juxtaposition se dégage un témoignage intime sur l’aventure.
Témoignage, questions, le livre avait pris sa forme : les Carnets, relatant mon expérience, formeront la première partie de l’ouvrage, le Manuel pratique, la seconde. 

Les Carnets racontent ce que cette médecine a fait pour moi, et comment ça s’est passé.
Voilà donc un petit guide, celui que j’aurais aimé avoir lors de mon premier voyage, il y a une dizaine d’années. Il permettra, je l’espère, de se préparer de manière concrète à participer à une cérémonie d’ayahuasca. Il contient des conseils simples et des propositions d’attitudes internes et externes pour traverser l’expérience et les moments qui la suivent.
Ce qui est intéressant, c’est d’observer le mouvement intérieur : il a une grande amplitude, c’est la grande oscillation de la medicina. L’ayahuasca nous propose l’expérience de notre propre réalité, vécue depuis notre part irrationnelle. Bref, pas gagné d’avance !
J’espère que la description de ces voyages, sentiments, pensées, joies et peurs, accompagnés de leur lot d’incohérences, de contradictions, de perditions et d’illuminations, établiront en sous-texte la mosaïque opératoire de cette mystérieuse medicina. Ce sera une mélodie personnelle.
Son orchestration est celle de Guillermo Arévalo Valera, dit Kestenbetsa (Écho de l’Univers, en langue shipibo). C’est lui qui m’a ouvert la porte de ce monde, qui me l’a enseigné et qui m’a soigné. Il a été d’abord un maestro, pour devenir ensuite un frère. Il m’a fait rencontrer d’autres guérisseurs shipibo, dont Panshin Beka. Il est, bien sûr, l’homme au centre de ce récit.

Certains textes évoqueront sans doute des états par lesquels vous passerez si vous allez sur place (et des souvenirs pour ceux qui ont déjà fait le voyage). Sinon, de toute façon, mouvements, climax et résolutions sont par nature les mères de tous les récits.
Le lecteur uniquement curieux de cette aventure y trouvera aussi son compte, du moins je le souhaite.
En revanche, vous ne trouverez dans ce livre que peu de choses sur l’histoire de l’ayahuasca ou sa pharmacologie, un sujet déjà largement traité ailleurs.
La forme est celle d’une comédie métapsychique, construite en mode flash-back, dont je suis le héros.
Vous allez rire… à mes dépens. C’est fait pour.
Bonne lecture, et surtout bon voyage si vous partez loin, très loin, à la rencontre d’une culture et… de vous-même.

Le surhomme, c’est nous

Albert Jacquard : 

Le généticien Albert Jacquard est mort en septembre 2013 à l’âge de 87 ans d’une leucémie. Défenseur des sans-abri, des sans-papiers, des sans-voix, il avait raconté dans son autobiographie comment, après s’être tenu longtemps à l’écart du monde et des rencontres, il avait réussi à s’ouvrir aux autres.

Laurence Lemoine

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Psy : Ce qui frappe, à la lecture de votre parcours, c’est que l’engagement arrive relativement tard. Vous avez 50 ans passés lorsque vous commencez à vous mobiliser contre le racisme, puis pour le droit au logement.

Albert Jacquard : Il m’a fallu du temps. Par le passé, j’étais guidé par la soumission et le conformisme. J’avais une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était comme si elle se déroulait au loin. Je n’ai pas pensé un instant à entrer dans la Résistance. J’étais trop occupé à préparer Polytechnique. En 1961, je vivais tout près de l’endroit où des Algériens ont été jetés dans la Seine. Lorsque je l’ai appris le lendemain, j’ai eu honte. J’aurais pu prendre position, mais je n’ai pas bougé. Je suis resté du côté des salauds, ceux qui laissent faire, pendant deux décennies encore.

Diriez-vous, dans le contexte actuel,que le fait d’essayer simplement de maintenir sa place dans un système en crise fait de nous des salauds ?

A.J. : Un peu, oui. Il faut inventer un autre modèle. Caton l’Ancien, qui redoutait une invasion de Rome par les Carthaginois, terminait systématiquement ses discours au Sénat parCarthago delenda est, « il faut détruire Carthage ». Il signifiait ainsi qu’il ne servait à rien de régler les affaires courantes de Rome alors que pesait sur elle une menace qui pouvait l’anéantir. Connaître le danger et ne rien en dire, c’est préparer un crime et, comme le disait Théodore Monod, déjà le commettre.

Beaucoup d’entre nous se sentent plutôt très impuissants…

A.J. : Mais du coup, on se donne l’absolution sans même avoir essayé. Ce que j’ai vécu, dans l’église Saint-Bernard (Le 23 août 1996, à 7h30, les forces de l’ordre expulsent trois cents sans-papiers réfugiés depuis le 28 juin dans l’église Saint-Bernard, à Paris) par exemple, c’était du plaisir à l’état pur. Nous étions tous un peu excités, mais nous étions prêts à bâtir ensemble. Pour avoir vécu ces moments, j’ai maintenant tendance à bannir le « je » de mon vocabulaire. Le surhomme, c’est « nous ».

Comment avez-vous découvert cette force du « nous » ?

A.J. : C’était à Stanford, dans les années 1960. Avant cela, je travaillais à la Seita (Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes), sans autre finalité que d’améliorer la productivité de l’entreprise. J’ai été placardisé. Puis un ami a postulé pour moi à un poste de chercheur dans cette université américaine. C’était l’époque hippie, celle du mouvement pour les droits civiques. J’ai découvert une manière de travailler radicalement différente. Partager ses idées était chose normale. On se donnait le droit à l’erreur, comme condition de progression de la pensée. J’ai découvert les joies de la collaboration. Jusque-là, j’avais si peur des rencontres…

Pourquoi ? En aviez-vous une expérience douloureuse ?

A.J. : Je raconte cette anecdote dans mon livre. Mon frère et moi venions d’emménager à Mâcon. Je devais avoir 12 ans. Nous avons voulu jouer avec une bande de gamins. Eux nous ont crié : « Barrez-vous ! » Pendant longtemps, j’ai redouté les nouvelles rencontres de peur d’être rejeté. Ou alors elles me fatiguaient d’avance.

Qu’est-ce qui vous fatiguait ?

A.J. : Je n’avais aucun appétit pour le faux-semblant, toutes ces choses que l’on dit sans y croire, en prétendant être ce que l’on n’est pas. Je tiens l’éducation religieuse pour une incitation au mensonge. On prétend à la vertu, on se mortifie pour ses péchés sans jamais s’assumer tel que l’on est. J’ai longtemps joué le jeu, avant de rompre avec la religion. Mon propre manque de sincérité m’épuisait. Il n’y a rien de pire que de ne pas s’autoriser à dire ce que l’on pense vraiment. À 86 ans, je ne cache plus mes émotions. Je m’efforce d’être le plus authentique possible, c’est le premier engagement qu’on peut avoir envers l’autre.

Vous racontez aussi comment, à la suite de l’accident qui a modifié votre visage à l’âge de 9 ans (accident de voiture dans lequel périssent son petit frère et ses grands-parents NDLR), vous avez eu le sentiment que personne n’avait plus accès au vrai Albert. Votre méfiance viendrait-elle aussi de là ?

A.J. : Cet événement s’est imposé à moi de manière brutale, mais je lui ai certainement donné trop d’importance. J’ai perdu trop de temps dans mon combat avec l’ange, celui contre lequel on se bat pour parvenir à être soi-même. Il se trouve que ce combat, on ne le gagne jamais vraiment. J’ai longtemps pensé que cet accident avait fait de moi quelqu’un de différent. Je me suis donné un mal fou pour compenser ce que j’y avais perdu en devenant un très bon élève. Et puis j’ai rencontré ma femme, et elle a su me trouver derrière mes masques. J’ai compris grâce à elle que l’essentiel n’était pas là.

Comment avez-vous cessé de craindre les rencontres ?

A.J. : Je venais d’écrire Éloge de la différence (Seuil, 1981, ndlr). dans lequel j’établissais que nous étions tous différents du point de vue génétique, mais qu’aucune de ces différences ne justifiait qu’un groupe humain se croit supérieur. Cette théorie m’avait valu d’être pris à partie par l’extrême droite. C’est à ce moment-là, juste après l’attentat de la rue Copernic (En octobre 1980, un attentat dirigé contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, fait quatre morts et plusieurs dizaines de blessés, ndlr) qu’Albert Lévy (alors secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, ndlr) m’a demandé de défiler sous les banderoles du Mrap. Tenir une pancarte en poussant des cris, c’était tellement inattendu. Mais j’ai adoré ça : m’autoriser à changer, à me mettre en colère. J’ai appris que ce sont les rencontres qui nous font évoluer. Albert Jacquard n’est pas celui que vous pouvez peser ou mesurer. Il est la somme des liens qu’il a tissés et qui l’ont façonné.

Quelles autres rencontres vous ont marqué ?

A.J. : L’abbé Pierre. J’étais venu le voir à Alfortville. Quelqu’un lui a apporté la lettre d’un ministre qui tentait de lui faire croire des sottises. Il s’est emporté : « Mais déchirez-moi ça ! » Et je me suis aperçu qu’au fond il n’était pas gentil. Il était fidèle à ce qu’il pensait être l’acte nécessaire.Il racontait l’histoire suivante. Au tout début d’Emmaüs, il a vu arriver un certain Georges qui lui a dit : « Je sors de prison, je ne sais rien faire, je n’ai plus qu’à me suicider. Pouvez-vous m’aider ? » Réponse de l’abbé : « Je ne peux rien faire pour toi, je n’ai aucun moyen, mais puisque tu n’as rien à perdre, toi, viens donc nous aider. » Ce renversement de posture m’éclaire encore.

Lorsque vous défiliez aux côtés des sans-papiers, vous disiez : « Ce que je voudrais, ce ne sont pas des papiers pour tout le monde, mais des papiers pour personne. » Quel monde aspirez-vous à créer ici-bas ?

A.J. : Un monde dont la compétition a disparu. Nous serons bientôt neuf milliards. Notre planète a la capacité de nous nourrir, pourvu que les uns cessent de s’approprier ce qui appartient à tous et à personne. Mais pour cela, il faut en finir avec ce besoin que j’ai de prendre le pouvoir sur vous, d’être le gagnant et de faire de vous un perdant. Nous sommes tellement habitués à cette logique que nous ne voyons pas à quel point elle est arbitraire. Le mot-clé pour moi, c’est « participer ». Je ne possède pas, j’ai un lien avec des gens, des animaux, des plantes. La possession, c’est l’exclusion. Au contraire, participer, c’est vouloir le bien commun.

En quoi vos engagements vous on-t-ils transformé ?

A.J. : Ils m’ont rendu plus heureux ! Peut-être en éloignant cette mauvaise conscience dont l’éducation religieuse m’avait accablé. Mon épouse me disait : « La mauvaise conscience, on va l’oublier. Aide les gens si tu peux être utile. Mais ne va pas leur raconter
tes états d’âme. » Et puis, quand je suis dans la rue pour être aux côtés de Sri-Lankais ou de Béninois que la police vient jeter à la rue, j’ai un sentiment de puissance. Je jubile d’être là où je crois devoir être.

interview pour http://www.psychologies.com/

Venez discuter sur  » La Vie Devant Soi « 

l’étrange pouvoir des petits riens

 

On a tous entendu parler de l’effet papillon, cet engrenage subtil par lequel d’infimes causes entraînent d’incroyables conséquences. Sur quoi repose-t-il? Qu’a-t-il à nous dire sur l’ordre du monde et la façon de nous y conduire?
l’étrange pouvoir des petits riens dans Le Livre des Mutations PapillonBuzz

Quoi de plus insignifiant qu’un battement d’ailes de papillon ? Flap flap, le frémissement imperceptible de quelques molécules d’air… Ce flap flap-là, pourtant, peut déclencher un ouragan, affirme le météorologiste Edward Lorenz en 1972, lors d’une conférence intitulée Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ?

Quelques années plus tôt, dans son laboratoire de l’éminent Massachussets Institute of Technology, le scientifique avait découvert qu’une infime variation dans les paramètres de départ pouvait provoquer des changements radicaux dans le comportement d’un système. La théorie du chaos était née. « En science, chaos ne signifie pas désordre ou confusion, mais se rattache plutôt à une notion d’imprévisibilité à long terme, précise l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan. Dans certaines situations, les résultats dépendent de manière extrêmement sensible des conditions initiales. Que celles-ci changent un tant soit peu, et les résultats divergent exponentiellement. » 

Imaginez donc un papillon voletant dans une forêt sud-américaine. Son passage déplace une feuille qui, en se posant sur une petite mare, en fait onduler la surface. De proche en proche, se déclenche une série de phénomènes, qui finissent par induire un changement atmosphérique majeur à des milliers de kilomètres. « Même si on couvrait la Terre de stations météorologiques contiguës, il existerait toujours des fluctuations trop infimes pour être détectées, explique Trinh Xuan Thuan. C’est pourquoi il est impossible de prévoir le temps qu’il fera dans plus d’une semaine. »

Révolution conceptuelle

L’effet papillon ne secoue pas que le domaine de la météo. Cette « révolution conceptuelle » remet en cause l’approche déterministe héritée de Newton. Non, le monde n’est pas une mécanique maîtrisable, mais un système subtil d’interconnexions et d’interactions, un vaste champ de possibilités où rien n’est figé, où les choses n’existent que par jeux inattendus de rencontres et de causes à effets. « Dans la vie quotidienne, la théorie du chaos limite notre capacité à prévoir et prédire les choses. Elle donne de la liberté à la nature et lui permet d’exercer sa créativité pour générer la beauté et la complexité du monde », commente Trinh Xuan Thuan.

Pour le bouddhisme, ce n’est pas une nouveauté : depuis 2600 ans, l’impermanence et l’interdépendance sont au cœur de ses enseignements. « L’expérience du quotidien nous induit à croire que les choses ont une réalité objective autonome, observe Trinh Xuan Thuan, mais ce mode d’appréhension des phénomènes n’est qu’une construction de l’esprit. Le bouddhisme soutient que c’est uniquement en relation et en dépendance avec d’autres facteurs qu’un événement peut survenir. » Tout bouge, tout évolue, tout est en transformation potentielle au gré des circonstances…

Fascinant faisceau de connexions ! Les auteurs de films et romans à suspense ne se sont pas privés d’en exploiter le captivant ressort. Que serait devenu le monde si Adolf Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts ? s’interroge Eric-Emmanuel Schmitt dans La part de l’autre. Un autre enchaînement de circonstances aurait-il pu empêcher l’assassinat de Kennedy ? explore Stephen King dans 22/11/63

Tous papillons

images (6)Mais l’effet papillon ne se contemple pas seulement ; il se vit. « En 1997, lors d’une retraite en Allemagne, j’ai été très touché d’être bien servi au moment du repas, se souvient le professeur de Zen Michel Dubois.Alors qu’il y avait beaucoup de monde, qu’il fallait aller vite, les mets étaient bons et l’équipe adorable. » A son retour à Paris, il cherche comment il pourrait servir à son tour. Répondant à une petite annonce, il se retrouve à porter des paniers repas à des malades du sida. Trois ans plus tard, il rejoint une association qui sert des personnes en situation de précarité, puis finit par fonder en 2003 L’un est l’autre, qui offre des repas aux plus démunis à Paris, en complément des Restos du Cœur. 500 000 au compteur ! « L’effet papillon n’affecte pas que l’extérieur, souligne Michel Dubois : il bouleverse intérieurement. Avant, j’étais timide, un peu en retrait socialement ; avec ce public, j’étais à l’aise, je me suis éclaté. J’ai animé des cercles de parole où des gens d’abord assez rudes ont exprimé des trésors d’émotions. Ça m’a ouvert le cœur. »

« Il faut être capable de s’ouvrir à l’inattendu », rappelle le philosophe indien Jiddu Krishnamurti. Pour soi, pour le monde. Car par le fil mystérieux des connexions, chaque mot, chaque geste porte en lui un potentiel de merveilleux, et peut nous emmener, nous et les autres, vers des horizons insoupçonnés. Où voulons-nous aller ? « Si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l’empêcher », note Edward Lorenz… Alors sors de ton cocon, petit papillon, déploie tes ailes et vole. Vole pour percevoir la magie de la vie, vole pour enchanter le monde.

Mêler sagesse orientale et science occidentale

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Andrew Cohen - Maître spirituel, initiateur de l’éveil évolutionnaire

 

images (17)L’univers évolue depuis 14 milliards d’années et nous, qui en sommes le dernier fruit connu, nous pensons que la suite de l’aventure dépend de nous, de notre éveil et de nos actions. 

Cette « coévolution » peut-elle s’organiser ? Andrew Cohen pense que oui. Après une crise mystique, à 16 ans, ce juif athée new-yorkais renonce à centrer sa vie sur le jazz et part chercher la vérité en Inde. Les sages qu’il y rencontre lui apprennent à entrer dans des états de conscience fantastiques. Mais ce sont des prémodernes : ils ne connaissent pas nos intenses problèmes narcissiques et égotiques. 

Aussi quand, à 33 ans, Andrew Cohen rentre aux Etats-Unis, il lance une voie indépendante de toute tradition. «Je l’ai baptisée Eveil évolutionnaire, dit-il, parce que cette voie vise la synthèse entre deux visions apparemment contradictoires : la sagesse orientale, fondée sur ce que la conscience a d’éternel, et la science occidentale, essentiellement évolutionniste.» Le résultat est un mélange original de méditation et d’intelligence collective, aujourd’hui suivi par des milliers de personnes dans le monde, et soutenu par plusieurs centres et par la revue internationale « EnlightenNext » qui fédère des chercheurs de tous horizons. Andrew Cohen, qui cite Bergson, Sri Aurobindo, Teilhard de Chardin et Ken Wilber, sera le 13 octobre à la Sorbonne, à Paris.

 

www.evolutionconscience.com

 

le Yi Jing ou Livre des Transformations

 

 le Yi Jing ou Livre des Transformations dans Le Livre des Mutations 350px-yin-yang-and-bagua-near-nanning

Le Yi Jing , également orthographié Yi King ou Yi-King), prononcé en français i ting est un manuel chinois dont le titre peut se traduire par « Classique des changements » ou « Traité canonique des mutations ». Il s’agit d’un système de signes binaires utilisé pour faire des divinations. Le Yi Jing s’appelle aussi Zhou Yi c’est-à-dire « changements de Zhou » pour la raison suivante.

Son élaboration date du premier millénaire avant l’ère chrétienne, époque des Zhou (-1027,-256 av JC). Il occupe une place fondamentale dans l’histoire de la pensée chinoise et peut être considéré comme un traité unique en son genre dont la finalité est de décrire les états du monde et leurs évolutions. Il est le premier des cinq classiques et donc considéré comme le plus ancien texte chinois.

Le Yi Jing est le fruit d’une recherche spéculative et cosmogonique élaborée, dont les articulations ont informé durablement la pensée chinoise. Sa structure mathématique a impressionné Leibniz qui y aurait vu la première formulation de l’arithmétique binaire. De fait, partant d’une opposition/complémentarité entre les principes d’engendrement Yin et Yang (yin // réceptif // lune // femelle // passif alors que yang // créatif // soleil // mâle // actif) et subdivisant cette dualité de façon systématique (adret = côté au Soleil alors qu’ubac = côté à l’ombre ; vents favorables opposés aux nuages contraires), le Yi Jing arrive à la série des 64 figures qui peuvent interpréter toutes les transformations possibles.

« Le Yi-King ou Livre des transformations de l’archaïque magie chinoise apporte l’image la plus exemplaire de l’identité du Génésique et du Génétique. La boucle circulaire est un cercle cosmogonique symboliquement tourbillonnaire par le S intérieur qui à la fois sépare et unit le Yin et le Yang. La figure se forme non à partir du centre mais de la périphérie et naît de la rencontre de mouvements de directions opposés. Le Yin et le Yang sont intimement épousés l’un dans l’autre, mais distincts, ils sont à la fois complémentaires, concurrents, antagonistes. La figure primordiale du Yi-King est donc une figure d’ordre, d’harmonie, mais portant en elle l’idée tourbillonnaire et le principe d’antagonisme. C’est une figure de complexité. »

— Edgar MorinLa Méthode 1. La Nature de la Nature, p. 228, Seuil, Paris, 1977.

 

Origine selon la tradition 

L’origine du Yi Jing est censée provenir de l’observation de la nature. La tradition chinoise fait remonter le Livre des mutations à l’invention des trigrammes par Fuxi, considéré comme le saint dont parle une phrase du commentaire Shiyi (Zhouyi Xici) : « Du Fleuve [jaune] est sortie une image et de la [rivière] Luo un livre, un saint les a imités. » 

Yu le Grand, fondateur de la dynastie Xia, est parfois aussi identifié au saint ; c’est à son époque que les 64 hexagrammes au grand complet sont rassemblés dans le Lian Shan  (succession de montagnes). Il s’agit du premier des trois livres des mutations mentionnés par le Zhouli . Il commençait par l’hexagramme montagne (gèn), qui représenterait deux montagnes superposées, d’où son nom.

Fuxi et Yu sont censés avoir reçu leur inspiration d’hexagrammes dessinés sur une tortue ou un cheval (Fuxi, image du Fleuve jaune) et d’un livre porté par une tortue (Yu, livre de la Luo).

L’avènement de la dynastie Shang fut l’occasion d’une nouvelle lecture des hexagrammes concrétisée dans le deuxième livre des mutations, le Gui Cang  (retour et engrangement) débutant par l’hexagramme terre (kūn), que le nom du livre évoque.

Lors du règne du dernier des Shang, le roi Wen de Zhou tira les hexagrammes et aboutit à un classement qui mettait l’hexagramme ciel ( qián) en tête : c’était l’annonce d’un changement dynastique. Il rédigea une explication pour chaque hexagramme, les guaci . Zhou Gong, frère du roi Wu, acheva l’ouvrage en rédigeant les yaoci , explications ligne par ligne des différents hexagrammes. Le Yi Jing est le troisième et le seul restant des livres des mutations cités par le Zhouli, les deux premiers avaient déjà disparu sous les Han.

On attribue à Confucius de la période des Printemps et des Automnes le commentaire Shiyi  (dix ailes), aussi appelé Yizhuan  (« commentaire du Yi Jing ») à partir de Han Wudi. LeYi Jing et le Shiyi, inséparables en Chine, forment le Zhou Yi  . Il a fait l’objet de nombreux commentaires secondaires, que l’on peut ranger en deux grandes catégories : abstraites (ex:Wang Bi, Cheng Yi  1033-1107) et concrètes (ex : Jing Fang  des Han occidentaux, Shao Yong 1011-1077).

Le Zhou Yi aurait échappé à l’autodafé ordonné par Qin Shihuang grâce à Li Si qui l’aurait classé par ruse dans les livres de médecine et de divination. Cette explication, qui cherche à atténuer son aspect utilitaire, représente l’opinion des lettrés voulant avant tout y voir un ouvrage philosophique et confucéen. Le Yi Jing a d’ailleurs été inclus dans les cinq classiques constituant la base de l’éducation des lettrés.

Explorer le Yi Jing suppose la compréhension d’un système de signes et de symboles, organisés et interprétés, dont la lecture permet toujours une seconde lecture, par définition, comme il en va de tout texte. Le charme de cette lecture provient d’une interrogation qui subsiste sur le sens, appliqué à une situation aléatoire, et supposé fournir une réponse, adaptée ou adaptable. Nous sommes en présence d’un texte ésotérique et pragmatique, philosophique et moral, présumé comporter une certaine sagesse.

Si l’on oublie la dimension magique et primitive du texte originel, il reste une recherche poétique et naturaliste, qui ne manque pas d’intérêt. Si l’on préfère interroger la dimension divinatoire de ce texte, qui fonctionne alors comme un jeu, il reste à découvrir la relation qui se noue autour d’un devinant et d’un deviné, d’un signifiant et d’un signifié, à partir d’une spéculation ludique quant à la nature du monde, des énergies et des formes, qui le constituent.

Consulter le Yi Jing est une pratique, antique et singulière, qui a traversé les siècles, et même les millénaires, et cette pérennité suggère la permanence des questions, à travers le temps, sans garantir pour autant la validité des réponses. Au contraire, il semble que la variabilité des réponses offre toujours au consultant la possibilité de reformuler sa question, d’en préciser le contour, et partant, d’adapter son point de vue au texte, tel qu’il est traduit. Car le Yi Jing envisage des tendances envisagées dans un ensemble, et non des « acteurs »/facteurs causalistes: si ce n’est pas un facteur qui l’emporte, un autre prendra la relève, mais la tendance de fond perdure.

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