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Le Livre des Principes

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LIVRE 5

C’est une constante des grandes traditions : si elles ont réussi à traverser les âges, c’est qu’au départ leurs fondateurs connaissaient l’être humain en profondeur. Aucune technique spirituelle ne connaît la pérennité sans base anthropologique solide. A fil des siècles, les systèmes et les croyances venues de cultures différentes se mélangent forcément ; mais les syncrétismes qui en résultent ne peuvent durer que s’ils présentent une cohérence fort, ce qui est très difficile ; les visionnaires partiels, même ceux qui connaissent une popularité momentanée parce qu’ils répondent à une soif de leur temps, sombrent dans l’oubli en peu de générations. Si le Jeu du Tao est parvenu jusqu’à nous et s’il rencontre l’adhésion d’une bonne partie de nos contemporains, c’est qu’il est porteur d’une subtile connaissance de l’Homo sapiens ludens et a su regrouper des techniques spirituelles – essentiellement à base questionnement – d’une façon étonnamment cohérente.

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Sous la forme où il est présenté dans ce livre – comme dans le jeu de plateau qu’il accompagne, ainsi que dans toutes ses formes dérivées, virtuelles ou physiques – ce jeu révèle une convergence frappante entre :

-          Des techniques initiatiques extrêmement anciennes,

-          Une maïeutique commune à toutes les philosophies,

-          Une petite pointe des sciences humaines, psychologiques, neurolinguistiques, cognitives, psychanalytiques, etc…

Fabuleuse passerelle par-dessus les millénaires, voilà un jeu de société adapté aux créateurs de cultures du XXIè siècle, dont les fondateurs réels sont aussi bien des chamanes taoïstes de la Chine ancienne que des sages de l’Antiquité grecques, des rabbins kabbaliste que des chercheurs et thérapeutes modernes tels Carl Gustav Jung, Paul Diel, Vladimir Propp ou Paul Watzlawick. C’est à une présentation sommaire des principaux volets de cette convergence qu’est consacrée la cinquième et dernière partie de ce livre.

En un sens, la Légende que nous avons présentée en première partie dit vrai : Le Jeu du Tao est bien issu d’un voyage collectif à travers les siècles. S’il n’est pas né en un jour, il n’a pas non plus spontanément resurgi de son lointain passé tout prêt à fonctionner dans notre monde, pas plus qu’il n’est sorti tout rôti des fours d’une équipe de technocrates de la psyché.

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L’intention de départ était simple : reformuler un jeu d’initiation, utilisable par tous, seul ou à plusieurs, en public comme en privé, en famille comme au travail, pour aider chacun à clarifier ses désirs et pour montrer à tous que les quêtes les plus diverses s’atteignent bien plus facilement dans l’aide mutuelle que dans l’égotisme protectionniste et jaloux. C’est à travers un long processus d’élaboration et de recherches – une vingtaine d’années en tout – que les différentes facettes du jeu actuel se sont peu à peu agencées par essais et corrections des erreurs, après plusieurs versions successives et des milliers de parties – les plus courtes durant une heure, les plus longues un an. Ainsi, le jeu s’est-il peu à peu construit en utilisant les fruits de nombreuses traditions et de multiples sciences comme autant de pierres blanches marquant son avancée, rencontres et découvertes successives venant chaque fois confirmer davantage sa démarche.

Cependant, dès ses premières ébauches, même malhabiles, le jeu a suscité l’enthousiasme, l’adhésion et souvent, l’envie de contribuer à son perfectionnement et à sa diffusion. Quiconque a vécu en personne l’expérience rencontre tant de signes, de coïncidences, de synchronicités qu’il lui faut bientôt prendre le risque de prétendre que la réalité est décidément trop riche pour que l’humain puisse l’appréhender par sa seule raison raisonnante. Pourquoi ? Comment ? Au nom de quels principes théoriques ? La présentation des dits principes risque d’être parfois un peu ardue. Elle tentera néanmoins ceux qui veulent en savoir plus sur les règles cachées du grand jeu du désir essentiel et sur les rapports de celui-ci à la relation d’aide.

Intégrés au jeu après validation par sa mise en pratique, ces principes croisés viennent éclairer l’éclosion, plus ou moins visible au cours d’une partie, des processus suivants :

  1. Questionnement introspectif et exploration des désirs ;
  2. Découverte des lois de l’accomplissement de soi et des souhaits (notamment dans la trame du conte de fées) ;
  3. Recherche de conformité dans le monde (synchronicité, oracles, émergence des liens invisibles à la conscience) ;
  4. Communication (formes adéquates de langage, écoute attentive de l’autre et dialogue conscient) ;
  5. Engagement (autodiscipline stratégie de coopération).
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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet


Introspection et exploration des désirs

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LIVRE 5

1.QUESTIONNEMENT INTROSPECTIF ET EXPLORATION DES DESIRS

 

Comment parvenir à ses fins ? C’est un peu l’œuf ou la poule : pour avoir – puis devenir et être – ce que l’on veut vraiment, il faut se connaître soi-même, et pour se connaître soi-même, il faut partir en quête de ce que l’on veut vraiment … Il faudrait donc d’abord une méthode d’exploration du désir ? Un habile questionnement ? Socrate, Jésus, Bouddha, Confucius sont des exemples de grands questionneurs dont les pratiques, essentiellement transmises par l’oralité, obéissaient à des règles de cheminement métaphorique aujourd’hui disparues. Quelles questions posaient ces sages ? Pourquoi considéraient-ils l’introspection comme un moyen fondamental pour accéder à la connaissance de soi et à une vie réussie ?

 

L’INTROSPECTION

Les travaux de Paul Diel, qui fit de l’introspection l’outil principal de sa thérapie, servent ici beaucoup. C’est en estimant que l’esprit,  loin d’être insaisissable, peut s’étudier aussi scientifiquement que la matière, avec méthode et logique, que Diel conçoit cet aspect de son activité.

 Dissident de la psychanalyse, Diel explique l’origine du désir à partir de sa manifestation la plus primitive : la faculté que possèdent les êtres unicellulaires à réagir au milieu ambiant, par un réflexe d’excitabilité-réactivité porteur d’un sens précis : la satisfaction. L’amibe absorbe un corps étranger s’il peut lui servir et se ferme devant celui qui risque de lui nuire. Au fil de l’évolution, cet acte réflexe s’est ralenti, un décalage temporel s’est créé entre l’excitation et la réaction. L’information venue de l’extérieur s’est transformée en images mentales chargées d’émotion, par aptitude croissante du vivant à mémoriser les excitations du monde extérieur (le chat rêve de souris).

Ainsi est née l’imagination, qui est la faculté de se représenter mentalement le monde et d’en jouer. Elle ne va pas sans dangers, mais permet un jeu imaginatif appelé par Diel la « délibération ». Ce jeu permanent et semi-conscient va et vient entre le monde réel et le monde imaginé. Pour que la délibération devienne introspection consciente, il faut calmer la « folle du logis » et adopter une attitude lucide et honnête.

 Mais il est nécessaire aussi de savoir ce que l’on cherche. Pour Diel, « connais-toi toi-même » rime avec « connais tes désirs », puisque l’homme est porté comme tout le vivant par un élan vital de satisfaction et d’adaptation.

 

DESIRS ET QUETES

 

Be_strong__by_Tegwen dans Le Livre des PrincipesDe fait, l’être humaine st incontestablement et avant toute autre chose un être de désir, et de désirs multiples. Cette variété lui vient de l’enrichissement apporté par l’évolution depuis que les premiers organismes vivants ont commencé à réagir au milieu en fonction de la satisfaction de leurs besoins.

  • Le premier de ces besoins primitifs est de se conserver soi-même. Comme n’importe quelle espèce animale ou végétale, l’homme a besoin de vivre. Mais la faculté d’évolution nous a peu à peu poussés à désirer vivre bien. C’est ce que le Tao appelle les « quêtes matérielle et sociale » (voir Liste des quêtes types).
  • Le second est celui de perpétuer l’espèce. C’est la pulsion sexuelle. Comme n’importe quelle espèce animale ou végétale, l’homme a besoin de se reproduire. Mais chez l’homme, cette pulsion s’élargit et devient affective. C’est ce que le jeu du Tao appelle les « quêtes sexuelles et affectives » (voir Liste des quêtes types).
  • Le troisième besoin est celui de répondre à la pulsion évolutive, particulièrement développée chez l’être humain et qui conduit les espèces, mue par une logique interne et sous la pression du milieu, à donner naissance à de nouvelles formes d’organisation, plus satisfaisantes parce que mieux adaptées. Chez l’homme, cette pulsion évolutive, éventuellement nommée « pulsion spirituelle », va se transformer en désir d’aller vers le meilleur de soi. Celle-ci peut devenir prédominante et se confondre avec le désir essentiel, en opposition aux désirs dictés par les pulsions sociales et affectives. C’est ce que le jeu du Tao appelle les quêtes de développement personnel et de spiritualité (voir Liste des quêtes types).

 

FAIRE ALLIANCE

 

Cette répartition ascendante du désir ne signifie en aucun cas que certains désirs seraient meilleurs que d’autres. Elle indique au contraire que tous demandent à être pris en compte, chacun attendant satisfaction à son niveau. Ainsi se développe une véritable « psychologie de la motivation », fondée sur une idée : le plus sûr moyen de se motiver pour atteindre un but passe par un compromis entre ses différents besoins. Cela nécessite un processus de délibération intime et d’exploration des désirs dont le Jeu du Tao se fait l’écho à travers tout son questionnement, à commencer par celui du monde de la Terre, lieu privilégié d’une clarification de la quête dans laquelle le sujet éprouve le besoin de s’engager à ce moment de sa vie.

L’EXPLORATION DES FAUX DESIRS

Aspire-t-on à devenir un saint, l’ami le plus dévoué, la femme parfaite, l’employé modèle ? Diel demande si l’important n’est pas, finalement, de sortir de l’ordinaire ; et il prévient : l’exaltation du désir essentiel conduit souvent à une nervosité faite de ressentiment et d’une extrême ambivalence dans l’estimation des autres ou de soi-même (survalorisation/mépris). Croit-on au contraire pouvoir se passer du désir essentiel et trouver son équilibre dans la seule satisfaction des désirs matériels ou sexuels, comme le propose l’idéologie consumériste et hédoniste ? Diel répond : faux désir, banalisation de l’être, vanité, arrivisme : culpabilité se manifestant par le cafard, l’ennui incurable ou l’insatisfaction chronique ; paresse de l’esprit, dénoncée par tous les grands systèmes symboliques comme responsable de la mort de l’âme.

 

UNE CLARIFICATION DU DESIR ESSENTIEL

 

0cead99f31f48e1ce8e993bce7386d01Aucune quête, aussi matérielle soit-elle, ne peut mobiliser un être si elle n’entraîne d’autres dimensions que le seul intérêt égoïste. Aucune quête, aussi spirituelle soit-elle, ne peut ignorer les désirs premiers : sublimer n’est pas ignorer. D’où la nécessité de l’introspection et de la recherche du désir essentiel (aussi indispensable à l’humain que la nourriture ou la reproduction). Double objectif : libérer l’imagination, seule créatrice de rêves : exercer la raison, seule faiseuse de possibles ; inlassablement, le Jeu du Tao rappelle donc au joueur qu’il dispose de deux atouts : l’intuition et le pragmatisme. La première, associée au cerveau droit, connaît par flair ce qui est propice au néfaste à la satisfaction du désir. Le second, associé au cerveau gauche, prend en compte la réalité et développe stratégies et projets. De leur alliance naît une forme bien particulière d’égoïsme.

 

UN EGOISME CONSEQUENT

 

Il serait faux de croire cet égoïsme immoral, tout comme le penser à l’inverse que son aspect « conséquent » en effacerait toute recherche de satisfaction de l’intérêt personnel. Ici, Paul Diel ne se fait pas faute de démonter les mécanismes par lesquels nous nous aveuglons – aucune de nos petites excuses ne paraît plus sans importance. L’égoïsme conséquent ne se contente pas de faire la part entre égoïsme et altruisme (notamment du fait du besoin que l’on a des autres), il se livre à une juste estimation du rapport entre nos moyens et nos buts.

 

IMAGINATION EXALTEE ET FAUSSE MOTIVATION

 

Cette délibération consciente demande du bon sens, du courage et de la volonté. Il serait tentant de se réfugier dans l’imagination exaltée, en se demandant si le désir choisi doit être gardé ou abandonné, sans chercher à savoir comment il pourrait se réaliser. L’imagination exaltée délibère dans l’absolu, par oui ou par non. Ces solutions extrêmes ne tenant pas longtemps, le psychisme oscille d’un pôle à l’autre : garder ce désir, le rejeter. A la fin, cette ambivalence mène à ne plus savoir ce qui est bon ou mauvais pour soi.

 Elle aboutit à plusieurs manières de se masquer la réalité et de se fabriquer de fausse motivations : la vanité (on s’imagine une tâche grandiose par laquelle on dépassera les autres, évitant de s’atteler à l’essentiel : la formation du caractère et de la personnalité) : la culpabilité (on trouve des excuses à l’inaction en se dévalorisant à outrance) ; la sentimentalité (on prend les autres comme modèles dans l’espoir de leur ressembler ou d’être accepté dans leur milieu) ; l’accusation (on rejette sur autrui la responsabilité).

 Le Jeu du Tao propose de développer cet égoïsme particulier qui consiste d’abord à admettre l’importance de la relation à l’autre dans notre recherche de satisfaction. Nos désirs concernent toujours, directement ou pas, quelqu’un d’autre que nous. Il s’agit d’apprendre à cultiver cette recherche, tout en respectant l’autonomie et le désir d’autrui – en premier, des personnes avec qui nous sommes en relation étroite. Evident ? Peut-être pas…

En cas de conflit rédhibitoire, il faut en effet savoir trouver un nouveau désir, satisfaisant pour soi et accepté par les autres. Une fois sa quête, à la fois légitime et possible, découverte et annoncée, le joueur (de la vie) sait qu’il lui faut changer les conditions extérieures qui bloquent la réalisation de son désir…. Mais ce changement peut à son tour générer des conflits. Il est alors temps d’en appeler à toutes les ressources dont dispose le sujet –et pas seulement à l’intelligence rationnelle qu’il a l’habitude de solliciter – et de considérer comment s’opère la réalisation des désirs.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

Lois de l’Accomplissement de Soi

Lois de l'Accomplissement de Soi dans Le Livre des Principes le-livre-des-principes4-254x300

LIVRE 5

2.LOIS DE L’ACCOMPLISSEMENT DE SOI ET DES SOUHAITS

 

CONTES ET SAGESSE

 

buddha02 dans Le Livre des PrincipesBien que Paul Diel se soit livré à une étude des mythes qui détonne par son approche croisée, à la fois philosophique et psychologique, c’est à d’autres chercheurs que le Jeu du Tao doit d’avoir clarifié quelques grandes lois de l’accomplissement des désirs, déjà énoncées il y a des millénaires. Comme notre Légende se plaît à le raconter, la clé fondamentale du Grand Jeu de la vie a été véhiculée à travers les âges, dissimulée au sein de la tradition orale. Il est donc possible d’en retrouver les traces dans ce qu’il reste de celle-ci : les légendes et contes de fées. Grâce soit rendue ici aux hommes et aux femmes qui ont permis le renouveau du conte dans le monde contemporain – beaucoup nous ont généreusement nourris, parfois sans le savoir, nous permettant d’établir trois constats :

  • Les contes traditionnels n’étaient pas, à l’origine, destinés aux enfants, mais aux adultes, et particulièrement à leur fonction imaginaire (liée au cerveau droit). Ainsi Per Jakez Helias évoque-t-il ces conteurs bretons qui réclamaient le départ des enfants avant de commencer la veillée (les plus grands se cachaient et n’en perdaient pas une miette, comme on l’imagine, ce qui faisait partie de leur initiation).
  • L’enseignement peut se décoder, et conséquemment se transmettre. Mais pouvons-nous, humains du XXIè siècle, y accéder ? Ce paradoxe rend l’entreprise inéluctablement incomplète. Impossible, par exemple, de rendre compte du rôle joué par la créativité propre à chaque conteur, dans sa parole, son geste, son souffle. Autant de facteurs de transmission dont une dimension centrale échappe à notre analyse. Il faut par ailleurs noter que les grands transcripteurs modernes, parmi lesquels Perrault, Andersen et les frères Grimm, ont considérablement renforcé l’aspect moralisateur des contes, contribuant à les enfermer dans le registre des leçons enfantines, empreint de sentimentalisme et d’esprit bourgeois. Comment décrypter le message originel sous ces oripeaux bien-pensants ? Pourtant l’essentiel de la sagesse traditionnelle semble sauve… Comment est-ce possible ? Plusieurs approches nous ont aidés à répondre.

 

MEDIATEURS DE L’INCONSCIENT

Il y a d’abord le grand apport de la psychanalyse, qui a montré les rapports privilégiés que les contes, comme les rêves, entretiennent avec les couches profondes de la psyché. Bien qu’il préférât les mythes pour illustrer ses théories, Freud lui-même s’intéressa aux contes, dénonçant, par exemple dans  sa psychanalyse de l’Homme aux loups, leur appartenance à une « pédagogie de la peur », génératrice de frustration, voire de traumatisme plus lourds.

 Jung, quant à lui, y voyait un exemple in vivo de formation et de transformation des archétypes, ces grandes images symboliques appartenant à l’inconscient collectif. A leur suite, des chercheurs et des thérapeutes comme Bruno Bettelheim, Marie-Louise von Franz, Jean-Pascal Debailleul, Alain Curabet et d’autres psychanalystes, souvent jungiens, ont exploré cette voie. Bruno Bettelheim, pour ne citer que le plus connu, a surtout montré dans Psychanalyse des contes de fées, combien le conte permet l’expression d’un monde intérieur refoulé. Il offre, dit-il, « des modèles de résolution provisoire ou permanente des problèmes urgents ». Par leur répétition au cours des siècles, ces modèles ont pris valeur d’archétypes. S’appuyant sur les déformations que les enfants font subir aux contes pour conforter leurs attentes ou satisfaire leurs besoins, Bettelheim conclut qu’il est possible d’en modifier délibérément l’intrigue, pour répondre aux demandes d’un enfant particulier. Les contes de fées peuvent servir dans le dialogue thérapeutique ; dans le Jeu du Tao, cette démarche sert le questionnement introspectif. Les contes reproduisent, mettent en scène, élaborent et solutionnent avec créativité les scénarios de l’inconscient, mais sans le dire, surprenant ce dernier à son propre jeu.

 

TRANSMETTEURS DE L’INITIATION

Dojo-Zen_mode_large_modepass_2« Mais que disent donc ces archétypes auxquels les contes font appel ? », se sont interrogés d’autres chercheurs, ethnologues, anthropologues et folkloristes, en tentant de dégager des points communs, grandes lignes ou invariants de cette transmission. Dès les années 1910, le Finnois Antti Aarne définissait la notion de « conte type » et, plus tard, proposait avec l’Anglais Stith Thompson une typologie qui devint une véritable classification internationale. Celle-ci comprend aujourd’hui 2340 types répartis en 4 catégories ; les contes animaux, les contes merveilleux et religieux, les contes facétieux et les contes à formule ou contes en chaîne.

 Mais la réponse la plus catégorique est venue du folkloriste russe Vladimir Propp, dan son ouvrage Morphologie du conte (paru en 1928, mais traduit seulement en 1958) : inutile de chercher à cataloguer les contes par structures langagières, thèmes ou motifs, car en réalité ils n’en formeraient qu’un seul !

 Ayant analysé des centaines de contes merveilleux russes recueillis par le prodigieux anthropologue Afanassiev au milieu du XIXè siècle, Propp montre que tout conte reprend à sa façon un scénario unique, composé d’une série de 31 fonctions opératoires parmi lesquelles entrent toujours en jeu, au minimum : un méfait initial, une mise en quête du héros, une rencontre avec un auxiliaire magique, un combat, une victoire et un retour triomphal (à cette structure, le Jeu du Tao ajoute une 32è fonction… gardée secrète). En regroupant ces fonctions selon la logique des rôles tenus par les personnages, Vladimir Propp définit sept « sphères d’action » ou « classes d’acteurs » : mandateur, le héros, le faux héros, l’agresseur, le donateur de l’auxiliaire magique, l’auxiliaire magique, la sphère de la princesse et de son père. Vladimir Propp démontre que tous les contes n’utilisent pas l’ensemble des fonctions, mais qu’en revanche leur ordre est toujours scrupuleusement respecté. Il y a donc quelque chose de fondamental dans le respect de cet ordre ; nous avons tous en nous un roi qui désire et mande, un héros qui agit ou sommeille et une fée qui voudrait bien venir exaucer le vœu énoncé.

Le conte est une « fiction intentionnelle », le modèle d’un enseignement. Et plus encore .. En 1946, dans Les Racines historiques du conte merveilleux, Propp insiste en défendant une idée proposée dès 1923 par le spécialiste français de l’ésotérisme rural Pierre Saintyves, dans Les Contes de Perrault et les Récits parallèles ; rattachant conte merveilleux, rites initiatiques et conceptions de la mort, Propp voit dans les contes la trace d’une religion très archaïque, fondée sur le voyage des morts et la transmigration des âmes dans l’au-delà ; ce que tout conte reproduit à sa façon, rappelant une antique sagesse : celle que les phases successives de l’expression du désir à la rencontre avec l’ombre, au combat et à la mutation.

 

LES TROIS FONCTIONS

Une dernière approche permet de raffermir les liens entre toutes ces données et le Jeu du Tao, qui naît d’un nouveau siècle tout en se sachant issu d’une généalogie multiple. Les fonctions mises à jour par Propp s’inscrivent en effet dans un cadre culturel bien repéré par la pensée occidentale. Dans son livre monument Mythe et Epopée, le philologue et professeur au Collège de France Georges Dumézil expliqua comment, vers la fin du troisième millénaire avant notre ère, des cavaliers migrateurs venus de l’Est submergèrent par vagues successives la majeur partie de l’Europe et de l’Inde, ce qui leur valut par convention le nom d’Indo-Européens. Leur culture a transis à leurs héritiers – Indiens, Iraniens, Grecs, Romains, Celtes, Scythes, Germains, bref toute la civilisation occidentale – un outil classificatoire étonnant, consistant en une vision du monde articulée en trois fonctions :

 

  • La souveraineté séculière et religieuse ou fonction « spirituelle », réservée au sacerdoce, au souverain-magicien, grand prêtre, roi sacré, détenteur du savoir suprême, magique et juridique ;
  • La force physique et guerrière ou fonction « martiale », violente, ennemie du désordre, revenant au guerrier, au soldat, au bras séculier ;
  • La production de richesse ou fonction « végétative », nourricière, tranquille et féconde, amie de l’ordre et dévolue aux éleveurs, agriculteurs, artisans et commerçants. On reconnaît là notre découpage social traditionnel. Dumézil y voit l’origine de bon nombre de nos structures, y compris mentales, car cet ordre détermine également les mots dont nous usons. Même si, à l’origine, la tripartition concerne uniquement une classe « noble », à laquelle serviteurs et esclaves permettent de s’approprier ses fonctions, cette conception du monde à hiérarchisé nos sociétés, organisé nos mythes et nos panthéons, sous-tendu les rituels qui en découlaient, créé l’ossature de toutes les productions humaines, à commencer par le discours. Un bon roi, une bonne armée, un peuple fécond : trois conditions pour l’épanouissement de tous, trois garanties du succès.

Ce schéma se retrouve à l’évidence dans les contes traditionnels et notamment dans les contes de fées où il est transposé dans le quotidien psychologique des hommes, les trois fonctions s’organisent comme suit :

  • La fonction spirituelle de souveraineté et de discernement lance l’impulsion des forces sous sa responsabilité. Le roi exprime un désir ;
  • La fonction martiale revient au héros ; adhésion au désir du roi, fidélité, doute, erreur, engagement et action.
  • La fonction nourricière est remplie par la fée ; le désir s’accomplit, apportant le succès et la fécondité.

 

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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La Fonction Roi : Le Discernement

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La Fonction Roi : Le Discernement dans Le Livre des Principes r-initial   h-initial dans Le Livre des Principes    f-initial

 

TAO-SYNTHESE : L’ALIGNEMENT INCONSCIENT DES FONCTIONS

1.   LA FONCTION ROI : LE DISCERNEMENT

Cette fonction consiste à explorer sa demande en alignant les paramètres suivants dans l’ordre (chaque individu a accès à ces critères, mais pas nécessairement à tous, ni dans le bon ordre).

  • EVALUATION

Le « bon » roi a la capacité de constater, c’est-à-dire de voir la situation telle quelle est, pour la comparer ensuite à ce qui devrait être.

Voir questions : Que cherches-tu ici ? Comment est né ton désir ? Pourquoi le demander maintenant ?

  • IDENTITE

Le « bon » roi est apte à rapporter ce constat à un besoin fondamental pour le bon fonctionnement de son royaume.

Voir question : Qu’est-ce que cela t’apporterait ?

  • PERMISSION

Le « bon » roi est capable de rapporter ce besoin à une vision idéale, un modèle du monde qu’il reconnaît comme non seulement nécessaire, mais indispensable à la pérennité de son royaume. Un idéal qui le dépasse, qui le relie aux autres et qui le grandira.

Voir questions : Qu’est-ce que cela apporterait aux autres ? En quoi ta quête dépasse ta propre histoire ?

  • DIRECTION

Ayant dressé puis énoncé son constat, l’ayant rattaché à des valeurs supérieures, le roi doit savoir exprimer sa volonté et son autorité en décidant du changement à  opérer et en définissant pour cela un objectif à atteindre, objectif cohérent par rapport à l’identité et à la permission.

Voir questions : Imagine ta quête accomplie ?  Qu’as-tu appris dans le monde de la Terre ?

 

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

La Fonction Héros : L’adhésion

 

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La Fonction Héros : L'adhésion dans Le Livre des Principes r-initial   h-initial dans Le Livre des Principes     f-initial

 

TAOSYNTHESE : L’ALIGNEMENT INCONSCIENT DES FONCTIONS

 

2.LA FONCTION HEROS : L’ADHESION

Ce second enseignement réside dans l’alignement des quatre facteurs suivants :

 

  • ENGAGEMENT

Le héros doit être capable de signifier son adhésion à la souveraineté en s’engageant immédiatement au service du roi, avec toutes ses forces disponibles. Cette immédiateté semble incontournable et son non-respect rédhibitoire pour l’accomplissement du souhait.

Voir questions : Es-tu prêt à payer le prix ? Quel rituel quotidien peux-tu installer pour réussir ta quête ?  

  • ACTION

Le héros ne doit pas seulement engager ses forces, il doit apprendre à les dissocier du résultat immédiat. Qu’importe le temps que durera la quête, c’est le problème du roi, pas le sien.

Voir question : Quelles sont tes armes  ? Sur qui peux-tu compter pour réussir ta quête ?

  • OBJECTION / OBSTACLE

En face d’un obstacle, le héros idéal ne fait pas demi-tour. Il ne cherche pas non plus à passer en force. Il trouve dans l’obstacle lui-même la solution.

Voir questions : Quelles sont tes peurs  ? Quels sont les obstacles qui viennent des autres  ? Quels sont les obstacles qui viennent de toi ?

  • STRATEGIE

Le héros sait agir efficacement, c’est-à-dire reconnaître et mettre en ouvre le meilleur de lui-même, modéliser et reproduire les stratégies efficaces, identifier et abandonner les stratégies inefficaces.

Voir questions : Imagine ta quête accomplie. Sur qui peux-tu compter pour réussir ta quête ?  Sur quoi peux-tu compter pour réussir ta quête ? Qu’as-tu réussi dont tu sois fier ?

 

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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La Fonction Fée : La créativité

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La Fonction Fée : La créativité dans Le Livre des Principes r-initial  h-initial dans Le Livre des Principes   f-initial


TAOSYNTHESE : L’ALIGNEMENT INCONSCIENT DES FONCTIONS

 

3.LA FONCTION FEE : LA CREATIVITE

Si les deux fonctions précédentes sont engagées dans un processus quasiment naturel, leur mise en application effective – atteindre la Toison d’Or – apparaît proprement miraculeuse. C’est ici qu’intervient la fonction Fée, porteuse des quatre richesses suivantes :

 

  • RESSOURCES

Dès que le héros est en route, des ressources sont immédiatement disponibles, soit sous forme de gisement concret et défini, soit sous forme d’opportunité à saisir. Il faut être capable de les identifier et de les utiliser de façon adaptée à l’objectif à atteindre.

Voir questions : Quelles sont tes armes ? Sur qui peux-tu compter pour réussir ta quête ? Sur quoi peux-tu compter pour réussir ta quête ?  

 

  • FECONDITE

Même muni de l’intégralité de son potentiel de ressources, le héros peut ne pas connaître à l’avance des capacités qui se révéleront à lui au cours des confrontations des obstacles à surmonter sur le chemin d’accomplissement de sa quête ; il faut qu’il sache rencontrer la fécondité sous ses formes les plus étranges et inattendues.

Voir questions : As-tu vu des signes, des coïncidences qui se relient à ta quête  ? A quelle sorte de magie dois-tu faire appel ?

 

  • INTEGRATION

Ayant obtenu ce qu’il désirait, le « bon » roi sait le reconnaître et laisse son royaume profiter de cet acquis, il intègre cette nouvelle richesse tandis que le héros est mis au repos.

Voir question : Y a-t-il un risque pour toi à réussir ta quête ?

 

  • INNOVATION

Le changement est lui-même générateur de nouvelles possibilités et de nouvelles quêtes.

Voir questions : Qu’as-tu appris dans le Monde de l’Air  ? Que cherches-tu ici ? 

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