Archives pour la catégorie Le Livre des Principes

Recherche de conformité avec le Monde

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LIVRE 5

3. LA RECHERCHE DE CONFORMITE AVEC LE MONDE

L’auxiliaire magique dont parle Vladimir Propp, loin d’être un élément anodin, constitue une clé fondamentale de l’enseignement des contes et du Jeu du Tao. Le roi comme le héros sont impuissants à atteindre leur objectif s’ils ne rencontrent pas la fée ou toute autre « magie » qui la représente, dans certaines conditions que les contes mettent en scène avec rigueur. Une clé valable pour toute réussite ?

 En accepter l’aspect provocateur pour notre pensée dominée par la raison (voire le matérialisme) demande d’englober celle-ci dans une rationalité plus large, ouverte par exemple aux connaissances sur la conscience apportées par l’avant-garde scientifique. Recherche fondamentale et, donc, provocatrice. D’où l’importance que lui accorde le Jeu du Tao : plusieurs des trente-deux questions, de nombreux articles du Livre des Sagesses et le Livre des Oracles tout entier – sans parler des tirages d’oracles qui y conduisent.

 Ce n’est pas sans raison que tant d’éclairages différents ont été apportés à cet aspect du processus sous-jacent : dans ce domaine, on a tôt fait d’en venir aux mots, aux mains, aux grands concepts de valeurs, de croyances ou de foi. Si le Jeu du Tao assume le risque d’exprimer ce principe sous la forme d’une conviction, c’est qu’il a au préalable éprouvé par la pratique ces lois naturelles. Le monde et l’homme ne sont pas séparés, et il arrive au premier de parler en second.

 

REGARD VERS L’ORIENT

samourai dans Le Livre des PrincipesLe Jeu du Tao invite souvent à écouter les sagesses asiatiques, en explicitant par exemple le sens exact du mot hasard en chinois, ou les glissements de sens que l’importation a fait subir à la notion de karma. C’est qu’il faut se garder ici des syncrétismes sauvages (ou plutôt incohérents) et plus encore des adhésions romantiques, exotiques ou sectaires.

 Comme le philosophe et sinologue François Jullien y invite dans tous ses écrits – et le Dalaï-Lama ne cesse de le rappeler -, la découverte de la pensée orientale se doit d’être avant tout une interrogation et un approfondissement de nos propres assises culturelles, souvent inconscientes. Le défi anthropologique de la mondialisation réside dans cette amicale confrontation, dont on mesure l’ampleur à de simples questions. Comment assimiler par exemple une pensée qui ignore notre concept fondamental de « choses en soi » puisque toute chose est toujours reliée à son environnement (d’où l’absence presque totale de représentation du nu dans l’art chinois, explique François Jullien) ? Comment importer le Feng-Shui, à la mode depuis les années 1990, sans comprendre la vision du monde que cet art implique ? Ne fait-il pas appel à une étrange harmonie universelle, avec son emploi du Ba-Gua, grille de repère octogonale définissant pour tout espace des zones précises en rapport direct avec : santé, prospérité, mariage, association, famille, enfants, carrière et renommée ? Plus radical encore : comment poser toutes ces questions dans une langue ne possédant pas de forme interrogative spécifique ? « En chinois dit notre spécialiste Cyrille Javary, on formule ses interrogations par des questions doubles ; pour demander « avez-vous mangé ? » on dit : « vous, avoir mangé, pas avoir mangé », et la réponse se fait en reprenant la forme qui convient ». « Ventre vide, ventre plein » est-il une évocation du concept de Yin et Yang ? Mais il faudrait aborder de la même façon les philosophies indienne, japonaise, musulmane, toutes les conceptions chamaniques.

 L’envie ne manque pas de renvoyer chacun à ses chères études – Einstein lui-même savait s’émerveiller. Car il n’est point de méthode ou de recette, elles sont cent et pourtant une, toutes passant par un éveil qui n’et autre que le but recherché ; être présent au monde tout autant qu’à soi-même. Difficile ? Ce paradoxe repose sur une réalité : il est aussi simple de se sentir bien et en harmonie avec l’univers à certains moments privilégiés, qu’il est difficile pour un Occidental de retrouver cet état sur commande. D’où une double invitation : au lâcher prise, au wu weï et à l’abandon au flux, accompagné d’un appel à la vigilance, à la présence physique et sensuelle au monde, à la lucidité, à l’entraînement physique et intellectuel.

 Pour résumer l’exigence de cette démarche en une seule envolée, écoutons le célèbre Miyamoto Musashi, samouraï du XVIIe siècle devenu artiste bouddhiste ! « Perçois les choses que tu ne peux voir. Evite toute pensée malhonnête. Sois attentif à tout, même aux détails sans importance. Développe en tout une compréhension et un jugement intuitifs. Ne fais rien qui soit inutile. Etudie la voie du point de vue de chaque métier. La voie juste est dans la pratique juste ».

 

L’OCCIDENT INTERIEUR

b_image_1001La pensée occidentale nous lègue une exigence de rationalité lourde de gros arguments contre une telle appréhension sensitive et intuitive du monde. Elle n’y est pourtant pas étrangère, comme nous le montre un Henri Bergson, ni si loin d’y aboutir par de nouvelles voies : physique, médecine, psychologie, toutes les disciplines ou presque invitent à un « réenchantement  du monde ». Il serait tentant de parler ici d’un retour du phénomène religieux ou d’irrationalité, même si l’on peut aisément démontrer que les plus grands apôtres de la raison furent aussi ceux qui argumentèrent le plus sur ses limites (tel Socrate, qui disait ; « Cher Pan, et vous divinités de ces lieux, donnez-moi la beauté intérieure et que l’extérieur soit en harmonie avec l’intérieur »).

 Le Jeu du Tao n’hésite pas à se risquer plus loin. La grande réunification qui s’amorce – et qu’il espère modestement contribuer à faire éclore – risque fort de surprendre aussi bien les fervents des grands dogmes religieux que les zélotes de la raison matérialiste. Car c’est tout de go à la pensée magique qu’il faut faire appel… mais avec tant de précautions qu’elle y gagnera sans doute un nom nouveau. Les ethnologues Marcel Mauss et plus encore Claude Lévi-Strauss ont montré combien cette pensée, lin d’être sauvage, incohérente et irréductible à la logique, cherchait à combler une faille interne à cette dernière, parce que inhérente au langage et à la pensée même ; le décalage entre le mot et la chose. « L’homme dispose à son origine d’une intégralité de signifiant », dit Lévi-Strauss. Il en sait plus qu’il ne peut dire, comprend mieux qu’il ne peut l’exprimer. De ce décalage naît l’évolution du langage qui, sinon serait fixé à jamais. Lévi-Strauss appelle « signifiant flottant » ce trop-plein de sens inexprimable pour un temps, et en fait la source de la notion de « force active », ce souffle vital aux multiples noms avec lequel toute magie tente de s’allier.

 Le philosophe  contemporain Idon Vallet fait remarquer que Cicéron se posait déjà la question de l’origine exacte du mot religion : religare (relier) ou religere (recueillir). La pensée magique – et notre jeu quand il invite ses participants à instituer leurs propres rites – sait bien que le véritable défi est d’assembler les deux ; on ne peut se relier qu’en étant recueilli, être amoureux qu’en s’aimant soi-même, être un partenaire fiable qu’en sachant agir seul…

 Mais loin de vouloir revenir à des rituels primitifs ou au totémisme, il faut comprendre au contraire que la pensée magique ne vous a jamais quittés. L’anthropologue écossais James George Frazer, qui en livra une anthologie – le monumental Rameau d’Or, publié de 1890 à 1935, inspira Freud, Jung, l’ethnopsychanalyste Geza Rôheim et bien d’autres (de Wittgenstein à René Thom) – prévenait dès 1910 que notre société, loin d’avoir abandonné cette pensée, l’avait enfouie sous un mépris d’où elle ne demandait qu’à sortir par des voies perverties et détournées. On la retrouva bientôt dans la propagande totalitaire et le star-system en joue aujourd’hui à foison. Quel rapport ? Celui qui relie souterrainement le dévot et le fan de star, ou l’érotomane, l’adepte du fanaa (mot arabe désignant l’anéantissement mystique de l ‘ego dans le divin) et le fanatique. Frazer disait que, s’il existe trois sortes de pensées qui aujourd’hui cohabitent (magique, religieuse et scientifique), la science et la magie sont plus voisines qu’on ne le pense : toutes deux stipulent en effet l’existence d’un ordre naturel sur lequel il est possible d’agir.

 Inutile donc de traquer les signes de façon obsessionnelle, tout en sachant qu’ils existent. Certains viennent, dans la vie, établir des vérités : mais ils n’ont de sens que pour celui qui les vit, et il en faut plus pour qu’une vérité soit partagée. Le Jeu du Tao propose d’être à l’écoute de la synchronicité d’une façon inspirée par l’héritage de Jung (qui forgea le mot) autant que des sagesses antiques. Tantôt par une recherche assidue, approfondie et sérieuse des liens entre l’individu et le collectif, ne négligeant aucun des grands outils symboliques. Il serait fastidieux de les citer tous et partiel de n’en citer que certains, mais l’étude des rêves vient évidemment en premier.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

La poésie du Concret


La poésie du Concret dans Le Livre des Principes dc63e12aLA POESIE DU CONCRETdc63e12a dans Le Livre des Principes

En sanscrit, yoga – la pratique de développement personnel la plus populaire

en nos contrées depuis trois quarts de siècle – signifie à la fois dompter,

atteler (nous en avons dérivé joug),

discipliner et faire l’union entre soi et le tout.

Dans cette otique, je de la voie juste mais jeu avant tout,

le Jeu du Tao n’hésite pas à assumer un apparent paradoxe :

en appeler aux poètes quand il s’agit d’engagement concret.

Car ce sont eux – par exemple les Surréalistes, ou mieux encore,

parce que spirituellement plus mûrs et plus anticonformiste,

leur jeunes adversaires de la bande du Grand Jeu –

qui ont su prophétiser les aspirations que nous vivons aujourd’hui.

« Transformer le monde », a dit Marx, « changer la vie », a dit Rimbaud,

« ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un »,

concluait André Breton, qui écrivait aussi :

« L’imaginaire est ce qui tend à devenir réel » (Le Revolver à cheveux blancs),

parlant souvent, dans Nadja par exemple, du « hasard objectif »

et des « pétrifiantes coïncidences » que, mieux que tous, l’amour sait apporter.

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La Communication

La Communication dans Le Livre des Principes le-livre-des-principes2-254x300

LIVRE 5

4. LA COMMUNICATION : TAO-LANGAGE, ECOUTE ATTENTIVE ET DIALOGUE CONSCIENT

 

L’homme avance sur deux jambes (ses désirs et ses capacités), mais tout ce qu’il construit tient généralement sur quatre pieds. Ainsi en va-t-il de toute quête, comme d’une partie du Jeu du Tao : aux désirs rassemblés qui motivent, aux capacités acquises ou à découvrir, à l’écoute du monde fournisseur de richesses, s’ajoute la nécessité de rencontrer l’autre et de communiquer. Aussi, partout, le jeu ne cesse d’indiquer : devenir le héros de sa propre légende passe par une exploration, une prise en charge et une amélioration de ses relations. C’est ici que ce jeu se démarque de l’aspect parfois nombriliste du vaste mouvement actuel de développement personnel auquel pourtant il appartient, dans ses buts comme par les outils qu’il emploie. A tous les stades d’une partie, en effet, se pose la question de l’autre ; Qu’est-ce que cela apporterait aux autres ? Sur fgdsgd10 dans Le Livre des Principesqui peux-tu compter ? Quels obstacles viennent d’autrui ? En quoi ta quête dépasse-t-elle ta propre histoire ? Pourquoi ce souci ? Serait-ce l’état de la planète qui exige une redéfinition de nos rapports à l’autre ? Ou le sentiment partagé que le développement personnel doit forcément déboucher sur des projets collectifs ? Tout ceci est exact, mais risque de faire rater l’essentiel : la clé de ce changement se situe dans le tissu même de notre façon de penser.

 

UNE SCIENCE DE LA COMPLEXITE

Il est impossible de détailler les multiples apports faits dans l’élaboration de ce pilier du jeu par la pensée systémique, qu’il a fallu réduire dans le Livre des Sagesses à sa dimension psychologique. Il convient donc de corriger l’image d’une théorie essentiellement comportementaliste servant d’outil thérapeutique pour repenser la famille, les peurs ou les relations en général. Outre qu’on lui connaît de surprenants précurseurs (de Léonard de Vinci à Paul Valéry dans leurs Cahiers respectifs, distants de quatre siècles), il faut préciser qu’elle affecte absolument toutes les sciences ; ou encore que c’est le philosophe français Edgar Morin, qui publie depuis 1977 les éléments d’une Méthode destinée à donner à cette « pensée de la complexité » ses fondements épistémologiques. Car c’est bien une révolution de la pensée humaine qui est en cours, d’une  importance égale à ce que fut l’éclosion de la méthode analytique avec Descartes, Galilée et Newton.

 De quoi s’agit-il en effet ? L’homme n’est pas « séparé ». Ni coupé en lui-même, entre corps et esprit, raison et sensibilité. Ni vis-à-vis des autres, vis vis-à-vis de cette Nature qu’il lui a fallu combattre pour instaurer la civilisation. A titre d’exemple, la vision mécaniste du corps, source de tant de progrès médicaux, ne permet pas de rendre compte d’un phénomène complexe tel que l’effet placebo, et encore moins d’en rendre raison, c’est-à-dire de reproduire cet effet pour l’utiliser (but que s’est donné la raison, au-delà de la compréhension es lois régissant le monde). Cette critique des prétentions du rationalisme est devenue presque de convenances. A défaut de pouvoir élaborer en quelques lignes un Discours de la Méthode pos-cartésien, il faut rappeler l’essentiel.

 

DEPASSEMENT DU RATIONALISME

La critique systémique du rationalisme cartésien ne se fait pas en fonction d’arguments romantiques, humanistes ou spirituels. Elle est le fruit de la raison elle-même. Les limites de la méthode analytique naissent de ses propres productions ; en exploitant son aptitude exceptionnelle à expliquer les phénomènes et à les reproduire par la mécanique, elle a engendré une technosphère dont a pensée et les outils ont abouti au besoin de son propre dépassement. Pour concevoir des machines complexes, capables par exemple de changer de comportement en fonction des réactions du milieu sur lequel elles agissent (le principe du thermostat appliqué à une machine ne produisant pas de chaleur, comme une calculatrice), la logique linéaire s’est trouvée prise en défaut ; réductionnisme, simplisme, mise en boucle des causes et des effets (loi d’airain de la méthode qui devient fausse dans un système complexes où la même cause ne produit pas toujours le même effet).

Ainsi l’ordinateur, loin d’être comme on le pense l’artefact suprême de la raison triomphante, en est le petit-fils indigne sonnant le glas des prétentions absolutistes. Mais il aura fallu, avec Norbert Wiener et les inventeurs de la cybernétique, penser les choses en termes de système (out est système à l’intérieur d’autres systèmes, le tout est plus que la somme des parties), de relation (rien n’est isolé, l’homme ne fait pas exception), de feedback (une cause donne différents effets qui vont changer la cause en retour), de complexité (aucune action réelle n’est linéaire), de modélisation (la fonction n’est pas l’organe, la carte n’est pas le territoire), de « boîte noire » (le fonctionnement interne d’un système importe moins que ses effets à ou encore de « téléologie » (au lieu de chercher les causes mécaniques, s’interroger sur l’effet attracteur des buts : en comparant le comportement d’un système à ses finalités, on obtient une compréhension effective de son fonctionnement). Bref, il aura fallu changer de pensée.

 

TAO-COMMUNICATION

Le Jeu du Tao ne plaide jamais contre la raison, mais pour son dépassement :  à la fois sa croissance et sa sublimation. Il invite à adopter une nouvelle vision du monde. Dans le débat entre les dénonciateurs des excès mécanistes et les apologues de la science cartésienne, il choisit un troisième camp, celui de l’espoir, dont le point focal est l’acceptation de l’inconnu. Il ne refuse pas la recherche des causes, mais s’il revient sur le passé, c’est pour y puiser des ressources plutôt que des raisons justifiant le présent pour le figer.

Enfin il appelle le joueur à approfondir lui-même le sujet. La pensée de système est en marche, encore et toujours en création. Il appartient à chacun de se l’approprier à sa façon. Le Jeu du Tao s’en nourrit à loisir, de façon apparemment empirique, par imprégnation d’une logique plus orientale dont les praticiens du systémisme, tel Stephen Wolinsky dans son Tao du Chaos, ont eux-mêmes relevé la pertinence.

 Le principe de base d’une partie collective étant que l’on gagne enjouant avec et non pas contre les autres joueurs, le Jeu du Tao a vu se développer une communication bien spécifique, faite d’écoute active, de questionnement bienveillant, de feedback en toute liberté. Autant de consignes dont l’exigence de clarté n’a d’égal que le respect des différences. Pour parvenir à cet équilibre, chacun doit mettre à plat son raisonnement et son mode de pensée puis encourager les autres à les remettre en cause : « Voici mon point de vue et voici comment j’y suis arrivé. Qu’en pensez-vous ? Comment pensez-vous que je pourrais l’améliorer ? »  

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

Stratégie de coopération

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LIVRE 5

5. L’ENGAGEMENT DISCIPLINE PERSONNELLE, STRATEGIE DE COOPERATION

L’engagement est l’aboutissement même d’une partie de Tao, il en scelle solennellement le contrat final. Mais l’engagement à quoi ? Tout ce qui vient d’être abordé dans les lignes qui précèdent l’indique : la démarche est double ; chacun, dans une partie, fait sans cesse le va-et-vient entre soi et les autres. Approche apparemment contradictoire et éminemment ambitieuse. Sommes-nous mieux préparés, aujourd’hui, armés d’outils de pensée suffisamment nouveaux pour relever l’antique défi ? « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et ses dieux », répètent les sages depuis la Delphes antique. En termes plus modernes, qui d’entre nous ne voudrait réconcilier la voie du militant engagé et celle du yogi détaché de toute passion ? A quelle noblesse d’âme nous rappelle notre époque ? Plus que jamais, chacun de nos actes a une répercussion collective : petits gestes quotidiens détruisant la planète, petits oublis relationnels érodant nos amours, petits manques de respect tuant la convivialité. Plus que jamais, il nous est demandé d’élargir le champ de notre pensée, de nos préoccupations, de notre conscience dans tous les sens du mot. C’est la raison pour laquelle le Jeu du Tao entraîne le joueur solitaire à s’adjoindre un Taopartenaire, pour valider sa partie d’un regard extérieur, et qu’il s’offre au public sous la forme achevée d’un jeu de société. Le Grand Jeu de ce XXIè siècle n’est plus seulement la voie des avant-gardes artistiques, mais trouve écho jusqu’au coeur des états majors de certaines grandes entreprises. «Que cherches-tu ici ? » est en effet  devenu d’une brûlante actualité.

 

UN OUTIL POUR « L’ENTREPRISE APPRENANTE »

 Exemplaire et significative, la rencontre du Jeu du Tao avec le monde économique s’est faite en douceur et naturellement ; pourtant, les faits sont rudes et l’exigence est abrupte. Concentrations, réorganisations, fusions licenciements, délocalisations, restructurations, mutations, chômage et récession, les entreprises ont été et restent confrontées à de violents changements, générateurs de traumatismes lourds. Tous les secteurs sont concernés. Or, de plus en plus, des entrepreneurs lucides constatent que leur avenir n’existe qu’en fonction de l’adhésion, de la créativité et de l’engagement de leurs salariés. Comment susciter chez ces derniers – sans les gruger – motivation, efficacité et coopération ? Comment vaincre de façon humaine e t pérenne les conflits ? Comment mieux se connaître et mieux communiquer ? Comment partir ensemble vers des directions porteuses d’avenir ? Comment cogérer plus intelligemment ?

 Dans l’Art et la manière des organisations qui apprennent, le livre de mise en pratique de son best-seller, La Cinquième Discipline, que Peter Senge – professeur au Massachusetts Institute of Technology et reconnu comme spécialiste mondial des « entreprises apprenante » – conçu et rédigé, avec la collaboration de son traducteur français, le consultant international Alain Gauthier, cinq démarches sont proposes pour que les organisations apprennent plus et surtout mieux :

 

-          La recherche de la maîtrise personnelle,

-          La construction d’une vision partagée,

-          La remise en cause des schémas mentaux,

-          L’utilisation des concepts systémiques pour penser…

-          … et pour apprendre en équipe.

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Les hasards fructueux de la synchronicité ont fait que ce même Alain Gauthier a reconnu dans le Jeu du Tao un support d’application exemplaire des idées qu’l partage avec Peter Senge. C’est notamment avec son ide que nous avons mis en pratique le jeu dans un nombre de plus en plus grand d’entreprises. Les résultats sont étonnants. Quels que soient les secteurs d’application (de la vieille industrie lourde à la cybernétique de pointe) et à tous les niveaux de responsabilité et de compétence (des travailleurs de base aux dirigeants de groupes), les processus déclenchés par le Jeu du Tao correspondent visiblement à l’attente d’une méthode permettant d’intégrer implication personnelle, créativité et engagement collectif. Après une enquête approfondie sur des milliers d’organisations, Jim Collins, coauteur de Built to Last et auteur de Good to Great (deux best-sellers aux Etats-Unis), montre que la « valeur durable » créée par une entreprise est liée au respect de quelques valeurs clés dans ses relations internes et externes : respect de l’autre et de sa différence, intégrité, sens du service et du bien commun. L’esprit qui inspire le Jeu du Tao peut conduire à mieux apprendre les uns des autres, à mettre l’accent sur la qualité de l’écoute et sur l’aptitude à collaborer. Le jeu ouvre en effet cet « espace intermédiaire » dont parle le psychanalyste britannique Winnicot et que représente l’hexagramme 61 du Yi Jing  (Juste confiance), où confiance en soi et confiance en l’autre ne sont pas séparés.

Comme l’exprime François Cheng (dans Lacan et la pensée chinoise), « ce qui naît entre entités vivantes, surtout lorsqu’elles visent à rechercher le vrai, n’est pas quelque chose d’abstrait, ni de passager. Cela s’incarne en une entité en soi, une sorte de trans-sujet, de fait le vrai sujet, le Milieu juste par excellence, puisque c’est lui qui permet aux sujets en présence de se tirer vers le haut, de se transformer dans le sens de la Voie ».

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

Les Niveaux Subtils

Les Niveaux Subtils dans Le Livre des Principes le-livre-des-principes-254x300

LIVRE 5

 

LES NIVEAUX SUBTILS

Décrypter en termes de corps subtils, le jeu du Tao fonctionne à trois niveaux : psychologique, énergétique, alchimique.

 

LE NIVEAU PSYCHOLOGIQUE

 C’est le premier niveau, le royaume de la « matière sans esprit » de ce jeu. Il aboutit souvent à des impasses, car il peut être récupéré par notre mental et notre verbe agiles et retors. Au fil du temps, le jeu démontre parfois qu’il n’y a pas le corps et l’esprit, ais que le corps, c’est l’esprit. Le corps sait bien avant tout le reste, et notamment notre si précieux cerveau. C’est dans ce corps-là qu’ont d’abord lieu tous les défis, conflits – et dénouements. Notre esprit le comprend après, et le formalise quant tout est joué.

 La plupart des thérapeutes sont des passeurs, car la thérapie suppose un accompagnement dans la durée. Ils sont des révélateurs des mémoires du corps. Mais tout le travail d’intégration dans le corps et par lui ne peut se faire que lentement, soit seul (et les artistes le recyclent souvent dans leur art), soit accompagné par des thérapeutes au fait de ce langage-là, comme les kinésiologues ou les haptonomistes par exemple.

 L’écueil courant de la thérapie consiste à dire : « Puisque j’ai compris, je suis guéri. » Mais le mental seul ne peut rien imprimer sur le corps, puisque l’information circule en sens inverse. On ne peut formuler et résoudre un conflit que quand le corps l’a déjà dénoué, donc compris. Du coup, la verbalisation même peut parfois s’avérer facultative. Car il s’agit d’une résolution bio-psychique, que notre langue psychologique, trop réductrice, parvient rarement à intégrer. C’est ce que savent les peuples premiers, une grande partie de l’Orient et les grandes traditions. C’et ce que l’Occident et sa façon de considérer l’intelligence – qui a peu à voir avec celle de la vie – a tant de mal à intégrer aujourd’hui.

 95273394090614012256750009-jpg dans Le Livre des PrincipesLE NIVEAU ENERGETIQUE 

C’est la base du jeu. Le premier tour de table s’appuie sur des règles écrites et lues à voix haute. Ces règles délimitent des territoires spatio-temporels, qui seront les mêmes pour tous les joueurs. Au-delà des différences socioculturelles, on retrouve la trinité Liberté, Egalité, Fraternité autour de la table de jeu.

 C’est ainsi que s’instaure la confiance (on se tutoie) et la sécurité de l’anonymat (on donne son prénom, pas son nom), plancher affectif nécessaire pour faire le saut dans le vide de son désir essentiel, parfois devant de parfaits inconnus (mais comme on se regarde dans les yeux, chacun peut sentir quand la réponse est bonne).

 Le jeu pourrait en rester là… s’il manquait la source de chaleur.

 LE NIVEAU ALCHIMIQUE 

C’est le vrai niveau de ce jeu exigeant.

Cela peut se passer dès le premier tour, quand se manifeste d’emblée, à travers les désirs énoncés, un puissant foyer de chaleur collective, qui embarque et stimule les joueurs sans les effrayer. « Vivre, c’est brûler ! » dit l’artiste japonais Hiroyuki Aoki. Le fait que chacun entre dans le désir de l’autre crée un cercle vertueux.

 Cela se produit souvent au second tour de table, après que la confiance s’est établie et que les problèmes de territoire ont disparu (nous sommes tous à la même enseigne ; je ne mets plus en avant mes forces, mais mes faiblesses ; m’exposer n’est plus dangereux). L’art consiste à savoir entretenir cette source de chaleur pour que se produire la transmutation : un mot qui s’applique  à la matière – changer le plomb en or – notamment à celle de notre corps.

 Le jeu du Tao peut me « transformer ». Je n’aurai pas la même tête à la fin (parfois d’un seul tour) qu’au début (transformation = transmutation = changement physiologique).

 L’alchimie est la rencontre du feu et de l’eau, rencontre impossible sur le plan physique (l’eau éteint le feu, le feu fait évaporer l’eau), mais  possible sur le plan intérieur du véritable développement personnel. Ce qui veut dire : par l’intensité de mon feu intérieur, de mon désir, de ma question, je peux clarifier l’eau de mes émotions, sans les assécher, les faire disparaître. Alliage subtil, où deux forces contraires se marient. Aucune des deux sources d’énergie n’est tarie ;

 Pour qui parvient au niveau alchimique, les règles du niveau énergétique ne sont plus nécessaires. Les joueurs deviennent successivement la source principale de chaleur (intensité du désir donc de la question) et toute la table entre alors en synergie (le tout est plus que la somme des parties), pour aider chacun à sa transmutation (immédiate ou différée). Le sablier n’a plus d’importance. On entre dans un autre temps, physiologique (physique et métaphysique).

 Transmutation immédiate et visible : les joueurs changent de visage.

Pourquoi ? Leurs souvenirs d’enfance font revivre leur dimension de cœur (bon camarade), étouffée sous l’intellect (bon élève). Chacun retrouve son regard et son sourire d’enfant. D’autant plus que tous abondent dans le même sens – consolider la transmutation en la valorisant – non par déduction psychologique (il n’est pas question de « bonnes idées »), mais par empathie immédiate (on unit nos expériences), car l’urgence des autres, leur ardeur à éclore… a réveillé la nôtre (tous pour un, un pour tous). Ce sont bien là les lois de la chaleur, donc celles du cœur.

 

MICHEL DECOUST *

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*Romancières, longtemps journaliste de la revue Autrement, Michèle Decoust bourlingue depuis vingt ans de par le monde. Elle connaît bien l’Australie et les nouvelles médecines et participe à l’aventure Biosphère 2. Voir Le Rêve de White Spring, aux éditions du Seuil.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

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